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vendredi 13 mai 2016

Paru en numérique, est-ce paru?

Une (petite) polémique a agité cette semaine les milieux littéraires et éditoriaux. La vague n'a pas fait sentir ses effets très loin, si bien que vous n'en avez probablement pas remarqué l'existence.
Celles et ceux qui espéraient un Goncourt du premier roman pour un des quatre ouvrages sélectionnés un mois avant la proclamation du lauréat-surprise (De nos frères blessés, de Joseph Andras, ne se trouvait pas dans la liste, on va comprendre pourquoi) se sont en revanche étonnés: lundi, le 9 mai, ce premier roman d'Actes Sud ne se trouvait pas physiquement en librairies, la date de sa mise en vente ayant été fixée au 11. En revanche, la version numérique du même livre, formats epub, pdf ou Kindle, était disponible depuis le 4.
On doit avoir ses raisons, chez Actes Sud, pour ne pas avoir fait coïncider les deux mises à l'office, les librairies numériques ayant été, pour une fois, les premières servies - et les lecteurs aussi, ce qui m'avait d'ailleurs permis de publier une brève note critique sur le roman de Joseph Andras dans Le Soir de samedi dernier, le 7 - trois jours après la mise à disposition de l'édition numérique, deux jours avant le Goncourt du premier roman, quatre jours avant l'arrivée du volume sur les étals des libraires. (Vous suivez?)
Je repose donc la question que vous avez déjà lue en titre de cette note de blog: paru en numérique, est-ce paru?
Et je réponds: oui, bien sûr, puisqu'il est possible de lire - et cela seul compte, au moins à mes yeux habitués aux supports les plus divers.

P.-S. tardif, le même jour. Puisque Joseph Andras a refusé ce Goncourt du premier roman, comme le raconte Pierre Assouline, la couverture du livre telle que vous la voyez ci-dessus est désormais un collector. L'éditeur a en effet fait disparaître la mention. Je la laisse, elle fut vraie pendant quelques jours...

vendredi 26 octobre 2012

La place du livre électronique dans la presse papier

Les éditeurs "tout numérique" se plaignent souvent, ils n'ont pas tort, de ne pas trouver leur place dans les pages littéraires de la presse papier. Place souvent réduite par rapport à ce qu'elle fut autrefois, qui oblige les journalistes littéraires à des contorsions rarement comiques pour réussir quand même, tant bien que mal, à parler des ouvrages sur lesquels ils estiment utile de transmettre leur opinion.
J'appartiens à cette race étrange - "journaliste littéraire" - au cuir tanné à force de prendre des coups, voire des injures, sur quantité de blogs ou de forums où d'autres lecteurs - non professionnels, donc plus neutres, c'est souvent l'articulation principale de l'argumentation - s'élèvent contre le manque de liberté, le conformisme, l'autorité ne reposant sur rien, bref, la nullité de ces gens qui, comme moi, passent leur vie à lire et à écrire sur les livres qu'ils ont lus. Et de leur reprocher un silence coupable sur des ouvrages qu'eux, lecteurs vrais, ont aimé - pour faire bonne mesure, s'ajoute souvent le soupçon de n'être que le relais des campagnes promotionnelles des éditeurs, avec qui ils sont si liés, comme chacun sait... (Comme chacun sait?)
Nous ne parlerions donc que des livres dont les éditeurs désirent entendre parler, et de préférence de manière positive puisque, n'est-ce pas, il ne s'agit là que de copinage et compagnie.
Dans ce contexte, que pèse l'édition numérique? Peu encore, d'un point de vue purement économique (L'horreur économique, écrivait Viviane Forrester). Donc, selon une logique imparable, quasiment rien dans les pages littéraires des journaux et des magazines.
Sinon qu'il s'agit là d'une logique assez tordue pour avoir l'apparence de la vérité, alors que la vérité est tout autre.
Je pense, à cet instant, à ce que disait souvent François Nourissier quand il avait une forte influence chez Grasset, à savoir que le comité de lecture passait beaucoup plus de temps à refuser des manuscrits qu'à en accepter, parce que les auteurs "maison" occupaient déjà beaucoup de place dans les programmes éditoriaux et que ceux-ci n'étaient pas extensibles à l'infini.
Comme les pages littéraires. On passe beaucoup de temps à se battre pour parler de tel ou tel livre, et beaucoup plus encore à constater avec regret que, non, au final, il n'y aura pas de place... Il m'arrive même - l'aveu me rend fou - de désespérer en voyant combien sont alléchantes les annonces de parutions à venir, et en sachant qu'il sera impossible de leur donner l'écho auxquelles, raisonnablement, elles devraient avoir droit.
Et le livre numérique, là-dedans? J'y viens, mais il me semblait nécessaire, pour une fois, d'éclairer au moins partiellement les coulisses d'un travail dont vous ne voyez généralement que le résultat, sans savoir comment les choses se passent en amont.
Le livre numérique s'ajoute à tout le reste. Il n'y a pas d'opposition, pour un lecteur (professionnel ou non, c'est d'abord comme lecteur que je me définis, et d'abord pour mon petit ou mon grand plaisir égoïste de lecteur), entre une lecture sur papier ou une lecture sur écran. Donc, aucun rejet (au contraire, en ce qui me concerne, comme le savent ceux qui me connaissent) de l'édition numérique. Mais une extrême difficulté à lui trouver un espace adéquat - sans rien dire de la circulation des oeuvres, souvent pas tout à fait au point de l'éditeur vers les journalistes alors que l'édition traditionnelle fait cela très bien, et depuis longtemps.
Je ne suis donc pas peu fier (il fallait bien finir en me lançant quelques fleurs) d'avoir réussi à "caler", dans Le Soir de ce matin, une colonne de notes de lecture sur cinq livres électroniques. Du bon, du moins bon, comme dans la page d'à côté où une autre colonne, son équivalent parfait (mais qui revient chaque semaine) présente autant de rééditions au format de poche - et ce n'est pas rien, vous en conviendrez, le format de poche...
Il a fallu que les circonstances s'y prêtent: une double page consacrée à des écrivains belges au moment où plusieurs d'entre eux publiaient des ouvrages numériques. L'occasion était belle, je n'allais pas manquer. Quand se représentera-t-elle? Je n'en sais rien.

