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mardi 5 novembre 2019

Prix Femina français, Sylvain Prudhomme

« Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui partent. Et ceux qui restent. » C’est clair. Ou presque. Dans Par les routes, Sylvain Prudhomme pose face à face, ou côte à côte, deux hommes qui ont été, ensemble, de grands voyageurs. Puis ils se sont séparés. Le narrateur, écrivain, n’a plus pensé que de loin en loin à celui qu’il appelle l’autostoppeur. Il n’est retombé sur lui que quinze ans après, par hasard, à condition de croire au hasard, à V., une petite ville où il vient chercher la solitude et le dépouillement qui conviennent à son prochain travail.
Il est arrivé avec peu de bagages. Des livres, surtout. Il loue un deux pièces à l’ameublement sommaire. « J’ai pensé : on voit mieux dans le peu. On vit mieux. On se déplace mieux, on conçoit mieux, on décide mieux. » Mais il y a, dans le même lieu, l’autostoppeur, qu’il retrouve bientôt, qui donne l’impression de s’être posé aussi : il a une femme, Marie, un fils, Agustín. Pas vraiment posé pour autant : à intervalles irréguliers, il reprend la route, incapable de rester sur place.
Il a limité ses voyages au territoire de la France – avant, ils partaient ensemble pour des destinations bien plus lointaines. Il collectionne les rencontres, les portraits de ses « autostoppés » qui l’ont emmené ailleurs pour un parcours plus ou moins long. Il trace ses parcours sur une carte, voit ce qui lui manque, les régions qu’il a peu explorées. Repartira peut-être dans ces directions-là. Quittera les autoroutes qui ont longtemps été ses axes de prédilection – il sait tout des aires de repos, celles qui sont favorables à un départ rapides, celles où on traîne, les plaisantes, les autres…
Il explique cette vie à celui qui fut son ami, et peut-être le redevient petit à petit, à moins qu’il soit en train de prendre sa place. Pendant que l’autostoppeur voyage, le narrateur s’occupe d’Agustín, tient compagnie à Marie, occupe le terrain dans un glissement insensible mais irrésistible vers une situation quasi familiale. Avec une question qui le taraude : et si l’autostoppeur, en réalité, ne partait pas ? S’il se contentait de rester dans le coin pour observer ce qui se passe ? « J’ai pensé à Jean-Claude Romand, à tous les imposteurs qui plutôt que d’avouer qu’ils n’ont plus de travail passent leurs journées à faire mine d’être occupés, zonent du matin au soir sur les parkings, dorment et mangent dans leur voiture – jusqu’au jour où ils craquent, s’effondrent, ne supportent plus de mentir à tout leur entourage. »
Par les routes est un voyage par étapes et par procuration, un beau voyage dont ne parviennent, à V., que des échos lointains – téléphone, photos, cartes postales. Ils sont suffisants pour décrire un ailleurs flou tandis que le narrateur s’ancre. Et peut-être l’autostoppeur a-t-il besoin que quelqu’un le fasse à sa place, puisque ce n’est pas dans sa nature. Même la scène finale, magnifique et surprenante, se jouera sans lui.

jeudi 24 octobre 2019

Prix Femina, dernière sélection

Oui, j'ai été absent une grosse semaine, quelque part entre le Nobel de littérature et les nouvelles sélections des prix littéraires français - je me disais que j'avais un peu de temps pour me promener dans une ville que je connaissais mal, mais il a fait mauvais, je me suis peu promené et j'ai beaucoup lu, très bien. Loin de mon bureau, j'ai malgré cela pris du retard dans un certain nombre d'activités quotidiennes, tout n'est pas encore à jour mais ça va mieux (j'en connais qui attendent encore, néanmoins, une réponse à un mail vieux d'une semaine ou davantage, ça va venir).
Ceci dit, je me suis demandé pendant près de dix heures, sur le chemin du retour - plus de cinq cents kilomètres en taxi-brousse, sur des routes à peu près correctes mais tout est dans le "à peu près" qui implique quand même pas mal de portions abîmées - si la voiture arriverait à destination. J'avais devant moi un pare-brise dans un état que la photo ci-contre m'évite d'avoir à décrire, et dont je me demandais, à chaque vibration un peu forte, quand il me tomberait sur les genoux. Bon, ce n'est pas arrivé, il y a de petits miracles. Et le chauffeur, très occupé pendant une heure ou deux à faire son quinté (ou son quarté, ou son tiercé, allez savoir), plus attentif aux palmarès des chevaux et à pianoter sur son téléphone qu'à la route, n'a quand même pas réussi à quitter celle-ci...
Donc, je peux m'occuper d'autre chose que d'accidentologie et en particulier de la dernière sélection du Femina, annoncée hier pour les trois catégories d'ouvrages que lit ce jury. Romans français, il en reste six, cinq romans étrangers et neuf essais. Je ne vous fais pas attendre davantage, voici les listes.

