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jeudi 22 septembre 2011

Picorée : Henri Mouhot

Le Monde des livres évoque opportunément, cet après-midi, la sortie quasi simultanée de trois livres parlant, chacun à sa manière, du Cambodge. L'équipe de ce supplément aurait pu mieux faire encore: il y manque la réédition, en librairie aujourd'hui, de L'anarchiste, de Soth Polin, pourtant préfacée par Patrick Deville (dont Kampuchéa est bien mis en valeur, c'est justice).
Mais je m'arrête sur un nom, en page 3, au début des "Repères". Celui d'Henri Mouhot qui a "découvert" (pas de guillemets dans le journal, malheureusement) le site d'Angkor Vat en 1860. J'avais déjà été guidé vers ce nom l'an dernier, par Maxence Fermine qui romançait sa vie dans Le papillon de Siam. J'avais même dû, à cette époque, me lancer dans une recherche des textes de Mouhot, qui sont parus dès 1863 dans l'indispensable revue Le Tour du monde. Et puis, j'en étais resté là. Aujourd'hui, avec quelques heures devant moi, j'y retourne.
Pour découvrir, stupéfait, que Gallica n'a numérisé aucune édition en volume de Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l'Indo-Chine. Alors qu'Internet Archive donne accès à trois exemplaires différents. Trois aussi (peut-être les mêmes, je n'ai pas vérifié) chez Google Books. Vous savez bien, le grand méchant ogre qui va dévorer toutes nos bibliothèques et les enterrer si loin que plus personne n'y aura accès, à moins de payer des droits d'entrée... Je ne m'étendrai pas.
À la décharge de Gallica, ce site propose Le Tour du monde, et notamment le deuxième trimestre 1863 au cours duquel est paru le prestigieux feuilleton laissé par le voyageur (il était mort en 1861). J'en extrait une illustration et un paragraphe. (J'ai dit que j'avais quelques heures devant moi, pas quelques jours...)

Dans la province qui a conservé le même nom [Ongkor, ainsi qu'il l'écrit] et qui est située à l'est du grand lac Touli-Sap, vers le quatorzième degré de latitude et le cent deuxième de longitude à l'orient de Paris, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d'un travail tellement prodigieux, qu'à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et que l'on se demande ce qu'est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques.

jeudi 8 septembre 2011

Picorée : Félix Fénéon

Je lis beaucoup de livres en commençant par le début et en m'arrêtant une fois tournée la dernière page. Une vieille habitude dont même la lecture sur écran chère à Frédéric Beigbeder (attention, ici, c'est de l'ironie) ne m'a pas détourné.
Il n'empêche. Je picore aussi, et d'abondance. Une page par ci, cinq par là. L'effet est parfois aussi dévastateur. Je tombe sous le charme, je me mets en colère, je cours voir ailleurs parce que trois lignes m'en ont donné l'idée. Que celui qui n'a jamais ouvert un livre pour y découvrir un paragraphe au hasard me jette la première liseuse électronique.

Aujourd'hui, entre deux romans (ceux de Philippe Lançon et de Hervé Le Tellier), je picore donc quelques instants dans Faits divers: 1210 nouvelles en trois lignes, de Félix Fénéon. Publie.net a eu la bonne idée de rééditer ce livre formidable, où l'écrivain se joue du fait divers en l'utilisant comme un matériau plastique, à faire entrer dans la dimension approximative d'un tweet.
Il ne s'agit pas de résumer le fait divers, mais plutôt de le mettre en scène sur un rythme donné, d'en tirer une image unique à partir de laquelle le lecteur fera ce qu'il voudra. Comme sur Twitter, les remords et les corrections sont autorisés. Un exemple, dès les débuts de ces Nouvelles en trois lignes - c'était le titre de la rubrique dont Félix Fénéon était chargé au quotidien Le Matin en 1905 et 1906. On lit ceci:
L’infirmière Élise Bachmann, dont c’était hier le jour de sortie, s’est manifestée folle dans la rue.
Et, un peu plus loin:
Certaine folle arrêtée dans la rue s’était abusivement donnée pour l’infirmière Élise Bachmann. Celle-ci est en parfaite santé.
C'est parfois tragique, souvent drôle. Le monde est ainsi fait qu'il regorge d'histoires, dont un romancier tirerait trois cents pages et dont Félix Fénéon faisait trois lignes agiles. Une gourmandise à déguster par petits morceaux, mais digne aussi d'un vrai grand repas complet. Toute l'humanité est ici.