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mardi 25 septembre 2018

La non-sélection du Prix Virilo

Joyeux drilles poilus (sans avoir fait la Grande Guerre) et joyeuses garnementes poilues aussi (non plus, forcément, même pas comme infirmières) ajoutant toujours quelque chose à, déjà, la pétaudière des prix littéraires, les membres du jury du Prix Virilo m'ont déjà coincé une fois cette année avec leur Prix Virilo des Maternelles (& Crèches) - attribué, ce n'est pas très important, à Emmanuelle Pirotte, ce qui avait tout lieu de me réjouir, pour Loup et les hommes (Le Cherche midi). Le communiqué précisait que le jury allait maintenant lire le livre, je m'étais ému de cette pratique étrange (à mes yeux). Il m'a été rétorqué, quoique aimablement, que j'avais mal interprété le règlement. Celui-ci consulté, j'ai dû convenir qu'ils avaient raison - tout seuls, mais rien de grave, il vaut mieux ça qu'avoir tort avec tout le monde...
Un communiqué m'arrive (pas seulement à moi, rassurez-vous, les liens que j'ai avec un jury où je ne connais personne ne sont pas à ce point privilégiés), nouvelle facétie qui consiste à donner une liste de dix titres qui ne seront pas sélectionnés fin octobre, quand un choix plus sérieux (enfin, je dis ça, je ne dis rien) sera fait. M'esbaudissant à la lecture de ces rejets motivés, je les partage avec vous, tels qu'ils ont été fournis. Esbaudissez-vous pareillement, je vous le souhaite.

  • Christine Angot, Le tournant de la vie (Flammarion): ha ha ha!
  • Jérémy Fel, Helena (Rivages): Jérémy epic Fel
  • David Foenkinos, Vers la beauté (Gallimard): vers le pilon, aussi
  • Patrice Franceschi, Dernières nouvelles du futur (Grasset): a inventé la SF auto-satisfaite
  • Emilie Frèche, Vivre ensemble (Stock): popotins mondains
  • Matthias Jambon-Puillet, Objet trouvé (Anne Carrière): récusé par un juré vegan
  • Nadine Ribault, Carnets de la mer d'Okhotsk (Le mot et le reste): pour les fans de poteries Jômon
  • Vanessa Schneider, Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset): malgré de belles fiches Wikipédia
  • Jean Teulé, Entrez dans la danse (Juillard): Teulé, quoi
  • Elena Ferrante - Hors compétition, pour l’ensemble de son œuvre: mais arrêtez, franchement

dimanche 20 mars 2016

Olivier Bourdeaut manque un prix littéraire

Quatre voix seulement pour En attendant Bojangles, et six pour le premier roman d'Emmanuelle Pirotte, Today we live. Le nom de famille est connu, le prénom l'était moins mais le Prix Edmée de La Rochefoucauld le met en lumière. C'est bien, parce que le livre le mérite. C'est bien aussi, parce que ça change un peu.
Le curé a cru sauver Renée, dont la courte vie a déjà couru bien des dangers, en la confiant à deux Américains, qui l’ont emmenée dans leur jeep. Sinon que ces présumés sauveurs, infiltrés entre des lignes qui bougent encore dans les Ardennes belges en décembre 1944, n’ont d’américain que l’apparence. Et que le curé vient d’offrir à deux authentiques SS l’occasion d’exécuter une petite Juive de six ou sept ans. Sinon, encore, que l’un des deux, saisi d’un accès de pitié qu’il serait bien en peine d’expliquer, tue son compagnon et laisse en vie leur victime désignée.
Mathias s’est d’un coup fermé toutes les issues. Aux yeux des siens, les Allemands, il est coupable de meurtre en temps de guerre et d’avoir renié une doctrine inébranlable. Aux yeux des Américains dont l’armée se trouve dans la région, il est coupable d’espionnage, de port d’uniforme interdit, et on pourrait probablement ajouter quelques crimes à ses crimes. Restent les Belges, les civils, parmi lesquels il se rencontre autant de courageux que de lâches, tous ébranlés, quoi qu’il en soit, par le retour d’Allemands plus décidés que jamais à vendre chèrement leurs derniers espoirs de victoire, ou plutôt de retraite retardée…
Au point de départ, Today we live était un scénario de long métrage, écrit par Emmanuelle Pirotte et Sylvestre Sbille. Le sujet se prête en effet à un tournage : le triple jeu de Mathias et ce qu’autour de lui on en devine, ou non, donne au héros une épaisseur intéressante. Et le décor naturel est aussi fascinant que le moment historique. Que le film se fasse un jour ou non, Emmanuelle Pirotte a bien fait de transformer le scénario en premier roman. Elle y fait preuve d’un véritable talent pour insuffler de la vie à travers les mots, pour porter à incandescence des situations tragiques et des ambiguïtés mortelles.
Vérité et mensonge se côtoient de si près que les deux se confondent parfois. Il ne reste, pour comprendre, ou croire comprendre, que les actes.