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jeudi 8 février 2018

Les amants maudits de Tonino Benacquista

Les amants maudits s’aiment d’un amour absolu. (Oui, trois mots avec la même racine, ce n’est pas trop pour transmettre l’intensité du lien qui les unit.) Rien ni personne ne peut le contrarier. Ni Dieu, ni Diable, ni prêtre, ni roi, ni espace, ni temps… Romanesque, le ton est donné par le titre d’un livre où Tonino Benacquista dépasse tous les clichés du genre pour les assembler en forme de légende.
Elles ne manquent pourtant pas, les légendes sentimentales qui ont envahi les cœurs des hommes et des femmes depuis les siècles des siècles. Celle-ci traverse en un éclair près d’un millénaire, court de la France à la Chine et l’Afrique, se transforme en road-movie nord-américain…
Il y a du Tristan et Iseult, mais aussi du Bonnie and Clyde dans le couple héroïque dont l’histoire est rapportée par des peuples très divers, et fixée par une pièce de théâtre, Les mariés malgré eux, dont Charles Knight a donné, en 1721, une deuxième version. Son argument est aussi celui du roman : « Au Moyen Âge, en France, deux gueux pris de passion, incapables de se soumettre aux lois de la communauté, tiennent tête aux sages, aux prêtres, au roi lui-même. Sont-ils voués à l’Enfer ou bien au Paradis ? »
Rien ne destinait ces deux-là à devenir des êtres d’exception, à mourir et à renaître, à être séparés et réunis après avoir subi des épreuves que seul l’amour permet de surmonter, après avoir connu des aventures qu’il fallait bien l’imagination d’un romancier doué et sans crainte pour accumuler.
Il leur a suffi de se promener dans les bois, lui braconnier, elle cueilleuse de baies, au XIIe siècle où l’on chassait et cueillait, et de s’y rencontrer pour que leur destin change à jamais. Ou au moins pour mille ans. Sommes-nous dans leur histoire, telle qu’ils l’ont vécue ou dans la deuxième version théâtrale de leur légende à laquelle l’amant a contribué alors qu’il était loin de la femme aimée, tous deux rejetés sur la Terre après le courroux d’un Dieu qui attendait mieux d’eux ? C’est au théâtre que se passe, pour l’essentiel, le début du roman, et bientôt il devient impossible de savoir à quel niveau de fiction se situe le texte. Le récit chevauche les différentes versions, les entremêle, et tout va bien à la lecture puisque la confusion n’engendre aucun doute. Elle renforce au contraire la crédibilité de l’amour. Puisqu’on revient sans cesse à cet axe inébranlable et que les tiroirs romanesques, ouverts les uns après les autres, débouchent sur une vision de plus en plus cohérente.
Une relation si puissante modifie en profondeur le monde qui environne ses heureux détenteurs. Mais ils ne sont propriétaires que de cela, le reste n’ayant plus aucune importance. Au point que Satan lui-même est dépourvu quand il tente, comme tant d’autres avant lui, de provoquer la rupture : « Car ce couple-là avait déjà été puni, sur la Terre, puis au Ciel, et sur la Terre à nouveau. Il avait été persécuté dès le premier jour, il avait subi la peine capitale, il avait été sermonné par Dieu, puis chassé de son Paradis, il avait connu la tempête, la fièvre, la prison, l’asile, l’acharnement des hommes, la menace des bêtes, la violence des éléments, tant de tourments subis au nom d’un seul : la privation de l’être aimé. »
Comme il est irréaliste d’enfoncer un coin entre deux parties fusionnées dès le premier instant, il ne sera pas davantage possible de prendre en défaut une narration conduite en apparence en totale liberté et, en fait, fermement tenue par un écrivain en grande forme.

mardi 28 juillet 2015

70 ans de Série noire 1990-1994

Encore une belle série d'écrivains et de livres puissants, pour cette nouvelle tranche de cinq années qui permet de remonter le temps depuis les débuts de la Série noire jusqu'à nos jours - nous n'y sommes pas encore, mais on avance, on avance.