Romans français
  • "Un dimanche à Ville-d'Avray", Dominique Barbéris (Arléa)
  • "Scrabble", Michal Ferrier (Mercure de France)
  • "La tentation", Luc Lang (Stock)
  • "Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard)
  • "Opus 77", Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)
  • "Eden", Monica Sabolo (Gallimard)

Romans étrangers
  • "Borgo Vecchio", Giosuè Calaciura (traduit par Lise Chapuis, Notabilia)
  • "Le cœur de l'Angleterre", Jonathan Coe (traduit par Josée Kamoun, Gallimard)
  • "Le grand royaume des ombres", Arno Geiger (traduit par Olivier Le Lay, Gallimard)
  • "Girl", Edna O'Brien (traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser)
  • "Ordesa", Manuel Vilas (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol)

Essais
  • "La Bruyère, portrait de nous-mêmes", Jean-Michel Delacomptée (Robert Laffont)
  • "La fabrique du crétin digital: les dangers des écrans pour nos enfants", Michel Desmurget (Seuil)
  • "L'usage du vide: essai sur l'intelligence de l'action, de l'Europe à la Chine", Romain Graziani (Gallimard)
  • "La langue confisquée: lire Victor Klemperer aujourd'hui", Frédéric Joly (Premier Parallèle)
  • "Giono, Furioso", Emmanuelle Lambert (Stock)
  • "Débuter, comment c'est: entrer en littérature", Bertrand Leclair ("Agora", Pocket)
  • "J'ai oublié", Bulle Ogier avec Anne Diatkine (Seuil)
  • "Arpenter le paysage: poètes, géographes et montagnards", Martin de la Soudière (Anamosa)
  • "La fabrique de l'écrivain national: entre littérature et politique", Anne-Marie Thiesse (Gallimard)¨

J'emprunte ceci, après retrait des livres qui étaient là et n'y sont plus, à Lucie Cauwe dont le blog m'a fourni, sans aucun problème de pare-brise, un parfait état des lieux pour savoir où on en est dans les sélections des prix littéraires.
Quant à savoir pour qui je voterais si j'appartenais au jury du Femina (il faudrait déjà que je sois une femme, je crois qu'il est trop tard pour transgenrer), ce serait pour Alexis Ragougneau et Manuel Vilas - je précise que je n'ai pas lu encore les livres de Luc Lang, de Giosuè Calaciura ni d'Arno Geiger. Je fais l'impasse sur les essais...

mercredi 9 octobre 2019

Femina et Renaudot, on précise


Les deuxièmes sélections des prix Femina et Renaudot ont été annoncées hier, c’est le moment d’observer qui sort, qui rentre, qui reste, bref, les mouvements à travers lesquels on n’essaiera pas encore, parce que ce serait sans espoir, de désigner des favoris…

Le roman français, au Femina, a perdu cinq candidats et candidates : Patrick Autréaux, Bernard Chambaz, Isabelle Desesquelles, Alexandre Labruffe et Anne Pauly. Dommage pour les livres que j’avais lus et aimés – trois d’entre eux, quand même, avec une mention spéciale pour Avant que j’oublie, d’Anne Pauly. Je note qu’ils disparaissent en même temps de toutes les listes, puisqu’ils n’avaient été retenus que par le Femina.
Seize moins cinq égalent onze : Nathacha Appanah, Dominique Barbéris, Michaël Ferrier, Claudie Hunzinger, Victor Jestin, Luc Lang, Victoria Mas, Sylvain Prudhomme, Alexis Ragougneau, Monica Sabolo et Karine Tuil.

Dans la même catégorie, le Renaudot a été plus radical en enlevant la moitié des titres de la première sélection. Au revoir à Kaouther Adimi, Santiago H. Amigorena, Aurélien Bellanger, Michaël Ferrier, Hubert Haddad, Victor Jestin, Vincent Message et Alexis Michalik. Seuls, parmi eux, conservent des chances ailleurs, Santiago H. Amigorena (Goncourt et Médicis), Michaël Ferrier (Femina, on vient de le voir) et Victor Jestin (Femina et Médicis).
En attendant une troisième sélection, le prix se jouera donc entre Nathacha Appanah, Emma Becker, Jean-Luc Coatalem, Lenka Hornakova-Civade, Victoria Mas, Jean-Noël Orengo, Sylvain Prudhomme et Addourahman A. Waberi.
Saurez-vous retrouver les trois noms en commun entre le Femina et le Renaudot ?

Renaudot et Femina attribuent aussi des prix de l’essai, mais la sélection donnée pour le Femina est la première (13 titres) tandis que celle du Renaudot est la deuxième (6, au lieu de 9 auparavant). On se contentera de signaler que Jean-Michel Delacomptée est le seul auteur retenu par les deux jurys, pour son Le Bruyère, portrait de nous-même (Laffont).

Le roman étranger ne concerne, en revanche, que le Femina – on ne lit pas dans les étranges langues étrangères, même après traduction, au Renaudot. Il y avait 11 titres dans la première sélection, il y en a 10 dans la deuxième, mais pour montrer qu’on a bossé quand même, on ne s’est pas contenté d’écarter un livre. Trois, en fait, ceux de Nina Allan, Sergueï Lebedev et Maggie Nelson.
Et non, il n’y a pas d’erreur dans la soustraction puisque deux nouveaux, Jonathan Coe et Diana Evans (voilà qui me réjouit) ont fait leur apparition aux côtés d’Ahmet Altan, Giosuè Calaciura, Arno Geiger, Chris Kraus, Sigrid Nunez, Edna O’Brien, Paolo Rumiz et Manuel Vilas. Recomptez : cela fait dix.

