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vendredi 7 février 2020

La mort de Pierre Guyotat

Pierre Guyotat avait 80 ans, il en a fait voir de toutes les couleurs à la littérature, par sa radicalité où le sexe et la violence dialoguent sans autre filtre que celui de l'inventivité verbale. Un écrivain peu confortable, certes, et c'était bien pourquoi il était indispensable. Ses livres le restent.
Je l'avais rencontré en 1984, je n'ai malheureusement pas sous la main l'article où je résumais notre entretien. Plus près de nous, en 2006 et en 2018, je m'étais attardé sur Coma et Idiotie. Dans les limites d'articles de presse, voici...

Coma
L’œuvre de Pierre Guyotat forme une espèce de bloc compact qui, souvent, décourage la lecture. Il faut ajouter qu’un de ses livres (Eden, Eden, Eden) a été censuré pendant onze ans. Voilà de quoi ranger définitivement l’auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats du côté des écrivains cultes qu’il n’est pas besoin de fréquenter pour dire tout le bien qu’on en pense.
Dommage pour les partisans de cette attitude : leur meilleure excuse vient de tomber avec la publication de Coma, un récit qui entre au cœur même de la fabrique d’écriture où travaille Pierre Guyotat. Le lieu d’un combat acharné avec la langue, au risque d’y laisser sa peau. L’auteur, qui avait toujours pensé ne pas dépasser l’âge de quarante ans (il est né en 1940), a trouvé nécessaire de poursuivre le combat avec ses démons et de fournir, à défaut de mode d’emploi, une image de l’envers du décor.
On entre avec un malaise provoqué par le narrateur lui-même dans le dépouillement de cette simplicité qui met à nu la fragilité du moment : « Le récit qui suit, je le porte en moi depuis que, sortant, au Printemps 1982, d’une crise qui m’avait amené au bord de la mort, je me contraignais à reparler en mon nom personnel. »
Dégoûté par le « je », privé de lui-même, Guyotat commence un parcours vers d’hypothétiques retrouvailles avec la vie, donc avec l’écriture. Il s’agit de poursuivre une intercession entre lui et le monde, sans illusions sur la valeur du talent mais en acceptant la nécessité de la tâche.
« Je ne sais d’où vient le don qu’on m’attribue et que j’ai toujours ressenti comme une injustice, je ne sais d’où me vient la force qui me lui fait produire de l’œuvre, je ne me suis jamais donné quelque mérite que ce soit, quelque volonté que ce soit.
Comme je n’ai fait que suivre ma pente, exploiter mes penchants naturels, que je n’ai eu d’autre maître que moi-même et nos prédécesseurs, que j’ai toujours travaillé à l’intérieur de moi-même, sans conseil, tout ce qui entoure, ennoblit, construit le peu que je me ressens être – ce noyau, cette origine (le souci premier de toute pensée c’est l’origine) quasi embryonnaire, cet embryon – est de l’ordre du fantôme. »
La citation est un peu longue. Mais nécessaire car elle montre l’élan qui conduit tout le livre – et le montre mieux qu’une paraphrase.
Bien sûr, Pierre Guyotat se met en danger : son corps résiste, lui fait entendre que rien n’est innocent dans sa démarche. L’homme vacille, l’écrivain va de l’avant. Et le paradoxe de la création trouve là son explication la plus absolue. D’une part elle dévore l’individu, d’autre part elle est la seule chose qui lui permet de survivre et peut-être même, un jour, de se reconstituer tout entier. A tel point que « si j’arrête, je suis mort, et damné par le Rien. »
La démarche n’est pas devenue moins radicale avec Coma. Au contraire même puisque le retour au « je », si pénible un temps, est libérateur autant pour Pierre Guyotat que pour le lecteur. Il permet de tout dire, d’intégrer les épisodes du quotidien au cœur même de la création, de les articuler dans une compréhension globale du monde. Avec sa violence traduite dans les rapports sexuels, paradoxaux eux aussi puisqu’ils génèrent parfois une vraie douceur.
Ainsi va ce livre, contradictoire jusqu’au déchirement, corde tendue à se rompre mais à laquelle on s’accroche comme à un garde-fou qui aide à la traversée en calmant le malaise du début. D’ailleurs, la fin est presque apaisée. La réconciliation avec soi est proche. Le chemin aura été bordé de quelques images qui ont hanté Pierre Guyotat enfant, ainsi que ses sœurs et frères…

