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vendredi 24 février 2012

Vendredi, ah! vendredi! Jour du "Soir", des "Nouvelles" et de "Livres Hebdo"

Aujourd'hui, c'est normalement le jour de la semaine où je me la coule plutôt douce. Le seul, habituellement. Sinon qu'aujourd'hui, pour cause de table ronde demain matin à l'Institut français de Madagascar à propos de bibliothèques numériques (voir le blog d'en face pour les détails), pour cause aussi de Foire du Livre de Bruxelles qui entraîne un surcroît de travail en vue de la semaine prochaine (presque déjà là, la semaine prochaine), je n'ai pas eu le temps d'aller me saouler la gueule faire mes courses hebdomadaires en ville.

La véritable récompense du vendredi, de toute manière, ce n'est pas cela. C'est la publication de l'essentiel du travail accompli pendant les six jours (disons cinq) qui précèdent.

Le vendredi est en effet le jour de parution des pages "livres" du Soir, où je me réjouis à chaque fois (que c'est possible) de parler de livres au format de poches. Et pour lesquelles j'ai eu la chance de lire aussi cette fois, entre autres choses, la formidable biographie de Maupassant par Marlo Johnston, un modèle du genre.
A l'attention des compteurs de pages, je précise que, si le livre en fait 1300, les 200 dernières sont des annexes et des notes (bon, j'ai lu les annexes quand même, mais pas les notes) et qu'il m'a manqué, pour d'obscures raisons de transfert de fichiers, les 200 pages du milieu. Il me restait quand même largement de quoi me régaler.

Le vendredi est aussi, dans Les Nouvelles, quotidien malgache en français avec lequel il m'est déjà arrivé de travailler en 2005 et 2006, le jour d'une page dont j'ai proposé l'idée, acceptée dans la foulée, consacrée à la culture internationale
Je la conçois tout seul, j'envoie textes et illustrations le jeudi, c'est dans le journal le lendemain, et personne ne me dit ce que je dois faire. (Pas de chef, une forme de bonheur, oui!) J'y parle de livres, bien sûr, on ne se refait pas, mais aussi de musique et de cinéma, selon l'actualité.
L'actualité, cette semaine, ce sont les Césars (que j'écris avec majuscule et au pluriel, tant pis pour les puristes) et les Oscars, auxquels j'ai donc consacré l'ensemble des articles. Ce qui m'a conduit à regarder 12 films - il m'en a manqué deux de chaque côté de l'Atlantique. Car on ne se refait pas (bis), je regarde les films et j'écoute les disques avant d'écrire mes articles, de la même manière que je lis les livres.

Enfin, le vendredi m'arrive, quand la connexion Internet le veut bien (ce n'est pas vraiment le cas depuis une semaine, explication de mon silence pendant ce temps), la nouvelle livraison de Livres Hebdo. Je ne suis pas collaborateur de Livres Hebdo (je le fus de leur site Internet, pour un blog éphémère). Sauf cette semaine, à l'occasion de la Foire du Livre de Bruxelles (tout est dans tout, et réciproquement), où le magazine désirait une tribune d'un journaliste littéraire belge. A qui demander? La question a été posée à une attachée de presse parisienne, qui a renvoyé vers ma collègue préférée, qui elle-même m'a proposé le sujet. L'article est donc paru aujourd'hui.


Finalement, je me demande si je n'ai pas mérité de me reposer un peu...

lundi 1 mars 2010

Zapculture, entre Césars et Oscars

On change de semaine, on change de mois, on ne change rien au rendez-vous de Zapculture, toujours en téléchargement (lien dans l'illustration ci-contre) pour une dizaine de minutes d'un menu varié: cinéma en entrée, littérature en plat consistant, musique au dessert.

On commence dès l'indicatif terminé (00'00"-00'25") avec la cérémonie des Césars qui a couronné samedi, je vous l'avais bien dit mais c'était assez facile à prévoir, Un prophète, de Jacques Audiard. Avec neuf récompenses sur vingt possibles (quinze, en réalité, puisqu'il ne s'agit ni d'un court métrage, ni d'un documentaire, ni d'un premier film, ni d'une adaptation, ni d'un film étranger), ce chef-d'œuvre a été justement récompensé. Je vous propose, pour retrouver une partie du casting d'Un prophète, quelques échos de la soirée avec Tahar Rahim, meilleur espoir masculin et meilleur acteur (00'25"-01'12"), Niels Arestrup, meilleur second rôle (01'12"-01'59") et le réalisateur Jacques Audiard lui-même (01'59"-02'36").

