Affichage des articles dont le libellé est Grégoire Delacourt. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Grégoire Delacourt. Afficher tous les articles

lundi 14 septembre 2015

Les chiffres ne mentent pas, sauf dans la vraie vie

Une histoire de chiffres, à en croire les titres des chapitres : cinquante mille dollars, quatre-vingts euros, cinq francs, vingt-sept euros, etc. Ils deviendront des dates dans la troisième et dernière partie d’un roman où Grégoire Delacourt conserve son écriture sautillante mais écarte quelques paillettes trop visibles dans ses trois premiers livres. On ne voyait que le bonheur, lance-t-il, mais il semble long à venir, ce bonheur.
La vie n’a pas été rose pour le narrateur, assureur – d’où les chiffres comme points de repère puisque tout, même la vie a une valeur qui s’estime en fonction de critères variables. Dans son métier, il est d’une rigueur impitoyable. Il n’est pas là pour couvrir des arnaques à l’assurance. Les chiffres sont cruels. Et les années qui passent, pareillement. Au point de rappeler à l’expert, un jour, qu’il a un cœur. Examinant une voiture brûlée, il comprend qu’il s’agit d’un incendie volontaire, que sa propriétaire cherche à toucher la prime. Et conclut, contre toute logique, que la voiture a été volée et détruite par le voleur. Deux jours plus tard, il est viré de la compagnie. Trente-sept ans, divorcé, deux enfants, la suite ne s’annonce pas brillante. Autant en finir tout de suite…
Mais le roman a beau déborder de violence intérieure, franchir les barrières de la morale avec le sens tragique de la fatalité, exposer les peines comme pour convier le lecteur à compatir, il a beau être tout cela, il est aussi une trajectoire au terme de laquelle la tête sortira de l’eau.
Le paradoxe n’est qu’apparent : après tout, il faut descendre au fond de la piscine pour donner le coup de pied qui permettra d’émerger à la surface. Ailleurs, au Mexique, au bord de l’océan, dans une paix relative où le désir s’exprime sans frein. Sans même connaître toutes les conséquences de ce qu’il a fait en France, dans son autre vie. Car cet homme-là, aux yeux de tous, est un monstre. Même et surtout aux yeux de sa fille.
Le chemin vers la réconciliation est plein de larmes salvatrices.

jeudi 7 août 2014

Vers la rentrée (9) avec Grégoire Delacourt

Il a du savoir-faire, ce Grégoire Delacourt qui ne laisse pas à son lecteur le temps de s'ennuyer. Tout le contraire du personnage principal d'On ne voyait que le bonheur, son quatrième roman. Antoine est timide, il porte sur lui la honte de ce qu'il n'a jamais osé faire dans sa vie étriquée. Jusqu'au moment où, débordé par tout ce qu'il avait gardé enfermé, il bascule. Particularité: chaque titre de séquence est un nombre - souvent lié à une somme d'argent, mais pas que.

On ne voyait que le bonheur, selon son éditeur

«Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Une vie; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde.
Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.
Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.
Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies.
Combien valurent les nôtres?»
À force d’estimer, d’indemniser la vie des autres, un assureur va s’intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité.Construit en forme de triptyque, On ne voyait que le bonheur se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s’affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l’adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

L'auteur, Grégoire Delacourt

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt est un publicitaire. Après le succès de L'Ecrivain de la famille, son premier roman (20 000 exemplaires vendus dans la première édition, les Prix Marcel Pagnol, et Rive Gauche), La Liste de mes envies s'est vendu à plus de 400.000 exemplaires et est devenu un succès international, avec des traductions dans 26 pays.

Les premières lignes

Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Une vie; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas; les mots nouveaux, la  chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, l’allergie aux poils de chats, les caprices, les sucreries, les caries, les mensonges déjà, les regards en coin, les rires, les émerveillements, la scarlatine, le corps dégingandé qui pousse de travers, les oreilles longtemps trop grandes, la mue, les érections, les potes, les filles, le tire-comédon, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde, de tuer les cons, tous les cons, les gueules de bois, la mousse à raser, les chagrins d’amour, l’amour, l’envie de mourir, le bac, la fac, Radiguet, les Stones, le rock, le trichlo, la curiosité, le premier boulot, la première paye, la bringue pour fêter ça, les fiançailles, les épousailles, la première tromperie, l’amour à nouveau, le besoin d’amour, la douceur qu’on suscite, l’opium de la petite tendresse, les souvenirs déjà, le temps qui file plus vite soudain, la tache sur le poumon droit, la douleur en urinant le matin, les caresses nouvelles, la peau, le grain de la peau, le grain de beauté suspect, [...]