jeudi 6 septembre 2012

Classiques belges numériques : quelques précisions

Hier, j'ai présenté les cinq premiers titres des Classiques de la littérature belge parus chez Onlit Books. Il restait à compléter cette information en posant quelques questions à l'équipe qui les réalise. Pierre de Mûelenaere, fondateur, directeur et éditeur de cette structure en compagnie de Benoit Dupont, a accepté d'y répondre, et Laureline Levaux s'est jointe à lui pour compléter ses réactions. Quelques extraits de cet entretien réalisé par courriel sont parus ce matin dans Le Soir. Mais toute sa richesse ne pouvait trouver place dans l'édition papier d'un journal où la surface est mesurée. Donnons-lui donc toute son ampleur aujourd'hui.

On parle depuis quelques années d’un passage au numérique de la collection Espace Nord. Et voilà que vous débarquez. Y a-t-il une relation entre les deux entreprises ?
Pierre de Mûelenaere : A priori, je dirais qu’il n’y a pas de lien immédiat entre l’éventuelle numérisation de la collection Espace Nord et le lancement de notre collection « Classiques » de la littérature belge.
La démarche n’est pas différente de celle que nous adoptons avec les auteurs contemporains (à laquelle notre rentrée du mois d’octobre sera consacrée : Nicolas Ancion, Patrick Delperdange, Serge Coosemans, et un excellent recueil de nouvelles intitulé Crescendo issu du Grand Concours de la nouvelle de la FWB 2011-2012).
Le moteur de ONLIT, c’est depuis six ans de créer, avec les moyens et l’expertise web qui sont les nôtres, une place au sein de l’espace numérique pour les auteurs, belges notamment. Nous pensons qu’il est indispensable que ceux-ci puissent exister dans le numérique, qu’ils puissent être rendus disponibles auprès des personnes qui de plus en plus s’intéressent et se tournent vers ces nouveaux supports de lecture.
A un moment, on a pensé qu’il fallait arrêter de toujours gamberger, de discuter. C’est peut-être une question de génération, on sent davantage l’urgence. Une question de structure aussi, on est plus « petits » et ça nous permet d’être plus dynamiques, plus réactifs.
Nous lancer dans l’action donc, le « launch and learn ». On pense nativement numérique, on apprend tous les jours, on peut faire des erreurs – et on en fait – on n’a pas cinquante ans d’expérience en édition, on n’a pas beaucoup de moyens non plus, entretemps on compense nos faiblesses par nos forces : un dynamisme à toutes épreuve et beaucoup de réactivité !
Beaucoup de textes du domaine public sont disponibles gratuitement sur Internet. Vos livres sont certes à petit prix, mais ils sont payants. Pourquoi ?
Lorsque j’ai reçu ma première tablette, il m’a semblé merveilleux de pouvoir télécharger gratuitement certains textes du domaine public. C’est gratuit et ça prend quelques secondes ! Je me retrouve à lire du Jules Verne.
Il faut cependant déchanter : la plupart de ces textes sont souvent de simples « scans »  bourrés d’imperfections. Le résultat, c’est tout de même une grande insécurité pour le lecteur. Tous les textes gratuits ne sont pas dans des états aussi catastrophiques, c’est évident, cependant on comprend le rôle de l’éditeur à leur lecture. L’éditeur apporte un gros travail sur le texte lui-même mais aussi plus symboliquement une caution, un label de qualité.
Donc oui, plusieurs des livres que nous publions ici sont déjà disponibles, gratuitement ou non. Pourquoi les republier chez ONLIT ? D’une part donc nous essayons d’apporter le plus de soin à leur réalisation (texte, couverture, etc.) D’autre part nous pensons qu’il est intéressant de les rassembler dans une collection, possédant une identité. D’en faire la promotion aussi, comme tout éditeur qui se respecte.
Les questions qui se posent lors de l’édition de textes classiques sont nombreuses, complexes, et pour nous toutes neuves ! Il est permis de faire des choix, en réalité il est même indispensable d’en faire, ce qui importe en fin de compte c’est que ces choix soient faits par quelqu’un, qu’ils soient pesés. Nous avons proposé à Laureline Levaux, jeune diplômée en Lettres et aujourd’hui bibliothécaire, de diriger, en étroite collaboration avec nous, cette nouvelle collection. C’est elle qui est chargée du choix et de l’édition des textes. C’est une expérience très intéressante, pour elle comme pour nous. Une expérience où l’on apprend beaucoup, chaque jour.
Quelle est l’ampleur du projet des « Classiques belges » ? Que prévoit le programme de publications dans un proche avenir et à plus long terme ?
