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vendredi 1 mai 2015

Sainte-Beuve, Balzac et la littérature industrielle

En septembre 1839, Sainte-Beuve publie dans la Revue des Deux Mondes un article qui n’a pas fini de faire parler de lui tant il semble avoir été écrit pour notre époque où la confusion la plus totale règne entre l’auteur, ses livres, sa notoriété, ses frasques, et mettez tout cela dans le désordre vous obtiendrez une image certes peu claire mais assez ressemblante de l’état de la librairie, au sens large.
De la littérature industrielle occupe dix-sept pages de la Revue. Il répond à une lettre que Balzac avait publiée le 18 août dans La Presse. Nous donnons en annexe la lettre, rarement jointe dans ce contexte, car sur elle reposent bien des arguments de Sainte-Beuve. Il déborde cependant d'une simple réponse.
Le critique se plaint de ce qu’on écrit trop, et trop mal, sans se soucier de faire œuvre. Et les journaux qui acceptent les annonces payantes pour les nouveautés font naître le soupçon sur leurs articles littéraires, si bien qu’à la fin, au lieu de prospérer, le commerce du livre s’étiole puisque les lecteurs n’ont plus confiance dans la qualité de ce qu’ils achètent.
La littérature industrielle est, selon Sainte-Beuve, un mal qu’il est nécessaire de contenir dans des proportions raisonnables, tâche difficile dans la mesure où tout semble fait pour qu’elle prenne le dessus.
On se croirait presque deux siècles plus tard. Sinon qu’on cherche le Sainte-Beuve d’aujourd’hui.

Cette édition numérique de la Bibliothèque malgache, dans la collection littéraire, est disponible dans toutes les bonnes librairies proposant un rayon ebooks, pour la modique somme de 1,99 €.

dimanche 25 décembre 2011

Littérature sur toile : 3. ONLiT

ONLiT, c'est encore tout à fait autre chose. Ils sont deux à animer le site, je suis allé vers Benoit Dupont pour qu'il m'explique comment ça fonctionne - et vers quoi cela se dirige, car les projets, en voie de concrétisation, sont très précis.

- Peut-on considérer ONLiT comme un blog littéraire collectif?

- Avant d'aborder ONLiT Books, une véritable maison d'édition numérique que nous lançons en 2012, abordons d'abord notre activité de revue en ligne que nous effectuons pour ONLiT depuis 2006. A propos de cette activité qui mêle littérature et internet, bien plutôt que de "blog", nous parlons plus volontiers de "revue littéraire en ligne" dans le sens où nous y publions des textes que nous proposent des auteurs. Tous les quinze jours sur notre site www.onlit.be paraît un nouveau texte court (maximum 8.000 signes), qui est accessible librement au lecteur. Depuis la naissance de notre structure d'édition, début 2006, nous fonctionnons comme un éditeur: nous recevons des propositions par email, nous effectuons ensemble un travail de sélection, ensuite nous les relisons, corrigeons et révisons  avec les auteurs si nécessaire et puis publions ces textes, enfin nous effectuons un travail de promotion par mailing et via les réseaux sociaux.
Un "blog collectif" pourrait faire penser que tous les auteurs sont administrateurs du site et que chaque auteur y publie ce qu'il écrit, dans un espace réservé. Ce qui n'est absolument pas le cas (voir question suivante pour fonctionnement). Si le côté "collectif" peut s'appliquer d'une certaine manière à notre projet, nous en parlerions plutôt en terme d'une curiosité voire partagée autour d'un nouveau mode de diffusion du texte, un mode qui passe par le numérique, qui se caractérise par ses aspects instantanés et interactifs. Une dimension intéressante de cette proximité entre l'auteur et le lecteur est la possibilité de laisser des commentaires. Cela fonctionne très bien et nous assistons régulièrement à des échanges entre lecteurs mais aussi entre les lecteurs et l'auteur. Ce "temps Internet" crée une complicité entre les auteurs, les lecteurs et nous-mêmes qui à certains égards créent un sentiment de collectif.
- Comment se fait le choix des textes publiés?