Tout cela est à suivre, bien entendu.

mardi 6 novembre 2018

Dormir avec Philippe Lançon au moment du Femina

En tout bien tout honneur, certes, mais je ne suis pas fier: hier, au moment du Femina, je m'étais endormi avec Le lambeau à côté de moi, le livre de Philippe Lançon dont tout le monde pensait qu'il aurait le prix - ce qui fut fait, comme vous savez - et dont je postposais la lecture depuis sa sortie en avril dernier.
Pourquoi est-ce que je dormais? Parce que je m'étais levé beaucoup trop tôt et que la journée commençait à être vraiment longue.
Pourquoi n'avais-je pas lu Le lambeau (et j'en suis resté, hier, aux trois quarts)? Parce que ce texte, dont j'ai eu l'occasion d'apprendre par de nombreux articles ce qu'il contenait, me faisait peur.
Il me renvoie à deux moments de notre vie commune, à Philippe Lançon et moi - même si lui ne se souvient probablement même pas du premier et n'a rien su de l'aspect commun du deuxième, de mon côté, je n'ai pas oublié.
En septembre 2011, d'abord, nous avions bavardé un quart d'heure par téléphone à l'occasion de la sortie des Iles, le premier roman qu'il signait de son nom. La conversation, plaisante et chaleureuse, s'était conclue, de sa part, par un "Bon courage!" qui, depuis le 7 janvier 2015, semble chargé d'ironie - il n'y en avait pourtant aucune.
Le 7 janvier 2015, alors que Philippe Lançon, rescapé de la tuerie de Charlie-Hebdo mais blessé en plusieurs endroits par les balles des terroristes, devait avoir été évacué depuis peu de temps, je m'effondrais devant la télé, incapable de penser à quoi que ce soit, même pas à ce qui venait d'arriver et qui dépassait de très loin l'entendement.
A cause de ces deux moments, j'ai eu l'impression que la lecture du Lambeau représentait pour moi un tour de force à la hauteur duquel je ne me sentais pas. Comme si je n'étais pas, dans une certaine mesure, digne de ce livre. Je me trompais, probablement par excès de prudence, par peur d'être blessé à mon tour. Oubliant, sur ce cas précis, que les textes plus grands que nous nous grandissent. Et, donc, il y a quelques jours, je l'ai enfin ouvert.
Il se lit assez lentement, car chaque phrase pèse son juste poids - ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: la lecture n'est pas pénible, elle se fait à petits pas - les pas que faisait le blessé dans le couloir de l'hôpital - en écoutant Bach et en retournant de temps à autre vers Proust et Kafka, au fil des opérations et des visites, des incompréhensions et des relations fortes nouées avec les uns et les autres. On sourit parfois, comme lors de la visite de François Hollande - le coquin! -, on retient son souffle mais on avance avec la confiance que Philippe Lançon plaçait dans sa chirurgienne, personnage majeur du livre. Et la présence des morts...
Au passage, j'ai appris que son titre ne désignait pas, comme je le pensais avant de lire, le lambeau de chair qui ornait le bas de son visage après l'attentat (comme le pensait encore hier soir une journaliste de je ne sais plus quelle chaîne de télévision, et qui n'a pas osé contredire le présentateur du JT quand il affirmait qu'elle avait lu Le lambeau). Le lambeau est le remplacement de l'os de la mâchoire fracassée par un péroné, pour une autogreffe ayant plus de chances de prendre qu'un ajout de corps étranger.
Lisez, c'est une expérience inoubliable.

Les autres lauréats du Femina sont, pour le roman étranger, Alice McDermott (La neuvième heure, Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud, pour le prix de l'essai, Elisabeth de Fontenay (Gaspard de la nuit, Stock) et, pour l'inattendu prix spécial, Pierre Guyotat pour l’ensemble de son oeuvre

jeudi 25 octobre 2018

Les sélections du Femina, les choix du Figaro littéraire... et Houellebecq


Il reste, en apparence, sept possibilités pour le Femina du roman français, mais c'est très probablement un livre dont Bernard Pivot disait qu'il n'a pas été retenu au Goncourt parce que n'est pas un roman qui devrait, au premier tour et à l'unanimité (sauf si une jurée s'est levée de mauvais poil), décrocher ce prix le 5 novembre: Le lambeau, de Philippe Lançon. Quoi qu'il en soit, Isabelle Desesquelles, Régine Detambel et Fanny Taillandier (trois femmes! il en reste deux quand même, sur sept)) ont été écartées depuis la précédente sélection.
C'est moins clair pour les prix du roman étranger et de l'essai.
Du côté des traductions, il a fallu un peu de temps (et on le comprend en raison de l'épaisseur du livre) pour accueillir le roman d'Olga Tokarczuk. Favorite, du coup? Allez savoir... Dans le même temps, Marco Balzano, Stefan Brijs, György Dragoman et Itamar Orlev sont sortis des listes - il reste sept romans étrangers.
Les essais ne comptent plus ceux de René de Ceccaty, François Dosse, Thierry Ollouz, Jean-Claude Perrier et Stephen Smith mais huit titres sont encore présents.
On récapitule.

Roman français
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Yves Bichet. Trois enfants du tumulte (Mercure de France)
  • David Diop. Frère d'âme (Seuil)
  • Michaël Ferrier. François, portrait d’un absent (Gallimard)
  • Pierre Guyotat. Idiotie (Grasset)
  • Philippe Lançon. Le lambeau (Gallimard)
  • Tiffany Tavernier. Roissy (Sabine Wespieser)

Roman étranger
  • Javier Cercas. le monarque des ombres (Actes Sud) traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic, avec la collaboration de Karine Louesdon
  • Davide Enia. La loi de la mer (Albin Michel) traduit de l’italien par Françoise Brun
  • Stefan Hertmans. Le coeur converti (Gallimard) traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
  • Alice McDermott. La neuvième heure (Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud
  • Gabriel Tallent. My absolute darling (Gallmeister) traduit de l’américain par Laura Derajinski
  • Olga Tokarczuk. Les livres de Jakob (Noir sur blanc) traduit du polonais par Maryla Laurent
  • Samar Yazbek. La marcheuse (Stock) traduit de l'arabe par Khaled Osman

