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mardi 19 avril 2016

Chimamanda Ngozi Adichie, une Africaine en Amérique

Le blog que tient Ifemelu aux Etats-Unis devient une référence, si l’on en juge par des réactions qui viennent du monde entier : Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine est une étude sociologique sauvage des comportements qu’elle observe souvent avec étonnement, toujours en essayant de comprendre. Ifemelu vient du Nigeria et se prépare d’ailleurs à y retourner. Elle a rompu avec Curt, rebaptisé « l’Ex Blanc Sexy » dans son blog, cousin de Kimberly chez qui Ifemelu était baby-sitter. Mais elle n’a pas rompu encore le silence qu’elle a gardé pendant quinze ans, ne répondant jamais aux messages d’Obinze qui tentait de prolonger leur amour de jeunesse né à Lagos.
Sa vie américaine, qui a fait d’elle une Americanah, lui a ouvert les yeux. Elle a constaté, en arrivant aux Etats-Unis, une réalité à laquelle elle n’avait jamais pensé alors qu’elle était une partie fondamentale de son identité : « Moi-même je ne me sentais pas noire, je ne suis devenue noire qu’en arrivant en Amérique. » Elle a quitté un pays corrompu pour trouver une société où sa place n’était pas clairement définie. Mais plutôt quelque part au bas de l’échelle, du côté des Américains hispaniques : « Hispanique signifie être fréquemment associé aux Noirs américains dans les statistiques de la pauvreté, hispanique signifie être légèrement au-dessus des Noirs américains dans l’échelle des races américaines. »
On note au passage que le mot « race » apparaît fréquemment dans Americanah. La traductrice, Anne Damour, a eu raison de le conserver en français malgré le mouvement qui s’oppose à son utilisation pour désigner des catégories de population. Il nous rappelle ici que le melting-pot américain n’est pas indifférent aux couleurs de peau et utilise, pour les différencier, ce mot : « race ».
Chimamanda Ngozi Adichie, qui a quitté le Nigeria pour les Etats-Unis quand elle avait dix-neuf ans et qui vit maintenant entre les deux pays, a dû rencontrer quelques-unes des situations dans lesquelles elle place son héroïne. Peut-être même ressentir la même chose qu’Ifemelu quand elle revient en Afrique : « La race ne compte pas tellement ici. En descendant de l’avion à Lagos j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. » Et avoir l’occasion, ensuite, de découvrir que ce n’était pas si simple…
Ifemelu n’a pas sa langue en poche, ce qui lui vaut quelques déboires. Et qui nous vaut de magnifiques emportements par lesquels elle bouscule le confort où se sont installés celles et ceux qui refusent de regarder en face les questions qui fâchent, évitant surtout du même coup d’avoir à y répondre.
Americanah s’interroge sur une identité que modifie le regard des autres. Mais qui ne change pas pour autant et ne refuse pas la perspective du bonheur.

mercredi 31 décembre 2014

Le 31 décembre, nous sommes déjà en 2015

La distribution des nouveautés chez les libraires, c’est une logistique lourde et complexe destinée à mettre en place les « offices », c’est-à-dire l’ensemble des volumes publiés en même temps, le jour de leur parution. Le client fidèle à son libraire voit donc arriver, chaque mercredi et jeudi pour le gros de la troupe, les volumes fraîchement imprimés dans lesquels il attendait de se plonger. Quand les choses se passent normalement.
Car les jours fériés bouleversent parfois ce bel ordonnancement. Parmi eux, le premier de l’année tombe, la prochaine fois, et donc presque tout de suite, un jeudi. Impossible, en pratique, de fournir le 1er janvier votre enseigne préférée : elle sera probablement fermée. Donc, ce sera le lendemain ou, dans un accès de prudence, la semaine suivante. Sauf pour quelques cas, et non des moindres : des nouveautés de 2015 devraient être en librairie dès aujourd'hui. Gallimard, plusieurs éditeurs du groupe et d’autres distribués par ses équipes ont donc choisi de gagner un jour sur le calendrier plutôt que d’en perdre un.
De sorte que la traduction du roman avec lequel Eleanor Catton a reçu l’année dernière le Man Booker Prize, Les luminaires (Buchet-Chastel), devrait être disponible pour celles et ceux qui, solitaires au réveillon de Nouvel An, désirent l’occuper à la lecture. Avec 992 pages, il y a de quoi traverser une nuit blanche, et même plusieurs. Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard), arrivera en même temps. Et, du côté des écrivains français, Jérôme Garcin (Le voyant, Gallimard), Gilles Leroy (Le monde selon Billy Boy, Mercure de France) ou Jean Rolin (Les événements, P.O.L.), pour ne citer que les plus attendus, se présenteront eux aussi avant l’heure.
Ensuite, ce bref moment d’agitation passé, la vie du livre reprendra son cours normal. Avec, bien sûr, d’autres occasions de se précipiter sur, par exemple, dès le 7 janvier, Vernon Subutex, 1, de Virginie Despentes (Grasset), Soumission, de Michel Houellebecq (Flammarion, mais une copie du livre circule déjà sur Internet depuis deux ou trois jours), ou Danser les ombres, de Laurent Gaudé (Actes Sud). Et tous les autres. Le programme est copieux avec 549 ouvrages de fiction annoncés par Livres Hebdo jusqu’au 28 février. La rentrée d’hiver n’est pas frileuse.

P.-S. Je vous souhaite, quelle que soit la date où vous l'ouvrirez, une excellente année de lectures.