- Le comité de lecture de ONLiT Editions est donc composé de Pierre de Mûelenaere et moi-même. Depuis cinq ans, outre les textes que nous commandons à certains auteurs que nous apprécions particulièrement, nous lisons Pierre et moi chaque proposition de texte. Nous en recevons plusieurs centaines par an. C'est un travail passionnant qui a abouti à de nombreuses découvertes: auteurs connus ou en devenir, jeunes ou moins jeunes, belges, français, québécois... Nous publions donc ce que nous aimons, ce qui nous fait rire, ce qui nous touche... Le seul critère pour la revue en ligne est de ne pas dépasser les 8.000 signes. Ce format court est adapté au monde numérique, il correspond à notre objectif initial dont nous allons parler plus bas mais rend également ses lettres de noblesse à la nouvelle publiée dans le journal au 19e. Il y a chez nous une volonté d'aller de l'avant sans renier le passé. Enfin, pour la revue, il faut faire des choix car nous ne publions que 25 textes par an, à raison de un toutes les deux semaines. Le résultat est une ligne de fiction contemporaine, francophone et volontiers décalée. Nous aimons surprendre, et nous surprendre. La ligne peut sembler floue mais je pense que ceux qui nous suivent depuis longtemps aiment notre ligne et savent pourquoi. L'originalité et la liberté de ton sont nos maîtres-mots.
Pour ONLiT Books, l'édition de livre électronique pour tablettes et liseuses, qui arrive au mois de février, il n'y a pas de raison de changer de méthode.

- Quelle est la vocation initiale du site? Faire découvrir des auteurs? Se faire plaisir? Autre chose?

- La vocation initiale de notre projet était de mettre le texte au plus près du lecteur grâce aux nouvelles technologies. Pour ce faire, le format court s'est imposé à nous. L'idée était de créer quelque chose susceptible de s'insérer dans les "temps morts" de notre quotidien. Au-delà de l'intention première, il faut bien reconnaître que les liens parfois étroits que nous avons pu lier avec certains auteurs, voire lecteurs, sont devenus une véritable source de plaisir.
Dans l'avenir, notre activité de revue littéraire en ligne continuera à exister parallèlement à notre nouvelle activité d'édition de livres numériques : ONLiT Books. Plus qu'une juxtaposition, nous y voyons un excellent moyen de faire communiquer un "laboratoire littéraire" en libre accès et une activité d'édition numérique de livres électroniques (destinés aux liseuses et tablettes moyennant paiement). A notre sens, ces deux activités se complètent parfaitement. De véritables vases communicants au sein de la structure ONLiT Editions qui "chapeautera" les deux entités.


- Le passage à l'édition est-il une suite logique de l'expérience?

- D'une certaine manière, oui. Après plus de cinq années à gérer une revue en ligne, il nous semble que le moment est propice de passer à l'édition numérique. Nous avons aujourd'hui un large réseau d'auteurs (plus de septante auteurs publiés à ce jour) et de lecteurs (plus de 25.000 visites chaque mois).  Nous sommes férus de nouvelles technologies et très enthousiastes par rapport au futur du livre numérique, ou du "lire" numérique. Certes, les liseuses stricto sensu ne sont pas encore très répandues en Belgique francophone tandis que les iPad commencent à être bien présents; certes le marché du livre électronique est encore mince en terme de chiffres. Mais, d'un autre côté, nos sorties numériques seront disponibles (sans rupture de stocks, sans réimpressions, etc.) dans toute la Francophonie. Il était important dès lors pour nous de prendre une place, développer un savoir-faire, de construire et d'installer une présence, d'offrir aux auteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles un espace, une fenêtre dans le numérique. Ce dernier point est certainement crucial car, au-delà des débats entre les nostalgiques de "l'odeur du papier" et les utilisateurs de Kindle, la question n'est en fin de compte pas de savoir si on va aller dans le numérique ou pas. Ni si on va aller dans le numérique ou dans le papier. Le fait est que l'on est dans le numérique. Le numérique fait partie de notre vie quotidienne.  La question est donc de savoir si on est en mesure d'y construire une place pour la littérature. Une place pour nos auteurs, pour nos lecteurs. C'est aussi à nous, éditeurs, de travailler pour mettre cela place afin que le texte puisse continuer à vivre dans le numérique. A petite échelle, c'est ce que nous avons voulu faire en créant notre revue en ligne. C'est à présent ce que nous voulons faire encore davantage en créant la collection de littérature contemporaine ONLiT Books.

Littérature sur toile : 2 Les notules dominicales

Philippe Didion intrigue. Les notules dominicales de culture domestique (et de villégiature exotique) ne ressemblent à rien de connu - mais sont publiées depuis maintenant plus de dix ans. Cette accumulation faite elle-même d'accumulations méritait d'être éclaircie par son responsable...

- On ne parlait pas encore beaucoup de blog, quand vous avez commencé à publier vos "Notules" en 2001. Aviez-vous conscience d'en avoir ouvert un?

