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jeudi 8 octobre 2015

Les trois finalistes du Prix Jean Giono

J'apprends par un tweet - et, donc, j'aurais tendance à me méfier, après l'affaire du jour (le Nobel de littérature annoncé par un faux compte de la lauréate deux heures avant), mais celui-ci est de Bernard Lehut, dont je ne crois pas que le compte ait été piraté - que le jury du Prix Jean Giono a choisi ses trois finalistes. Ce qui écarte neuf, trois fois trois, livres présents dans la première sélection. Ce n'est pas du rabotage, c'est de la destruction massive. Et, à ce stade, on ne se préoccupe plus de savoir s'il y a, parmi les recalés, quelques noms attendus dans la rentrée. Vous jugerez vous-mêmes: Clélia Anfray, Olivier Bleys, Mathias Enard, Hubert Haddad, Isabelle Jarry, Jean-Yves Laurichesse, Alain Mabanckou, Pierre Senges et Alice Zeniter.
Quant aux trois qui restent, ils sauront le 14 octobre (par un tweet?) s'ils doivent renoncer à ces lauriers (et au joli chèque qui l'accompagne) ou s'ils peuvent exprimer leur joie (sur Twitter?).
  • Hédi Kaddour, Les Prépondérants (Gallimard)
  • Cherif Madjalani, Villa des femmes (Le Seuil)
  • Laurent Seksik, L’Exercice de la médecine (Flammarion)



mercredi 19 novembre 2014

Prise de bec autour du Goncourt des Lycéens

David Foenkinos attise les passions, qui l'eût cru? Après le Goncourt des Lycéens qui succédait au Renaudot pour Charlotte, David Caviglioli a publié hier soir, sur le site de L'Obs, dans sa partie Bibliobs, un article, "Charlotte": le problème avec Foenkinos, que j'aurais volontiers signé si j'avais son talent. Je vous conseille vivement de le lire toutes affaires cessantes. Je lui ai en tout cas, lors d'une délibération secrète avec moi-même, décerné le Prix du Meilleur Article de la Rentrée sur David Foenkinos. D'avoir ensoleillé les premiers moments de ma journée, à une heure où le soleil se trouvait encore de l'autre côté de l'horizon, méritait bien ça.
Tout le monde n'a pas apprécié autant que moi, si j'en juge par le tweet posté en réponse par Bernard Lehut, journaliste littéraire à RTL. Jugez vous-mêmes.


Tout le monde a le droit d'apprécier les livres de David Foenkinos et, partant, les choix du Renaudot ainsi que du Goncourt des Lycéens. On a aussi le droit d'apprécier moins, de le dire, de l'écrire.
Mais s'il y avait, plutôt qu'un problème avec Foenkinos, un problème avec le Goncourt des Lycéens?
Avant d'expliquer pourquoi je me pose la question, il faut dire quand même, non pour désamorcer les remarques aigres-douces que cette note de blog suscitera peut-être, mais parce que je le pense sincèrement, pourquoi c'est bien, le Goncourt des Lycéens.
C'est bien parce qu'une génération réputée réfractaire à la lecture se trouve confrontée à de la littérature contemporaine et que les participants aux jurys, à différents niveaux, se passionnent, si j'en crois ce que je lis ici ou là (et j'ai très envie de le croire), pour leurs lectures.
C'est bien parce que, repensant à la manière dont j'ai abordé la littérature à l'âge de ces lycéens, je me rappelle que les enseignants donnaient l'impression de la présenter comme une langue aussi morte que le latin - car j'étudiais aussi, ou plutôt j'étais censé étudier le latin. Et voici, pour ces jeunes jurés, des livres publiés de frais ainsi que des rencontres avec des auteurs en chair et en os. (Je n'avais que l'os, à mon époque et dans mon milieu.)
C'est bien parce qu'un prix littéraire de plus reste, malgré tout le mal qu'on peut penser du système, une occasion de projeter un livre, des livres, dans l'actualité. Jamais je ne m'en lasserai, quels que soient ces livres et leurs mérites ou défauts respectifs.
MAIS...
Le revers de la médaille, ce sont peut-être bien les rencontres des candidats au Goncourt des Lycéens avec celles et ceux qui vont choisir entre eux.
Car enfin, qu'y a-t-il de plus important que le texte dans un livre? Celui qui l'a écrit a-t-il pour fonction d'en être l'auteur ou de le défendre? (J'ai failli dire: de le vendre.) La chair et l'os s'animent, sont plus ou moins sympathiques, et qui va me faire croire que cela n'influence pas le jugement des lecteurs, amenés à oublier les éventuelles scories d'un ouvrage parce que son auteur en parle si bien / qu'il est si beau / qu'il est drôle / qu'il a une présence... une présence, quoi, presque une aura?
Donc, le Goncourt des Lycéens est-il attribué à un roman ou à son auteur?
Vous me direz qu'il en va peut-être de même pour les prix littéraires traditionnels, le milieu de l'édition étant, comme tous les milieux, propre à engendrer amitiés ou inimitiés qui pèsent probablement au moment des votes.
Certes. Il n'empêche que le couronnement de David Foenkinos (et les votes pour Grégoire Delacourt) s'explique mieux quand on se pose des questions de ce genre.