Les prochains projets seront deux œuvres critiques de Verhaeren : James Ensor (qu’il soutint en son temps en tant que critique d’art) et Rembrandt, Kermesses, un ex-voto de Georges Eekhoud (Henry Kistemaeckers, 1884), et un recueil d’Albert Giraud, Héros et Pierrots (Fischbacher, 1898). Comme chez nos contemporains, il y a là une grande richesse ainsi qu’une énorme diversité. A terme, il n’y a pas de limites !
Quelques remarques sur les textes de Verhaeren et de Rodenbach.
Dans Les villes hallucinées, votre édition donne comme premier vers du premier poème (« La plaine ») : « La plaine est morne, avec ses clos, avec ses granges », tandis qu’on trouve, aussi bien dans un volume (Bruxelles, Edmond Deman, 1895) publié l’année de l’édition originale que dans un autre (Paris, Mercure de France, 1920) publié après la mort du poète : « La plaine est morne et ses chaumes et ses granges ». Par ailleurs, ce poème est composé en italiques dans les deux éditions, au contraire de la vôtre.
Dans Bruges-la-Morte, vous ne mentionnez pas le dédicataire (« Hommage à M. Francis Magnard »). En revanche, vous insérez, avant le roman, l’avertissement (présent dans l’édition originale de Flammarion en 1892). Mais sans la note qui précise, après avoir dit qu’il importait de reproduire les décors de Bruges dans le volume : « Similigravures par Ch.-G. Petit et Cie, d’après les clichés des maisons Lévy et Neurdein. » En l’absence des illustrations et de cette note, l’avertissement perd une grande partie de son sens dans votre édition.
D’où la question : quelles sont les éditions de référence utilisées dans votre collection, et pourquoi ne pas en avoir fait mention dans les différents volumes ?
Les textes que le lecteur peut obtenir chez nous sont révisés à plusieurs stades. Ils ont  été façonnés par le travail de notre directrice de collection qui vérifie l’intégrité du texte, ils sont ensuite passés par nos mains pour être relus et harmonisés en termes de charte typographique. Ils sont enfin repris par notre « numérisateur » qui assure un troisième filtre.
Au-delà donc des questions d’édition pointues qui intéresseront les « ultras », le lecteur grand public aura la chance et la joie de pouvoir se procurer à petit prix ces grands livres de notre patrimoine.
Je conçois que les spécialistes pourront trouver çà et là quelques imperfections. Nous travaillons chaque jour à améliorer notre processus d’édition. Je pense cependant qu’en attendant d’avoir les moyens – vous l’aurez compris nous lançons ici un vibrant appel – de faire notre travail (patrimonial) dans les meilleures conditions possibles, de faire par exemple cautionner le travail de notre jeune directrice de collection par des sommités académiques, il était urgent de faire un geste pour que notre patrimoine puisse être simplement « lisible » auprès du grand public dans un livre de qualité au sein d’une collection numérique belge.
A cet égard, notre démarche est essentiellement de produire un texte fidèle à destination du grand public, dans un fichier de qualité, pas de créer une nouvelle édition critique à destination des spécialistes.
Laureline Leveaux : Les éditions de référence sont : Emile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées, Les villes tentaculaires, édition présentée, établie et annotée par Maurice Piron, Paris, Gallimard, 1982
Cette édition diffère en de nombreux points de celles publiées en 1895 (Edmond Deman) et 1904 (Mercure de France). Elle présente des variantes que Verhaeren aurait voulu voir réunies dans une édition définitive de ses œuvres. La guerre et la mort l’en ont empêché. Maurice Piron s’est basé sur les annotations de 1912 apposées par Verhaeren lui-même sur une des épreuves, déjà remaniée, de 1904 conservée à la Bibliothèque Royale de Bruxelles. Fidèle à ce principe philologique, nous avons choisi d’adopter le texte de 1912, qui correspond au dernier état de la pensée créatrice de l’auteur, respectant les souhaits de Verhaeren. Les suppressions et modifications effectuées par Verhaeren servent positivement ses poèmes; il les raccourcit, ils deviennent ainsi plus efficaces et plus rythmés.
Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, préf. Gaston Compère, Bruxelles, Jacques Antoine, 1977.
Nous ne voulions pas nous séparer de l’avertissement qui met en évidence l’importance de la ville de Bruges en tant que personnage. Cependant, pour des raisons de délai de lancement, il nous était impossible d’insérer les illustrations mentionnées. Nous laissons au lecteur le loisir et la liberté de les imaginer. Nous pensons que cela fonctionne aussi bien, tant l’avertissement lui-même est très évocateur et ouvre à l’imaginaire de Bruges.
Par ailleurs, il n’est pas du tout exclu à ce stade que nous proposions ensuite une version illustrée du texte.