Essai
  • Antoine de Baecque. Histoire des crétins des Alpes (Vuibert)
  • Stéphane Beaud. La France des Belhoumi (La Découverte)
  • Marc Dugain. Intérieur jour (Laffont)
  • Colette Fellous. Camille Claudel (Fayard)
  • Elisabeth de Fontenay. Gaspard de la nuit (Stock)
  • Laurent Nunez. Il nous faudrait des mots nouveaux (Cerf)
  • Dominique Schnapper. La citoyenneté à l’épreuve (Gallimard)
  • Marc Weitzmann. Un temps pour haïr (Grasset)

Pour le Figaro littéraire, dix critiques littéraires de différents journaux et magazines ont joué le jeu de la gastronomie et des jurys, simultanément. Une faute de goût? Au Goncourt, on délibère d'abord et on déjeune ensuite, histoire peut-être de ne pas avoir l'esprit embrumé et l'estomac chargé. Au cours d'un repas, tout semble permis, y compris créer un Goncourt du roman étranger, de ne tenir (presque) aucun compte des sélections réellement effectuées par les différents jurys et de renvoyer, plusieurs fois, Philippe Lançon à la deuxième place. Résultat des agapes et des votes:

  • Goncourt: Adeline Dieudonné. La vraie vie (L'Iconoclaste)
  • Goncourt étranger: Julian Barnes. La seule histoire (Mercure de France)
  • Renaudot: Thomas B. Reverdy. L'hiver du mécontentement (Flammarion)
  • Femina: Laurence Cossé. Nuit sur la neige (Gallimard)
  • Médicis: Philippe Vasset. Une vie en l'air (Fayard)
  • Interallié: Stéphane Hoffmann. Les belles ambitieuses (Albin Michel)
Enfin, si vous voulez vous projeter vers 2019 - il n'est jamais trop tôt -, je vous conseille la lecture du nouveau numéro de Vapeurs actuelles, qui fait une large place à Michel Houellebecq (son prochain roman est attendu dans les premiers jours de janvier). Un journaliste a accompagné l'écrivain à Bruxelles, où il recevait le Prix Oswald-Spengler. Savoureux, à condition de prendre le reportage et le discours du récipiendaire au troisième degré, au moins.

samedi 6 octobre 2018

Prix Femina, ça sort et ça rentre

Cinq sorties côté roman français: Nina Bouraoui, Clara Dupond-Monod, Olivier Liron, Vanessa Schneider et Philippe Vasset. Mais une entrée: Fanny Taillandier.
Cinq sorties aussi côté roman traduit: Vivian Gornick, Abubakar Adam Ibrahim, Nicole Krauss, Jon Kalman Stefansson et Olga Tokarczuk. Et une entrée: Davide Enia.
Au Femina, on pèse avec soin la quantité de livres qui restent en lice pour les prix du 5 novembre, qui ouvriront la semaine de tous les dangers. On verra si cette rigueur se maintient lors de la dernière sélection, le 24 octobre. Il en faudra pour mettre un peu d'ordre dans la longue liste de treize essais qui constitue, pour ce domaine, la première sélection. Tout cela est ici:

Roman français
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Yves Bichet. Trois enfants du tumulte (Mercure de France)
  • Isabelle Desesquelles. Je voudrais que la nuit me prenne (Belfond)
  • Régine Detambel. Platine (Actes Sud)
  • David Diop. Frère d'âme (Seuil)
  • Michaël Ferrier. François, portrait d’un absent (Gallimard)
  • Pierre Guyotat. Idiotie (Grasset)
  • Philippe Lançon. Le lambeau (Gallimard)
  • Tiffany Tavernier. Roissy (Sabine Wespieser)
  • Fanny Taillandier. Par les écrans du monde (Seuil)

Roman étranger
  • Marco Balzano. Je reste ici (Philippe Rey) traduit de l'italien par Nathalie Bauer
  • Stefan Brijs. Taxi curaçao (EHO) traduit du néerlandais par Daniel Cunin
  • Javier Cercas. le monarque des ombres (Actes Sud) traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic, avec la collaboration de Karine Louesdon
  • György Dragoman. Le bûcher (Gallimard) traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
  • Davide Enia. La loi de la mer (Albin Michel) traduit de l’italien par Françoise Brun
  • Stefan Hertmans. Le coeur converti (Gallimard) traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
  • Alice McDermott. La neuvième heure (Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud
  • Itamar Orlev. Voyou (Seuil) traduit de l'islandais par Eric Boury
  • Gabriel Tallent. My absolute darling (Gallmeister) traduit de l’américain par Laura Derajinski
  • Samar Yazbek. La marcheuse (Stock) traduit de l'arabe par Khaled Osman

Essai
  • Antoine de Baecque. Histoire des crétins des Alpes (Vuibert)
  • Stéphane Baud. La France des Belhoumi (La Découverte)
  • René de Ceccaty. Elsa Morante (Tallandier)
  • François Dosse. La saga des intellectuels français (Gallimard)
  • Marc Dugain. Intérieur jour (Laffont)
  • Colette Fellous. Camille Claudel (Fayard)
  • Elisabeth de Fontenay. Gaspard de la nuit (Stock)
  • Thierry Ollouz. Même les monstres (L’Iconoclaste)
  • Laurent Nunez. Il nous faudrait des mots nouveaux (Cerf)
  • Jean-Claude Perrier. La nostalgie des pays perdus (Cerf)
  • Dominique Schnapper. La citoyenneté à l’épreuve (Gallimard)
  • Stephen Smith. La ruée vers l’Europe (Grasset)
  • Marc Weitzmann. Un temps pour haïr (Grasset)

lundi 17 septembre 2018

Le Femina ne s'est pas trop fait attendre

A peine avait-on dit qu'on l'attendait qu'elle arrive, la première sélection d'un Femina qui sera, cette année, attribué avant le Goncourt et le Renaudot - le 5 novembre, pour être précis. Deuxième et troisième sélection attendues plus resserrées, mais des entrées sont toujours possibles, les 5 et 24 octobre. Faites-vous une orgie de romans français et étrangers, ça fait beaucoup moins grossir que les frites (par exemple).

