Affichage des articles dont le libellé est MALGACHE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est MALGACHE. Afficher tous les articles

mercredi 14 mai 2014

Supplément à la vie de Long John Silver

L’écrivain suédois Björn Larsson s’était emparé, dans les années 90, d’un personnage de L’île au trésor, le célèbre roman d’aventures de Robert Louis Stevenson. Long John Silver, l’homme à la jambe de bois, aurait écrit ses mémoires lors de sa retraite à… Madagascar ! On traduit aujourd’hui un supplément à ce texte : La dernière aventure de Long John Silver.
Rappelons, si on a un peu oublié L’île au trésor, qui est Long John Silver. Engagé comme cuisinier sur l’Hispaniola, il se révèle bientôt indispensable au recrutement de l’équipage et à la bonne marche du navire. John Trelawney dit de lui : « John Silver est un homme très sérieux. Je sais de source certaine qu’il a un compte courant chez un banquier. Sa femme doit rester ici pour diriger sa taverne en son absence. C’est une femme de couleur, et une paire de vieux célibataires comme vous et moi peut aisément deviner que la femme, plus encore que la raison de santé, le décide à reprendre la mer. » Il n’est pas seulement sérieux : il possède aussi une autorité naturelle qui fait de lui une véritable terreur. A la fin du roman, il disparaît : « On n’a plus entendu parler de Silver. Ce terrible marin à une jambe ne joue plus aucun rôle dans ma vie. Je me plais à croire qu’il a retrouvé sa vieille négresse et qu’il vit en paix dans quelque coin, avec elle et son perroquet. »
Björn Larsson l’a donc retrouvé dans son refuge malgache où il lui a offert un long récit apocryphe, mais vraisemblable par rapport aussi bien à la fiction de Stevenson qu’à ce qu’on connaît des histoires véridiques de pirates. On sait que ceux-ci ont beaucoup fréquenté les côtes de Madagascar et l’île de Sainte-Marie. Long John Silver s’est installé à Ranter Bay, autrement dit la baie d’Antongil. Il y mène une vie paisible et c’est donc là qu’il a écrit (ou plutôt que Björn Larsson a imaginé qu’il avait écrit) Long John Silver : la relation véridique et mouvementée de ma vie et de mes aventures d’homme libre, de gentilhomme de fortune et d’ennemi de l’humanité. Un titre interminable, comme on les aimait au dix-huitième siècle, c’est-à-dire à l’époque supposée de sa vie.
Quand l’écrivain suédois a trouvé un éditeur pour ce livre, il a dû couper un peu son gros manuscrit. Il en avait donc enlevé un épisode qui, lui semblait-il, n’apportait pas grand-chose à l’ensemble. Mais qui, repris pour en faire un récit détaché du grand bloc des mémoires, prend tout son sens. Et joue habilement entre fiction et réalité.
Deux hommes à bout de force se présentent un jour chez Long John Silver. Il leur sauve la vie sans enthousiasme : il n’aime pas ces inconnus qui ne lui disent rien de bon. Il n’a pas tort de se méfier : son visiteur principal, Charles Barrington, est un homme qui a échoué dans tout ce qu’il a entrepris auparavant et qui est venu à Madagascar pour tenter de refaire fortune dans le commerce des esclaves. Mal lui en prit : c’est un nouvel échec, aux conséquences dramatiques puisqu’il va payer très cher son entreprise.
Il est vrai qu’il l’a bâtie sur des fondations très fragiles : le journal que Robert Drury avait tenu lors de son séjour à Madagascar et que Barrington tient pour un document authentique. Tandis que Long John Silver, qui a rencontré Daniel Defoe, sait comment celui-ci l’a tiré de son imagination fertile…
Barrington, homme cupide, ignore évidemment que Long John Silver, dont la légende de cruauté court sur toutes les mers du globe, a depuis longtemps oublié ce qu’est l’appétit de richesses. Il ignore encore davantage que Jack, bras droit du pirate retraité, est un Malgache, fils de roi et ancien esclave. Ce qui donne surtout aux deux hommes envie de faire subir à Barrington ce qu’il voulait faire subir à la « marchandise » qu’il avait l’espoir de trouver dans l’île. Les humiliations et les tortures que Jack a vécues et dont il porte les marques dans sa chair.
L’ouvrage n’est pas long. Mais il repose sur un face à face où la tension est constante. Où Björn Larsson renoue aussi les fils d’une biographie imaginaire dont il donne quelques clés en postface. Il n’est pas besoin d’avoir lu le livre précédent pour goûter celui-ci. Et le plaisir de retrouver quelques lieux, malgré les libertés que prend le romancier avec la réalité, est intense.

P.-S. Cette note qui a été, à l'origine, un article pour Les Nouvelles (quotidien de Madagascar) a aussi été publiée dans mon autre blog, Actualité culturelle malgache.

samedi 4 janvier 2014

Madagascar en 1913, l'intégrale en un livre numérique

Cette note n'est pas dans la ligne de celles que je publie habituellement ici. Elle vient d'ailleurs du blog plus "malgache" que je tiens par ailleurs. Mais, puisque je suis plutôt fier du travail accompli pour aboutir à l'ouvrage que je vais présenter, je vous en fais part...

Depuis des mois, certains lisent dans mon blog Actualité culturelle malgache, comme d'autres (ou les mêmes) dans Les Nouvelles, la chronique Madagascar il y a 100 ans. Dépouiller la presse de 1913 et ce qu'elle raconte d'une île annexée par la France est un exercice riche en informations. C'est par ailleurs souvent irritant.
Forcément, toute cette presse, en particulier celle qui s'écrit en français à Madagascar ou qui rend compte, en métropole, de l'état de la colonisation, est conduite par une seule idéologie. Il ne m'appartient pas de l'analyser, d'autres l'ont fait mieux que moi et continueront à le faire.
Il m'a paru important, en revanche, de m'y frotter, parce que l'ignorance est la pire des choses. De fouiller, jour après jour, ces vieilles gazettes, ces revues oubliées pour la plupart où le nom de Madagascar revenait souvent, et avec lui des études sur la faune, la flore, les habitants surtout (pas toujours gâtés dans les commentaires). Les dirigeants, aussi, gouverneur général et administration, cibles de critiques et de commentaires jusqu'à la caricature...
Ce qui a été publié depuis le début de l'année 2013, et dont le mois de janvier 1913 a déjà été regroupé dans un ouvrage, est assez loin de correspondre à l'intégralité de la récolte. En outre, pour des raisons de mise en page dans Les Nouvelles, je suis parfois amené à couper dans des articles, tout en essayant de ne pas leur faire perdre leur sens. Ne pouvant me résoudre à laisser se perdre les deux tiers de la récolte, je l'ai donc rassemblée dans un (gros) livre, disponible depuis hier sous forme d'ebook: Madagascar en 1913.
Pourquoi pas un livre papier, alors que j'imaginais déjà le début d'une collection de beaux ouvrages reliés? Parce que c'est épais, précisément (Amazon estime la version imprimée à 734 pages), et que le coût d'un tel ouvrage, frais de port en supplément, aurait allègrement dépassé les 50 €. Cela m'a paru excessif, d'autant qu'il était possible de rester dans une fourchette de prix bien plus raisonnable avec une version électronique.
La preuve par les deux plateformes sur lesquelles l'ouvrage est disponible à la vente:

  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - mais un ouvrage sans la couverture que, pour des questions techniques que je maîtrise mal, je ne suis pas parvenu à intégrer: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, avec la couverture et le risque d'un prix variable en fonction du cours du dollar (c'est leur devise de base), au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €