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vendredi 17 octobre 2014

Huit premiers romans pour deux prix littéraires

Le Prix du premier roman, qui sera attribué le 13 novembre, est double: un lauréat de langue française, un autre en traduction. Deux listes de sélection, donc, mais inégalement réparties. Cinq romans français, trois étrangers.
Je vous ai parlé, déjà, d'un des titres sélectionnés dans chaque catégorie. Sous forme d'une présentation dont la plupart des éléments venaient de l'éditeur pour Vera, de Jean-Pierre Orban, côté français - même si l'auteur est belge. Et avec un article, côté étranger, pour Le complexe d'Eden Bellwether, de Benjamin Wood, quand il a reçu le Prix du roman Fnac.
Au passage, je reconnais volontiers que je serais assez dépité si le même livre recevait aussi le Prix du premier roman alors que les deux autres, ceux de Rene Denfeld et de Boris Fishman sont excellents, en particulier le premier, En ce lieu enchanté.
Si j'avais à choisir du côté des romans français, je serais très ennuyé à l'heure qu'il est: je n'ai lu encore que des cinq ouvrages sélectionnés. Puisqu'il reste pas loin de quatre semaines, cela laisse le temps de voir venir...
Mais je note déjà que quelques premiers romans dont on parle beaucoup en cette rentrée littéraire n'ont pas été retenus: ceux d'Adrien Bosc ou de Mathias Menegoz, par exemple?
Voici en tout cas les deux sélections.

Romans français
  • Clotilde Coquet. Parle-moi du sous-sol (Fayard)
  • Aurélien Delsaux. Madame Diogène (Albin Michel)
  • Laure Des Accords. L’envoleuse (Verdier)
  • Pascale Fautrier. Les rouges (Le Seuil)
  • Jean-Pierre Orban. Vera (Mercure de France)

Romans étrangers
  • Rene Denfeld. En ce lieu enchanté (Fleuve Editions)
  • Boris Fishman. Une vie d’emprunt (Buchet-Chastel)
  • Benjamin Wood. Le complexe d’Eden Bellwether (Zulma)

mardi 2 septembre 2014

Prix du roman Fnac : Benjamin Wood

C'est un premier roman - et pas mon favori parmi les trois finalistes - qui vient de recevoir le Prix du roman Fnac. Le complexe d'Eden Bellwether, de Benjamin Wood, est un livre épais qui se déroule à Cambridge. Un jeune surdoué, mais qui se croit doté de plus de talents qu'il n'en dispose, est au centre d'un petit groupe composé de quelques membres: sa sœur Iris, sa petite amie Jane, Yin et Marcus, tous étudiants, et Oscar, le seul travailleur de la bande, le petit ami d'Iris. Sur Eden, sa mère posera un jour cette question à Oscar: "mon fils est-il quelqu'un d'exceptionnel ou quelqu'un d'anormal?" A quoi Oscar répondra la seule chose à peu près honnête susceptible de ne pas trop blesser une mère: "Je ne suis pas sûr qu'il soit possible d'être exceptionnel sans être un peu anormal aussi. l'un ne va pas sans l'autre."
Les parents d'Eden lui ont toujours tout passé, ou presque. N'ont jamais perçu ce qu'il pouvait y avoir de dangereux en lui. Ont cru qu'il suffisait de le laisser développer ses dons, en particulier pour la musique, dans leur milieu aisé, privilégié, pour qu'il en fasse bon usage. (Sinon qu'à la fin, trop tard, son père avouera à Oscar qu'il avait quand même compris deux ou trois choses étranges.) Du coup, il s'est servi de sa sœur comme d'un cobaye pour des expériences renforçant la certitude qu'il avait de posséder des dons exceptionnels.
La confrontation d'Eden avec Herbert Crest, un vieux psychologue malade qui a écrit sur la Personnalité narcissique et a énuméré des symptômes dont beaucoup ressemblent à des caractéristiques d'Eden, débouchera sur une vérité dont seul Oscar devinait la portée - un temps avec l'approbation d'iris, avant qu'elle soit reconquise par son frère.
Quelques passages longuets enlèvent au roman un peu de la force qu'il aurait pu avoir. Il reste néanmoins une excellente entrée en littérature pour un auteur de 32 ans.