mercredi 5 septembre 2012

Les classiques belges numériques chez ONLIT

C'est nouveau et ancien à la fois: les Éditions ONLIT, 100 % numériques, sortent aujourd'hui cinq titres d'un coup, puisés dans le patrimoine littéraire de la Belgique francophone: les Classiques belges. Je viens de les regarder de près - ils me sont arrivés il y a quelques heures à peine. Les lecteurs de livres électroniques soucieux de réalisations de qualité ne devraient pas être déçus par ces ouvrages (je ne les ai cependant ouverts, au format epub, que sur un ordinateur). La table des matières est en tout cas complète, il n'y a aucun défaut apparent dans la mise en page, bref, tout va bien. D'autant que les prix de vente sont bas.
Quant aux textes, ce sont, ainsi que le rappelle le nom de la collection, vraiment des classiques, donc bien connus si l'on fréquente cette littérature. Puisque c'est mon cas, je vais m'autoriser quelques commentaires sur la plupart de ces œuvres.

Charles De Coster. La légende d'Ulenspiegel
Premier livre majeur de la littérature française de Belgique, La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs, pour en reprendre le titre complet, est une magnifique épopée dont la lecture est, aujourd'hui, aussi réjouissante qu'à sa parution en 1867.
Inspiré par une légende allemande, Charles De Coster s'est approprié le personnage avec un tel talent qu'il l'a définitivement fait sien en brassant l'Histoire vue par un jeune garçon plein de ressources accompagné d'un bon pansu. La gaudriole alterne avec la tragédie et, comme tous les grands romans de cette ampleur, celui-ci intègre avec gourmandise (et générosité pour le lecteur) tout ce qui passait par là. Notre Ulenspiegel trace donc sa route avec allant, et nous le suivons dans l'enthousiasme. 
Patrick Roegiers, préfaçant une autre édition de ce texte, rappelait qu'il est tout à fait banni de la littérature française où il n'a nul droit de cité, malgré les nombreuses traductions qui en font un chef-d’œuvre de la littérature universelle. Il écrivait cependant: «Il peut néanmoins sembler abusif d'en faire le livre patriotique par excellence qui aurait permis aux lettres belges de s'émanciper du joug littéraire français.»

Émile Verhaeren. Les villes tentaculaires
Émile Verhaeren a aussi marqué son époque en faisant entrer dans sa poésie, outre le symbolisme, la conscience d’un monde en pleine mutation dont témoigne, entre autres recueils, Les villes tentaculaires (1895). Il était un des phares de la vie intellectuelle (et mondaine), en qui Stefan Zweig voyait un maître. Du moins jusqu’à la Première Guerre mondiale, moment auquel ses poèmes s’infléchirent, à la grande stupéfaction de Stefan Zweig, vers des visions patriotiques. (Mais on n'en est pas là avec ce livre.)
La ville, fin XIXe, décrite par un visionnaire. Un lieu qui croît sans cesse, avale l'espace et les hommes. Rappelons que le mot tentaculaire est un néologisme que l'on doit au poète - il l'introduit pour la première fois dans Les campagnes hallucinées. Campagnes détruites par les villes. Villes habitées par la soif de l'argent et la prostitution. Un tableau des dérives de l'époque.

Georges Rodenbach. Bruges-la-Morte
Cent vingt ans après sa première édition en volume (Bruges-la-Morte fut d'abord un feuilleton, dans Le Figaro, en février 1892), on réédite toujours, à raison, un texte qui n'a presque jamais cessé d'être disponible sous différentes formes .
Tournaisien, Rodenbach avait fait de Bruges le personnage principal de son roman, comme le fit remarquer très vite Émile Verhaeren. Et, bien sûr, l'atmosphère singulière de cette ville flamande habite le livre dont elle constitue bien plus qu'un décor puisqu'elle joue sur l'état d'esprit de Hugues: «L'influence de la ville sur lui recommençait: leçon de silence venue des canaux immobiles, à qui leur calme vaut la présence de nobles cygnes; exemple de résignation offert par les quais taciturnes.»
La tristesse de la ville s'accorde avec celle de Hugues, qui est veuf. Et qui croit revoir la morte dans les petites rues brugeoises. Quel songe est-ce là, où il se plonge avec un mélange d'inquiétude et de ravissement?
Aujourd'hui encore, Bruges-la-Morte exerce son effet envoûtant sur le lecteur qui se laisse envahir par le trouble né des circonstances autant que du lieu...