Tonino Benacquista, Trois carrés rouges sur fond noir (n° 2218, 1990)
Trente-cinq toiles, pratiquement toujours la même, d’indescriptibles griffures noires sur fond noir. Une obsession. Un malaise.
Le jour où elles sont arrivées à la galerie, je les ai déballées une à une, de plus en plus vite, en cherchant la surprise et la tache de couleur. Au premier regard, tout le monde les avait trouvées sinistres. Même Jacques, mon collègue. Il est accrocheur, et moi, je suis son arpète.
— On est à la bourre, petit. Ouverture des portes dans vingt-cinq minutes !
La directrice de la galerie ne nous a donné que quatre jours pour monter l’expo, l’ensemble des toiles et trois sculptures monumentales qui ont bien failli lui coûter un tour de reins, à Jacques. Des déchirures d’acier soudées les unes aux autres sur quatre mètres de hauteur. Deux jours entiers pour les positionner, à deux. Je me souviens de la gueule des déménageurs qui sont venus nous les livrer. « Y pourraient pas faire des trucs qui rentrent dans le camion, ces artistes à la noix ! » Les déménageurs ont souvent du mal, avec les œuvres d’art contemporain. Nous aussi, avec Jacques, malgré l’habitude. On ne sait pas toujours comment les prendre, ces œuvres. Au propre comme au figuré. On a beau s’attendre à tout, on ne sait jamais ce qui va surgir des portes du semi-remorque.
Dix-sept heures quarante, et le vernissage commence officiellement à dix-huit. Le champagne est au frais, les serveurs sont cravatés et la femme de ménage vient tout juste de finir d’aspirer les 450 mètres carrés de moquette. Et nous, on a toujours le problème de dernière minute. Ça rate jamais. Mais il en faut plus pour paniquer mon collègue.

Jean-Hugues Oppel, Zaune (n° 2257, 1991)
— Carte.
Le donneur sert. Sans hâte, en garçon qui sait la valeur de l’instant. Mais non sans jeter un regard furtif au demandeur.
Bob. Aussi large que haut. Blondasse, les traits mous, mais jovial quand même. Le bon gros de la bande, depuis toujours. S’en est fait une raison. Il fixe le rectangle cartonné comme s’il voulait voir au travers. S’efforce de ne rien laisser paraître. Poli, il attend que tous soient servis pour retourner ce qui doit être – il le faut ! – le valet qui lui manque pour son full. Le premier de la soirée. De l’année, aussi. Pour lui.
— Deux cartes, Patrick…
Un rien de nervosité dans le ton. Une fêlure dans la voix. Le donneur enregistre. Sert sans broncher. Il subodore un brelan gros comme ça, d’entrée. C’est un réel plaisir de jouer avec Micheline, c’est un vrai livre ouvert. Brune, cheveux raides, poitrine provocante, elle adore taper le carton avec les potes, ça lui fait oublier ses cinquante-deux heures de caisse enregistreuse au super-hyper du centre commercial. Même avec la lecture optique des codes-barres, c’est lessivant, malgré les pauses-pipi. Chronométrées par la subalterne-chef. Et un salaire de misère à peine regonflé par les heures supplémentaires des dimanches d’ouverture illégale.
Mouvement de tête interrogatif au suivant. Dénégation dudit.
— Servi.