Aux Césars français succèdent, cette semaine, les Oscars américains. Tout le monde parle du gigantesque Avatar, de James Cameron. Un peu trop souvent à mon goût en termes de technique (la fameuse 3D) ou de recettes. Un business, en somme. Mais ni la 3D ni les chiffres ne suffisent à donner une âme à un film. Et celle que j'entrevois dans ce long métrage (dont je n'ai regardé que quelques extraits) ne m'attire guère.
Je fais donc le pari, certes risqué, que Démineurs, de Katrhyn Bigelow, nommé d'ailleurs autant de fois que le film de son ex-mari (eh! oui, le divorce continue), fera mieux qu'Avatar (j'ai toutes les chances de me tromper, tant pis).
En tout cas, Démineurs vient de sortir en DVD et montre qu'on peut filmer la guerre du côté des hommes, avec la peur et le courage, l'inconscience et la réflexion. Il y a, inévitablement, des scènes très dures, mais jamais gratuites. Au centre du récit, l'équipe de démineurs en Irak est un exemple magnifique de ce dont l'humanité est capable: le meilleur et le pire.
A défaut des images, écoutez le son - musclé - de la bande annonce (02'36"-04'14").

Côté livres, ceux d'entre vous qui connaissent ma volonté à signaler l'existence de rééditions au format de poche ne seront pas surpris d'entendre ici une séquence de Laissez-vous tenter (RTL) consacrée à deux titres parus dans ce format (04'14"-06'52").
Le premier, Des vents contraires, a d'ailleurs valu le prix RTL/Lire à Olivier Adam. L'écrivain y envisage la paternité sous un jour non pas inédit, mais inhabituel quand même. Je vous redis une partie de ce que j'écrivais l'an dernier, après l'avoir lu:
C'est un livre dans lequel je suis entré comme on pousse la porte d'une maison dans laquelle on est allé souvent, autrefois, et qu'on retrouve avec son air familier. Sinon que, petit à petit, une boule douloureuse naît dans le ventre. Plus rien n'est pareil à ce qu'on a connu, les manques sont criants. La tension monte. Et il me fallait la musique de Bach pour la faire retomber.
Olivier Adam donne au concret une force incroyable. Aucun détail ne lui échappe. Il peint avec précision les moments et les gestes, leur donne le poids du réel. Et ce poids entraîne vers le fond...
Bon, ce n'est pas rigolo, comme livre. Mais c'est formidable.

L'autre poche évoqué dans la même séquence sort cette semaine, et je ne l'ai pas encore lu - mais il est dans mon programme de lectures, et le plus vite possible. Jean-Louis Fournier a reçu le prix Femina en 2008 pour Où on va, papa?
Jean-Louis Fournier, qui fut longtemps le complice de Pierre Desproges, parle de choses tristes. Sur un ton qui, on s'en doute, ne l'est pas. Humour et tendresse, dès les premières lignes:
Cher Mathieu,
Cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait, ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…
Les livres sont parfois frappés par la censure, évoquée il y a deux semaines. Particulièrement en 1857, année terrible pour quelques écrivains: Madame Bovary, de Gustave Flaubert, Les fleurs du mal, de Charles Baudelaire et Les mystères du peuple, d'Eugène Sue - trois grands livres de trois auteurs majeurs - ont été convoqués au tribunal. Emmanuel Pierrat revient sur ces affaires dans Accusés Baudelaire, Flaubert, levez-vous!
Présentation de l'éditeur:
"Par ces procès, le régime de Napoléon III entend juger le poète et les deux romanciers pour leurs outrages et leur insubordination à l'ordre politique et moral. À l'aide de documents d'archives, d'articles de presse, des plaidoiries et des réquisitoires, des correspondances que s'échangent les écrivains pourchassés par Pinard, Emmanuel Pierrat nous replonge dans cette année 1857. Dans un décor saisissant, il fait revivre les procès intentés par le procureur impérial à des écrivains de génie soudainement pris dans l'implacable mécanique de la censure. Le lecteur découvrira donc la galerie de créateurs devenus depuis célèbres et des journalistes qui se lancent dans la bataille, tout comme l'état de la censure sous le Second Empire (et ses prolongements actuels). Jamais le tableau de ces quelques mois qui vont durablement marquer le milieu des Lettres n'avait été dépeint avec autant de force. Les pièces du dossier (plaidoiries, réquisitoires et jugements) sont publiées en annexe de cette saga tout autant judiciaire que littéraire."
On retrouve l'avocat écrivain dans une réflexion sur notre époque inspirée par ces affaires, sur Europe 1 au micro de Frédéric Taddéi pour Regarde les hommes changer (06'52"-07'59").