André Baillon. Zonzon Pépette, fille de Londres
Zonzon Pépette emmerde le monde entier. Au début du roman d’André Baillon, elle emmerde un client anglais à qui elle a volé son portefeuille mais pas sa montre; un flic croisé dans une rue de Londres; des jeunes femmes qui pourraient plaire aux hommes mais ne pensent pas à l’amour vénal; Henry-le-Gosse, quand il lui dit que son homme s’impatiente; son chéri du moment, quand il a vu la balafre à travers son ventre; son homme lui-même; etc. Son «Je t’emmerde!» répété donne le ton. Vocabulaire limité mais verbe haut, Zonzon court l’aventure et les rues, à la recherche du micheton auquel elle fera les poches après avoir épuisé son désir sexuel…
Baillon a souvent eu l’inspiration autobiographique. En envoyant Zonzon à Londres en 1923, il utilise vraisemblablement l’expérience de Marie Vandenberghe, prostituée flamande qu’il avait épousée en 1902, et qui avait fait ce voyage dans l’exercice de sa profession. Il plonge avec ardeur dans un monde parallèle où toutes les femmes sont prêtes à se vendre et tous les hommes à monter des cambriolages. Le sentiment n’est pas tout à fait absent mais repose souvent sur des rapports de pouvoir. «Mon homme», dans la bouche des filles, signifie «mon protecteur, mon souteneur».
Les haines sont féroces, surtout entre les prostituées. Zonzon et Betsy, en particulier, se détestent. On comprendra plus tard quels événements les ont montées l’une contre l’autre, au point de provoquer, dès la fin du premier chapitre, la mort de Zonzon: «Il est peut-être idiot de commencer la vie d’une femme par sa mort, mais enfin si l’on vit, c’est pour qu’on meure.»
Tout le roman n’est ensuite qu’un long flash-back, une suite d’anecdotes que Baillon enfile sans trop se soucier de les inscrire dans une construction d’ensemble. Mais en rendant vraisemblable cette déchéance urbaine.

Camille Lemonnier. Un mâle
Celui-ci, il faudrait que je le relise pour en parler vraiment. Je n'en ai pas le temps cette nuit. Mais je garde le souvenir d'une lecture puissante où, comme souvent, Lemonnier inscrit ses personnages dans les paysages autant que dans leurs passions. Je cite un extrait de la préface que J.-H. Rosny a donnée au roman dans une réédition de 1904: «Laissez-moi répéter seulement que le Mâle est un des chefs-d’œuvre de l'époque, qu'un bonheur merveilleux d'inspiration et de poésie, la sincérité, la patience et la vigueur de l'observation, le charme de la fable, des silhouettes d'êtres rustiques admirablement vivantes et mouvantes, le pathétique dans le primitif des sensations, l'amour rendu en nuances émues, tout ensemble rude et attendrissant, sont les qualités qui éclatent partout».

mercredi 8 février 2012

Peut-être Yann Moix n'aime-t-il pas lire...

Yann Moix se fait encore remarquer. Il adore ça. Et pratique volontiers l'excès pour être certain de s'offrir un bref moment de gloire. Après Frédéric Beigbeder, il s'en prend lui aussi au livre électronique dans un article de La Règle du jeu: L'orgie numérique ou comment et pourquoi détester l'e-book, en se basant sur quelques affirmations péremptoires. Du genre, dès les premières phrases: "L’e-book s’arrache et on sait bien pourquoi : c’est le livre qu’il s’agissait de tuer. Le livre fait peur: il intimide. Il s’agissait d’avoir sa peau. C’est pratiquement fait." 
Nous ne sommes pas dans la nuance. Argumentation (je simplifie à peine, car il est difficile de faire plus simpliste que Yann Moix): télécharger l'intégrale de Balzac ou de Proust, c'est se donner une bonne raison de ne pas lire les livres. "Le but du jeu est d’enterrer à jamais les œuvres par le seul fait de les posséder toutes. Posséder tout Balzac revient à obtenir la permission de ne jamais avoir à en lire une ligne."
Lire, voilà bien l'enjeu - et la seule chose sur laquelle Yann Moix ne se trompe pas. Mais quelle importance si on lit sur papier bible ou recyclé, mat ou brillant, blanc ou crème? Ou (attention, la proposition suivante va faire mal, très mal!) sur écran? N'en déplaise à MM. Beigbeder et Moix, la démarche est la même, motivée par le seul plaisir de lire - je n'entre pas ici dans le débat qui consiste à décider si le livre numérique peut être l'exacte reproduction d'une édition papier ou doit bénéficier, par l'apport de musique ou d'hyperliens, des possibilités de la machine.
Hier, j'ai lu sur écran le roman d’Élise Fontenaille, Les disparues de Vancouver, réédité aujourd'hui en poche, et celui de Daniel Pennac, Journal d'un corps, qui paraît demain. Je m'apprête à (re)lire sur papier Le froid, de Thomas Bernhard, probablement photographié à partir de l'édition originale plutôt que repassé par la phase composition, car la typographie est tremblée et presque baveuse. Je n'ai pas le choix de la police de caractères, ni de sa taille. Tandis que, celle dans laquelle se présentait le livre d’Élise Fontenaille ne me convenant pas, je l'ai modifiée en cinq secondes et deux manipulations.