Idiotie
On vous le laissait entendre il y a quelques jours : Idiotie, de Pierre Guyotat, ferait un lauréat idéal pour le Médicis. Merci donc à ce jury pour un couronnement dans une semaine faste : la veille, le Femina lui avait attribué un inhabituel prix spécial et, le week-end prochain, le Prix de la langue française lui sera remis à Brive. Il était temps : le Prix décembre était allé à Coma en 2006 et celui de la BnF à l’ensemble de son œuvre quatre ans plus tard. Mais jamais Pierre Guyotat n’avait été couronné par un des grands prix d’automne, et cela manquait plus à ceux-ci qu’à l’auteur lui-même.
Il a, en effet, secoué la littérature comme peu d’écrivains l’ont fait. C’était il y a… 51 ans avec Tombeau pour cinq cent mille soldats, inspiré par la guerre d’Algérie. Eden, Eden, Eden allait, trois ans plus tard, manquer de peu le Prix Médicis, repéré aussi, et plus efficacement, par le Ministère de l’Intérieur français qui le censurait (interdiction à l’affichage, à la publicité et à la vente aux mineurs).
Dans son travail littéraire, la langue et la matière jouent des partitions inédites jusqu’à une opacité susceptible de décourager bien des lecteurs. Les livres de Pierre Guyotat sont hantés par une peur qu’engendrent la violence, l’esclavage, toutes les exploitations de l’homme par l’homme.
Idiotie revient, sous une forme un peu plus apaisée, sur une époque qui ne l’est pas vraiment : celle de la présence française qui prend fin en Algérie, quand l’écrivain était militaire et, ne nous en étonnons pas, déjà réfractaire à toute autorité, surtout vêtue d’un uniforme. Seuls les liens avec d’autres hommes peuvent sauver celui qu’on oblige à être là et qui n’en pense pas moins : « Nous, alors anti-France, anti-Occident, anti-nations, nous voici au septième ciel d’une nouvelle nation qui s’enfante d’elle-même devant nous, contre nous, avec nous. »
La langue s’est (un peu) assagie. Peut-être fallait-il cela pour rendre l’œuvre de Guyotat éligible à une récompense littéraire traditionnelle. Mais la rage est bien là et c’est elle qu’on salue, mieux vaut tard que jamais.

mardi 6 novembre 2018

Prix Médicis: Pierre Guyotat, Rachel Kushner et Stefano Massini

Réjouissez-vous avec moi (ce n'est pas une obligation mais, plus on est de fous...). Quand j'ai fourni, samedi dernier, mes impressions aux lecteurs du Soir sur les prix littéraires de cette semaine, il me semblait que Philippe Lançon aurait le Prix Femina et que Pierre Guyotat était le candidat le mieux adapté au Prix Médicis.
Le jury du Médicis a pensé comme moi: Pierre Guyotat est son lauréat 2018 pour le roman français (vous avez dit roman?) avec Idiotie. Cela tombe d'autant mieux que je vous ai dit déjà tout ce que j'avais envie que vous sachiez sur ce livre et l'oeuvre de son auteur il y a quelques jours, quand on a appris qu'il recevrait à Brive, là, maintenant, tout de suite ou presque, le Prix de la langue française.
Pour être complet, je vous signale que le Médicis étranger va à Rachel Kushner (Le Mars club, Stock) et le Médicis essai à Stefano Massini (Les Frères Lehman, Globe). Comme je n'ai pas lu ces deux livres, je ne vous en dirai pas davantage.