Romans français

  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Yves Bichet. Trois enfants du tumulte (Mercure de France)
  • Nina Bouraoui. Tous les hommes désirent naturellement savoir (Lattès)
  • Isabelle Desesquelles. Je voudrais que la nuit me prenne (Belfond)
  • Régine detambel. Platine (Actes Sud)
  • David Diop. Frère d'âme (Seuil)
  • Clara Dupond-Monod. La révolte (Stock)
  • Michaël Ferrier. François, portrait d’un absent (Gallimard)
  • Pierre Guyotat. Idiotie (Grasset)
  • Philippe Lançon. Le lambeau (Gallimard)
  • Olivier Liron. Einstein, le sexe et moi (Alma)
  • Vanessa Schneider. Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset)
  • Tiffany Tavernier. Roissy (Sabine Wespieser)
  • Philippe Vasset. Une Vie en l’air (Fayard)

Roman étranger

  • Marco Balzano. Je reste ici (Philippe Rey) traduit de l'italien par Nathalie Bauer
  • Stefan Brijs. Taxi curaçao (EHO) traduit du néerlandais par Daniel Cunin
  • Javier Cercas. le monarque des ombres (Actes Sud) traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic, avec la collaboration de Karine Louesdon
  • György Dragoman. Le bûcher (Gallimard) traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
  • Vivian Gornick. La femme à part (Rivages) traduit de l'anglais par Laetitia Devaux
  • Stefan Hertmans. Le coeur converti (Gallimard) traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
  • Abubakar Adam Ibrahim. La saison des fleurs de flamme (L'Observatoire) traduit de l'anglais Marc Amfreville 
  • Nicole Krauss. Forêt obscure (L'Olivier) traduit de l'anglais par Paule Guivarch
  • Alice McDermott. La neuvième heure (Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud
  • Itamar Orlev. Voyou (Seuil) traduit de l'islandais par Eric Boury
  • Jon Kalman Stefansson. Asta (Grasset) traduit de l'islandais par Eric Boury
  • Gabriel Tallent. My absolute darling (Gallmeister) traduit de l’américain par Laura Derajinski
  • Olga Tokarczuk. Les livres de Jakob (Noir sur blanc) traduit du polonais par Maryla Laurent
  • Samar Yazbek. La marcheuse (Stock) traduit de l'arabe par Khaled Osman

mercredi 8 novembre 2017

Philippe Jaenada, Prix Femina

Il s'est amusé, Philippe Jaenada, dans La serpe, à cirer les pompes de Virginie Despentes et à se dire, du même coup, que cela l'empêcherait d'avoir le Goncourt. Cette anecdote accompagne un déjeuner avec son éditeur qui fait semblant de ne pas râler parce que le roman précédent de son auteur est passé pas très loin d'un prix littéraire - mais manqué!
Cette fois, c'est réussi. Le Prix Femina va donc à La serpe, dommage pour quelques autres livres mais tant mieux pour celui-là, dans lequel je m'amusais depuis hier soir. J'adore cette histoire d'un écrivain parti enquêter sur les traces d'un vieux triple crime dont avait été accusé en 1941 Georges Arnaud (celui du Salaire de la peur, pas l'autre), parricide ou presque puisque acquitté après une plaidoirie trop magistrale pour être tout à fait honnête de Maurice Garçon, mais que l'imaginaire collectif continuait et continue encore de croire coupable. Ce qui ne satisfait pas Philippe Jaenada.
Il part dans le Périgord humer les vieilles traces de sang, mais il n'y est pas tout de suite. La voiture de location qu'il conduit fait des caprices, des lumières s'allument qui lui font craindre le pire, et il sait comment envisager le pire en comparant son aventure, un moment, aux plus grands exploits de la fiction éternelle ou contemporaine, littérature ou cinéma, tout lui est bon, pourvu qu'on sourie - et on sourit beaucoup, d'où mon sourire encore à l'instant, en apprenant qu'il reçoit le plus important des prix du jour.
L'affaire est grave - trois morts, un jeune homme sans autres qualités que son goût pour dépenser l'argent qu'il n'a pas, il n'est à ce moment pas encore écrivain ni défenseur des victimes d'injustice, comme il le deviendra plus tard (du coup, le personnage est plutôt sympathique malgré ses frasques, ou à cause de ses frasques aussi).
Mais Philippe Jaenada en fait un festival de légèreté, même quand son humour est volontairement lourd. Il a l'art du déplacement efficace dans la phrase et les parenthèses, qui se multiplient jusque les unes dans les autres, valent bien l'usage que font certains des notes en bas de page quand elles sont habilement inscrites dans le texte sous lequel elles se trouvent. Les digressions réjouissent, les réflexions personnelles tout autant, et on ne perd malgré tout jamais de vue que, je le disais, l'affaire est grave.

