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dimanche 10 mai 2015

La pagaille à Avignon et dans les cœurs

Eté 2003 : le Festival d’Avignon, gagné par les grèves des intermittents du spectacle, est une vraie pagaille. Le In est annulé, le Off se déchire entre les partisans d’un arrêt complet des représentations et ceux qui croient au théâtre comme la meilleure arme contre tous les pouvoirs. Odon Schnadel le pense et tient à donner la pièce de Paul Selliès, auteur inconnu – et mort – qu’il monte cette année. Tant pis s’il doit aller contre ses principes et fermer les portes aux manifestants qui cherchent à interrompre le spectacle.
Claudie Gallay a choisi une atmosphère de confusion. L’amour est une île, à la manière dont Avignon peut sembler être une île quand on s’en éloigne – ou quand on vit, comme Odon, sur une péniche. Mais Avignon est surtout ici le lieu d’affrontements publics et privés.
Côté public, les médias en avaient largement rendu compte à l’époque et Claudie Gallay fait l’économie des détails, se contentant de quelques descriptions marginales pour nous remettre dans l’ambiance.
Côté privé, les nœuds du roman placent face à face des personnages entre lesquels les mensonges pèsent lourd. Odon Schnadel se trouve à mi-chemin de deux femmes qui ont bien des raisons de se détester.
Mathilde, qu’on appelle maintenant la Jogar, a été l’amour de sa vie. Elle l’est peut-être encore. De retour à Avignon après cinq ans d’absence pendant lesquels sa carrière a explosé, la transformant en star, elle revoit certains de ses proches, qui craignent un peu les effets du succès sur son attitude. Elle croise Odon, d’abord de loin, comme avec inquiétude. Il n’y a pas eu que de l’amour entre eux mais aussi le don d’un texte que Mathilde a retravaillé pour le faire sien et qui a été à la base de son succès.
Marie, l’autre femme, n’appartient pas au milieu artistique. Elle est venue au Festival parce qu’elle avait vu à l’affiche une pièce de son frère, Paul Selliès. Elle ne connaît pas Nuit rouge. Elle se souvient en revanche d’avoir dactylographié un autre texte, Anamorphose, que Paul avait envoyé à Odon Schnadel. Pris par d’autres activités, celui-ci avait trop attendu avant de téléphoner à l’auteur, qui entretemps était mort dans des circonstances que Marie lui expliquera.
Marie, personnage torturé qui se livre en permanence à un rite d’automutilation, cherche un responsable de la mort de Paul. Elle en trouvera plusieurs, avec une circonstance aggravante : ils ne ressentent aucune culpabilité.
Claudie Gallay installe lentement les éléments d’un drame qui prendra, au final, des proportions inattendues. Elle joue avec les codes du théâtre, oppose la bonne foi à la ferveur créatrice. Et manque un peu sa sortie, trop démonstrative pour qu’on croie à sa sincérité. Mais elle a, pendant la plus grande partie du roman, touché les plaies et partagé les douleurs.

