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lundi 20 mars 2017

Tanguy Viel, Prix RTL-Lire

Bonne pioche pour le Prix RTL-Lire, attribué à un jet de livre du Salon de Paris - il a changé de nom, je sais, et alors? Article 353 du code pénal est tout ce qu'on aime.
On ne saura qu’à la toute fin du roman en quoi consiste cet Article 353 du code pénal qui lui donne son titre. Tanguy Viel prend son temps pour y arriver, tandis qu’il a, dès le prologue, fourni le principal élément du drame, et la raison pour laquelle Martial Kermeur se trouve devant un juge : il a poussé à l’eau et laissé se noyer Antoine Lazenec, avec qui il pêchait.
Le juge cherche à comprendre pourquoi Kermeur a commis un crime qu’il ne songe pas à nier. La plus grande partie du livre est une longue conversation de laquelle sont surtout reproduits les propos du coupable. On remonte le temps, on voit arriver Lazenec, chaussures à bouts pointus, avec ses beaux projets immobiliers qui vont transformer un château décrépi, propriété de la commune, en station balnéaire dans la rade de Brest, bel investissement locatif pour qui achètera les appartements à venir.
Les appartements ne sont jamais venus. Kermeur, comme d’autres, y avait misé toutes ses économies, les indemnités de départ de l’arsenal où il travaillait avant sa fermeture. Avec cet argent, il rêvait de s’acheter un bateau – le même que celui de Lazenec, précisément. Au lieu de cela, il a fait un chèque de cinq cent douze mille francs, en toutes lettres, à Antoine Lazenec. C’était il y a six ans, quand on pouvait encore croire aux promesses d’un baratineur capable de mettre ses interlocuteurs en confiance – et en boîte.
« Une vulgaire histoire d’escroquerie, monsieur le juge, rien de plus », dit Kermeur dans les premiers moments de son interrogatoire, quand les faits lui apparaissent soudain dans leur ensemble : « Et pour la première fois, je ressentais toute l’affaire d’un seul mouvement, comme si, en disant cela, je l’avais photographiée depuis la lune et que je regardais une planète prise dans ses grandes surfaces bleues. »
Le ressort du crime est assez simple. Kermeur en a eu assez d’avoir été roulé, il s’est fait justice lui-même, sans l’avoir prémédité – du moins le suppose-t-on, ne prenons pas la place du juge qui doit peser le geste et ses antécédents. Ceux-ci sont, on l’aura compris, l’essentiel du roman, et ce qui fait son intérêt. Dès que l’on est entré dans la quête d’une logique chez Kermeur, la curiosité oblige à aller jusqu’au bout, quand bien même tout n’est pas explicable. La part d’ombre, faite d’émotions à moitié dites, de sentiments inexprimés, le mystère qui entoure le fils de Kermeur, le silence des autres protagonistes, voilà quelques ingrédients d’un sac de nœuds démêlé pour l’essentiel par la parole. L’insuffisance de celle-ci appartient encore à la narration, car les absences sont puissantes.

vendredi 13 janvier 2017

Les finalistes du Grand Prix RTL/Lire

Je faisais bien de vous parler, hier, de Tanguy Viel. Avec le grand souci de cohérence qui est le mien, je prolonge aujourd'hui les propos sur cet écrivain dont le nouveau roman est, avec son titre singulier (Article 353 du code pénal), retenu dans la sélection finale du Grand Prix RTL/Lire.
Ils sont encore cinq, parmi lesquels le best-seller annoncé de Daniel Pennac qui signe le grand retour de Malaussène. Je note aussi la présence d'un éditeur (Fleuve) assez peu habitué à trouver une place dans ce genre de sélection.
En attendant la proclamation du lauréat, qui pourrait être une lauréate (mais une chance sur cinq seulement, avec Carole Fives), en mars, voici la sélection.
  • Carole Fives. Une femme au téléphone (Gallimard/L’Arbalète)
  • Nicolas Maleski. Sous le compost (Fleuve)
  • Daniel Pennac. Le cas Malaussène (Gallimard)
  • François Roux. Tout ce dont on rêvait (Albin Michel)
  • Tanguy Viel. Article 353 du Code pénal (Minuit)

vendredi 16 décembre 2016

Grand Prix RTL-Lire, la première sélection

2016 fait de la résistance, mais ça craque de partout. Hier, le Grand Prix RTL-Lire a annoncé la première sélection de son édition 2017, dix titres qui se réduiront à cinq le 12 janvier.
Particularité de cette sélection: tous les livres qui y apparaissent sont parus en janvier... euh... paraîtront en janvier... et donc, ne sont pas encore parus. Nous sommes au temps des précommandes, pour celles et ceux qui voudraient lire ces ouvrages!
  • Emmanuel Dongala. La sonate à Bridgewater (Actes Sud)
  • Carole Fives. Une femme au téléphone (Gallimard-L'Arbalète)
  • Joseph Incardona. Chaleur (Finitude)
  • Oriane Jeancourt Galignani. Hadamar (Grasset)
  • Hervé Le Corre. Prendre les loups pour des chiens (Rivages)
  • Nicolas Maleski. Sous le compost (Fleuve)
  • Daniel Pennac. Le cas Malaussène (Gallimard)
  • François Roux. Tout ce dont on rêvait (Albin Michel)
  • Laurent Seksik. Romain Gary s'en va-t-en guerre (Flammarion)
  • Tanguy Viel. Article 353 du code pénal (Minuit)
Dans la foulée, je fais une proposition: et si on attribuait le Goncourt à un livre de la "grande" rentrée, comme d'habitude, mais dès le mois de juin?

mardi 27 mai 2014

Maylis de Kerangal, Prix du Roman des étudiants, RTL/Lire et Orange

Maylis de Kerangal cisèle les détails tout en ouvrant de larges perspectives. Ce double regard, ouvert et précis, lui avait réussi dans Naissance d’un pont, son précédent roman, Prix Médicis 2010. Elle affine encore son travail dans Réparer les vivants, qui paru en janvier. Et qui lui vaut, attribué hier, remis officiellement demain, le premier Prix du Roman des étudiants organisé conjointement par France Culture et Télérama.
J'ajoute que le Prix RTL/Lire est aussi pour elle, information de ce lundi 17 mars...Et, le 27 mai, on n'en finit pas, elle a reçu le Prix Orange, toujours pour le même roman.
Le texte est servi par une magnifique écriture, d’une rare souplesse, sinuant en phrases souvent longues qui se balancent en rythme et fournissent, dans le même temps, les multiples informations nécessaires pour suivre le récit, dense bien que d’une durée limitée – moins de vingt-quatre heures. La matière est technique et plus complexe encore que les calculs d’ingénieurs ou de chefs de travaux occupés à couler le béton d’un pont, à lui assurer son assise, sa résistance et sa flexibilité. Car il est question ici, comme l’annonce le titre, d’un matériau vivant : le corps humain et ce qui lui assure, au moins pour partie, la vie, c’est-à-dire le cœur, pompe résistante et pourtant sujette aux accidents en même temps que siège symbolique des sentiments.
Le cœur de Simon Limbres est présent dès la première phrase. Un cœur de jeune sportif, battant au ralenti au repos, accélérant quand il le faut. Un cœur fait pour durer et qui accomplit, ce matin-là, ses fonctions sur les vagues où Simon, avec deux amis, est allé surfer. Sa grande passion du moment, peut-être liée au fait que son père, Sean, construit un tas d’objets flottants. Sean vient de Nouvelle-Zélande et le tatouage maori qu’arbore Simon n’est pas sans rapports avec des origines dont il semble vouloir s’approcher. Mais nous n’aurons pas la réponse à toutes les questions posées par la vie de Simon, car voici qu’elle s’interrompt quand le van dans lequel il rentre avec ses amis s’encastre dans un poteau.
Pierre Révol entre en scène, il est réanimateur à l’hôpital le plus proche et prend Simon en charge. Sans espoir : le cœur bat mais l’encéphalogramme est plat. Le jeune homme est entré en coma dépassé et, selon la redéfinition de la mort faite en 1959, l’année de naissance du médecin, « l’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort, c’est désormais l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste. » Une révolution qui modifie la donne et ouvre la voie aux greffes d’organes. Donneur sain, Simon est un sujet d’exception dont plusieurs organes peuvent être proposés à des patients compatibles.
Le ballet de la médecine de pointe est sur le point de démarrer – mais seulement quand les parents de Simon l’auront accepté. Le temps disponible est limité, pas question de prendre plusieurs jours de réflexion. Thomas Rémige, coordinateur des prélèvements et chanteur à ses heures, refuse pourtant de les bousculer, il expose les faits à Marianne et Sean sans tenter d’infléchir leur décision…
Le roman de Maylis de Kerangal mêle intimement les questions médicales au bouleversement émotionnel lié à la mort d’un fils, une mort d’autant plus difficile à accepter que le cœur, oui, ce cœur bat toujours. Les deux niveaux de récit se croisent sans cesse, parfois se superposent, indissolublement liés autour du corps et de la personnalité de Simon. Chacun des êtres qui gravitent autour de lui possède en outre sa biographie, envisagée par bribes assez explicites pour lui donner de l’épaisseur. Les détails s’inscrivent avec force dans le paysage global qui n’est jamais perdu de vue. Et Réparer les vivants est un livre qui saisit d’emblée au… cœur, pour ne plus vous lâcher.

samedi 14 mars 2009

Olivier Adam, prix RTL/Lire, pas mal non plus

Habituellement, je n'écoute pas de musique en lisant. Ni en écrivant, d'ailleurs. Comme l'une et l'autre activité sont à peu près ce qui emplit mes journées, mon appartement est le plus souvent silencieux. Cette fois-ci, pourtant, j'ai hésité. A la page 229 du dernier roman d'Olivier Adam, Des vents contraires, Paul Anderen, écrivain en manque d'inspiration recyclé en moniteur d'auto-école (sans licence), monte dans la voiture de Combe, un policier qui l'a pris en amitié. Je lisais ceci:
Les Suites pour violoncelle emplissaient l'habitacle, la nuit leur allait bien, et le défilé des feux troubles à l'horizon, le ruban des voitures au milieu des champs fuyant vers la ville.
J'ai résisté. Pas longtemps, le temps d'un combat de boxe et de quatre pages supplémentaires:
J'ai monté le volume et j'ai fermé les yeux, le violoncelle vibrait jusque dans mon ventre et l'archet me caressait les veines.
Voilà pourquoi, vingt pages et quelques minutes plus tard, alors que je commence à écrire ceci, j'en suis toujours à la Troisième suite - en réalité, page 233, c'est la quatrième, mais je ne cherchais pas à établir une parfaite coïncidence entre mon environnement et le roman.
Heureusement, d'ailleurs. Je suis loin de Saint-Malo et mon moral est meilleur que celui du personnage principal. Sa vie est en lambeaux depuis que sa femme a disparu, sans explication. Il s'accroche à ses deux enfants, Clément et Manon. Mais ils ont encore plus besoin de lui que le contraire. Et cette famille semble avoir échoué au bord de la mer comme des naufragés qui auraient été dépouillés de leurs biens les plus précieux.
C'est un livre dans lequel je suis entré comme on pousse la porte d'une maison dans laquelle on est allé souvent, autrefois, et qu'on retrouve avec son air familier. Sinon que, petit à petit, une boule douloureuse naît dans le ventre. Plus rien n'est pareil à ce qu'on a connu, les manques sont criants. La tension monte. Et il me fallait la musique de Bach pour la faire retomber.
Olivier Adam donne au concret une force incroyable. Aucun détail ne lui échappe. Il peint avec précision les moments et les gestes, leur donne le poids du réel. Et ce poids entraîne vers le fond...
Bon, ce n'est pas rigolo, comme livre. Mais c'est formidable. Et les jurés du prix RTL/Lire, qui viennent de de le consacrer, ont eu bien raison de le faire. Encore un bon prix, on n'en sort pas!