Le Prix Femina étranger récompense une autre enquête à propos d'un crime: Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till, de l'Américain John Edgar Wideman (traduit par Catherine Richard-Mas). Mais je ne l'ai pas lu et je ne vous en dirai donc pas grand-chose.
Il me semble néanmoins qu'il n'est pas étranger aux préoccupations qui animaient déjà l'écrivain américain quand je l'avais rencontré en 1992 pour Suis-je le gardien de mon frère?, un ouvrage consacré à l'injustice qui frappe plus particulièrement, aux Etats-Unis, les Africains-Américains, ainsi qu'il se définissait alors. En voici un bref passage:
Les inspecteurs m'ont embarqué, m'ont demandé de leur fournir un alibi pour une nuit où une petite épicerie avait été cambriolée en Utah. Quatre Noirs avaient fait le coup. Trois d'entre eux avaient plus ou moins été identifiés, il en manquait un. J'étais Noir. Mon frère était suspect. Alors, peut-être que j'étais le quatrième? Peu importait que je réside à six cents kilomètres du lieu du crime. Que je sois écrivain et professeur de littérature à l'université. Je suis Noir. Robby est mon frère. Ces faits m'incrimineraient toujours.

Enfin, le Prix Femina essai va au beau récit que Jean-Luc Coatalem consacre à Victor Segalen, Mes pas vont ailleurs. Je ne vais pas m'appesantir, mais je vous en parlais avant même sa parution, dans la note de blog où je signalais la publication, à la Bibliothèque malgache, d'un ouvrage de Victor Segalen, René Leys, et d'un recueil d'articles, inédit sous cette forme, que lui avait consacrés un de ses proches, Gilbert de Voisins. Un retour en arrière vous en dira un peu plus long - ici aussi, à propos de plusieurs livres du même auteur, qui venait de se voir attribuer le Prix de la langue française qui lui sera remis à Brice ce week-end. Une excellente semaine, peut-être chargée en festivités, pour Jean-Luc Coatalem et son éditeur!

Comme le jury du Femina n'en a jamais assez, il offre aussi cette année un prix Spécial à Françoise Héritier pour l'ensemble de son oeuvre.

mercredi 18 octobre 2017

Prix Femina, on précise les choix

Cinq romans français, cinq étrangers, sept essais - c'est dans cette dernière catégorie qu'il est donc le plus difficile de retrancher des noms aux sélections précédentes, et cela promet de belles discussions à l'intérieur du jury pour le Prix Femina du 8 novembre.
Une particularité frappe dans la sélection des romans français: Alice Zeniter, qui était dans la première sélection avec L'art de perdre, avait disparu dans la deuxième, est de retour. Quant à savoir si cela signifie qu'elle est défendue avec force par assez de jurées pour l'emporter, ou au contraire qu'elle est violemment contestée et n'aurait donc aucune chance, c'est une autre affaire, dont je vous laisse juges...
Mon titre préféré, parmi les trois que j'ai lus, est Sucre noir, ce qui n'ajoute rien en faveur de Miguel Bonnefoy. Mon dernier choix est Bakhita, parce que le roman de Véronique Olmi m'est tombé des mains avant d'en avoir atteint la moitié. (Il fait donc partie des livres que je n'ai pas lus - l'autre, de Philippe Jaenada, continue à me tenter...)
Côté traductions et essais, je n'ai rien à ajouter aux listes que voici.

Romans français
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion) de retour
Romans étrangers
  • Britt Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Juan Gabriel Vasquez. Le corps des ruines (Seuil) pas présent dans la 1ère sélection
  • John Edgar Wideman. Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till (Gallimard)
Essais
  • Anne et Claire Berest. Gabriële (Stock)
  • Gérard Bonal. Des Américaines à Paris, 1850-1920 (Tallandier)
  • Jean-Luc Coatelem. Mes pas vont ailleurs (Stock)
  • Marie-Hélène Fraïssé. L’Eldorado polaire de Martin Frobischer (Albin Michel)
  • Françoise Héritier. Au gré des jours (Odile Jacob)
  • Henri Leclerc. La parole et l’action (Fayard)
  • Michel Winock. Décadence fin de siècle (Gallimard)

mercredi 4 octobre 2017

Le Prix Femina a bon appétit aussi

Comme le Médicis, le jury du Femina lit tout et fait ses choix dans les trois mêmes catégories: roman français, roman étranger et essai. Avec des intersections plus ou moins pleines? Trois titres en commun pour les deux prix côté romans français (Jakuta Alikavazovic, Brigitte Giraud et Yannick Haenel), trois aussi dans le rayon des romans étrangers (Britt Bennett, Paolo Cognetti et Juan Gabriel Vasquez, absent de la première sélection du Femina) et... personne dans le secteur des essais. On ne se superpose pas trop, c'est bien ainsi.
La tendance lourde de la semaine aura été le renoncement des trois jurys qui ont donné une deuxième sélection à chercher M.Pikielny et, dans une proportion à peine moindre (deux sur trois), un retrait devant l'art de perdre. 100 % des gagnants auront, quoi qu'il en soit, novembre venu, été sélectionnés. Le 8 pour le Femina, dont on attend encore une troisième et dernière sélection le 17 octobre.