mercredi 28 mai 2014

Ryan Gosling en mieux, Scarlett Johansson en faux

Une phrase courte, isolée dans un paragraphe, ouvre chaque roman de Grégoire Delacourt. L’écrivain de la famille lui avait donné une petite réputation : « A sept ans, j’écrivis des rimes. ». La liste de mes envies lui avait valu un énorme succès : « On se ment toujours. » La première chose qu’on regarde s’annonçait comme un best-seller avant même un procès dont on reparlera le 2 juillet : « Arthur Dreyfuss aimait les gros seins. »
Si l’incipit ne suffit pas pour faire un livre, il peut aider à y pénétrer, l’air de rien, comme par inadvertance. Au risque cependant de se faire une idée trop rapide de cet Arthur Dreyfuss, vingt ans, garagiste à Long, dans la Somme, l’air de Ryan Gosling. « En mieux », ajoute volontiers Eloïse, la nouvelle serveuse chez Dédé-la-Frite. Quand Arthur l’a vue, il n’a pas regardé ses seins. L’obsession n’était pas irréversible.
La grande affaire de sa vie ne sera pourtant pas Eloïse, la faute au routier trapu qu’elle a déjà choisi comme amoureux. Elle s’appellera Scarlett Johansson, le jour où elle débarque chez lui sans prévenir, désireuse, dit-elle, d’échapper quelque temps à sa vie frénétique de star. Arthur n’en revient pas de la chance qui lui est offerte : il s’agit quand même de la femme qui a été élue plus belle poitrine d’Hollywood devant Salma Hayek et Halle Barry : l’obsession n’était pas morte…
L’histoire est bien sûr trop belle pour être vraie. Scarlett s’appelle Jeanine et ne doit qu’aux caprices de la génétique sa ressemblance avec l’actrice. Après avoir utilisé son sosie pour entrer dans la vie d’Arthur, Jeanine comprend les limites d’un amour dirigé vers une autre et souhaite redevenir elle-même. Arthur n’a rien contre mais, les habitudes étant ce qu’elles sont, tous les éléments sont en place pour engendrer un drame annoncé plusieurs fois.
Grégoire Delacourt sert le champagne, fait observer la légèreté des bulles grâce auxquelles on flotte agréablement dans son roman. Mais la boisson est pleine de traîtrises et l’amertume est au bout de la dernière gorgée.