jeudi 18 octobre 2018

Pierre Guyotat, Prix de la langue française

C'est l'un des prix les plus prestigieux attribués à la Foire du livre de Brive, grand rassemblement au cours duquel se fait, début novembre (du 9 au 11, pour être précis), le bilan d'une rentrée littéraire qui aura, à ce moment, désigné ses héros et héroïnes par les voix des différents jurys qui auront délibéré dans les jours qui précèdent. (On imagine la tête des favoris évincés à la dernière minute et qui, malgré tout, ont été invités à Brive.)
Donc, Pierre Guyotat succède à Jean-Luc Coatalem au palmarès du Prix de la langue française, la décision est tombée hier. Son dernier livre, Idiotie (Grasset), paru à la fin du mois d'août, reste sélectionné pour le Femina et le Renaudot.
Radical, Pierre Guyotat n’a pas cessé de l’être dans son écriture comme dans son attitude devant l’autorité. La fin de la présence française en Algérie, vécue dans l’armée, coïncide avec, comme il le dit, son entrée dans l’âge adulte. Chaos et désir, rébellion et amitié, le sujet est du genre réfractaire. Et toujours prêt à chercher en l’homme (ou la femme) ce qui lui donne ses caractéristiques de vivant. Une tornade de langue et d’émotions.
L'écrivain occupant une place singulière dans la littérature contemporaine, il n'est pas inutile de revenir en arrière pour dire quelques mots de son oeuvre. Je reprends le petit article que j'avais publié, en 1989, à l'occasion d'une émission de télévision, aujourd'hui défunte, qui lui était consacrée.
Et je reviens aussi sur la publication de Coma, beaucoup plus tard.

« Océaniques » (F.R. 3, 1989)
Est-il encore possible de lire Pierre Guyotat ? Son dernier ouvrage, paru en 1984, avait beau s’intituler Le Livre, il décourageait la lecture par une opacité quasi totale de la langue. Alors, pourquoi est-ce que « Océaniques » nous présente, ce soir, un si étrange écrivain ?
Poser la question, c’est déjà y répondre. Même si c’est par d’autres questions. Cet homme au crâne lisse a à nous dire des choses si importantes qu’elles écorchent la bouche et ébranlent la langue. Pour donner un texte dont un début de sens ne peut plus apparaître qu’à la lecture, à haute voix, par Guyotat lui-même, comme il vint le faire à Bruxelles (au Plan K) à la parution du Livre, devenu alors sourde mélopée dans laquelle les sons raclent la gorge, s’enflent parfois comme un cri de colère. D’un livre antérieur, Pierre Guyotat disait un jour ceci, qui pourrait être appliqué au Livre : « C’est écrit pour la scène, pour la voix, la voix sexuelle ».
Comme pour donner un mode d’emploi à cet étrange objet, Pierre Guyotat avait publié en même temps Vivre, un ensemble de textes qui éclairent sa démarche et la situent dans le contexte global d’une œuvre marquée par le séjour de son auteur, en 1960, en Algérie, pendant son service militaire. A travers Tombeau pour cinq cent mille soldats, Éden, Éden, Éden, Prostitution, se lit alors – pour qui peut l’entendre, le comprendre – un message à l’homme : « C’est moins le massacre qui me hante que l’exploitation de l’homme par l’homme, l’esclavage. L’esclavage, c’est lié à la prostitution ». D’où les débordements sexuels d’Éden, Éden, Éden qui fut, en 1970, un mois après sa parution, interdit à l’affichage, à la publicité et aux mineurs, ce qui revenait à empêcher l’existence de ce texte.
Hanté par la folie, Pierre Guyotat est un homme qui a pris tous les risques pour dire, à la manière dont il pense devoir la dire, sa peur devant le monde. Une démarche qu’il qualifie de poétique plutôt que de romanesque et qui se situe à mille lieues de celle des écrivains généralement invités à « Apostrophes ». Pierre Guyotat est rare à la télévision. En raison des difficultés qu’il impose à ses lecteurs, on se dira que c’est, somme toute, assez normal. Mais il serait anormal, en revanche, qu’on ne l’y voie jamais. Il n’y a actuellement en France qu’« Océaniques » pour oser cela, dernier bastion de toutes les recherches…

