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samedi 4 février 2012

L’aventure estonienne de Sofi Oksanen

Sofi Oksanen a été remarquée en Finlande dès la publication de son premier roman (Stalinin lehmät, 2003). Elle renouvelle son succès deux ans plus tard avec Baby Jane avant de crouler sous les prix littéraires depuis 2008 et la sortie de Purge, dont elle avait d’abord fait une pièce de théâtre. Ils sont, disons-le tout de suite, justifiés.
Aliide Truu, une vieille Estonienne, est en 1992 une femme presque solitaire. Ce matin-là, elle aperçoit un ballot dans son jardin. Qui a déposé cela? Le ballot se révèle être une jeune femme dans un drôle d’état, pareille à un animal épuisé qui aurait fini là, incapable d’aller plus loin. Aliide n’aime pas ça. Son premier réflexe est toujours la méfiance. Depuis longtemps, pour elle, le moindre événement inhabituel est susceptible de cacher un danger. Zara, quand elle commence à parler, dit qu’elle voyageait avec son mari, qu’elle s’est enfuie. Il s’agit peut-être d’un piège tendu par des voleurs prêts à s’introduire chez Aliide…
Celle-ci a bien des raisons de se sentir menacée. Son pays, qui avait acquis l’indépendance en 1920 après une guerre de libération, a été occupé par l’URSS en 1940, puis par l’Allemagne et à nouveau par les Soviétiques à partir de 1944. Déportations et exterminations ont marqué ces épisodes qui ne se sont achevés qu’en 1991, soit un an avant le début du roman, avec le retour de l’indépendance.
Sofi Oksanen, qui fournit la chronologie en fin de volume, utilise aussi le passé dans le récit. Ses personnages vivent avec lui, en particulier Aliide, en raison de son âge: depuis la fin des années 1930, elle a traversé tous les soubresauts de son pays. Son histoire personnelle en a été modifiée en profondeur. Mais Zara, bien que plongée depuis peu de temps dans un tout autre genre d’aventure, où son rêve de richesse s’est transformé en servitude sexuelle, croit savoir que ces épisodes lointains ont eu une influence sur son destin. Elle aimerait comprendre comment. Et, contrairement à ce qu’elle veut faire croire à Aliide, elle n’est pas arrivée chez elle par hasard.
Purge est un livre tendu de silences. Ils masquent pudiquement une vérité qui ne semble pas bonne à dire. Le lecteur y accédera pourtant, ainsi que, partiellement, Zara. Dont l’histoire n’est peut-être pas finie – il reste à l’imaginer. Tandis que défilent devant nos yeux des rapports d’agents plus ou moins clandestins décrivant les activités louches, forcément louches, d’Aliide et de quelques autres personnages dans les années quarante.
Purge est aussi à observer dans les détails. Le vol d’une mouche, qui ouvre le roman, en est un magnifique exemple. C’est ainsi qu’on découvre Aliide, les yeux fixés sur cette mouche qui semble la défier, avant que son regard traversant la vitre la conduise à s’intéresser au ballot dont nous parlions plus haut.
Modèle d’équilibre entre les éléments qui le composent, Purge est une belle découverte.

mardi 2 novembre 2010

Les prix, c'est l'inflation : trois Femina, deux Virilo

Trois Femina, deux Virilo, c'est le tarif du jour pour les prix littéraires. Et la saison se poursuit plutôt agréablement après le Grand Prix du roman de l'Académie française de la semaine dernière.

Certes, je n'ai pas lu La vie est brève et le désir sans fin, de Patrick Lapeyre, prix Femina du roman français (avec près d'une demi-heure de retard sur l'horaire annoncé, les débats ont dû être serrés). Mais tout ce que j'en ai entendu dire me donne à penser que j'aurai du plaisir à le découvrir le moment venu. Quand il sortira au format de poche, probablement.
Et je ne sais rien, malheureusement de l'Elisée Reclus de Jean-Didier Vincent qui lui vaut le prix Femina de l'essai.

Mais Purge, de Sofi Oksanen, qui avait déjà reçu le prix Fnac, et qui double la mise avec le prix Femina du roman étranger, est un livre formidable. Il y est question de l'Estonie, à l'Histoire complexe et liée à celle de l'URSS autant que de l'Allemagne (pour les années d'occupation pendant la seconde Guerre mondiale). Une jeune femme qui a vécu l'horreur de l'esclavage sexuel alors qu'elle croyait trouver la richesse découvre, dans la maison où a vécu sa famille, ce qu'il reste du souvenir de celle-ci, par Aliide, chargée des secrets du passé. L'atmosphère est aussi lourde que les gestes peuvent être légers, les époques se croisent - des années quarante aux années quatre-vingt-dix. Et la réussite est complète pour cette jeune auteure dont il s'agit du premier livre traduit en français.

Face aux dames du Femina, les moustachus du Virilo ont imposé leurs moustaches (postiches) autant que leurs choix depuis la création de leur prix. Double prix, en réalité.
Le prix Virilo proprement dit récompense le meilleur roman francophone de l'année et va à Emmanuel Dongala pour Photo de groupe au bord du fleuve - paradoxalement couronné pour, je cite le jury, "la description féministe d'une Afrique contemporaine démunie et violentée mais pleine d'espoir et d'humanité."
Et le prix Trop Virilo, qui récompense "la poussée de testostérone littéraire de l'année" va à... une femme, Virginie Despentes, pour Apocalypse bébé. Je cite encore le jury qui justifie ainsi son choix: "Jusqu'à sa fin explosive, le roman tend à prouver que le seul moyen pour devenir complètement femme, c'est d'emprunter les codes virils du mâle."
Je me garderai bien de faire mienne cette interprétation. Et je me contenterai de la satisfaction de voir couronnés deux excellents livres - que j'ai lus et appréciés.

mardi 17 août 2010

Le prix du roman de la Fnac à Sofi Oksanen

Je vous avais donné, la semaine dernière, la sélection de la Fnac pour son prix du roman 2010. Voilà, le verdict est tombé: il s'agit de Purge, premier roman traduit en français de Sofi Oksanen, qui écrit en finnois.
Ce n'aurait pas été mon choix, mais il est mieux que respectable. J'ai lu ce livre, excellent. Il possède, outre ses qualités littéraires, la particularité de nous faire découvrir une région que nous sommes probablement peu nombreux à connaître (et que pour ma part je ne connaissais pas du tout), l'Estonie occidentale, à travers un récit qui traverse quelques décennies particulièrement complexes sur le plan politique - et complexes, surtout, pour les personnages qui ont vécu l'époque.
Comme Purge sort seulement le 25 août, je n'en dis pas plus pour l'instant, j'y reviendrai le moment venu.
Mais la saison des prix n'est pas encore vraiment ouverte qu'elle commence déjà bien. Chic!