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vendredi 6 mars 2020

La Foire du Livre de Bruxelles


En ces temps épidémiques, les rassemblements sont suspects. On dira donc que c’est par prudence que je ne fréquente pas, cette année (une fois de plus), la Foire du Livre de Bruxelles, malgré l’assurance de pouvoir s’y désinfecter les mains plutôt trois fois qu’une. (J’interprète un peu un article de Livres Hebdo par lequel j’apprends aussi qu’une bière spéciale de la Foire du Livre se déguste sur place – mais pourquoi ne m’en avait-on rien dit ?)
Mes souvenirs de la Foire du Livre, quasiment le seul événement du genre à faire de la résistance devant les risques de contamination (reportés ou annulés, les salons ou foires de Bologne, de Paris, de Leipzig, de Londres, j’en oublie), sont multiples et j’ai dû les éparpiller ici ou là dans des notes de blog que ni vous ni moi n’aurons le courage de compiler.
J’en retiendrai aujourd’hui, la faute à un rêve flou qui m’y transporta dans la nuit de mercredi à jeudi, au moment où la Foire était inaugurée, une impression générale. L’excitation d’y être, le plaisir de retrouver des têtes connues et pas croisées depuis longtemps, de faire de nouvelles connaissances, aussi. Et puis, assez vite, après une heure ou deux de ce capharnaüm livresque, l’envie très forte d’être ailleurs, dans un endroit plus calme – pour lire.
Quant à ce qui se passe à Bruxelles ces jours-ci, les échos m’en arrivent comme assourdis par la distance, mais ils arrivent – malgré le peu d’enthousiasme qui se manifeste dans l’animation des réseaux sociaux par l’équipe de la Foire. Rassemblez Twitter, Facebook et Instagram, et vous ne saurez pas grand-chose de ce qui se passe à Tour & Taxis.
Heureusement, la RTBF, partenaire de l’événement, ouvre largement ses antennes aux acteurs de la Foire, en particulier aux auteurs et autrices qui passent par là. Hier, j’ai donc croisé deux fois Barbara Abel, en télé et en radio, qui parlait de la famille trouble installée dans son nouveau roman, Et les vivants autour. Je ne l’ai pas lu (il vient de m’arriver), j’en découvre les premières lignes en même temps que vous.
Gilbert referme doucement la porte derrière lui. Il s’avance de quelques pas vers le centre de la pièce, retenant son souffle comme s’il cherchait à dissimuler sa présence. L’obscurité l’empêche de distinguer les contours de cette chambre dont il connaît pourtant les proportions par cœur. Normal, elle servait autrefois de salle de jeux, et même s’il n’y faisait que de rares incursions, il en garde un souvenir très précis. Il se rappelle parfaitement le vieux canapé dans lequel ses filles se vautraient pour lire leurs bandes dessinées, les étagères surchargées de jeux et de livres, la table qui leur servait de bureau pour faire leurs devoirs, des bricolages ou du dessin…
Hier aussi, le Prix Première (encore la RTBF) a été attribué au premier roman d’Abel Quentin, Sœur. C’est bien, c’est surtout dans l’air du temps.
Intégrée nulle part, Jenny est une adolescente en manque de relations de confiance. Tandis que le président français navigue sans illusions dans ses derniers mois de pouvoir, Jenny trouve avec l’islam radical, à travers une de ses jeunes représentantes, une porte d’entrée dans un groupe soudé. La voici enfin reconnue comme personne. À condition, bien sûr, de suivre les instructions jusqu’à croiser le chemin du président. Une dérive de plus.
Mon choix n’aurait pas été celui-là. Dans la liste des ouvrages sélectionnés, j’aurais sans hésitation (et tant pis pour ceux que je n’avais pas lus) voté pour Ténèbre, de Paul Kawczak (La Peuplade), un roman d’une grande puissance qui m’a laissé une impression durable. Je vous en reparlerai peut-être un jour, les abonnés du Soir ont pu (et peuvent encore) lire l’entretien que j’ai réalisé avec ce débutant qui a tout pour faire parler de lui.

mercredi 14 décembre 2016

Le livre, ça va, ça vient (6)

On se prépare à replier nos petites affaires, à ranger dans des cartons les livres parus en 2016, pour faire de la place au prochain millésime. Mais cette année fait encore de la résistance, puisqu’elle se prolongera au moins jusqu’à la fin de janvier, moment où sera remis le Prix des Deux Magots à un roman de la dernière rentrée littéraire (et non la prochaine) : ceux de Kéthévane Davrichewy (L’autre Joseph, Sabine Wespieser), Frédéric Gros (Possédées, Albin Michel) et Éric Vuillard (14 juillet, Actes Sud) constituent le trio de la dernière sélection.

Mais, avant de ranger les livres lus, ou non lus d’ailleurs, on les orne des lauriers qu’ils ont mérités, ou non. L’heure du bilan permet de faire durer encore quelques titres. Cela se fera tout naturellement pour le deuxième volume de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom, d’Elena Ferrante (Gallimard), puisque le troisième arrive presque tout de suite, poussé par le choix de Lire qui a fait du volet paru au début de l’année le meilleur livre de 2016.
Les Inrocks ont élu Salman Rushdie pour Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits (Actes Sud), devant les romans de Leïla Slimani, Jonathan Franzen, Édouard Louis, Nina Yargekov…
Le Parisien, côté romans, a préféré Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby (Actes Sud).
Et l’émission Livrés à domicile, de la RTBF, a sélectionné vingt romans parmi cinquante titres dans diverses catégories, avec en tête de liste (bien que j’ignore si cela a une signification) L’insouciance, de Karine Tuil (Gallimard).

Je me demande pourquoi Le garçon, de Marcus Malte (Zulma), n’est pas mieux mis en évidence dans ces listes pourtant copieuses. La RTBF l’a placé dans ses vingt romans préférés. Le Point, Lire et Les Inrockuptibles l’ont ignoré. Ce qui ne m’interdit pas de le mettre très haut, une demi-marche à peine au-dessus de mon autre livre préféré de l’année, Donc c’est non, le choix de lettres d’Henri Michaux qu’a établi Jean-Luc Outers (Gallimard). Vous avez encore quelques achats à faire ?