Le premier qui voudrait me convaincre d'une lecture moins attentive, moins fine ou je ne sais quoi, des deux premiers ouvrages cités peut proposer toutes les explications qu'il veut, je ne le suivrai pas dans son raisonnement.
(Au passage, et à l'attention d'un lecteur qui ne fréquente d'ailleurs peut-être même pas ce blog, mais dont une remarque m'avait un peu énervé, je note que cela me fait, hier, environ 540 pages de lecture, sans précipitation ni sentiment de gavage.)
Plutôt que les anathèmes lancés contre l'e-book avec une foi aveugle dans le livre papier, je préfère la nuance romanesque introduite, à propos de livres numériques, par Paul Fournel dans La liseuse. Où un éditeur tout ce qu'il y a de plus traditionnel, bousculé par une stagiaire dynamique, découvre avec un peu d'appréhension les possibilités offertes par une liseuse de 730 grammes dans laquelle sont rangés tous les manuscrits qu'il doit lire. Certes, il finira par revenir aux bons vieux volumes de papier, mais du moins a-t-il fait, dans l'intervalle, une expérience enrichissante. (J'ai lu le roman de Paul Fournel sur écran, faut-il le préciser?)

dimanche 9 octobre 2011

"Après le livre", quelques questions à François Bon

François Bon publie Après le livre. Deux fois, puisque coexistent une version papier et une version numérique, conséquence logique d'une démarche initiée depuis longtemps dans son propre travail et bien au-delà, puisqu'il a embarqué avec lui un nombre d'auteurs sans cesse croissant. Dans cet essai où il accompagne et parfois précède les effets de la révolution numérique sur le présent et l'avenir du livre, il réfléchit à la manière de se comporter face au courant qui, si nous n'y prenons garde, emportera bien des acquis sans nécessairement les remplacer par d'autres. En écrivain autant qu'en acteur de ce changement, il apporte une expérience riche de possibilités nouvelles. Et les partage, au-delà de cet ouvrage, en répondant par mail à quelques questions.

Au lieu de crier à l’apocalypse, comme le fait Frédéric Beigbeder, devant les mutations du livre, vous préférez accompagner le mouvement. N’est-ce pas une forme de résignation?

Au contraire, vrai plaisir – même si les appareils continuent d’évoluer – à être physiquement dans phase cruciale recherche et invention: trouver ergonomie de lecture numérique qui intègre les 300 d’histoire de la typographie, et se basent sur nouvelle architecture intérieure du livre.

Au fond, le texte n’est-il pas plus important, à vos yeux, que le support?

Ça, c’est une banalité depuis longtemps, sinon, on ne lirait pas Saint-Augustin ni Pline ni Eschyle. Mais avec le numérique on change de paradigme: les annotations par exemple peuvent intégrer le corpus partageable, et penser l’écriture dans son rapport voix, geste, image, que le support imprimé contraignait à éliminer de l’objet, ouvre de très grandes pistes.

Pourtant, la description que vous faites de vos bibliothèques montre bien que vous aimez le papier. N’y a-t-il pas là une contradiction?

Désolé mais, né en 1953, quand j’ai appris à lire en 1960 le livre papier était plus répandu que le livre numérique. Nous avons formé notre imaginaire, et l’exercice très savant qu’est la lecture, dans les objets imprimés. La bibliothèque ne change pas, en changeant de support. On lit et lira toujours autant Montaigne. C’est l’opposition binomiale qui est fatigante: aujourd’hui, nos usages privés (correspondances, carnets, archives) comme nos usages publics (travail, socialité et réseaux, création) sont d’abord numériques – depuis notre territoire numérique nous réinventons, et reconstituons, notre bibliothèque.

Avez-vous besoin d’un territoire très vaste? Vous naviguez de Rabelais à Koltès, de Balzac à Novarina…

La langue n’est pas divisible. Quand on veut la travailler, on l’appréhende dans son histoire. J’ai publié mon premier livre il y a bientôt 30 ans, j’ai eu le temps de lire (et continue).

Il reste, malgré le numéro de version (huit) du texte que j’ai lu, pas mal de coquilles. Est-ce pareil dans l’édition papier? Et à quand la neuvième version?

