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dimanche 11 janvier 2015

Nina Simone en son déclin

Le tropisme américain de Gilles Leroy le tire du côté des Etats du Sud. Alabama Song, prix Goncourt 2007, l’y amenait sur les traces de Zelda Fitzgerald. Zola Jackson plongeait dans le tohu-bohu de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans. Cette fois, c’est Nina Simone, roman, titre qui revendique la part de fiction, avec en personnage principal la chanteuse née en Caroline du Nord en 1933. Mais, au moment où se déroule le récit, elle est vieille et malade dans un autre Sud, en France, où elle terminera sa vie en 2003.
Ricardo, une jeune Philippin, est le témoin de cette dernière époque. Il a été engagé pour faire les courses et le ménage. Sa motivation n’est pas totale et, au village, on a tout fait pour le décourager : « N’allez pas là-bas, lui ont dit les gens du village à qui il demandait son chemin. Elle a le Mal en elle et personne ne sait si c’est le diable ou simplement qu’elle est dérangée du cerveau. On prie pour qu’elle déménage. » La grande dame en son déclin est parfois pathétique. Elle reste pourtant un personnage hors du commun, dont le romancier fait une figure de légende abîmée par le temps, c’est-à-dire aussi une femme avec ses nombreuses cicatrices et ses souvenirs glorieux. Elle a voulu occuper une place qui n’existait pas : « J’invente la musique classique noire », explique-t-elle à un journaliste qui essaie de coller une étiquette sur sa musique…
Au fil des jours, elle confie à Ricardo, pour qui elle éprouve une véritable affection, des pans entiers de son histoire. Elle pique, par intervalles irréguliers, de terribles colères que l’on pourrait graduer « un peu comme l’échelle de Richter mesure les séismes sans les prévenir. » Elle remonte sur scène. Un peu. Difficilement. La fatigue est immense, les massages ne la soulagent plus. Et c’est peut-être là qu’elle est la plus belle, dans sa monstruosité et son orgueil, dans son abandon et sa volonté, assumant toutes les contradictions de celle qu’elle est devenue.
Bien sûr, il s’agit d’un roman. Mais il nous conduit au plus près de son héroïne.

mercredi 31 décembre 2014

Le 31 décembre, nous sommes déjà en 2015

La distribution des nouveautés chez les libraires, c’est une logistique lourde et complexe destinée à mettre en place les « offices », c’est-à-dire l’ensemble des volumes publiés en même temps, le jour de leur parution. Le client fidèle à son libraire voit donc arriver, chaque mercredi et jeudi pour le gros de la troupe, les volumes fraîchement imprimés dans lesquels il attendait de se plonger. Quand les choses se passent normalement.
Car les jours fériés bouleversent parfois ce bel ordonnancement. Parmi eux, le premier de l’année tombe, la prochaine fois, et donc presque tout de suite, un jeudi. Impossible, en pratique, de fournir le 1er janvier votre enseigne préférée : elle sera probablement fermée. Donc, ce sera le lendemain ou, dans un accès de prudence, la semaine suivante. Sauf pour quelques cas, et non des moindres : des nouveautés de 2015 devraient être en librairie dès aujourd'hui. Gallimard, plusieurs éditeurs du groupe et d’autres distribués par ses équipes ont donc choisi de gagner un jour sur le calendrier plutôt que d’en perdre un.
De sorte que la traduction du roman avec lequel Eleanor Catton a reçu l’année dernière le Man Booker Prize, Les luminaires (Buchet-Chastel), devrait être disponible pour celles et ceux qui, solitaires au réveillon de Nouvel An, désirent l’occuper à la lecture. Avec 992 pages, il y a de quoi traverser une nuit blanche, et même plusieurs. Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard), arrivera en même temps. Et, du côté des écrivains français, Jérôme Garcin (Le voyant, Gallimard), Gilles Leroy (Le monde selon Billy Boy, Mercure de France) ou Jean Rolin (Les événements, P.O.L.), pour ne citer que les plus attendus, se présenteront eux aussi avant l’heure.
Ensuite, ce bref moment d’agitation passé, la vie du livre reprendra son cours normal. Avec, bien sûr, d’autres occasions de se précipiter sur, par exemple, dès le 7 janvier, Vernon Subutex, 1, de Virginie Despentes (Grasset), Soumission, de Michel Houellebecq (Flammarion, mais une copie du livre circule déjà sur Internet depuis deux ou trois jours), ou Danser les ombres, de Laurent Gaudé (Actes Sud). Et tous les autres. Le programme est copieux avec 549 ouvrages de fiction annoncés par Livres Hebdo jusqu’au 28 février. La rentrée d’hiver n’est pas frileuse.

P.-S. Je vous souhaite, quelle que soit la date où vous l'ouvrirez, une excellente année de lectures.