- Effectivement, en 2001, il n'était pas question de blog: on créait cependant des sites qui pouvaient être personnalisés mais la structure blog avec contenu essentiellement autobiographique et commentaires n'est devenue populaire qu'un peu plus tard. De toute façon, ma démarche était différente, il ne s'agissait pas de s'adresser à l'ensemble de la Toile mais à certains destinataires choisis qui se sont multipliés au cours des années qui ont suivi. La création du site des notules n'est intervenue qu'après mais le modus operandi est resté le même, la mise en ligne et l'administration du site se faisant par l'intermédiaire d'une personne extérieure.

- Maintenant que le blog est devenu populaire, voire envahissant, vous annoncez que vous cessez les mises à jour et que vous n'enverrez plus vos "Notules" que par email. Pourquoi?

- En fait, le site pourrait être repris début 2012 par un autre administrateur mais là n'est pas la question. Il est primordial pour moi de m'adresser à des personnes identifiées, même si elles me sont pour la plupart inconnues. La forme courriel est peut-être archaïque mais elle me convient dans la mesure où elle instaure un lien direct, personnel, avec chacun des abonnés qui constituent de fait une petite communauté, ce que j'appelle la "notulie". Qu'ensuite les notules soient reprises sur un site et deviennent lisibles pour tout un chacun m'apparaît comme secondaire. Dans le même ordre d'idée, le site permet de répondre directement au notulographe mais n'offre pas de rubrique "commentaires" ouverte à tous vents.

- Vous assemblez, chaque semaine, des fragments sans rapports apparents les uns avec les autres: lectures, salons de coiffure, monuments aux morts, curiosités... Quelle est la cohérence de tout cela?

- S'il fallait trouver une cohérence, elle se trouverait dans l'intérêt que j'ai pour ce que Georges Perec appelait l'infra-ordinaire : les petits faits insignifiants qui passent inaperçus et qui forment le tissu de l'existence. Les divers chantiers qui apparaissent de façon régulière dans les notules sont un reflet de l'infra-ordinaire, assorti d'une contrainte. Par exemple, je recopie les noms des victimes qui figurent sur les monuments aux morts des communes des Vosges mais je visite celles-ci selon la contrainte de l'ordre alphabétique, ce qui me conduit à suivre un itinéraire extravagant. Je fais la chasse aux salons de coiffure dont le nom comporte un jeu de mots banal, comme Créa'Tifs ou Atmosp'Hair, je recopie des fragments de romans qui présentent une scène se déroulant chez un coiffeur, etc. L'essentiel, c'est que ces chantiers soient démesurés, voire interminables, c'est ma façon à moi de lutter contre le temps.

Littérature sur toile : 1. La république des livres

On me dit que c'est Noël. Ah! bon? Voilà qui vaut bien un petit quelque chose de spécial...
Je vais donc profiter des échanges que j'ai eus, la semaine dernière, avec quelques acteurs de la littérature sur Internet - je leur posais des questions pour des articles parus vendredi dans Le Soir, et je n'ai pu utiliser qu'une toute partie de leurs réponses.

Le premier à réagir a été Pierre Assouline, à lui donc d'ouvrir le bal.


- Quand vous avez ouvert le blog "La république des livres" il y a un peu plus de sept ans, vous attendiez-vous à ce que cela dure?

- Il y a sept ans, je n'avais aucune idée de l'aventure dans laquelle je m'embarquais ni pour combien de temps. Je n'avais qu'une conviction basée sur une intuition : là est le présent et l'avenir du journalisme.

- Qu'appréciez-vous le plus dans l'exercice? Une totale liberté? Les réactions des lecteurs? La souplesse de l'instrument? Autre chose?

- J'apprécie la rapidité de l'instrument, son indépendance, la capacité de tout maîtriser du début à la fin et les réactions immédiates des lecteurs. Lorsque je voyage au bout du monde pour parler de mes livres, je rencontre des gens qui me parlent de l'article que j'ai posté le matin même...

- Le nombre de commentaires que vous suscitez n'a-t-il pas quelque chose d'effrayant?

- Effrayant en effet. Environ 400 par jour. Mais suivez la décision historique que j'ai prise ce matin même [note: le dimanche 18 décembre] et l'enthousiasme de la majorité des commentateurs...

- Choisissez-vous vos sujets de la même manière que si vous aviez, par exemple, une chronique dans un journal?

- Oui, probablement. Je me laisse guider par l'actualité, l'air du temps, mon bon plaisir, ma curiosité et... l'actualité. Mais quand je prépare ma chronique pour Le Monde des livres ou L'Histoire, j'en parle d'abord avec la Rédaction, alors que sur le blog, je n'en parle qu'à moi-même et je suis souvent d'accord...