lundi 4 novembre 2013

Quelques heures avant le Goncourt

Cent dix ans après le premier Prix Goncourt attribué à John-Antoine Nau pour Force ennemie, où en sommes-nous aujourd'hui? Pierre Assouline a fait le tour complet des attributions depuis 1903, dans un passionnant Du côté de chez Drouant, où il multiplie les anecdotes puisées aux meilleures sources sur la manière dont l'académie Goncourt a travaillé - bien, mal, avec hésitations, sans réfléchir, en pesant des variables diverses, pas toutes littéraires, etc. Son livre a été écrit pour la radio, c'est-à-dire pas très écrit, en fait, mais il est quand même assez passionnant pour m'avoir entraîné dans une longue lecture nocturne le jour où je l'ai reçu.
Pierre Assouline, écrivain, académicien Goncourt est aussi un journaliste roué dont il faut peser les propos. L'année dernière, peu avant la proclamation du lauréat (Jérôme Ferrari), il me faisait part , disant la partager avec moi, de son hésitation entre deux autres des quatre derniers écrivains en lice, Joël Dicker et Patrick Deville. Dans son livre, il est moins disert: "Cette année-là, pour la première fois j’en suis, au 10e couvert. On comprendra que, lié par le devoir de réserve qui m’incombe désormais, je n’en dise rien d’autre que le nom du lauréat, Jérôme Ferrari, et le titre de son roman, Le sermon sur la chute de Rome, publié par Actes Sud, qui l’emporte au détriment de Patrick Deville." En revanche, il dit probablement la vérité définitive au Nouvel Observateur dans un débat avec Sylvie Ducas (qui a publié un passionnant La littérature à quel(s) prix?): "L'an dernier, j'ai soutenu du début à la fin Patrick Deville".
Cette année, il a livré une confidence hier à Bernard Lehut dans son émission Les livres ont la parole sur RTL: sa préférence va à Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre. Tout en reconnaissant, comme je le faisais au moment où la dernière sélection a été publiée, bien des qualités aux trois autres romans retenus.
Alors? Il faudra attendre 12h45 pour savoir qui l'aura emporté. Ce qui n'empêche pas de jouer à la traditionnelle devinette, non sans redire que le dernier carré est de grande, de très grande qualité.
Pierre Lemaitre, en partant de la fin de la Grande Guerre, a écrit un formidable feuilleton par lequel on se laisse prendre avec un plaisir constant.
Jean-Philippe Toussaint, avec Nue, clôt le cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte et son travail sur les grandes scènes est éblouissant.
Karine Tuil donne dans L'invention de nos vies une longue réflexion romanesque sur l'ambition, le mensonge et leurs conséquences.
Et Frédéric Verger, débutant avec Arden, se situe d'emblée à un très haut degré de littérature, emboîtant les mots et les récits comme personne.
Difficile d'être déçu, quel que soit le choix - et même si chacun a son favori de cœur.
Je n'oublie pas que, dès après la proclamation du Goncourt, viendra celle du Renaudot, où certains annoncent Yann Moix - mais c'est, avec le roman de Philippe Jaenada, une de mes absences dans les lectures que j'ai faites depuis le mois de juillet. Les autres candidats sont Chérif Majdalani, Etienne de Montety, Romain Puértolas et l'inévitable Pierre Lemaitre...
Un Renaudot de l'essai sera attribué aussi, et j'espère que Lydie Salvayre l'obtiendra pour 7 femmes, un merveilleux parcours dans la vie et l'oeuvre d'autant d'écrivaines.
Peut-être le plus discret Renaudot du poche viendra-t-il compléter le palmarès du jour? Il apparaît depuis quelques années, mais on n'en parle jamais avant - et très peu après. J'espère, car vous savez mon attachement à ce format, qu'il sera proclamé avec force...
Bon, on en reparle tout à l'heure?