J'en connais à qui ça va faire plaisir: Jacques Higelin vient de sortir un nouveau disque, Coup de foudre. Ce sera donc, et tant pis si c'est facile, mon coup de foudre de la semaine. (Vrai de vrai: je suis occupé à l'écouter en écrivant ceci.)
C'est Le club chanson de Télérama qui a eu la bonne idée de présenter cet album dont quelques extraits étaient proposés, en particulier New Orleans qui ouvre cette séquence (07'59"-10'22").
L'exemple n'est pas mal choisi. Il s'agit en effet d'un album nomade, tant par la géographie que par l'esprit.
A écouter les yeux fermés, jusqu'à l'arrivée de l'indicatif final qui signe la fin de ce rendez-vous (10'15"-10'28").

A la semaine prochaine pour un autre Zapculture, mais bien avant cela pour d'autres rendez-vous, exclusivement littéraires.

lundi 22 février 2010

Zapculture : la polémique souffle sur BHL et Moix

Un lecteur fidèle qui nous veut du bien (à vous comme à moi) m'a donné des pistes pour intégrer directement le son de Zapcultures au blog. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de m'y mettre et, cette semaine, il faudra encore télécharger. Le lien est dans le casque...

Après l'indicatif (0'00"-0'25"), on entre d'emblée dans des sujets très chauds, du genre qu'on aime dans les émissions de Ruquier dont la polémique est un des fonds de commerce. Bernard-Henri Lévy était monté au front, ce qui, reconnaissons-le, demandait un certain courage après les attaques dont avait fait l'objet un de ses derniers livres, De la guerre en philosophie. L'autre, Pièces d'identité, plus épais, et qui rassemble des articles parus depuis quelques années, n'a pas fait l'objet des mêmes assauts.
Je résume l'affaire à grands traits. Dans De la guerre en philosophie, BHL en appelle à un philosophe nommé Botul à propos d'Emmanuel Kant. Sinon que le livre de Botul auquel il fait allusion, La vie sexuelle d'Emmanuel Kant, est tout sauf un ouvrage sérieux. Son véritable auteur, Frédéric Pagès, se demande même, avec quelques autres commentateurs, si BHL l'a lu. S'il l'avait fait, il aurait dû comprendre que l'argument Botul n'était pas très pertinent.
Dans un premier temps, et notamment quand il était invité chez Ruquier, BHL a voulu se montrer beau joueur. C'est la pose qu'il adopte, en tout cas, dans le premier extrait sonore (0'25"-1'43"). Genre: je me suis fait avoir, je dis "chapeau, l'artiste!".
Dans un deuxième temps, le sens de l'humour de BHL n'étant pas à toute épreuve - ceux qui le connaissent bien prétendent qu'il est même très limité -, les réserves de sympathie à l'égard de Botul, de Pagès et de tous ceux qui ont relevé sa bourde se sont épuisées.
Reçu jeudi dernier au micro de Nicolas Demorand (France Inter), le philosophe surpris les doigts dans le pot de confiture hausse le ton. Cela ne me fait plus rire, dit-il. Et il le prouve (1'43"-2'46"). Parfois, d'ailleurs, à la limite de la mauvaise foi, notamment quand il attaque (hors extrait) Pierre Assouline qui aurait, affirme-t-il, parlé sur son blog des deux livres en n'ayant lu qu'un entretien paru dans la presse. Alors que Pierre Assouline, dans un premier temps, ne parlait que de l'entretien...

On n'en a pas fini avec les éclats. Yann Moix se pose en défenseur de Roman Polanski dans Je hais la meute. Il en a bien le droit. Quelques extraits du livre ont été publiés sur le site de la revue La règle du jeu - comme par hasard, il s'agit de la revue dirigée par Bernard-Henri Lévy. Des textes d'une rare violence, où la Suisse est une cible sur laquelle Moix s'acharne sans faiblir. Mais en développant, selon ses contradicteurs, des arguments assez fragiles. Chez Ruquier encore, Yann Moix se défend comme il le peut contre la colère d'Eric Naulleau. Celui-ci lui avait dit, pourtant: "Je t'aime bien." S'il ne l'avait pas aimé, je ne sais pas quels mots se seraient échangé (2'46"-4'01").

