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mardi 11 octobre 2011

Elisabeth Filhol au cœur de "La centrale"

Il y a un demi-siècle, l’écrivain belge Jos Vandeloo publiait son premier roman, Het gevaar, traduit en français quatre ans plus tard par Maddy Buysse (Le danger). Les risques liés au nucléaire civil n’étaient pas, à l’époque, familiers aux lecteurs de fiction. Et il faudrait relire cet ouvrage à la lumière du premier roman d’Elisabeth Filhol, La centrale. En partie pour se rassurer. Dans Le danger, Alfred Benting, Harry Dupont et Martin Molenaar, qui ont été irradiés, sont des cas originaux que la médecine examine pour apprendre. Dans La centrale, le narrateur est suivi au fil de ses missions, la dose de radiations est évaluée en permanence et, une fois le quota franchi, le travail s’arrête jusqu’à la fin de l’année. Les risques d’accident physique sont connus et, autant que possible, limités. Le chômage, en revanche, est un horizon plat bien présent à l’esprit.
Travailleur DATR, soit directement affecté aux travaux sous rayonnement, le personnage principal n’est pas à l’abri d’un incident. Il se produit lors de sa mission à Chinon et hypothèque la suite…
Elisabeth Filhol semble ne pas pouvoir être prise en défaut sur ses informations. Seul un spécialiste pourrait le confirmer, bien sûr. Le réalisme est tel, en tout cas, qu’il impose les images et le mode de fonctionnement d’une centrale nucléaire avec ceux qui y sont employés. A dire vrai, il ne s’agit pas que de réalisme : la beauté des descriptions aide à s’imprégner du lieu. Le monologue intérieur du narrateur est porté par une voix sereine, souveraine, que le lecteur n’a aucune envie de contrarier.
Explorer un monde inconnu du commun des mortels, nous y mener à travers l’intimité d’un homme dont c’est (à peu près) le seul univers, voilà le projet d’une romancière qui s’aventure hors des sentiers battus. En ouvrant des portes généralement scellées. On en sort contaminé, mais c’est sans risque.

lundi 29 mars 2010

Zapculture : spécial Salon du Livre

Je profite du Salon du Livre de Paris pour vous abreuver, aujourd'hui, de sons renvoyant à l'écrit sous toutes ses formes. Car le numérique fait parler de lui, nous ne manquerons pas d'écouter ce qu'on en dit. Le Zapculture de la semaine est téléchargeable en passant par le casque...

L'actualité culturelle du Rendez-vous (France Culture) présente brièvement les grandes tendances de la littérature d'aujourd'hui, comme on le fait dans les saisons de défilés. Autofiction et alterfiction sont au rendez-vous. (0'25"-2'19")

Le téléphone sonne (France Inter) avait rassemblé un plateau de spécialistes pour répondre aux questions multiples et variées des auditeurs à propos du livre numérique. Nous entendrons successivement:
Thierry Pech, d'Alternatives Economiques (qui publie une enquête sur La révolution du livre), évoquer le problème du prix du livre numérique;
Virginie Clayssen, Présidente des Commissions Numérique et Nouvelles technologies du Syndicat national de l'Edition, et chargée chez Editis du développement numérique et de la veille sur les domaines du numérique et de l'édition, parler du rôle des libraires;
Olivier Donnat, sociologue, qui a dirigé l'étude du Ministère de la Culture et de la Communication sur "Les pratiques culturelles à l'ère numérique", chargé de recherches au Département des études, de la prospective et des statistiques, nuancer la place du numérique en fonction des secteurs d'édition;
François Gèze, Président des Editions La Découverte, évoquer les progrès à venir. (2'19"-4'38")

Mais tout n'est pas rose dans l'univers électronique, comme le prouvent trois extraits du Rendez-vous. Ainsi, les chercheurs éprouvent des difficultés à lire les archives que Salman Rushdie leur a confiées (4'38"-5'14"). Nina Bouraoui réagit en évoquant, non sans nostalgie, le temps où elle écrivait sur des cahiers Clairefontaine (5'14"-6'08"). Et les créateurs de bande dessinée montent au front pour défendre leurs droits (6'08"-7'36").