Coma (2006)
L’œuvre de Pierre Guyotat forme une espèce de bloc compact qui, souvent, décourage la lecture. Il faut ajouter qu’un de ses livres (Eden, Eden, Eden) a été censuré pendant onze ans. Voilà de quoi ranger définitivement l’auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats du côté des écrivains cultes qu’il n’est pas besoin de fréquenter pour dire tout le bien qu’on en pense.
Dommage pour les partisans de cette attitude : leur meilleure excuse vient de tomber avec la publication de Coma, un récit qui entre au cœur même de la fabrique d’écriture où travaille Pierre Guyotat. Le lieu d’un combat acharné avec la langue, au risque d’y laisser sa peau. L’auteur, qui avait toujours pensé ne pas dépasser l’âge de quarante ans (il est né en 1940), a trouvé nécessaire de poursuivre le combat avec ses démons et de fournir, à défaut de mode d’emploi, une image de l’envers du décor.
On entre avec un malaise provoqué par le narrateur lui-même dans le dépouillement de cette simplicité qui met à nu la fragilité du moment : « Le récit qui suit, je le porte en moi depuis que, sortant, au Printemps 1982, d’une crise qui m’avait amené au bord de la mort, je me contraignais à reparler en mon nom personnel. »
Dégoûté par le « je », privé de lui-même, Guyotat commence un parcours vers d’hypothétiques retrouvailles avec la vie, donc avec l’écriture. Il s’agit de poursuivre une intercession entre lui et le monde, sans illusions sur la valeur du talent mais en acceptant la nécessité de la tâche.
Je ne sais d’où vient le don qu’on m’attribue et que j’ai toujours ressenti comme une injustice, je ne sais d’où me vient la force qui me lui fait produire de l’œuvre, je ne me suis jamais donné quelque mérite que ce soit, quelque volonté que ce soit.Comme je n’ai fait que suivre ma pente, exploiter mes penchants naturels, que je n’ai eu d’autre maître que moi-même et nos prédécesseurs, que j’ai toujours travaillé à l’intérieur de moi-même, sans conseil, tout ce qui entoure, ennoblit, construit le peu que je me ressens être – ce noyau, cette origine (le souci premier de toute pensée c’est l’origine) quasi embryonnaire, cet embryon – est de l’ordre du fantôme.
La citation est un peu longue. Mais nécessaire car elle montre l’élan qui conduit tout le livre – et le montre mieux qu’une paraphrase.
Bien sûr, Pierre Guyotat se met en danger : son corps résiste, lui fait entendre que rien n’est innocent dans sa démarche. L’homme vacille, l’écrivain va de l’avant. Et le paradoxe de la création trouve là son explication la plus absolue. D’une part elle dévore l’individu, d’autre part elle est la seule chose qui lui permet de survivre et peut-être même, un jour, de se reconstituer tout entier. A tel point que « si j’arrête, je suis mort, et damné par le Rien. »
La démarche n’est pas devenue moins radicale avec Coma. Au contraire même puisque le retour au « je », si pénible un temps, est libérateur autant pour Pierre Guyotat que pour le lecteur. Il permet de tout dire, d’intégrer les épisodes du quotidien au cœur même de la création, de les articuler dans une compréhension globale du monde. Avec sa violence traduite dans les rapports sexuels, paradoxaux eux aussi puisqu’ils génèrent parfois une vraie douceur.
Ainsi va ce livre, contradictoire jusqu’au déchirement, corde tendue à se rompre mais à laquelle on s’accroche comme à un garde-fou qui aide à la traversée en calmant le malaise du début. D’ailleurs, la fin est presque apaisée. La réconciliation avec soi est proche. Le chemin aura été bordé de quelques images qui ont hanté Pierre Guyotat enfant, ainsi que ses sœurs et frères…

lundi 22 mars 2010

Zapculture France, variété et inquiétude

Au rendez-vous du lundi, une belle brochette d'artistes, tous français: deux chanteuses, deux écrivains, un "inventeur", un film (assez moyen le film). Et un supplément, dont je vous reparle tout à l'heure, après le Zapculture "normal" que vous trouverez en téléchargement en suivant le lien du casque audio.