lundi 17 juin 2013

Le Livre de poche a 60 ans (2) Succès et catalogue 2013

Nous vous parlons souvent, ici, de rééditions au format de poche. Elles ne sont pas toujours choisies dans la collection qui fête son soixantième anniversaire (aucun privilège !) mais beaucoup en viennent. Depuis le début de l’année, nous y avons trouvé, entre autres exemples, des ouvrages d’Arnaud Delalande, Vikram Seth, Eric Reinhardt, Patricia Cornwell, Donato Carrisi ou Riikka Pulkkinen : deux Français, quatre traductions pour ce panel incomplet. Le Livre de poche reste un territoire international où le grand public se sent comme chez lui.
On en veut pour preuve le dernier (à la date du mercredi 12 juin) classement hebdomadaire des meilleures ventes de livres au format de poche publié par la revue professionnelle Livres Hebdo. On y trouve sur vingt-cinq ouvrages classés, sept parus au Livre de poche, presque le tiers :
5. Volte-face de Michael Connelly
8. Le passager de Jean-Christophe Grangé
9. L’île des oubliés de Victoria Hislop
10. L’écume des jours de Boris Vian
11. Et puis Paulette… de Barbara Constantine
15. Spirales de Tatiana de Rosnay
24. Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan
La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt, vient de paraître, trop tard pour entrer dans un classement qu’il dominera, à coup sûr, la semaine prochaine. On attend, au début du mois prochain, le probable succès de L’amant de Patagonie, d’Isabelle Autissier. Et la période de la rentrée littéraire verra arriver, comme c’est la coutume, quelques ouvrages précédemment primés ainsi que d’autres dont les auteurs publient en même temps leur nouveau roman.
Et nous ne parlons là, par goût pour les fictions avec lesquelles les écrivains nous introduisent dans leur monde, que de littérature au sens traditionnel du mot.
Le Livre de poche, c’est en outre un certain nombre de séries qui échappent à cette étiquette. Ginette Mathiot et son célèbre livre de cuisine ont été cités dans les meilleures ventes de tous les temps au Livre de poche.
Elargissons donc l’horizon, en survolant les nouveautés parues ou à paraître de mai à juillet 2013. On verra que les séries abondent, dans les domaines les plus divers.
« Biblio romans » et « Biblio essais » accueillent, l’une la Correspondance 1923-1941 de Vita Sackville-West et Virginia Woolf, l’autre le onzième volume des Questions de principe de Bernard-Henri Levy, où le philosophe regroupe ses chroniques du Point, expliquant ici en préface comment et pourquoi il s’astreint à cet exercice.
Les policiers et les thrillers occupent aussi une belle place parmi ces parutions, et deux d’entre eux étaient d’ailleurs repris dans les meilleures ventes ci-dessus : les romans de Michael Connelly et de Jean-Christophe Grangé.
Dans la série « Littérature de l’imaginaire » sont groupés deux genres très populaires, la fantasy et la science-fiction, avec notamment L’Algébriste, de Iain Banks, décédé dimanche dernier.
L’inusable Ginette Mathiot est de retour avec Je sais cuisiner autour du monde (« Vie quotidienne »). En « Bien-être/Santé », Laurence de Cambronne propose une nouvelle édition de Votre premier mois avec bébé. Et les « Bulles en poche », pour la bande dessinée, rééditent La page blanche de Pénélope Bagieu et Boulet.
Il faut encore compter avec « La Lettre et la plume », où l’on trouve La Méditerranée en goélette & L’Amérique en auto, de Georges Simenon, pour une fois chroniqueur plutôt que romancier.
Cette longue énumération n’est pas exhaustive, puisque toutes les séries ne sont pas représentées pendant les mois envisagés pour l’instantané que nous avons tenté de prendre. Nous avons une affection particulière pour « La Pochothèque », où de forts volumes rassemblent des œuvres souvent complètes, dans une présentation élégante et à un prix modéré qui n’interdit pas la qualité des commentaires. On y trouve par exemple Miguel de Cervantès, Lawrence Durrell, Doris Lessing, Irène Némirovsky, Georges Perec ou Stefan Zweig…

mardi 19 mars 2013

En librairie cette semaine : de Rosnay, Delacourt, Pelot, Diome

Je reprends une habitude égarée je ne sais où, et qui permet de savoir en début de semaine ce que vous trouverez quelques jours plus tard sur la table de votre libraire - un choix de titres, au moins.
Les présentations, extraits et biographies sont  fournis par les éditeurs.

Têtes de gondole

Tatiana de Rosnay, A l'encre russe

Alors qu’il était enfant, Nicolas Duhamel a perdu son père, disparu en mer. À vingt-quatre ans, lors du renouvellement de son passeport, il découvre que son père n’est pas le fils de Lionel Duhamel et s’appelle en réalité Koltchine. Pourquoi ce secret savamment entretenu? Affecté par ces révélations, qui ravivent la douleur de la perte, Nicolas se lance sur la piste de ses origines, jusqu’à Saint-Pétersbourg. De cette enquête découle un roman, publié sous le pseudonyme de Kolt, qui rencontre un succès phénoménal. Après trois ans sous les spotlights, un brin plus arrogant, celui qui se nomme désormais Nicolas Kolt séjourne sur la côte toscane. Dans un hôtel pour happy few, il verra s’accumuler orages et périls, défiler sa vie et se jouer son avenir. Spectaculaire roman gigogne, À l’encre russe marque le sacre de la reine du secret.
Nicolas appela le Gallo Nero, mais une voix condescendante lui répondit: «Désolé, Signor, nous sommes complets à ces dates. Il faut réserver des mois à l’avance.» Il marmonna deux mots d’excuses, puis reprit: «Je vous laisse mon nom et mes coordonnées, au cas où une chambre se libérerait?» Soupir à l’autre bout du fil. Qu’il interpréta comme un oui, aussi précisa-t-il: «Nicolas Kolt.» Avant même d’avoir pu donner son numéro, il entendit comme un gémissement contenu. «Pardon?» s’étrangla la voix. «Vous avez dit Nicolas Kolt?» Il commençait à en avoir l’habitude, mais c’était toujours aussi agréable. «Signor, vous auriez dû vous présenter, nous avons, bien entendu, une de nos plus belles chambres à votre disposition. Rappelez-moi, quand pensiez-vous venir, Signor Kolt?»
Franco-anglaise, Tatiana de Rpsnay est l’auteur de onze romans, dont Elle s’appelait Sarah (2007) adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner. Grâce notamment aux succès de Boomerang (2009) et Rose (2011) elle est l’auteur français le plus lu en Europe et aux États-Unis ces dernières années.