Retour vers le livre papier pour les dernières séquences, consacrées à deux romancières primées pendant le Salon du Livre.
Je vous ai parlé déjà de La centrale, d'Elizabeth Filhol, et de son prix France Culture/Télérama.
J'ignorais qu'elle avait fait preuve d'une grande discrétion depuis la sortie de son livre en janvier, au point de n'avoir donné aucun entretien à une radio ou à une télévision. Cette lacune est comblée grâce à Tout arrive (France Culture). Elisabeth Filhol explique en quoi l'univers d'une centrale nucléaire lui semblait se prêter au cadre d'un roman. Elle ne s'était pas trompée. La technologie est un terrain que, comme tous les autres, la littérature est capable d'investir pour nous aider, sinon à la comprendre, au moins à l'approcher avec la sensibilité particulière de l'écriture. (7'36"-8'41")

Quant à Kim Thúy, elle a reçu le prix RTL/Lire pour Ru, que je n'ai malheureusement pas lu mais que Laissez-vous tenter (RTL) vous présente avec elle. Cette Québécoise d'origine vietnamienne s'est inspirée de sa vie pour écrire un roman qui a été très bien accueilli. L'éditeur le décrit ainsi:
Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs: l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain. (8'41"-9'57")

A la semaine prochaine...

mercredi 24 mars 2010

Prix de saison, avant le Salon du Livre: Laurent Mauvignier et Elisabeth Filhol

Après la Foire du Livre de Bruxelles, le Salon du Livre de Paris. Dénomination plus classieuse, mais déchirements en coulisses. Après les prix littéraires d'automne, ceux du printemps. Une saison pleine de promesses, ouverte par les libraires et France Culture/Télérama.

Les libraires n'ont pas surpris, puisqu'ils avaient déjà fait leur choix à la rentrée de septembre. Ils avaient plébiscité Des hommes, de Laurent Mauvignier, dans le sondage de Livres-Hebdo. Six mois plus tard, ils n'ont pas changé d'avis. Je ne leur donne pas tort.
Laurent Mauvignier fait appel à Jean Genet, en épigraphe du roman, pour poser la question à laquelle Des hommes tentera de répondre: «Et ta blessure, où est-elle?» Car il faut qu’il y ait une blessure quelque part pour qu’un simple cadeau d’anniversaire ait pareilles conséquences. Pour que tout de suite, on devine que quelque chose d’anormal se produit lorsque Feu-de-Bois, surnom qui s’est substitué au prénom de Bernard, entre dans la salle où sa sœur Solange fête ses soixante ans et son départ à la retraite.
Dans les douze premières pages, de l’arrivée de Bernard au moment où Solange ouvre la petite boîte où se trouve le cadeau, l’écrivain travaille caméra à l’épaule. Avec les ressources de l’écriture en plus. Si l’image avait pu montrer comment Bernard était habillé, elle aurait difficilement pu faire comprendre que sa tenue était le fruit d’un effort inhabituel. Encore moins fournir l’information: «Aujourd’hui, on dira qu’il ne sentait pas trop mauvais.» Avec une belle économie de moyens, l’auteur pose son premier personnage au milieu des autres, que nous allons apprendre à connaître. Il a soixante-trois ans, «il n’a pas toujours été ce type qui vit aux crochets des autres». C’est donc qu’il a un passé qui ne ressemble pas à son présent. Il n’empêche: il fait tache. Sinon, pourquoi le remarquerait-on à ce point? Et pourquoi un tel malaise quand Solange découvre la «grande broche en or nacré» que lui offre son frère?
Le lecteur ressent le malaise. Bernard, encore plus. Surtout quand Solange, qui a épinglé la broche à la place de celle qu’elle portait, l’a enlevée: «Et j’ai vu comment Solange a hésité en relevant les mains vers la broche, puis en se décidant franchement à la retirer, prétextant quoi, je ne sais pas, rien, peut-être rien, elle ne va pas avec ce pull, elle est trop belle, oui, trop belle pour ce pull, tu es fou, Bernard, de l’or, et puis quoi, avec quel argent.»
Puis les conséquences du malaise, le brusque emportement contre Chefraoui, l’Arabe du village, le «bougnoule». Bernard n’en a pas fini avec sa colère. Il va se rendre chez Chefraoui, effrayer sa femme et ses enfants, provoquer de l’agitation chez le maire et les gendarmes, peu habitués à pareil comportement, pourtant prévisible, disent certains, de la part d’un homme si sauvage…
«Et ta blessure, où est-elle?» Loin. Elle a été ouverte quarante ans plus tôt, ne s’est jamais refermée. En 1960, la France faisait une guerre qui ne disait pas son nom. Des jeunes appelés traversaient la Méditerranée, posaient le pied en Algérie et découvraient la peur en même temps que la violence. Violence d’ailleurs exacerbée par la peur, répression sans aucune limite, représailles de même, dans des combats où il valait mieux ne pas réfléchir si l’on voulait en sortir sans devenir aussi enragé qu’un animal.
Bernard a-t-il gardé sur la peau l’odeur des villages incendiés, jusqu’à la reproduire et mériter son sobriquet, Feu-de-Bois? N’a-t-il jamais pardonné à sa mère d’avoir retiré le bénéfice de son travail avant la majorité? A-t-il conservé des doutes sur les relations entre Mireille, rencontrée à Oran puis devenue sa femme, et Rabut, le cousin avec qui il s’est battu près d’un dancing?
Rabut, porteur, dans les premières pages, de la caméra (aussi imaginaire que subjective) dont je parlais plus haut, et qui ne comprend pas mieux que les autres ce qui se passe quand les événements se précipitent. Rabut, porteur aussi de cauchemars partagés avec Bernard et d’autres. Rabut, qui voudrait «savoir pourquoi on fait des photos et pourquoi elles nous font croire que nous n’avons pas mal au ventre et que nous dormons bien».
Entre les deux hommes déchirés par une haine confuse, Laurent Mauvignier dessine des souvenirs communs. Et des lignes de fuite qui se brisent sur des cadavres, sur des trahisons, sur des malentendus. Des hommes ne parle que de cela: des hommes. Leurs ambitions déçues, leurs erreurs tragiques, leur insondable bêtise. Notre insondable bêtise.