Bon, assez de colère pour aujourd'hui. La musique adoucit les mœurs? Musique, donc, avec le deuxième album d'Emmanuelle Seigner, Dingue. Vous allez voir que ce n'est pas sans rapport avec ce qui précédait. Si vous écoutez bien (4'01"-5'43"), vous allez remarquer qu'une voix masculine intervient dans Qui êtes-vous? Je n'irai pas jusqu'à dire que Roman Polanski, puisque c'est lui, chante. Mais il est présent sur cette plage.
Ce n'est pas la meilleure chanson d'un disque par ailleurs tout à fait plaisant et pour la promotion duquel Emmanuelle Seigner se serait probablement bien passée du brouhaha où se trouve Roman Polanski. Je rappelle, à l'intention de ceux qui, comme moi, ne se plongent pas quotidiennement dans les infos people, que la chanteuse (par ailleurs actrice) et le cinéaste (primé à Berlin il y a quelques jours) forment, à la ville, un couple très officiel.

On enchaîne avec Dominique Rolland, reçue dans Tout un monde (France Culture) pour son livre Les petits Viêt-Nams (5'43"-6'14"). Voici la présentation du livre par l'éditeur.
"La France, on en avait rêvé. Qu'y avait-il de plus désirable que la France? Là-bas en Indochine, tout cc qui était beau, propre, enviable, riche, puissant s'appelait la France. La France, c'était tout ce blanc lumineux et immaculé des costumes, des uniformes, des robes de bal, des nappes, des draps, des mariages, des villas et des paquebots... Tout ce blanc repoussant le ciel gris sale des moussons, la ligne basse et boueuse de l'horizon dans les rizières, l'eau souillée des arroyos, la glaise lourde et gluante où piétinent les buffles, les tuniques noires des lettrés, les dents laquées des femmes... Oui, la France c'était tout ce blanc immaculé. Le blanc de la colonisation". En 1954, la défaite française à Dien Bien Phu contraint au départ toutes les familles françaises résidant au Tonkin. Parmi elles, un nombre important de familles franco-annamites: couples mixtes et leurs enfants eurasiens, femmes vietnamiennes dont le compagnon français avait disparu... Ils furent ensuite rapatriés en France, au titre de Français d'Indochine puis installés "provisoirement" dans des bâtiments collectifs désaffectés. Ainsi se constitua le Cafi, Centre d'Accueil des Français d'Indochine, à Sainte-Livrade dans le Lot-et-Garonne, lieu de mémoire de l'histoire coloniale, de ce qu'elle a produit, des identités composites qu'elle a générées. Aujourd'hui, la transformation du camp, qui existe toujours, préfigure la fin d'un monde.

Alain Chamfort, de son côté, a sorti un nouveau disque. Ou plutôt un livre-disque: Une vie Saint-Laurent est consacré, comme son titre l'indique, au célèbre couturier. Chamfort était invité dans Le rendez-vous (France Culture) pour en parler et... pour chanter, puisque les chansons de cet album constituent une sorte de biographie (6'14"-7'53").
En 16 titres, Alain Chamfort chante "une vie Saint- Laurent". De son enfance oranaise à ses derniers adieux, la trajectoire romanesque et lumineuse d’un avant-gardiste de génie, où se mêlent excès et fulgurances, reconnaissance et succès planétaires sur des notes de mélancolie.
Cette biographie sonore et visuelle unique, co-écrite et composée avec Pierre-Dominique Burgaud rassemble également portraits inédits ou rares, croquis, dessins, photos de défilés, accompagnés par les textes de Robert Murphy, qui dévoilent et témoignent de l’extraordinaire créativité d’un mythe du XXe siècle.

Et on termine avec le son d'une bande annonce. Un prophète, de Jacques Audiard, sera probablement le film de la semaine. Il vient de sortir en DVD et il est le grand favori des Césars, dont la cérémonie se déroule samedi.
C'est un film âpre, d'une justesse et d'une humanité rares, dont on sort complètement secoué après avoir passé plus de deux heures dans la peau d'un voyou magnifique.
Jacques Audiard ne porte pas de jugement: il montre. Et il montre si bien qu'il atteint une sorte de vérité - que nous ne vérifierons pas, ce n'est pas nécessaire tant la force de ce film l'impose comme une tranche de réel, fût-il passé au crible de la fiction (7'53"-9'44").

Indicatif, extinction du son pour aujourd'hui...