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mardi 11 avril 2017

Colson Whitehead, le Pulitzer après le National Book Award

On vous a parlé ici de Colson Whitehead, à l'occasion du National Book Award, catégorie fiction, pour son roman The Underground Railroad. Le même ouvrage lui a valu, hier, le Prix Pulitzer pour la fiction. On commence à avoir vraiment hâte de lire cela qui commence, en V.O., par une phrase assez ouverte pour susciter l'envie:
The first time Caesar approched Cora about running north, she said no.
Le doublé de ces prix littéraires américains pour le même ouvrage est une circonstance assez exceptionnelle. Sauf omission, cela ne s'est produit que six fois depuis 1950, où Pulitzer et National Book Award ont commencé à coexister. La liste des lauréats ainsi couronnés par le Pulitzer et le National Book Award (on reste dans la fiction) est aussi brève qu'impressionnante. La voici, avec la date (ou les dates, National Book Award d'abord, Pulitzer ensuite) des prix:
  • William Faulkner. Parabole (1955)
  • Katherine Anne Porter. The Collected Stories (1966)
  • Bernard Malamud. L'homme de Kiev (The Fixer) (1967)
  • John Updike. Rabbit est riche (Rabbit is Rich) (1982)
  • Alice Walker. La couleur pourpre (The Color Purple) (1983)
  • Annie Proulx. Nœuds et dénouements (The Shipping News) (1993 et 1994)
Pas mal, non? Colson Whitehead est en belle compagnie.

samedi 19 novembre 2016

Qui est Colson Whitehead?

Dans l'actualité immédiate, il est le lauréat 2016, aux Etats-Unis, du National Book Award, dans la catégorie fiction, avec Underground Railroad, qu'on lira en français le moment venu. Mais il est aussi l'auteur d'autres ouvrages déjà traduits, ceux-là, dont le remarquable Ballades pour John Henry, sorti à Paris en 2005. Faisons connaissance avec ce roman.
Les philatélistes savent des choses que nous, les gens normaux, ignorons totalement. Quel que soit le sujet dont ils ont fait leur spécialité, leur goût pour les petites vignettes les entraîne dans des recherches exhaustives qui font d’eux des spécialistes méconnus. Ainsi, Alphonse Miggs s’est spécialisé dans les timbres ferroviaires. Et il est tout naturel qu’il soit présent, en juillet 1996, au lancement d’un timbre commémorant John Henry sur les lieux mêmes où est née sa célébrité, la petite ville de Talcott en Virginie-Occidentale.
C’est à ce point, bien entendu, que coince le non spécialiste. Qui était ce John Henry ? Colson Whitehead, heureusement, nous dit tout sur lui et sur sa légende, ou plutôt ses légendes. Car, dès le prologue, il en offre des fragments variés et contradictoires, rapportés par des témoins de deuxième ou de troisième main. Une ballade, par ailleurs, dont il existe de multiples versions colporte ses titres de gloire.
John Henry, donc, aurait été un colosse noir qui, dans les années 1870, aurait travaillé au percement d’un tunnel de chemin de fer près de Talcott. Maniant le marteau et le foret comme personne, il aurait un jour défié un marteau piqueur, outil encore perfectible, et l’aurait battu. Puis il se serait écroulé mort.
Le romancier s’est emparé du personnage pour lui redonner vie, et de belle manière, poétique et âpre à la fois. Mais John Henry, s’il est au cœur du roman, est loin d’en occuper la plus grande partie. Pour l’essentiel, le récit se déroule en 1996, pendant le premier Festival John Henry, et mêle des faunes pittoresques venues de divers horizons.
La part la plus réjouissante du livre met en scène un groupe de parasites invités à la fête, tous frais payés. Des journalistes new-yorkais, pour le dire clairement. Ils appartiennent à une mystérieuse Liste gérée par on ne sait qui (on l’apprendra) et grâce à laquelle ils sont conviés à une multitude de cocktails dînatoires et autres réjouissances organisés par des services de relations publiques bien rodés. Parfois, il leur arrive d’écrire un article. Mais ils sont surtout attentifs à la qualité et à la quantité de la nourriture et des boissons. Ils se caractérisent par un cynisme joyeux ainsi que par la certitude que tout cela ne sert à rien, sinon à les amuser un instant.
Un de ces journalistes, cependant, sort du lot : J. Sutter, qui n’est pas indifférent au charme de Pamela, la fille d’un collectionneur fou ayant rassemblé de son vivant tout ce qu’il pouvait trouver sur John Henry. Pamela a eu toute sa vie pour être dégoûtée par le personnage auquel son père vouait un culte. Et elle est venue à Talcott pour se débarrasser d’une encombrante collection qui sera mieux à sa place dans un musée local. Emplie de doutes, cependant, sur ce qu’elle doit vraiment en faire, et accompagnée d’une urne dans laquelle se trouvent les cendres de son père… Elle nous touche aussi.
Quant aux autres, leurs statuts variés défient les catégories. On trouve de tout dans ce rassemblement populaire, à tel point que le chapitre consacré à la foire est une succession de brefs regards sur les individualités fondues dans la foule. On en saisit un détail, on entend une phrase, on passe à autre chose…
Et le philatéliste ? vous demandez-vous peut-être. Ah ! le philatéliste ! Il est à lui tout seul une histoire dans l’histoire, vous verrez bien. Toujours est-il que cette ample fiction qui brasse des thèmes à la louche est un livre fabuleux, drôle, pertinent et impertinent.

mercredi 10 octobre 2012

Un prix littéraire américain : le National Book Award

Parfois, je me fatigue de cette expression avec laquelle on nous bassine les oreilles jusqu'à ce qu'elle perde tout son sens: l'exception culturelle française. Bon, c'est vrai, les Français ne font rien comme les autres, c'est d'ailleurs bien pour cela qu'ils nous énervent et qu'on les aime bien - les deux sentiments contradictoires dans le même élan, oui, oui...
Pour ne parler que de littérature, ce qui à l'évidence me touche le plus, la rentrée est en effet un phénomène assez peu répandu dans le monde (encore qu'il faudrait aller voir un peu partout et ne pas se contenter d'idées reçues, je ne m'avancerai donc pas plus loin). Mais il y a des prix littéraires un peu partout et cette saison semble propice aux récompenses bien au-delà de l'Hexagone.
J'en veux pour preuve la remise des National Book Awards aux États-Unis, le 14 novembre. Et, comme en France, des sélections sont publiées. Dans quatre catégories: fiction, non fiction, poésie et essai. Dans le jury du roman, le seul dont je vais vous dire un mot, la présidente est Lorrie Moore. Le très sympathique (je le dis pour l'avoir rencontré à Saint-Malo) Dinaw Mengestu fait partie de ce jury, avec Stacey D’Erasmo et Janet Peery que je connais... euh... je vais dire: moins. Les sélectionnés ne sont pas tous des inconnus non plus, puisqu'ils ont souvent été traduits en français:
  • Junot Díaz, This Is How You Lose Her (Riverhead)
  • Dave Eggers, A Hologram for the King (McSweeney’s)
  • Louise Erdrich, The Round House (Harper)
  • Ben Fountain, Billy Lynn’s Long Halftime Walk (Ecco)
  • Kevin Powers, The Yellow Birds (Little, Brown)
Le dernier cité semble être la seule exception, je ne lui trouve aucun livre publié chez nous. Cela devrait donner des idées à des traducteurs et à des éditeurs, si ce n'était déjà en route quelque part...
Pour les autres catégories, je vous renvoie à l'ensemble des sélections dans Publishers Weekly.