Quant au prix France Culture/Télérama, il sera remis demain soir, pendant l'inauguration du Salon du Livre, à Élisabeth Filhol pour son premier roman, La centrale.
Il y a cinquante ans, l'écrivain belge Jos Vandeloo publiait son premier roman, Het gevaar, traduit en français quatre ans plus tard par Maddy Buysse (Le danger). Les risques liés au nucléaire civil n'étaient pas, à l'époque, familiers aux lecteurs de fiction. Et il faudrait relire cet ouvrage à la lumière du premier roman d'Elisabeth Filhol. En partie pour se rassurer.
Dans Le danger, Alfred Benting, Harry Dupont et Martin Molenaar, qui ont été irradiés, sont des cas originaux que la médecine examine pour apprendre. Dans La centrale, le narrateur est suivi au fil de ses missions, la dose de radiations est évaluée en permanence et, une fois le quota franchi, le travail s'arrête jusqu'à la fin de l'année. Les risques d'accident physique sont connus et, autant que possible, limités. Le chômage, en revanche, est un horizon plat bien présent à l'esprit.
Travailleur DATR, soit directement affecté aux travaux sous rayonnement, le personnage principal n'est pas à l'abri d'un incident. Il se produit lors de sa mission à Chinon et hypothèque la suite…
Elisabeth Filhol semble ne pas pouvoir être prise en défaut sur ses informations. Le réalisme est tel, en tout cas, qu'il impose les images et le mode de fonctionnement d'une centrale nucléaire avec ceux qui y sont employés. A dire vrai, il ne s'agit pas que de réalisme: la beauté des descriptions aide à s'imprégner du lieu. Le monologue intérieur du narrateur est porté par une voix sereine, souveraine, que le lecteur n'a aucune envie de contrarier.
Explorer un monde inconnu du commun des mortels, nous y mener à travers l'intimité d'un homme dont c'est (à peu près) le seul univers, voilà le projet d'une romancière qui s'aventure hors des sentiers battus. En ouvrant des portes généralement scellées. On en sort contaminé, mais c'est sans risque.

samedi 30 janvier 2010

7 romans pour les 7 jours d'une semaine

Nous avons fait, pour le dernier supplément littéraire du Soir, une grande razzia dans les premiers romans parus en janvier. Mais pas seulement. Voici, pour une semaine bien pleine, un programme de lectures où chaque jour peut être marqué par un roman. Seul le premier de cette liste n'est pas un premier roman. (Vous me suivez?)

Hugo Hamilton, Comme personne

Qui suis-je? Gregor Liedmann s'est toujours posé la question. Non sans raison. Son premier souvenir remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale. «Il fait nuit, tout est noir, il est assis entre deux personnes dans la cabine d'un camion. Il y a une femme à sa droite, et à sa gauche un gros homme qui conduit. La femme doit être sa mère, et le gros homme son grand-père Emil.» Nous savons déjà qu'il ne s'agit ni de sa mère ni de son grand-père. Dans un premier chapitre hallucinant, Hugo Hamilton a raconté le bombardement de Berlin dans lequel Gregor a disparu, soufflé par deux tonnes d'acier. Et comment Emil, près de Nuremberg, a mis dans les bras de sa fille, qui pleurait la mort de son enfant, un petit garçon de trois ans qui avait perdu ses parents. Pour remplacer Gregor, pour diminuer le chagrin, pour donner à Maria une raison de vivre. Emil a fait promettre à sa fille de garder secrète la substitution, de n'en parler à personne, pas même à son mari, alors au front.