J’ai conçu ce travail comme un accompagnement, un regard sur la gestation même, d’où la suite de versions. Effectivement, la neuvième est une relecture des scories, pour laquelle il me fallait – comme dans l’édition classique – le regard extérieur d’un correcteur. Travail qu’on fait aussi les éditions du Seuil, avec d’ailleurs leurs propres codes typo, Web (maj) et non web (min) par exemple. Le droit apprend à distinguer en ce moment l’editing du publishing (l’anglais avait les 2 mots, pas nous), et de séparer l’editing (droit de la production de données) de la propriété intellectuelle, qui reste l’apanage de l’auteur. Collaborer de cette façon avec les éditions du Seuil nous aidait à commencer à manipuler ce qui va devenir le vocabulaire de base pour l’édition, traditionnelle ou numérique.

Je reprends, sur les archives Internet du Soir, les principaux articles que j’y ai publiés depuis qu’ils sont archivés sous cette forme. J’ai commencé à le regrouper par année, pour en faire des livres papier que je serai peut-être le seul à acheter, mais cela n’a aucune importance puisque le but est de les ranger dans ma bibliothèque. Est-ce grave, docteur?

Bien sûr que non, et nous-mêmes à publie.net nous préparons à des versions Print On Demand de ceux de nos ouvrages qui le permettent. Par contre, si votre publication est “seulement” papier, elle est morte avant d’exister. Dans votre cas, une version numérique, accompagnée de mots-clés, serait beaucoup plus pertinente pour accessibilité générale sur des thèmes qui peuvent être ultra-pointus.

Je me suis beaucoup amusé à vous lire à propos du papier carbone. En déménageant il y a une semaine, j’ai trouvé quelques formulaires doubles qui ne m’appartenaient pas, des feuilles de papier séparées par un papier carbone (peut-être pour compenser quelques menues autres choses égarées en route?). Je les ai regardés comme des antiquités, alors que je n’avais pas encore lu le chapitre que vous y consacrez. Alors aussi qu’à Madagascar, le papier carbone est toujours d’usage fréquent, dans les commissariats par exemple...

Une question encore plus vaste sous-jacente: le continent africain va accéder à la circulation des textes via le téléphone, en sautant l’étape livre. Ce qui était important pour moi, dans ce livre, c’est de déplier les dix ou quinze dernières années (on parle toujours de “nouvelles technologies”, c’est une vraie scie, alors que mes enfants n’ont jamais connu la maison sans ordinateur, et que la plus jeune, qui vient de rentrer en terminale, n’a jamais connu la maison sans Internet). La mutation que nous traversons n’est pas prédictible: mais elle a suffisamment accumulé de strates pour être une micro-histoire. Appréhendons comme telle cette histoire récente, et nous serons mieux armés pour que cette mutation – évidemment violente, et qui reconfigure le visage de tout un métier – ne laisse pas sur la route trop de cadavres, même si le rôle semble parfaitement convenir à certains, plutôt que de se familiariser avec la maîtrise d’un site ou de commencer à lire numérique.

mardi 20 septembre 2011

L'actualité littéraire (32) - La guerre des supports rend-elle bête?

Il y avait la guerre des boutons, celle de Louis Pergaud dont quelques personnes se souviennent (le texte est disponible dans une foultitude de collections papier et en livre électronique), celle d'Yves Robert dont tout le monde se souvient, il y a maintenant la guerre de la guerre des boutons, à cause de deux films qui seront très vite oubliés, mais dont on parle beaucoup.
Est-ce l'atmosphère belliqueuse créée par la double adaptation? (J'en doute, et je doute que vous le pensiez, mais s'il me fait plaisir de l'avancer, hein?) Toujours est-il qu'une autre guerre, qui m'amuse beaucoup moins, semble déclarée.
Face à face, deux intégristes du support digne de la lecture.

Frédéric Beigbeder fait beaucoup parler, quand il n'en parle pas lui-même, de Premier bilan après l'apocalypse, interdit aux habitués de l'écran à qui l'auteur promet sa main dans la gueule (l'expression est de lui, je ne me serais pas permis) s'il surprend un de ces voyous (l'expression est de moi) à lire son livre dématérialisé. Il avait le choix entre la colère et la peur, il a choisi la colère, par peur.
Peur de quoi?
Je vous laisse apprécier ses arguments: c'est le papier qui a permis au roman de naître et, sur écran, fini le roman. En revanche, explosion de la bêtise, fracture de l'imagination, épanchement de lieux communs, et tout ce que vous pourrez imaginer, qu'il résume en un mot: apocalypse. Now?
Le comble: Premier bilan après l'apocalypse est vendu aussi sous forme de livre électronique. On ne le lui a pas dit, au Frédo? En voilà encore un qui aura fauté contre ses principes à l'insu de son plein gré...