Jean-Bernard Pouy, La Belle de Fontenay (n° 2290, 1992)
22 mars, un bon jour pour la patate.
Si les autres ahuris de Nanterre ont choisi ce jour-là pour changer toute une génération, c’est forcément un bon anniversaire pour planter des pommes de terre.
Il fait frais, il y a encore, dans l’air, un peu de cette buée qui trouble les alentours et en gomme la netteté. Je distingue à peine la centrale électrique qui miroite, glacée, derrière la gare de triage. Le Plateau d’Itry, vert foncé, strié par les cités, ressemble à la silhouette usée, rabotée, d’une énorme scie égoïne.
Va faire de la belle poésie avec la banlieue au petit matin, tiens, bon courage.
J’ai porté les deux sacs sur le bord du terrain. Et j’ai posé le sac de fumure sur le bord de la parcelle de Charles, elle est encore en friche, il est en retard, un lumbago doit saboter sa retraite. On n’a pas beaucoup de place, juste l’espace de se déplacer sur l’étroite allée de gravier entre deux jardins.
Je viens de terminer de creuser les quatre longues tranchées dans la terre meuble. Balancer le fumier et puis, tous les trente centimètres, mettre une petite pomme de terre qui, dans quelques mois, va me faire un kilo par pied.
En tout, j’aurais droit au quintal, pour mon petit automne personnel et pour mon grand hiver solitaire.

Cesare Battisti, Les habits d'ombre (n° 2320, 1993)
Déconcertées, désunies, solitaires, quatre mille âmes inspiraient au ralenti un souffle de vie, comprimées entre les antiques murs de brique rouge. Fresnes, prison. En dépit du froid hivernal, la fenêtre de la 319 demeurait ouverte, même la nuit, et pourtant l’effluve coriace du châtiment planait encore dans l’espace exigu. Avec une régularité inhumaine, Claudio Raponi se réveillait à six heures et demie, recroquevillé dans trois couvertures lourdes de poussière. Chaque matin, un mouvement identique, répété avec précision, l’installait dans cette position où il guettait les premiers bruits de l’aube, attentif à ne pas déranger les deux compagnons de cellule qui occupaient le premier et le troisième niveau des lits superposés.
À ce moment-là, son esprit voyageait au loin. Il songeait à la douceur d’un corps de femme, à l’imbroglio judiciaire dont il était victime depuis deux mois, à la possibilité de se tirer du guêpier où il s’était fourré, et plus concrètement encore à un moyen quelconque d’échapper à la routine de la journée qui pointait déjà à travers les barreaux. Noyé dans une tempête de questions sans réponses, il cédait à la tentation inutile de retrouver le sommeil, au moins jusqu’à l’arrivée du café qu’il boirait dans la pénombre, pour ne pas en maudire la transparence. Et le sommeil se refusait à lui, tandis qu’il luttait contre l’envie de la première cigarette.

James Crumley, La danse de l'ours (n° 2361, 1994)
… et rappelez-vous, mes petits-enfants, que dans l’ancien temps les ours étaient plus nombreux que les Indiens ; il y avait des ours noirs et des ours bruns, des ours roussâtres et le grand ours gris, et nous n’avions pas de miel, pas de douceur dans nos tipis. Sœur Abeille était tout le temps en colère et allait partout piquant les Indiens. Toujours, les ours trouvaient avant les Indiens les arbres creux où les abeilles font leurs nids, les éventraient, dévoraient les rayons et dérobaient le miel avec leurs langues râpeuses et leurs griffes acérées. Et les abeilles étaient tout le temps en colère parce que ces pauvres ours ne connaissaient pas la fumée sacrée qui sert à les amadouer, parce qu’ils ne savaient pas qu’ils auraient dû chanter des chants de grâces afin de se faire pardonner d’elles et parce que, pis que tout, les ours étaient voraces et prenaient toujours tout le miel sans rien laisser pour les abeilles. Les ours savaient tout du miel, mais ils ne savaient rien des abeilles, et voilà pourquoi les Indiens n’avaient pas de douceur dans leurs tipis.
Et puis un beau jour, mes petits-enfants, un jeune homme pacifique du nom de Chilamatscho – le Rêveur éveillé – vint à passer devant un nid d’abeilles saccagé. Il ne restait plus pour lui une seule goutte de miel dans l’arbre creux, et les abeilles étaient très en colère ; malgré cela, il fuma sa pipe avec elles et chanta des chants de grâces pour toutes les bonnes choses qu’offre la terre. Et quand les abeilles sentirent la fumée sacrée et entendirent les chants, elles s’apaisèrent et reprirent leurs occupations. En retour, la Grand-Mère Abeille fit don à Chilamatscho d’une vision.