Romans français
  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Yves Bichet. Indocile (Mercure de France)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Yannick Haenel. Tiens ferme ta couronne (Gallimard)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Bertrand Leclair. Perdre la tête (Mercure de France) nouveau
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Eric Vuillard. L'ordre du jour (Actes Sud)
Romans étrangers
  • Margaret Atwood. C'est le coeur qui lâche en dernier (Robert Laffont)
  • Britt Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Tessa Hadley. Le passé (Bourgois)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Inge Schilperoord. La tanche (Belfond)
  • Juan Gabriel Vasquez. Le corps des ruines (Seuil) nouveau
  • John Edgar Wideman. Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till (Gallimard)
Essais
  • Anne et Claire Berest. Gabriële (Stock)
  • Gérard Bonal. Des Américaines à Paris, 1850-1920 (Tallandier)
  • Jean-Luc Coatelem. Mes pas vont ailleurs (Stock)
  • Antoine Compagnon. Les chiffonniers de Paris (Gallimard)
  • Antoine de Baecque. Les godillots (Anamosa)
  • Marie-Hélène Fraïssé. L’Eldorado polaire de Martin Frobischer (Albin Michel)
  • Arlette Jouanna. Montaigne (Gallimard)
  • Henri Leclerc. La parole et l’action (Fayard)
  • Marion van Renterghem. Angela Merkel, l’ovni politique (Les Arènes)
  • Michel Winock. Décadence fin de siècle (Gallimard)

jeudi 14 septembre 2017

Prix Femina : 15 + 13 = 28

La première sélection du Prix Femina est arrivée, on commence à voir plus clair dans la foire d'empoigne de la rentrée littéraire et des prix qui suivent. François-Henri Désérable plaît partout (et tout le monde a raison), Véronique Olmi et Alice Zeniter restent dans la course malgré les prix qu'elles viennent de recevoir, Gallimard place trois titres dans la sélection de romans français (j'y compte celui de Verticales), Albin Michel et Flammarion, deux chacun, le reste se disperse et c'est très bien ainsi, peut-être un jour pourra-t-on se passer de tenir ces comptes-là. Avant d'en arriver là, on note (discrètement) que Gallimard et Albin Michel sont les seuls éditeurs à être cités deux fois du côté des traductions. D'autres que moi feront des analyses plus fines, ou plus globales en fonction de l'appartenance à un groupe, mais calmons-nous. Prochain épisode, pour le Femina, le 4 octobre, troisième sélection le 17, avant l'épilogue le 8 novembre.

Romans français
  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Arno Bertina. Des châteaux qui brûlent (Verticales)
  • Yves Bichet. Indocile (Mercure de France)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Yannick Haenel. Tiens ferme ta couronne (Gallimard)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Michel Le Bris. Kong (Grasset)
  • Charif Madjalani. L'empereur à pied (Seuil)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Patricia Reznikov. Le songe du photographe (Albin Michel)
  • Eric Vuillard. L'ordre du jour (Actes Sud)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)

Romans étrangers
  • Margaret Atwood. C'est le coeur qui lâche en dernier (Robert Laffont)
  • Britt Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Eivind Hofstad Evjemo. Vous n'êtes pas venus au monde pour rester seuls (Grasset)
  • Karl Geary. Vera (Rivages)
  • Tessa Hadley. Le passé (Bourgois)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Karl Ove Knausgaard. Aux confins du monde (Denoël)
  • Francesco Pecorao. La vie en temps de paix (Lattès)
  • Christoph Ransmayr. Cox ou la course du temps (Albin Michel)
  • Inge Schilperoord. La tanche (Belfond)
  • Colson Whitehead. Underground Railroad (Albin Michel)
  • John Edgar Wideman. Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till (Gallimard)



mardi 25 octobre 2016

Femina : Marcus Malte et les autres

J'avais terminé son livre ce matin seulement, et préparé un article qui, au lieu de paraître samedi dans Le Soir, y paraîtra demain: Le garçon, de Marcus Malte, lauréat du Femina pour le roman français, par sept voix contre trois pour Nathacha Appanah (Tropique de la violence, Gallimard), est un grand livre. Du genre à ne pas vous lâcher, qu'on le lise en 24 heures ou en deux semaines - ce qui fut mon cas, pour des raisons circonstancielles.
Celui qui deviendra Félix, et qui vient de nulle part, ou presque, est le personnage principal d'un roman réussi sur tous les plans. Chaque phrase est d'une beauté à couper le souffle, même les énumérations, et il y en a quelques-uns, deviennent des éléments du récit, le texte subjugue et emporte à travers une vie, un amour, une guerre. Sauvage, civilisé mais analphabète, de nouveau sauvage après la mort de la femme aimée, Félix est un être qu'on n'oubliera pas. Et qui donnera peut-être à Marcus Malte un nouvel élan vers une oeuvre importante.

Le Femina étranger est attribué à Rabih Alameddine, par cinq voix contre quatre pour Petina Gappah (Le livre de Memory, Lattès), pour Les vies de papier, un vibrant hommage au pouvoir de la littérature (dont Le garçon est par ailleurs un bel exemple). La vie sociale d’Aaliya est étroite à Beyrouth, qui a traversé toutes les guerres. La vie intime d’Aaliya est intense, elle l’a passée dans les livres qui lui donnent, à grand renfort de citations, un regard acéré. Elle a travaillé cinquante ans à traduire en arabe, pour elle-même, des grandes œuvres de la littérature. Mais les cartons où elle a rangé ses manuscrits ne sont pas plus en sécurité que les habitants.

Enfin, le troisième Femina du jour, celui de l'essai, est, par six voix contre quatre en faveur de Jacques Henric (Boxe, Seuil), pour Ghislaine Dunant et son Charlotte Delbo, la vie retrouvée, une biographie dont les premières lignes donnent envie d'aller plus loin:
Le vent est léger, il glisse sur les feuilles, entre les branches. La pluie est tombée toute la nuit, elle imprègne l’herbe, les arbres, de temps en temps une goutte tombe. Rien d’autre ne se passe, et tout est silence. Je suis arrêtée par le grillage qui entoure le jardin, une boîte aux lettres métallique est suspendue de guingois, l’emplacement du nom est vide.