mercredi 3 octobre 2012

Claudie Gallay met la pagaille à Avignon et dans les cœurs

Eté 2003 : le Festival d’Avignon, gagné par les grèves des intermittents du spectacle, est une vraie pagaille. Le In est annulé, le Off se déchire entre les partisans d’un arrêt complet des représentations et ceux qui croient au théâtre comme la meilleure arme contre tous les pouvoirs. Odon Schnadel le pense et tient à donner la pièce de Paul Selliès, auteur inconnu – et mort – qu’il monte cette année. Tant pis s’il doit aller contre ses principes et fermer les portes aux manifestants qui cherchent à interrompre le spectacle.
Claudie Gallay a choisi une atmosphère de confusion après Les déferlantes, le roman qui l’a fait connaître du grand public et dont le contexte était plus paisible. L’amour est une île, comme Avignon peut sembler être une île quand on s’en éloigne – ou quand on vit, comme Odon, sur une péniche. Mais Avignon est surtout ici le lieu d’affrontements publics et privés.
Côté public, les médias en avaient largement rendu compte à l’époque et Claudie Gallay fait l’économie des détails, se contentant de quelques descriptions marginales pour nous remettre dans l’ambiance.
Côté privé, les nœuds du roman placent face à face des personnages entre lesquels les mensonges pèsent lourd. Odon Schnadel se trouve à mi-chemin de deux femmes qui ont bien des raisons de se détester.
Mathilde, qu’on appelle maintenant la Jogar, a été l’amour de sa vie. Elle l’est peut-être encore. De retour à Avignon après cinq ans d’absence pendant lesquels sa carrière a explosé, la transformant en star, elle revoit certains de ses proches, qui craignent un peu les effets du succès sur son attitude. Elle croise Odon, d’abord de loin, comme avec inquiétude. Il n’y a pas eu que de l’amour entre eux mais aussi le don d’un texte que Mathilde a retravaillé pour le faire sien et qui a été à la base de son succès.
Marie, l’autre femme, n’appartient pas au milieu artistique. Elle est venue au Festival parce qu’elle avait vu à l’affiche une pièce de son frère, Paul Selliès. Elle ne connaît pas Nuit rouge. Elle se souvient en revanche d’avoir dactylographié un autre texte, Anamorphose, que Paul avait envoyé à Odon Schnadel. Pris par d’autres activités, celui-ci avait trop attendu avant de téléphoner à l’auteur, qui entretemps était mort dans des circonstances que Marie lui expliquera.
Marie, personnage torturé qui se livre en permanence à un rite d’automutilation, cherche un responsable de la mort de Paul. Elle en trouvera plusieurs, avec une circonstance aggravante : ils ne ressentent aucune culpabilité.
Claudie Gallay installe lentement les éléments d’un drame qui prendra, au final, des proportions inattendues. Elle joue avec les codes du théâtre, oppose la bonne foi à la ferveur créatrice. Et manque un peu sa sortie, trop démonstrative pour qu’on croie à sa sincérité. Mais elle a, pendant la plus grande partie du roman, touché les plaies et partagé les douleurs.

jeudi 3 novembre 2011

Claudie Gallay : la marée des souvenirs

Elle observe les oiseaux et aime les grandes vagues de la tempête – Les déferlantes. Sur fond de mer et de ciel, elle regarde aussi Lambert, qui est arrivé à La Hague il y a peu. Qui y est revenu, plutôt, comme on l’apprend petit à petit. Liquider le passé, et se souvenir de ses parents, de son frère morts dans le naufrage de leur bateau. La lumière du phare était peut-être éteinte volontairement, dit Lambert, de plus en plus certain de ce qu’il affirme. Mais pourquoi?
Dans la petite ville, tout le monde se connaît. Il n’est pas nécessaire de poser les questions pour imaginer les réponses non prononcées: le silence veille au milieu du paysage et des légendes attachées à cette terre. La narratrice, qui n’est pas originaire de La Hague et n’y séjourne que le temps de sa mission, quelques mois ou quelques années, est en manque d’amour. Celui qu’elle a aimé a laissé un vide. Lambert est arrivé. Est-ce pour cela qu’elle s’intéresse à lui, s’en rapproche? Ou pour la blessure qu’elle sent en lui?
Le ballet lent des hommes et des femmes se danse sur le rythme où la mer respire, et révèle ses secrets comme la marée laisse des objets sur la grève. Claudie Gallay laisse faire le temps qui adoucit le chagrin. Elle y met la précision d’un dessin longuement réfléchi, dans lequel tout est montré sans explications superflues. L’ampleur de son roman convient à cette démarche qui épouse la vie. Avec les déceptions et les enthousiasmes qui l’accompagnent.

mardi 13 juillet 2010

Deux autres poches pour juillet: Claudie Gallay et Michel Faber

Puisque les livres de la rentrée, et pour cause, ne sont pas encore là, continuez à prendre patience avec des poches. En voici deux autres. Ils sont aussi différent que possible mais leurs qualités respectives les rapprochent pour en faire un excellent choix.

