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mercredi 10 juin 2020

La fin du « Magazine littéraire », ancien et nouveau


Un dossier « Des livres pour revivre », coordonné par Hervé Aubron, propose des pistes de lecture dans le nouveau numéro du Nouveau Magazine Littéraire. Mais il s’ouvre par quelques lignes qui ont valeur d’avertissement :
Le « monde d’après », qu’ils disaient… Au lendemain du confinement, et alors que l’évolution de la pandémie demeure en question, nous avons demandé à des écrivains et critiques à quels livres ils s’accrochent pour revivre : penser ou rêver la suite, ou tout simplement trouver l’impulsion pour continuer. En ce qui concerne Le Magazine littéraire, ce n’est pas seulement affaire de circonstance : alors que nous imprimons, le titre est mis en vente par son propriétaire, et son destin encore incertain. On espère qu’on se retrouvera bientôt.
Entre le moment où ces mots ont été écrits et celui où on les lit, l’espoir semble s’être envolé. À en croire un article de Vincy Thomas paru hier sur le site de Livres Hebdo, « Lire avale Le Nouveau Magazine Littéraire ». La nouvelle était dans l’air, ce n’est donc pas vraiment une surprise.
C’est quand même un pincement au cœur pour moi, à un double titre. J’ai été lecteur du Magazine littéraire depuis… euh… longtemps. Depuis-depuis, comme on dirait à Madagascar. Je n’en ai pas connu la toute première formule, quand Guy Sitbon en était le directeur et François Bott, le rédacteur en chef. Mais j’ai pris le mouvement en route avec Jean-Jacques Brochier à la tête de la rédaction, poste qu’il occupa de 1968 à 2003 – et peut-être le fait d’en avoir été écarté à ce moment a-t-il précipité sa mort, l’année suivante. Nicky et Jean-Claude Fasquelle avaient racheté le magazine en 1970.
C’est donc à Jean-Jacques Brochier que j’avais proposé en 1986 un entretien avec Le Clézio, qu’il accepta, qui fut relu par Jean-Louis Hue (futur rédacteur en chef) que je n’avais pas encore rencontré à ce moment (lui à Paris, moi à Bruxelles où se trouvait aussi, pour quelques jours, Jean-Jacques Brochier), entretien qui fut annoncé en « une » du n° 230 de mai 1986 et par lequel j’entamais une collaboration qui allait connaître des jours heureux jusqu’à ce que je m’éloigne géographiquement et que les contacts s’espacent sans jamais s’interrompre vraiment.
Puisque mon dernier article du Magazine littéraire est sorti dans le n° 583 de septembre 2017 (consacré à un roman de Fouad Laroui), je ne mens pas en disant que j’ai été le collaborateur de ce mensuel pendant plus de dix ans. Avec des éclipses, certes, mais on oublie si facilement les mois (et les années, parfois) où le soleil ne brille pas…
Ce que Le Magazine Littéraire avait perdu, en décembre de cette année-là, quand il est devenu Le Nouveau Magazine Littéraire, sous la houlette très provisoire de Raphaël Glucksmann, le lecteur que je suis en a davantage souffert que le collaborateur que je n’étais plus.
Ce qu’il deviendra en fusionnant avec Lire, à moins que le titre de Vincy Thomas soit plus proche de la réalité à venir, je n’en sais rien. Mais non, je ne m’en fous pas du tout, j’espère seulement ne pas être trop déçu.
D’avoir collaboré aussi à Lire – mais une seule fois – ne me console en tout cas pas vraiment de cette information.

mercredi 11 mars 2020

Dernières nouvelles du front (Renaudot, Magazine littéraire, etc.)


Jérôme Garcin démissionne du jury Renaudot et demande à être remplacé par une femme. Bien. Il n’a pas un nom à suggérer, tant qu’à faire ? Il ne se sent pas vraiment coupable, d’ailleurs il n’avait pas voté pour Matzneff quand le prix de l’essai lui a été attribué en 2013. Le lui avait-on demandé, au fait ?
Tempête dans un verre d’eau, qui lui vaudra peut-être quelques remarques faussement élogieuses et vraiment sarcastiques au Masque et la plume, dans le genre félicitations pour son courage… Quel courage ?
Bon, le livre de Vanessa Springora (que vous avez toutes et tous, surtout tous, lu, j’espère) a fait de grosses vagues mais cette dernière manifestation de ses effets s’apparente à l’ultime vaguelette à peine perceptible pour un œil peu entraîné. D’ailleurs, je suis à peu près certain que cette démission vous aurait échappé si mon sens du devoir (mon courage ? ah ! ah ! ah !) ne m’avait conduit à vous la signaler.
Plus visible, mais pas tout de suite, risque d’être, s’il se réalise, le projet de fusion entre Lire et Le Nouveau Magazine littéraire. Claude Perdriel, propriétaire du second, est prêt, d’après Libération, à le céder au premier pour un montant symbolique, autant dire des nèfles, mais qui peut croire qu’un magazine essentiellement consacré aux livres vaut davantage ?
Bien que très moyennement convaincu par les nouvelles versions successives de l’historique Magazine littéraire auquel j’ai été attaché comme lecteur fidèle et, pendant plusieurs périodes, comme collaborateur plus ou moins régulier, je me ferais mal à sa disparition ou à son absorption, ce qui revient à peu près à la même chose : un espace critique mensuel tout à coup divisé par deux. Heureusement que d’autres font encore le boulot – dans le désordre, presque au hasard, Le Matricule des anges, En attendant Nadeau, Diacritik, j’en oublie, tant mieux pour vous, cela vous obligera à creuser un peu.
Pendant ce temps, Livre Paris 2020 continue à ne plus se préparer pour cause d’épidémie finalement bienvenue (dans ce contexte précis, ne me faites pas dire ce que je n’ai ni dit ni voulu dire). Car l’enthousiasme déclinant des éditeurs, de moins en moins prêts à investir dans ce barnum, annonçait à moyenne échéance la disparition de l’événement – ou sa renaissance si les organisateurs se décidaient à revisiter ses fondamentaux (comme pour les César ?). Bref, tout le monde s’en fout.
Comme de la démission de Jérôme Garcin.
Mais définitivement pas d’une fusion entre deux mensuels littéraires.