mardi 11 novembre 2014

La face cachée des hommes

Tricher, mentir, passer aux yeux des autres pour ce qu’on n’est pas. Voilà le programme des personnages de Nos gloires secrètes, six nouvelles que Tonino Benacquista n’a pas rassemblées par hasard. La cohérence est parfaite et l’effet en est amplifié par les talents de narrateur que l’on connaît au romancier de Saga, Malavita ou Homo erectus, pour ne citer que quelques titres dans une imposante bibliographie.
On entre avec « Meurtre dans la rue des Cascades », la première nouvelle, au cœur du propos. Ou plutôt là où les choses semblent se passer, c’est-à-dire à la surface : « Je suis l’homme de la rue. Pour le prince, je suis la plèbe. Pour la vedette, je suis le public. Pour l’intellectuel, je suis le vulgum. Pour l’élu, je suis le mortel. » Un homme comme tout le monde, en somme, couleur grisaille, un médiocre qui passe inaperçu. Mais, en réalité, le personnage d’un roman de Simenon, dont l’insignifiance cache quelque chose.
Maigret l’aurait compris. Benacquista laisse à son narrateur le soin de raconter comment, cinquante ans plus tôt, il est devenu un héros négatif en tuant, une nuit d’ivresse, son compagnon de beuverie. Pendant tout ce temps, il s’est tu parce qu’il ne voulait pas décevoir sa femme pour qui il était le meilleur des maris. Elle vient de mourir, il peut, malgré la prescription, s’alléger de sa culpabilité. Celle-ci a été une compagne fidèle à laquelle se joignait une certaine fierté.
Car l’affaire de la rue des Cascades a fait grand bruit dans la presse en juillet 1961 : tombé d’un toit, le corps de la victime a traversé la verrière sous laquelle une starlette se livrait à des ébats probablement illicites avec un inconnu (on le suppose marié). Les années passant, l’assassin (il avait écrasé les doigts de son compagnon qui se retenait à une corniche) a constaté que l’intérêt pour cette énigme non résolue ne retombait pas : une émission de télévision, un livre, un film… Paré de l’aura propre aux coupables impunis, le narrateur a cru plusieurs fois qu’on allait lui voler la vedette, quand un inconnu se dénonçait, mais chaque fois disculpé.
Visage d’ange, cœur de démon, tel est le profil décliné dans les cinq autres nouvelles – où il n’y a pas d’assassin, cependant. On rit à la confrontation du riche compositeur de chansons à succès qui vient ouvrir un compte dans une petite agence bancaire et raconte sa vie au directeur alors que celui-ci attend le résultat de sa fille au bac. Jusqu’à la chute, en tout cas. « Le parfum des femmes » offre à un « nez » créateur de fragrances célèbres l’occasion de respirer une odeur exceptionnelle. Et on voudrait les raconter toutes, en particulier la dernière, mais nous vous en laissons tout le plaisir de la découverte.

vendredi 30 mai 2014

Tonino Benacquista, Prix SGDL de la nouvelle

Deuxième extrait du palmarès des prix de printemps de la Société des Gens de Lettres, avec le recueil de nouvelles de Tonino Benacquista, paru l'an dernier.

