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vendredi 1 mai 2015

Sainte-Beuve, Balzac et la littérature industrielle

En septembre 1839, Sainte-Beuve publie dans la Revue des Deux Mondes un article qui n’a pas fini de faire parler de lui tant il semble avoir été écrit pour notre époque où la confusion la plus totale règne entre l’auteur, ses livres, sa notoriété, ses frasques, et mettez tout cela dans le désordre vous obtiendrez une image certes peu claire mais assez ressemblante de l’état de la librairie, au sens large.
De la littérature industrielle occupe dix-sept pages de la Revue. Il répond à une lettre que Balzac avait publiée le 18 août dans La Presse. Nous donnons en annexe la lettre, rarement jointe dans ce contexte, car sur elle reposent bien des arguments de Sainte-Beuve. Il déborde cependant d'une simple réponse.
Le critique se plaint de ce qu’on écrit trop, et trop mal, sans se soucier de faire œuvre. Et les journaux qui acceptent les annonces payantes pour les nouveautés font naître le soupçon sur leurs articles littéraires, si bien qu’à la fin, au lieu de prospérer, le commerce du livre s’étiole puisque les lecteurs n’ont plus confiance dans la qualité de ce qu’ils achètent.
La littérature industrielle est, selon Sainte-Beuve, un mal qu’il est nécessaire de contenir dans des proportions raisonnables, tâche difficile dans la mesure où tout semble fait pour qu’elle prenne le dessus.
On se croirait presque deux siècles plus tard. Sinon qu’on cherche le Sainte-Beuve d’aujourd’hui.

Cette édition numérique de la Bibliothèque malgache, dans la collection littéraire, est disponible dans toutes les bonnes librairies proposant un rayon ebooks, pour la modique somme de 1,99 €.

mardi 24 février 2015

Marcher

Je ne sais ce qui frappe le plus dans cette histoire : l’homme de Detroit qui marche 33 kilomètres par jour pour aller à son travail et en revenir, ou les 160 000 dollars et des poussières qu’un étudiant a levés, comme on dit, pour simplifier la vie de James Robertson. Avec, je suppose, dans la tête des donateurs, le sentiment de faire une belle action. Ce qui n’est pas faux.

Walter Benjamin cité par Yannick Haenel en épigraphe des Renards pâles (Folio) : « Vaincre le capitalisme par la marche à pied. » Une phrase que l’écrivain – Yannick Haenel – se récitait « en souriant », début 2010, plus de trois ans avant la sortie d’un roman qui a donc longuement piétiné. Ce qui n’est pas un défaut.

Chômeur et marcheur, la rime n’est pas très riche mais elle a séduit Daniel Gachet, adjoint au maire de Luçon (France). Qui ne comprend pas pourquoi il faudrait renforcer les transports en commun en direction des bureaux de Pôle Emploi qui se trouvent en périphérie de la ville. « Les chômeurs n’ont qu’à marcher, ils n’ont que ça à faire », a-t-il dit, sans penser non plus au courage qui manque au retour après un entretien sans résultat.

Ligne 11. Dans la numérotation plutôt anarchique des lignes de transport en commun dans la capitale malgache, cette ligne n’existe pas. Pourtant, elle est, à elle seule, plus fréquentée que toutes les autres : une enquête estime à quatre sur dix le nombre de ménages qui l’empruntent, le succès global des taxis-be, comme on les appelle, étant un peu moindre. Mais alors, c’est quoi, cette ligne 11 ? La marche – la « marche à pied », précise le sondage pour qu’il n’y ait aucune confusion.


Antoine Boute, dans S’enfonçant,spéculer (Onlit Books), qu’il aurait pu intituler La possibilité d’un polar (gore), montre son personnage d’écrivain happé par une jeune femme qui l’entraîne à travers bois vers une mystérieuse demeure. Ils sont à pied, et cela dure. « La longueur de la marche les fait entrer, comme tous les marcheurs le savent, dans une transe légère. »

Marcher. Le geste est fascinant. Balzac, qui s'intéressait à tout, l'a observé de près. C'est la Théorie de la démarche, premier titre de la Bibliothèque marcheuse, collection sans frontières de la Bibliothèque malgache.

dimanche 8 février 2015

Balzac, pas à pas

Une femme doit-elle retrousser sa robe en marchant ?
C’est l’une des questions fondamentales auxquelles Balzac parvient quand il publie, en 1833, sa Théorie de la démarche dans L’Europe littéraire. Il avait eu le projet, finalement avorté, d’intégrer à La Comédie humaine quelques textes qui, pour lui comme pour les spécialistes, sont devenus plutôt des annexes. Il imaginait « quatre ouvrages de morale politique, d’observations scientifiques, de critique railleuse, tout ce qui concernait la vie sociale analysée à fond ». Il a fait mieux que les imaginer, puisqu’il les a écrits, au moins en partie. Outre Théorie de la démarche, il y incluait Traité de la vie élégante et Traité des excitants modernes.
Mais c’est la démarche, ou la marche, qui nous intéresse ici pour ouvrir la collection dédiée à ce mouvement humain. Comment Balzac s’étonne qu’elle n’ait pas été davantage étudiée par les savants, quelle place elle occupe dans la vie sociale, ce qu’il peut en dire par l’observation et la réflexion. Tout cela avec un esprit de sérieux souvent démenti par lui-même : « Ici, je serai toujours entre la toise du savant et le vertige du fou. »
À bon entendeur…