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mercredi 14 décembre 2016

Le livre, ça va, ça vient (6)

On se prépare à replier nos petites affaires, à ranger dans des cartons les livres parus en 2016, pour faire de la place au prochain millésime. Mais cette année fait encore de la résistance, puisqu’elle se prolongera au moins jusqu’à la fin de janvier, moment où sera remis le Prix des Deux Magots à un roman de la dernière rentrée littéraire (et non la prochaine) : ceux de Kéthévane Davrichewy (L’autre Joseph, Sabine Wespieser), Frédéric Gros (Possédées, Albin Michel) et Éric Vuillard (14 juillet, Actes Sud) constituent le trio de la dernière sélection.

Mais, avant de ranger les livres lus, ou non lus d’ailleurs, on les orne des lauriers qu’ils ont mérités, ou non. L’heure du bilan permet de faire durer encore quelques titres. Cela se fera tout naturellement pour le deuxième volume de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom, d’Elena Ferrante (Gallimard), puisque le troisième arrive presque tout de suite, poussé par le choix de Lire qui a fait du volet paru au début de l’année le meilleur livre de 2016.
Les Inrocks ont élu Salman Rushdie pour Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits (Actes Sud), devant les romans de Leïla Slimani, Jonathan Franzen, Édouard Louis, Nina Yargekov…
Le Parisien, côté romans, a préféré Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby (Actes Sud).
Et l’émission Livrés à domicile, de la RTBF, a sélectionné vingt romans parmi cinquante titres dans diverses catégories, avec en tête de liste (bien que j’ignore si cela a une signification) L’insouciance, de Karine Tuil (Gallimard).

Je me demande pourquoi Le garçon, de Marcus Malte (Zulma), n’est pas mieux mis en évidence dans ces listes pourtant copieuses. La RTBF l’a placé dans ses vingt romans préférés. Le Point, Lire et Les Inrockuptibles l’ont ignoré. Ce qui ne m’interdit pas de le mettre très haut, une demi-marche à peine au-dessus de mon autre livre préféré de l’année, Donc c’est non, le choix de lettres d’Henri Michaux qu’a établi Jean-Luc Outers (Gallimard). Vous avez encore quelques achats à faire ?

mardi 25 octobre 2016

Femina : Marcus Malte et les autres

J'avais terminé son livre ce matin seulement, et préparé un article qui, au lieu de paraître samedi dans Le Soir, y paraîtra demain: Le garçon, de Marcus Malte, lauréat du Femina pour le roman français, par sept voix contre trois pour Nathacha Appanah (Tropique de la violence, Gallimard), est un grand livre. Du genre à ne pas vous lâcher, qu'on le lise en 24 heures ou en deux semaines - ce qui fut mon cas, pour des raisons circonstancielles.
Celui qui deviendra Félix, et qui vient de nulle part, ou presque, est le personnage principal d'un roman réussi sur tous les plans. Chaque phrase est d'une beauté à couper le souffle, même les énumérations, et il y en a quelques-uns, deviennent des éléments du récit, le texte subjugue et emporte à travers une vie, un amour, une guerre. Sauvage, civilisé mais analphabète, de nouveau sauvage après la mort de la femme aimée, Félix est un être qu'on n'oubliera pas. Et qui donnera peut-être à Marcus Malte un nouvel élan vers une oeuvre importante.

Le Femina étranger est attribué à Rabih Alameddine, par cinq voix contre quatre pour Petina Gappah (Le livre de Memory, Lattès), pour Les vies de papier, un vibrant hommage au pouvoir de la littérature (dont Le garçon est par ailleurs un bel exemple). La vie sociale d’Aaliya est étroite à Beyrouth, qui a traversé toutes les guerres. La vie intime d’Aaliya est intense, elle l’a passée dans les livres qui lui donnent, à grand renfort de citations, un regard acéré. Elle a travaillé cinquante ans à traduire en arabe, pour elle-même, des grandes œuvres de la littérature. Mais les cartons où elle a rangé ses manuscrits ne sont pas plus en sécurité que les habitants.

Enfin, le troisième Femina du jour, celui de l'essai, est, par six voix contre quatre en faveur de Jacques Henric (Boxe, Seuil), pour Ghislaine Dunant et son Charlotte Delbo, la vie retrouvée, une biographie dont les premières lignes donnent envie d'aller plus loin:
Le vent est léger, il glisse sur les feuilles, entre les branches. La pluie est tombée toute la nuit, elle imprègne l’herbe, les arbres, de temps en temps une goutte tombe. Rien d’autre ne se passe, et tout est silence. Je suis arrêtée par le grillage qui entoure le jardin, une boîte aux lettres métallique est suspendue de guingois, l’emplacement du nom est vide.