Tricher, mentir, passer aux yeux des autres pour ce qu’on n’est pas. Voilà le programme des personnages de Nos gloires secrètes, six nouvelles que Tonino Benacquista n’a pas rassemblées par hasard. La cohérence est parfaite et l’effet en est amplifié par les talents de narrateur que l’on connaît au romancier de Saga, Malavita ou Homo erectus, pour ne citer que quelques titres dans une imposante bibliographie.
On entre avec « Meurtre dans la rue des Cascades », la première nouvelle, au cœur du propos. Ou plutôt là où les choses semblent se passer, c’est-à-dire à la surface : « Je suis l’homme de la rue. Pour le prince, je suis la plèbe. Pour la vedette, je suis le public. Pour l’intellectuel, je suis le vulgum. Pour l’élu, je suis le mortel. » Un homme comme tout le monde, en somme, couleur grisaille, un médiocre qui passe inaperçu. Mais, en réalité, le personnage d’un roman de Simenon, dont l’insignifiance cache quelque chose.
Maigret l’aurait compris. Benacquista laisse à son narrateur le soin de raconter comment, cinquante ans plus tôt, il est devenu un héros négatif en tuant, une nuit d’ivresse, son compagnon de beuverie. Pendant tout ce temps, il s’est tu parce qu’il ne voulait pas décevoir sa femme pour qui il était le meilleur des maris. Elle vient de mourir, il peut, malgré la prescription, s’alléger de sa culpabilité. Celle-ci a été une compagne fidèle à laquelle se joignait une certaine fierté.
Car l’affaire de la rue des Cascades a fait grand bruit dans la presse en juillet 1961 : tombé d’un toit, le corps de la victime a traversé la verrière sous laquelle une starlette se livrait à des ébats probablement illicites avec un inconnu (on le suppose marié). Les années passant, l’assassin (il avait écrasé les doigts de son compagnon qui se retenait à une corniche) a constaté que l’intérêt pour cette énigme non résolue ne retombait pas : une émission de télévision, un livre, un film… Paré de l’aura propre aux coupables impunis, le narrateur a cru plusieurs fois qu’on allait lui voler la vedette, quand un inconnu se dénonçait, mais chaque fois disculpé.
Visage d’ange, cœur de démon, tel est le profil décliné dans les cinq autres nouvelles – où il n’y a pas d’assassin, cependant. On rit à la confrontation du riche compositeur de chansons à succès qui vient ouvrir un compte dans une petite agence bancaire et raconte sa vie au directeur alors que celui-ci attend le résultat de sa fille au bac. Jusqu’à la chute, en tout cas. « Le parfum des femmes » offre à un « nez » créateur de fragrances célèbres l’occasion de respirer une odeur exceptionnelle. Et on voudrait les raconter toutes, en particulier la dernière, mais nous vous en laissons tout le plaisir de la découverte.

lundi 1 avril 2013

Ils arrivent : Sfar, Benacquista, Chessex, Verheggen

Ils sont nombreux, les cartons arrivant cette semaine chez les libraires. A déballer, donc, un roman de Joann Sfar, un autre de Tonino Benacquista, et mes choix subjectifs... avec les mots des éditeurs pour les présenter.

Têtes de gondole

Joann Sfar, L'Eternel

Dans ce Nosferatu revu et corrigé par Woody Allen et Albert Cohen réunis, on retrouve tout ce qui fait l’originalité et la profondeur de l’œuvre de Joann Sfar, qui marie ici mieux que jamais philosophie et judaïsme, humour et truculence, sensualité et émotion.

Dessinateur et scénariste de bande dessinée, réalisateur de cinéma (César du meilleur premier film pour Gainsbourg, vie héroïque, et César du meilleur film d’animation pour Le Chat du rabbin), Joann Sfar est né à Nice en 1971.
Intarissable raconteur d’histoires, il puise son imaginaire délirant dans la fiction populaire et le folklore lié à ses origines juives, qui imprègne nombre de ses albums comme Kletzmer ou Le Chat du Rabbin - la série qui l’a imposé auprès du grand public et s’est vendue à ce jour à plusieurs millions d’exemplaires.
L’Eternel est son premier roman, et sera prochainement adapté en série pour Canal+ dans une réalisation que signera l’auteur lui-même.