samedi 15 octobre 2016

Les dernières sélections du Prix Femina

On retient son souffle, les jurées du Femina ont fait leur avant-dernier tour de table avant la réunion finale du 25 octobre, cela va arriver très vite. Six romans français ont été écartés, et non des moindres si l'on en juge s'après les rumeurs favorables qui les accompagnaient dans leur parcours vers la consécration. Ceux de Jean-Baptiste Del Amo, de Gaël Faye, d'Eric Vuillard, notamment, ne sont plus retenus. Il en reste cinq, dont la critique pense dans l'ensemble le plus grand bien. Et moi aussi, pour les trois et demi que j'ai lus.
Côté traductions, où la convergence des jurys est moindre, en raison du plus petit nombre de prix qui s'y attachent, il reste cinq romans aussi, parmi lesquels celui de Gonçalo M. Tavares a fait, je crois, l'unanimité chez ses lecteurs (je n'en suis pas encore).
Et les  essais voient arriver, il était temps, l'ouvrage de Pascale Robert-Diard qui s'ajoute aux quatre sauvés de la sélection précédente. Ce qui fait, chiffre magique de l'année, encore cinq.
Ils sont tous ici:

Romans français
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Luc Lang. Au commencement du septième jour (Stock)
  • Marcus Malte, Le garçon (Zulma)
  • Laurent Mauvignier. Continuer (Minuit)
  • Thierry Vila, Le cri (Grasset)
Romans étrangers
  • Rabih Alameddine, Des vies de papier (Les Escales)
  • Petina Gappah, Le livre de Memory (JC Lattès)
  • Edna O'Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
  • Valerio Romao, Autisme (Chandeigne)
  • Gonçalo M. Tavares, Matteo a perdu son emploi (Viviane Hamy)
Essais
  • Ghislaine Dunant. Charlotte Delbo, La vie retrouvée (Grasset)
  • Tristan Garcia. La vie intense, une obsession moderne (Autrement)
  • Jacques Henric. Boxe (Seuil)
  • IVénus Khoury-Ghata. Les derniers jours de Mandelstam (Mercure de France)
  • Pascale Robert-Diard. La déposition (L’Iconoclaste)


mardi 4 octobre 2016

Les sélections du Femina pour finir la journée

Copieuse, la journée, avec les annonces de deuxièmes sélections pour quatre prix littéraires différents. Et le Femina attribue trois prix: roman français, roman étranger, essai. Vous manquiez de lectures?
Une seule entrée du côté des romans français, celle d'Emmanuel Venet, qui est aussi retenu par le Prix Décembre. Et, par conséquent, beaucoup de sorties (j'en compte huit, bien que Livres Hebdo n'en ait dénombré que sept): Sophie Avon, Catherine Cusset, Chloé Delaume, Négar Djavadi, Frédéric Gros, Serge Joncour, Céline Minard et Leïla Slimani, soit de toute manière une grande majorité de femmes (elles sont encore trois dans la deuxième sélection de onze titres).
Le roman étranger n'accueille pas de nouveau venu, ni d'ailleurs de nouvelle venue, pour une liste de onze romans là aussi, où il manque Davide Enia, Imbolo Mbue et Alain Claude Sulzer.
Quant à l'essai, nous n'en sommes en réalité qu'à la première sélection, dix titres où Ivan Jablonka a réussi, cela va de soi,à trouver une place.
Voici l'ensemble de ces sélections.

Romans français
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal (Gallimard)
  • Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
  • Hélène Gestern, L'odeur de la forêt (Arléa)
  • Luc Lang. Au commencement du septième jour (Stock)
  • Marcus Malte, Le garçon (Zulma)
  • Laurent Mauvignier. Continuer (Minuit)
  • Florence Seyvos, La sainte famille (L'Olivier)
  • Thierry Vila, Le cri (Grasset)
  • Emmanuel Venet. Marcher droit, tourner en rond (Verdier)
  • Eric Vuillard, 14 juillet (Actes Sud)
Romans étrangers
  • Rabih Alameddine, Des vies de papier (Les Escales)
  • Nicklolas Butler, Des hommes de peu de foi (Autrement)
  • Emma Cline, The Girls (Quai Voltaire)
  • Petina Gappah, Le livre de Memory (JC Lattès)
  • Edna O'Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
  • Aki Ollikainen, La faim blanche (H&O)
  • Valerio Romao, Autisme (Chandeigne)
  • Ersi Sotiropoulos, Ce qui reste de la nuit (Stock)
  • Sara Stridsberg, Beckomberga, ode à ma famille (Gallimard)
  • Gonçalo M. Tavares, Matteo a perdu son emploi (Vivina Hamy)
  • Colm Toibin, Nora Webster (Robert Laffont)
Essais
  • Ghislaine Dunant. Charlotte Delbo, La vie retrouvée (Grasset)
  • Tristan Garcia. La vie intense, une obsession moderne (Autrement)
  • Jacques Henric. Boxe (Seuil)
  • Ivan Jablonka. Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
  • Vénus Khoury-Ghata. Les derniers jours de Mandelstam (Mercure de France)
  • Philippe Paquet. Simon Leys, navigateur entre les mondes (Gallimard)
  • Jean-Claude Perrier. André Malraux et la reine de Saba (Cerf)
  • Judith Schlanger. Trop dire ou trop peu, la densité littéraire (Hermann)
  • Pierre Vesperini. Droiture et mélancolie, sur les écrits de Marc Aurèle (Verdier)
  • Emmanuel de Waresquiel. Juger la reine, 14, 15, 16 octobre 1793 (Tallandier)
Pour l'ensemble des prix dont les jurys débattent actuellement, je comprendrais que vous n'ayez pas la patience de remonter la ligne du temps dans ce blog, et je vous ai donc rassemblé tout ça dans un document unique, Prix littéraires 2016 - Sélections.