On commence en musique avec Enzo Enzo, qui a sorti son nouveau disque, Têtue, à la fin du mois dernier, et qui était invitée au Rendez-vous de France Culture. Présentation du disque par son éditeur:
Cinq ans après «Paroli», et après deux disques pour enfants, «Chansons d’une maman» et «Clap!», voici donc un nouvel album qui parle de la vie, de la vie vraie. Enzo Enzo chante la confiance qui renaît quand une histoire s’achève, les éblouissements de l’amour béat, la liberté qui surgit quand les enfants sont enfin partis voler de leurs propres ailes, l’envie de vivre sans les illusions des spiritualités en toc ou de la chirurgie esthétique… Sujets profonds, parfois rudes, mais toujours éclairés de la même lueur de félicité et de courage – «La vie contraint à être heureuse», dit-elle avec un grand sourire. Son disque ressemble à ce sourire: généreux, intime, réaliste, poétique, vaillant, délicat. (00'25"-01'32")

Première page littéraire, ensuite, avec un écrivain peu connu du grand public mais dont le travail marque son époque - la nôtre. Pierre Guyotat publie Arrière-fond et s'explique dans Tout arrive (France Culture) sur la manière dont il écrit:
Pierre Guyotat n’a pas écrit à la table. Pour «Arrière-fond», il lui fallait la voix, éjection de mots, érection de la phrase, assis sur son lit, sur un fauteuil, concentré, le regard plongé à l’intérieur, tourné vers ses 15 ans. Une femme prend note... «Je suis pour une lecture d’action. Je ne suis pas dans la contemplation. Je n’aime pas beaucoup la poésie.» Ainsi, Pierre Guyotat murmure ses phrases au présent et bat le pied, la jambe pour garder la mesure. «Le rythme, j’écris avec du rythme». Le rythme de la main touchant son sexe, le rythme des bordels, le rythme du plaisir, de la chair.
A ces corps sexués s’en confrontent d’autres: entassés, transportés, morts dans les camps. Analogie blasphématoire qui trouble le lecteur tout autant que Pierre Guyotat. (01'32"-03'44")

Avec Jean-Marie Gourio, autre invité de Tout arrive la semaine dernière, on n'est pas très loin de la littérature, même si c'est au théâtre que se jouent actuellement les Nouvelles brèves de comptoir (mises en scène par Jean-Michel Ribes). Vous en avez probablement entendu parler: Gourio tend l'oreille et fait sa récolte. Ce qui donne environ:
«S’il nous reste qu’une heure à vivre, ma femme elle range et moi je picole».
Des phrases qui fusent sans prévenir. Ça jaillit, comme ça, à l’étourdie. Librement. Et ça rebondit de plus belle... À moins que ça s’arrête. Paf. Tout net. Bouche bée, dans une grimace. Ces brèves de comptoir que Jean-Marie Gourio, expert en la matière, et Jean-Michel Ribes, expert en théâtre, donnent à voir et à entendre, relèvent à leur façon du patrimoine de l’humanité. Recueillis avec soin et composés au petit point en un tout étonnamment homogène, ces traits d’esprit ondulés fascinent jusqu’au fou rire. C’est que, souvent involontaires, surgies du gosier innocent de piliers de bistrot invétérés, ces brèves dans leur candide assurance révèlent aussi un fond d’incertitude. Il doute de tout celui qui doute de rien. Fermement convaincu que «ce qui ne va pas dans la société, c’est les gens». La preuve: «Ils ont dit qu’il allait pleuvoir et ils l’ont fait.» Aucun rapport? Pas grave. On se jette un Ricard «a capella». Jamais dupe, au fond: «C’est bien pour la France que les Américains ils aient un président antillais.» Qui dira le contraire? (03'44-05'56")