D'abord, un énorme succès - pas galvaudé, pour une fois: Les déferlantes, de Claudie Gallay.
Elle observe les oiseaux et aime les grandes vagues de la tempête – Les déferlantes. Sur fond de mer et de ciel, elle regarde aussi Lambert, qui est arrivé à La Hague il y a peu. Qui y est revenu, plutôt, comme on l’apprend petit à petit. Liquider le passé, et se souvenir de ses parents, de son frère morts dans le naufrage de leur bateau. La lumière du phare était peut-être éteinte volontairement, dit Lambert, de plus en plus certain de ce qu’il affirme. Mais pourquoi?
Dans la petite ville, tout le monde se connaît. Il n’est pas nécessaire de poser les questions pour imaginer les réponses non prononcées: le silence veille au milieu du paysage et des légendes attachées à cette terre. La narratrice, qui n’est pas originaire de La Hague et n’y séjourne que le temps de sa mission, quelques mois ou quelques années, est en manque d’amour. Celui qu’elle a aimé a laissé un vide. Lambert est arrivé. Est-ce pour cela qu’elle s’intéresse à lui, s’en rapproche? Ou pour la blessure qu’elle sent en lui?
Le ballet lent des hommes et des femmes se danse sur le rythme où la mer respire, et révèle ses secrets comme la marée laisse des objets sur la grève. Claudie Gallay laisse faire le temps qui adoucit le chagrin. Elle y met la précision d’un dessin longuement réfléchi, dans lequel tout est montré sans explications superflue. L’ampleur de son roman convient à cette démarche qui épouse la vie. Avec les déceptions et les enthousiasmes qui l’accompagnent.

Quant à Michel Faber, il fait tout pour surprendre agréablement dans Le cinquième évangile.
Un faux thriller ésotérique, et un vrai régal! Surfant en rigolant sans retenue sur la vague qui a déposé sur les rivages, après quelque calamiteux naufrage, des conteneurs entiers du Da Vinci Code et de ses succédanés, Michel Faber attaque fort: Theo Griepenkerl, universitaire canadien spécialiste de l’araméen, découvre neuf rouleaux de papyrus dans un musée de Mossoul ravagé par un attentat. Le seul témoignage manuscrit d’un contemporain du Christ. Rien de moins. Theo déchante un peu en traduisant le texte: il est ennuyeux comme la pluie. Il n’en reste pas moins une pièce majeure de l’histoire de la chrétienté. Mais il remet en cause quelques épisodes emblématiques des débuts. La crucifixion racontée par Malchus n’est pas tout à fait celle des Évangiles… Le livre de Theo fait un tabac. Et une multitude de mécontents. L’auteur passe de la gloire à la captivité, en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire un best-seller.

mercredi 27 mai 2009

Le prix des lectrices de Elle à Claudie Gallay

Plus d'un an après sa parution, Les déferlantes, le roman de Claudie Gallay fait encore parler de lui. Il avait déjà reçu une douzaine de prix. En voici encore un, et non des moindres, avec le grand prix des lectrices de Elle.
Retour sur un livre dont le succès s'est dessiné petit à petit...

Elle observe les oiseaux et aime les grandes vagues de la tempête – Les déferlantes. Sur fond de mer et de ciel, elle regarde aussi Lambert, qui est arrivé à La Hague il y a peu. Qui y est revenu, plutôt, comme on l’apprend petit à petit. Liquider le passé, et se souvenir de ses parents, de son frère morts dans le naufrage de leur bateau. La lumière du phare était peut-être éteinte volontairement, dit Lambert, de plus en plus certain de ce qu’il affirme. Mais pourquoi?
Dans la petite ville, tout le monde se connaît. Il n’est pas nécessaire de poser les questions pour imaginer les réponses non prononcées: le silence veille au milieu du paysage et des légendes attachées à cette terre. La narratrice, qui n’est pas originaire de La Hague et n’y séjourne que le temps de sa mission, quelques mois ou quelques années, est en manque d’amour. Celui qu’elle a aimé a laissé un vide. Lambert est arrivé. Est-ce pour cela qu’elle s’intéresse à lui, s’en rapproche? Ou pour la blessure qu’elle sent en lui?
Le ballet lent des hommes et des femmes se danse sur le rythme où la mer respire, et révèle ses secrets comme la marée laisse des objets sur la grève. Claudie Gallay laisse faire le temps qui adoucit le chagrin. Elle y met la précision d’un dessin longuement réfléchi, dans lequel tout est montré sans explications superflues. L’ampleur de son roman convient à cette démarche qui épouse la vie. Avec les déceptions et les enthousiasmes qui l’accompagnent.