Elisabeth Filhol, La centrale

Il y a cinquante ans, l'écrivain belge Jos Vandeloo publiait son premier roman, Het gevaar, traduit en français quatre ans plus tard par Maddy Buysse (Le danger). Les risques liés au nucléaire civil n'étaient pas, à l'époque, familiers aux lecteurs de fiction. Et il faudrait relire cet ouvrage à la lumière du premier roman d'Elisabeth Filhol, La centrale. En partie pour se rassurer.



Elsa Fottorino, Mes petites morts

Anna s'installe à Cork, en Irlande. Marek aussi. Elle a laissé à Paris une sœur, Sarah, installée dans sa vie de couple. Il a entendu à Prague un diagnostic qui ne lui promet pas une santé florissante. Mais ils sont jeunes et beaux. Il ne leur manque que de sentir le sable chaud. Et d'oser, surtout, quitter la réserve qui les tient à distance l'un de l'autre. Sans cette distance, Otto ne se serait pas imposé à Anna. Anna n'aurait pas nourri des soupçons sur la nature de la relation entre Marek et Natasha.



Nell Freudenberger, Le dissident chinois

Sous les apparences, Nell Freudenberger débusque de multiples mensonges. Le point de départ est pourtant simple : un artiste dissident chinois, envoyé aux Etats-Unis dans le cadre d'échanges culturels, est hébergé dans une famille aisée de Los Angeles et enseigne dans un lycée de filles. En même temps, il prépare deux expositions, l'une avec ses œuvres anciennes, l'autre à partir du travail effectué pendant son séjour aux Etats-Unis. La confrontation des cultures et les regards différents sur l'art offraient une matière riche à la romancière, qui ne se prive pas de les exploiter.



Rich Hall, Otis Lee Crenshaw contre la société

Le père d'Otis Lee Crenshaw s'appelle Jack Daniels. Quand son fils, tout petit, pleurait parce qu'il avait mal aux dents, Jack Daniels se massait les gencives avec du… Jack Daniel's et se rendormait tranquillement. Ce n'est pas une blague. Pas plus, du moins, que l'ensemble d'un roman déjanté, ponctué de procès absurdes, d'initiatives déplorables et de mariages désastreux avec des femmes qui s'appellent toutes Brenda. Par hasard plutôt que par nécessité.



David Vann, Sukkwan Island

Roy a treize ans quand Jim, son père, lui propose de passer avec lui une année sur une petite île de l'Alaska. Le but avoué consiste à vivre comme des pionniers dans une cabane en bois. Les provisions ne seront pas suffisantes, il faudra les reconstituer au fur et à mesure. Chasser, pêcher, fumer la viande et le poisson, faire face à la voracité des ours, rassembler assez de bois pour traverser l'hiver. Jim s'est imaginé que Roy prendrait cela comme une grande aventure, avec enthousiasme. L'enthousiasme n'est pas au rendez-vous. Roy a pressenti des motivations moins excitantes. Jim a lâché son travail de dentiste après avoir échoué dans d'autres entreprises, est sur le point de divorcer pour la deuxième fois et ne sait plus où il en est. Il espère donc probablement que ce séjour au cœur d'une nature peu accueillante l'endurcira assez pour lui donner les forces de repartir ensuite sur des bases plus solides. Et qu'il lui permettra de se rapprocher d'un fils dont il connaît, au fond, peu de choses.



Pierre Simenon, Au nom du sang versé

S'appeler Pierre Simenon, être le fils de Georges et publier son premier roman exige un certain culot, ou une bonne dose d'inconscience. A moins de voir dans Au nom du sang versé le fruit d'une leçon donnée par celui qui apparaît à la fin d'une liste de personnes remerciées: «Et toi, mon dad, qui m'a transmis ta curiosité de tout vivre et de tout tenter, et, surtout, qui a été le meilleur père dont j'aurais pu rêver.» Tout tenter, donc, même le roman…

mardi 5 janvier 2010

Une mise en appétit pour janvier

J'attends au moins que les livres soient en librairie pour dire précisément ce que j'en pense. Mais de plus en plus d'éditeurs ont la bonne idée de proposer des premiers chapitres qui vous permettent, à défaut de feuilleter l'ouvrage comme dans une librairie, d'en goûter le début.
En voici donc quelques-uns, qui sortent cette semaine.


Christian Gailly, Les évadés


Lire un extrait.


Elisabeth Filhol, La centrale


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Denis Baldwin-Beneich, Le sérieux des nuages