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jeudi 3 janvier 2019

«L'amie prodigieuse», tout en poche

Oui, bien sûr, les quatre volumes, c'est peut-être un peu gros pour tenir dans la poche, à moins d'avoir prévu le coup et de très grandes poches, assez accueillantes pour y glisser, après les trois premiers volumes de L'amie prodigieuse en Folio, le quatrième qui paraît aujourd'hui - L'enfant perdue. Si vous êtes abonné à Canal+, il sera difficile de résister (et donc, de renoncer aux poches géantes, pas sûr que celle d'un kangourou ferait l'affaire, d'ailleurs). Parce que les saisons 2, 3 et 4 de la série vont se faire attendre et, je vous connais, vous n'aurez pas la patience, vous allez vous jeter sur les livres. Donc, ce quatrième et dernier volume.
Comme tout lecteur attaché depuis le début aux amies Lila et Elena, nous avions hâte de savoir comment cela se termine – mais on évitera de vous le dire, pas question de gâcher le plaisir.
Plaisir : le mot est lâché. Un an après avoir mis de côté la longue histoire, on y replonge avec, tout de suite, une confortable familiarité. Il n’était pas possible d’oublier les deux formidables personnages que sont ces femmes liées indissolublement par leur passé commun autant que par des différences qui les conduisent à confronter sans cesse ce qu’elles étaient, ce qu’elles sont, ce qu’elles pourraient devenir.
Impossible aussi de ne pas ressentir la forte présence de la ville de Naples, où tout a commencé et où tout finira peut-être. Avec ses classes sociales qui vivent à l’écart les unes des autres, ses troubles liés à des trafics en tout genre mais où la drogue prend de plus de place, l’ambiance singulière des années 80 qui résonnent encore des attentats et des conflits idéologiques.
Elena, devenue écrivaine, est une figure du monde intellectuel. On l’écoute, elle commente l’actualité, elle met ses idées de liberté en pratique dans sa vie privée. Mais elle continue à observer comment Lila, décidément la plus douée des deux, se retranche dans une attitude radicale : elle n’a jamais quitté Naples, n’a jamais écrit, ne revendique que d’être elle-même. Lila est, au fond, un modèle pour Elena, mais inaccessible : « D’après moi, Lila était dotée de clairvoyance, un don que je lui attribuerais toute la vie, et je n’avais aucun mal à l’avouer. »
La contradiction fondamentale entre les amies repose sur l’écart, le gouffre, entre les apparences : Elena réussit, Lila rate – et est frappée par un malheur que le titre du quatrième tome évoque. En réalité, elles éprouvent l’une et l’autre tout le contraire et vivent dans une compétition qui ne dit jamais son nom. Elle se cache derrière les nuances de la langue, tantôt le dialecte avec ses mots directs, orduriers, tantôt l’italien plus policé, nuancé. Quand Elena cherche à obtenir une vérité de Lila, celle-ci lui répond en italien : « Elle avait recours à l’italien comme à une barrière et je cherchais à la pousser vers le dialecte, notre langue de la franchise. Mais alors que son italien était traduit du dialecte, mon dialecte était de plus en plus traduit de l’italien, et nous parlions toutes deux une langue factice. »
L’exploration de la sincérité et du mensonge dans une relation aussi intime est probablement le grand projet d’Elena Ferrante dans L’amie prodigieuse. Elle en a visité toutes les facettes. Et on a vraiment aimé ça.

jeudi 8 décembre 2016

Le livre, ça va, ça vient (4)

60. C’est le nombre d’ouvrages réédités au format de poche entre lesquels j’ai le choix pour les cinq notules de la colonne dédiée chaque samedi dans Le Soir à cette catégorie de livres, pour la première semaine de janvier. Et encore, quand je dis que j’ai le choix, est-il possible d’éviter la relecture de Soumission, de Michel Houellebecq, qui sort cette semaine-là avec un tirage digne de l’attente de son éditeur, ou celle de D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan ? Voilà pour J’ai Lu et Le Livre de poche. Restent trois places pour un nombre bien plus élevé de collections… Vous me direz que j’ai encore le temps de réfléchir.

En revanche, pour ceux qui sont pressés, la rentrée littéraire de janvier (dont certains titres sont annoncés le 28 décembre en librairie) est déjà disponible. Pour une infime partie, certes, mais de manière tout à fait légale et même pour des lecteurs non professionnels – ceux-ci, je me réjouis d’en faire partie, reçoivent les livres depuis des semaines, voire des mois.
Mais voyez Six degrés de liberté, le roman de Nicolas Dickner (que l’on ne confondra pas avec Joël Dicker), à paraître aux Editions du Seuil le 5 janvier. Nicolas Dickner, originaire de Rivière-du-Loup (Canada), publie logiquement ses livres au Québec, où il a d’ailleurs reçu en 2005 le Prix des Libraires. En mars de l’année dernière, il a donc sorti son troisième roman chez Alto : Six degrés de liberté. On peut donc le lire depuis un an et demi.

Elena Ferrante intrigue autant qu’elle séduit, ou le contraire. Les « révélations » à propos de son identité, puisque le pseudonyme cache forcément quelqu’un, ont fait beaucoup de bruit il y a peu de temps. Comme dirait (aurait dit ?) Jacques Chirac, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Car, franchement, et entre nous, quel intérêt qu’une enquête sur le nom d’une romancière, et pourquoi ne pas plutôt lire ses livres ?
C’est ce que je fais pour l’instant, puisque, oui, oui, j’ai honte, je n’avais jamais ouvert un de ses romans. J’ai commencé par L’amie prodigieuse, où je me suis senti très bien, je continue dans la foulée avec le deuxième volume, Le nouveau nom (qui, tiens ! tiens ! sort en poche dans la première semaine de janvier), et je poursuivrai avec le troisième, Celle qui fuit et celle quireste, à paraître le 3 janvier. Soit un peu plus de 1 500 pages pour les trois quarts de ce qui est, je crois, une tétralogie – et j’aurai peut-être le regret de ne pas avoir attendu la fin de la traduction française pour cette longue plongée…