Grégoire Delacourt, La première chose qu'on regarde

Le 15 septembre 2010, Arthur Dreyfuss, en marcel et caleçon Schtroumpfs, regarde un épisode des Soprano quand on frappe à sa porte.
Face à lui: Scarlett Johansson.
Il a vingt ans, il est garagiste.
Elle en a vingt-six, elle a quelque chose de cassé.
Une fable ultra-moderne, aussi féroce que virtuose sur la naissance de l’amour et la vérité des âmes.

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt est publicitaire. Après le succès de L’Écrivain de la famille, son premier roman (20 000 exemplaires vendus en édition première, prix Marcel Pagnol, prix Rive Gauche), La Liste de mes envies, paru en février 2012, lui a valu une renommée internationale.



J'aime beaucoup


On sort tout juste de l’hiver. Au printemps, le ciel est bleu et lisse comme un crâne de Schtroumpf sans bonnet, les loups sont de retour, les pollens et le redoux se rappellent à notre bon souvenir. L’été peut cacher des ciels lourds d’un poids mouillé de linge sale, les orvets se coupent en deux, les renards pointent leurs reflets de flammes, et les brimbelles nous font les dents bleues. L’automne se mijote avec les patates au lard. Pour la Toussaint, on pourrait préférer le mimosa au chrysanthème. L’hiver crisse, la lumière du jour nous met en garde à vue basse, il nous faut faire des voeux en attendant le printemps.
Bientôt.
Pierre Pelot, habitant amoureux des Vosges, nous propose un texte qui se picore en petites scènes et vagabonde entre les mots et les sensations. Un livre qui virevolte comme la ronde des saisons: toujours changeante mais parfaitement immuable.

J'en attends beaucoup

Fatou Diome, Impossible de grandir

Salie est invitée un samedi à un dîner du type «papa, maman et les enfants, plus quelques amis». Mais cette invitation d’une apparente simplicité la plonge dans l’angoisse. Pourquoi est-ce si «impossible» pour elle d'aller chez les autres? De répondre aux questions banales sur sa vie, sur ses parents? Salie se lance dans une conversation avec «la Petite», sorte de voix intérieure et de double de la narratrice, enfant. Cette dernière va la forcer à revenir sur son passé, à revisiter son enfance pour comprendre l'origine de cette peur. Salie reconvoque alors ses souvenirs, la vie à Niodior, la difficulté d'être une enfant illégitime, d’endurer le rejet et la violence des adultes, les grands-parents maternels qui l'ont tant aimée…
A partir d'une matière très personnelle et intime, Fatou Diome parvient à créer un inoubliable personnage, Salie. Le roman est l'histoire d'une enfant grandie trop vite et qui ne parvient pas à s'ajuster au monde des adultes. Mais c'est aussi l'histoire d'une libération, car l'introspection que mène Salie pour apprivoiser ses vieux démons, tantôt avec rage et colère, tantôt avec douceur et humour, est salvatrice.
Un grand livre sur l'enfance bousculée et la nécessité d'asseoir sa place dans le monde des adultes. D’inspiration autobiographique, ce roman est en quelque sorte une suite au Ventre de l’Atlantique.

Fatou Diome est née au Sénégal. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Elle est l'auteur d'un recueil de nouvelles La Préférence nationale (2001) ainsi que de quatre romans, Le Ventre de l'Atlantique (2003), Kétala (2006), Inassouvies nos vies (2008) et Celles qui attendent (2010).