Le DVD de la semaine n'est pas un chef-d'œuvre. Réalisé par James Huth, avec Jean Dujardin, Sylvie Testud, Michaël Youn, Alexandra Lamy et Daniel Prevost (entre autres), Lucky Luke est un divertissement qui se veut spectaculaire, et l'est parfois, mais sur un scénario dont toutes les ficelles sautent aux yeux - quand elles ne lâchent pas.
Le train ne siffle pas trois fois, bien qu'il y ait des rails sur la prairie. Las Vegas se plante au milieu du désert. Jessie James, Billy the Kid et Calamity Jane sont au rendez-vous (il ne manque que les Dalton). La féminité reste une question quasi insoluble, forcément, pour un poor lonesome cow-boy qui prend son bain avec ses bottes. Et le seul personnage raisonnable du casting est Jolly Jumper. Oui, le cheval...
Si vous regardez ça négligemment un soir de grande fatigue et souriez deux ou trois fois pendant le film, je ne vous en voudrai pas...
En attendant, je vous sers un bout du son de la bande annonce. (05'56"-07'39")

Je vous ai parlé il y a peu de Catherine Cusset et de son Brillant avenir, le roman pour lequel elle a reçu le prix Goncourt des Lycéens. Dans Laissez-vous tenter (RTL), où les livres de poche sont présents chaque semaine, elle s'explique brièvement sur ce livre. (07'39"-08'17")

Pour terminer, ou presque, Françoise Hardy sort un nouvel album cette semaine, La pluie sans parapluie. France Inter permettait, pendant le week-end, de l'écouter en avant-première. Je partage avec vous le début de la première plage, et les informations sur le disque (que j'aime bien).
Quatre ans après les duos de Parenthèses, Françoise Hardy sort La Pluie sans parapluie, un album radieux, voire ouvertement pop sur plusieurs titres, à commencer par le single Noir sur blanc. Un goût retrouvé pour les tempos enlevés guide aussi Les Pas ou encore le très swingin’ sixties Je ne vous aime pas, que Françoise Hardy dédie à Danièle Darrieux et à cette réplique endolorie qu’elle prononçait dans Madame de…
La génèse de l'album: Pendant que Françoise Hardy écrivait , Alain Lubrano, son complice depuis quinze ans, mit la main à travers MySpace sur une artiste allemande: Fouxi. Il fit écouter à Françoise une chanson de la jeune femme, curieusement chantée en français et s'intitulant La Pluie sans parapluie. Cette chanson, remaniée avec l'accord de l'auteur, deviendra le fleuron de ce nouvel album, au point de donner son nom à l'album.
A l'occasion de cet album, Françoise Hardy a travaillé pour la première fois avec La Grande Sophie (qui signe les paroles et musiques de Mister), Arthur H (Les mots s’envolent), Jean-Louis Murat (le temps de Memory divine aux teintes country-blues), ou encore Calogero (le single Noir sur blanc). (08'17"-10'17")

Ce n'est pas fini pour aujourd'hui, puisque je vous ai promis un supplément. Un assez long extrait d'Esprit critique (France Inter), presque six minutes pour faire le point sur la présence de la culture française à l'étranger, à travers des institutions en pleine restructuration pour l'instant. Un deuxième casque pour vous conduire vers cette séquence présentée ainsi:
L'influence d'un pays dans le monde, on la mesure par son économie, son armée, mais aussi par sa culture, sa langue, ses artistes présents à l'étranger: cette diplomatie culturelle, Bernard Kouchner entend la réformer pour la rendre plus forte, mais cette réforme du ministre des affaires étangères déplaît...
Je réserve mes commentaires à mon autre blog, le sujet ayant une certaine importance à Madagascar.