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lundi 12 septembre 2016

En revenant du Festival America

Je ne suis pas allé à Vincennes. Mais j'ai quand même l'impression d'en revenir, tant l'édition 2016 m'a donné l'occasion de lire du roman américain.
Ce qu'il faut en retenir? Celles et ceux qui y étaient vraiment vous le diront mieux que moi. Je vais, en tout cas, imprimer ici les noms des lauréates des deux prix littéraires qui y ont été attribués.
Le Prix des lecteurs, organisé par la Médiathèque de Vincennes (bibliothèques, médiathèques et usagers de celles-ci sont chers à mon cœur), est allé à Anna North pour Vie et mort de Sophie Stark, paru l'an dernier aux Editions Autrement dans une traduction de Jean Esch.
Artiste radicale, Sophie Stark cherche à filmer au plus près du mouvement qui fait vivre ses proches. Ce qui provoque parfois des grincements de dents chez eux et, chez elle, bien des questions sans réponses. Quant au lecteur, il bénéficie des regards croisés qui, dans des voix multiples, dessinent un portrait en fragments parfois contradictoires mais toujours excitants d’un personnage insaisissable.
Quant au Prix Page/America, tout aussi cher à mon cœur puisque son jury est constitué de bibliothécaires, on y revient, et de libraires, c'est aussi essentiel dans la vie du livre, il a récompensé Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, fraîchement paru aux Editions Stock et traduit par Carine Chichereau.
Roscoe n’aime que l’électricité en ce début de 20e siècle mais devient fermier par l’héritage que fait Marie, sa femme. Il s’ennuie à la ferme, hors réseau, jusqu’au jour où il capte, en fraude, une ligne principale pour alimenter la maison. Son installation provoque la mort d’un homme, il est condamné à vingt ans de prison. Là, il découvre d’autres valeurs, pas toutes positives, puis tombera de haut à sa sortie. Une suite de déceptions douloureuses.

jeudi 11 septembre 2014

Le Prix Page/America salue Nickolas Butler

Et il a bien raison de le faire. J'espérais le Prix du roman Fnac pour le premier roman d'un auteur plus que prometteur, mais cette récompense attribuée tous les deux ans à l'occasion de ce festival littéraire de grande qualité, qui se tient actuellement à Vincennes, me convient très bien. Comme à Nickolas Butler, j'espère.
Little Wing ? Il faut être péquenot pour vivre dans ce bled ! Ou se satisfaire de ce qu’on y trouve. Ou encore y trouver mieux que les apparences. Quatre amis, qui ont pris le temps de grandir, ont développé chacun un rapport différent au lieu où ils ont passé leurs années de totale complicité. Ce qui est possible à l’adolescence reste-t-il d’actualité quand vient la trentaine ? La question est posée, sous autant d’angles qu’il y a de personnages – les femmes en plus, qui ne se contentent pas de rôles secondaires – dans l’excellent premier roman de Nickolas Butler, Retour à Little Wing.
L’édition originale s’intitule Shotgun Lovesongs : le titre du premier album de Lee, disque de platine. Il en avait composé tous les morceaux le dos au mur. C’était réussir cela ou rater tout, comme il avait raté la seule histoire d’amour qui comptait pour lui. Ce titre mérite une explication : « On parle de shotgun wedding, de “mariage carabine”, quand le père de la fille braque un fusil dans le dos du futur époux. Il s’est passé quelque chose. Grossesse, dépucelage précoce, faillite, déclaration de guerre… peu importe, une chose est sûre : le mariage doit être conclu, et en vitesse. »
Le problème de Lee s’appelle Beth, la femme de Hank. Pas seulement Beth, mais aussi le mode de vie simple et heureux du couple, que Lee envie chaque fois qu’il revient à Little Wing et les retrouve pareils à eux-mêmes. Alors qu’il a, conséquence de son succès, tellement changé. Qu’il a couché avec des femmes que tous les hommes lui envieraient, s’ils savaient, autant qu’ils lui envient Chloe, l’actrice, avec qui il va se marier.
Précisément, si Lee se trouve à Little Wing, c’est pour un mariage. Celui de Kip et de Felicia. Kip est un autre exemple de réussite. Courtier, il a fait fortune et a décidé d’investir celle-ci dans la rénovation d’un silo désaffecté où ils se retrouvaient quand ils étaient jeunes. Avec aussi Ronny, le quatrième, champion de rodéo sensiblement diminué depuis un accident provoqué en grande partie par l’abus d’alcool.
On n’a oublié personne, ils sont tous là : Lee, Hank, Kip et Ronny. Il leur reste à accepter qu’ils ont grandi et que le monde leur refuse parfois ce qu’ils croyaient acquis à jamais. Ou plutôt, Nickolas Butler, maître d’œuvre de leur logique et de leurs contradictions, peut maintenant officier en manipulateur de marionnettes dotées de personnalités auxquelles on s’attache.

dimanche 23 septembre 2012

Le prix Page/America pour Chad Harbach

Quatre premiers romans américains étaient sélectionnés pour le prix Page/America, organisé par Page des libraires et le Festival America qui se termine tout à l'heure à Vincennes. Le lauréat, Chad Harbach, avait fait sensation quand on avait découvert, il y a quelques mois, L'art du jeu.
On pourrait, au départ, émettre une thèse : le sport est une métaphore de l’existence. Et, à l’arrivée, constater que Dan Harbach est désormais un des écrivains à l’avoir démontrée le plus efficacement. Y compris pour des lecteurs européens dont la plupart ne connaissent ni ne comprennent les règles du baseball, puisque c’est de ce sport qu’il est question. Les lecteurs se moquent bien d’évaluer ou non la place d’un arrêt-court sur le terrain, à partir du moment où le pivot de l’équipe est de toute évidence Henry Skrimshander, avec son talent exceptionnel. Et où le moment où il bascule de la confiance vers le doute est aussi le déclencheur d’un certain nombre d’événements majeurs. Dans lesquels s’empêtrent, comme dans des filets, plusieurs autres personnages de premier plan.
Nous sommes sur le campus du Westish College, une université du Wisconsin. Mike Schwartz, capitaine de l’équipe, a pris Henry en charge. Il l’entraîne pour améliorer la technique qu’il a développée seul – et en lisant L’art du jeu, sa bible. Mais la fragilité de Mike apparaît quand il ne parvient pas à enrayer la baisse de régime de son protégé. Celui-ci, en même temps, se rapproche dangereusement de Pella, la fille du président de l’université, qui vit en couple avec Mike. Tandis que Guert Affenlight, le président lui-même, jusque-là fou de Melville, ce qui ne prêtait pas à conséquences, tombe amoureux d’Owen, compagnon de chambre d’Henry. Ces liaisons interfèrent sur l’équipe de baseball, caisse de résonance du campus qui est également secoué.
Dan Harbach a, nous dit-on, travaillé dix ans sur la rédaction de ce premier roman d’une rare ampleur, dont chaque élément éveille des échos plus loin, où toutes les facettes de personnalités très riches sont mises en lumière au fil du récit. L’ouvrage se lit comme un feuilleton dont la profondeur de champ aurait été particulièrement soignée. Et, quand on le referme, on sait que ses protagonistes continueront longtemps de nous hanter.