Tonino Benacquista, Nos gloires secrètes

«Ce jour-là j'ai appris une règle qui n'a cessé de se vérifier le reste de ma vie: quand trois personnes vous admirent au grand jour, deux autres vous haïssent dans l'ombre. L'admiration attire la haine comme la passion la violence, et j'entends passion comme la somme des souffrances qu'endure le martyr.»
Un meurtrier anonyme, un poète vengeur, un parfumeur amoureux, un antiquaire combattant, un enfant silencieux, un milliardaire misanthrope. 
Les personnages de ces six histoires ont un point commun: leur vie intérieure est bien plus exaltante que leur vie quotidienne. Et leur part d'ombre n'est rien en comparaison de leur part lumineuse. Une vérité que l'on tait, un exploit ue l'on cache, un passé inavouable. Lequel d'entre nous ne garde pas, enfouie au plus profond, sa gloire secrète ?

Posthume

Jacques Chessex, Hosanna

Ce livre posthume de notre ami Jacques Chessex aurait pu s’appeler: La mort du voisin. En effet, lorsqu’un voisin âgé meurt de sa mort naturelle, et qu’une cérémonie en français et en allemand a lieu dans la chapelle du village, le narrateur s’y rend. Tout le talent à la fois spirituel et prosaïque de l’écrivain va consister à rendre la palette d’émotions qui le traversent, le saisissent et nous saisissent.
Bonheur et honte de survivre, et certitude, hélas!, vraie, de ne pas survivre longtemps: «Vide et béance, la folie gagne, je tomberai sur le sol noir au sortir d’ici, à la lumière éblouissante du grand jour, tous ils verront ma chute et passeront sans m’appeler». Mais aussi, le retour du passé, en images fulgurantes et superbes, un fou qui hante les rues de Ropraz, un visage de jeune homme suicidé, une amante et consolation du narrateur, dénommée Blandine, au sexe de miel.

Romancier, poète, peintre, Jacques Chessex était l'un de nos plus grands écrivains de langue française. On lui doit, entre autres, L'ogre (1973, Prix Goncourt), Monsieur (2001), Le vampire de Ropraz (2007), Un juif pour l'exemple (2008), Le dernier crâne de M. de Sade (2010) et Interrogatoire (2011).

Hors normes, hors série, en poésie

Jean-Pierre Verheggen, Un jour, je serai Prix Nobelge

Auteur, entre autres, de Frites l’amour, pas la guerre ou de Votez verres, votez alcoolos à septante ans (soixante-dix pour les étrangers), Jean-Pierre Verheggen a estimé qu’il méritait de se voir attribuer le «Prix Nobelge». D’où ce dossier de candidature comprenant le rappel des distinctions qu’il a déjà reçues; son CV (à ne pas confondre avec son Ridiculum Vitae révélé au public en 2001 dans la collection Poésie/Gallimard) suivi de la liste des nombreux textes inédits qu'il entend soumettre à l’examen des membres du jury et même du nom des concurrents qu’il craint de devoir affronter (sans toutefois les redouter): Henri Michaux et Marie-Thérèse Philippot en Wallonie, Hergé à Bruxelles mais, en revanche, personne en Flandre, même pas le Flamand de Lady Chatterley. 

Du Degré Zorro de l'écriture paru dans les années soixante-dix aux Éditions Christian Bourgois, dans la collection TXT, à L'Oral et Hardi, un choix de ses textes qui a valu à son metteur en scène et interprète Jacques Bonnaffé un Molière en 2009, Jean-Pierre Verheggen, comme l'écrit André Velter, «n'a cessé de mener à bride abattue l'une des plus toniques chevauchées verbales. En liberté dans les fourrés et les coups fourrés du langage, Verheggen donne une œuvre qui est à percevoir dans la résonance de sa voix, avec sa verve de grande déferlante, son swing de boxeur des lettres, sa fantaisie féroce et irrésistible».