Face à lui se lève Laurent Margantin, qui annonce dans Œuvres ouvertes un Passage au 100% numérique en décidant de ne plus consacrer sa revue en ligne qu'à des ouvrages inscrits dans le courant novateur de l'édition numérique. "Passer au 100% numérique, c’est aussi alerter cette presse littéraire totalement assujettie à la logique commerciale des grands éditeurs, c’est leur signifier clairement qu’ils sont en train de se couper et de la création littéraire contemporaine – qui n’a plus lieu dans les revues papier, mais en ligne –, et des pays émergents dans leur nouveaux usages numériques. Ici, il ne sera donc question que de textes qui participent de cette réalité nouvelle, soit toutes les œuvres déjà numérisées du domaine public, les textes de littérature contemporaine édités seulement en numérique ou en même temps sur papier et en numérique, démarche amenée à se répandre."
Pour illustrer son propos, il affiche, en tête de page, l'illustration suivante, à travers laquelle il veut montrer, je suppose son mépris désormais définitif pour l'édition traditionnelle, ou dite telle.

En ce qui me concerne, je renvoie Frédéric Beigbeder et Laurent Margantin entre les murs de la prison qu'ils semblent tant chérir, chacun la sienne, bien sûr. Comment, mais comment ne voient-ils pas que toutes les manières d'éditer sont bonnes, qu'elles se complètent sans s'annuler, qu'elles s'adaptent aux auteurs bien plus que le contraire? (Je suis effondré quand je lis, ici ou là, des conseils aux jeunes écrivains: faites court, pensez à la capacité réduite de concentration du lecteur devant un écran, moi qui suis en train de lire sur écran - du moins, j'y retourne dès que j'ai terminé cette note - un roman de 640 pages, dont la couverture de l'édition papier se trouve d'ailleurs, par un malicieux hasard, biffée ci-dessus.)
Beigbeder semble rétrograde et Margantin, moderne?
Non. Ils sont tous les deux à côté de la plaque.

lundi 29 mars 2010

Zapculture : spécial Salon du Livre

Je profite du Salon du Livre de Paris pour vous abreuver, aujourd'hui, de sons renvoyant à l'écrit sous toutes ses formes. Car le numérique fait parler de lui, nous ne manquerons pas d'écouter ce qu'on en dit. Le Zapculture de la semaine est téléchargeable en passant par le casque...

L'actualité culturelle du Rendez-vous (France Culture) présente brièvement les grandes tendances de la littérature d'aujourd'hui, comme on le fait dans les saisons de défilés. Autofiction et alterfiction sont au rendez-vous. (0'25"-2'19")

Le téléphone sonne (France Inter) avait rassemblé un plateau de spécialistes pour répondre aux questions multiples et variées des auditeurs à propos du livre numérique. Nous entendrons successivement:
Thierry Pech, d'Alternatives Economiques (qui publie une enquête sur La révolution du livre), évoquer le problème du prix du livre numérique;
Virginie Clayssen, Présidente des Commissions Numérique et Nouvelles technologies du Syndicat national de l'Edition, et chargée chez Editis du développement numérique et de la veille sur les domaines du numérique et de l'édition, parler du rôle des libraires;
Olivier Donnat, sociologue, qui a dirigé l'étude du Ministère de la Culture et de la Communication sur "Les pratiques culturelles à l'ère numérique", chargé de recherches au Département des études, de la prospective et des statistiques, nuancer la place du numérique en fonction des secteurs d'édition;
François Gèze, Président des Editions La Découverte, évoquer les progrès à venir. (2'19"-4'38")

Mais tout n'est pas rose dans l'univers électronique, comme le prouvent trois extraits du Rendez-vous. Ainsi, les chercheurs éprouvent des difficultés à lire les archives que Salman Rushdie leur a confiées (4'38"-5'14"). Nina Bouraoui réagit en évoquant, non sans nostalgie, le temps où elle écrivait sur des cahiers Clairefontaine (5'14"-6'08"). Et les créateurs de bande dessinée montent au front pour défendre leurs droits (6'08"-7'36").

Retour vers le livre papier pour les dernières séquences, consacrées à deux romancières primées pendant le Salon du Livre.
Je vous ai parlé déjà de La centrale, d'Elizabeth Filhol, et de son prix France Culture/Télérama.
J'ignorais qu'elle avait fait preuve d'une grande discrétion depuis la sortie de son livre en janvier, au point de n'avoir donné aucun entretien à une radio ou à une télévision. Cette lacune est comblée grâce à Tout arrive (France Culture). Elisabeth Filhol explique en quoi l'univers d'une centrale nucléaire lui semblait se prêter au cadre d'un roman. Elle ne s'était pas trompée. La technologie est un terrain que, comme tous les autres, la littérature est capable d'investir pour nous aider, sinon à la comprendre, au moins à l'approcher avec la sensibilité particulière de l'écriture. (7'36"-8'41")

Quant à Kim Thúy, elle a reçu le prix RTL/Lire pour Ru, que je n'ai malheureusement pas lu mais que Laissez-vous tenter (RTL) vous présente avec elle. Cette Québécoise d'origine vietnamienne s'est inspirée de sa vie pour écrire un roman qui a été très bien accueilli. L'éditeur le décrit ainsi:
Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs: l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain. (8'41"-9'57")

A la semaine prochaine...