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mercredi 5 juin 2019

Rentrée littéraire : Jelena Bačić Alimpić en français pour la première fois

Parcimonieux dans ses publications, Serge Safran aime à découvrir et à faire découvrir. Le 21 août, Jelena Bačić Alimpić nous arrivera ainsi en traduction avec Dernier printemps à Paris, un roman paru en 2014 dans sa langue, le serbo-croate. On ne demande qu'à aimer cela...

Présentation de l'éditeur

Quelques lignes
«Un amour profond, sincère, songea Olga qui ressentit une pointe aiguë de jalousie à l’encontre de cette vieille femme de quatre-vingts ans. Elle se demanda si cet amour qui lui revenait en pensée soixante ans plus tard pouvait n’avoir rien perdu de sa force, être apparemment toujours vivace, respirer encore en elle en attendant le terme de sa vie.  Olga ne parvenait pas à comprendre comment, après toutes les brimades qu’elle disait avoir endurées, cette frêle vieille dame pouvait avoir encore autant d’amour dans le cœur et s’en souvenir sans verser de larmes…»

Le livre
Pianiste de talent reconvertie dans le journalisme, avec une vie de couple qui bat de l’aile, Olga part en reportage à Toulon. Elle doit y recueillir le témoignage d’une vieille femme russe pensionnaire depuis longtemps d’un sanatorium. Cette Maria Koltchak, qu’on a dit folle, affirme être une ancienne détenue du goulag stalinien et désire se confier avant de mourir. Au fil des entretiens, Olga est happée malgré elle par son histoire poignante. On assiste à une tragédie familiale sur fond d’histoire de l’URSS. Aidée par le directeur de l’hôpital, Olga tente de renouer chacun des fils d’un récit palpitant marqué par la trahison et l’espoir. Elle remonte avec Maria dans les profondeurs de ses souvenirs, notamment celui de la recherche de sa fille disparue. À travers ses yeux, la jeune femme découvre Moscou, la Sibérie, elle retourne là où tout a commencé, lors d’un dernier printemps à Paris…
Traduit du serbo-croate (Serbie) par Alain Cappon.

L'auteure
Jelena Bačić Alimpić, née en 1969 à Novi Sad en Serbie où elle habite, est journaliste, auteure d’émissions documentaires pour la télévision, animatrice et directrice à la chaîne de télévision Pink. Sa carrière littéraire commence en 2010 avec le prix «Zlatni Hit Liber», puis se poursuit avec d’autres romans comme Poslednje proleće u Parizu [Dernier printemps à Paris, 2014].

Dernier printemps à Paris est le premier roman de Jelena Bačić Alimpić traduit en français.

jeudi 16 août 2018

«L'égout», d'Andrija Matić


Nous n’avions pas compté, Alain Cappon l’a fait pour nous dans sa postface : « L’informatique permettant ce genre de calcul instantané, le mot le plus utilisé par Andrija Matić dans L’égout est l’adjectif noir dont on ne compte pas moins de soixante-deux occurrences. » On aurait bien dit que la tonalité générale d’un roman situé en Serbie dans les années 20 – 2020 – est sombre. Sombre en tout cas est la vie du malheureux héros, Bojan Radić, professeur d’anglais au moment où la langue de l’ennemi est supprimée. Et où Bojan, et ses collègues avec lui, sont considérés comme des pestiférés, de dangereux agitateurs en puissance.
Dans une dictature où la devise est « Unité – Foi – Liberté », les individus sont des jouets aux mains d’un pouvoir capable de tous les abus ne serait-ce que pour prouver qu’il a tous les pouvoirs. Renforcée par l’absurdité même de ses méthodes, symbolisées entre autres choses par les exécutions hebdomadaires auxquelles il faut bien convier des condamnés, coupables ou non de faits graves (la gravité étant en outre très relative et proportionnelle à la morale imposée parfois en dépit des faits), la dictature a créé, cela va de soi si ses discours ont quelque chance d’être pris pour la vérité, un véritable paradis sur terre. Pas de chômage, le bonheur pour tous, même l’éradication totale et durable de cette maladie « archaïque et fatale », le sida.
Bien entendu, cette éradication est aussi théorique que tout le reste, Bojan le découvrira à ses dépens quand Vesna, une jeune femme pour laquelle il éprouve une grande attirance, lui avouera être séropositive – alors qu’elle n’est encore vivante que grâce à son silence, toute information sur l’existence du sida étant contraire à la vérité officielle.
La police secrète surveillant tout, dans la grande et belle tradition du totalitarisme, les relations entre Bojan et Vesna ne sont pas passées inaperçues. Cela tombe mal pour lui, qui avait bénéficié de la bienveillance du chef du service de la Sécurité, souhaitant quand même faire apprendre l’anglais à ses enfants – la vérité officielle est une chose, les attitudes de la classe dirigeante en sont une autre, bien différente (pour les meilleures raisons, bien entendu).
L’accalmie, au fond, n’aura guère duré. Bojan est bientôt un homme traqué, son territoire devient de plus en plus étroit et l’égout est un tunnel sans sortie.

Citation
Être seul n’est pas un problème à condition de savoir que l’on pourrait être avec quelqu’un, mais si plus personne ne souhaite votre présence, si vous êtes frappé d’exclusion de la communauté, chaque seconde de solitude paraît une journée entière, et cette sensation fait naître l’image sinistre d’une existence à vivre ainsi jusqu’à son achèvement.

ANDRIJA MATIĆ
Traduit du serbo-croate (Serbie) et postfacé par Alain Cappon
Serge Safran, 256 p., 21 €