Affichage des articles dont le libellé est Hubert Antoine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hubert Antoine. Afficher tous les articles

jeudi 1 décembre 2016

Le Prix Rossel à Hubert Antoine

Prix littéraire belge le plus important dans l'année, le Prix Rossel termine une longue série de célébrations littéraires. pour un premier roman, ce qui n'est pas si rare.
On laisse à Hubert Antoine le soin de prononcer correctement le nom de la ville où se déroule, en même temps qu’une révolution, la partie centrale de son premier roman, Danse de la vie brève. Oaxaca est un mot familier pour un auteur belge qui vit à Guadalajara, dans le même pays. Il y est connu pour les crêpes et les gaufres de son restaurant. Côté écriture, son premier recueil de poèmes, Le berger des nuages, a été publié en 1996 à l’Arbre à paroles, l’année de son installation au Mexique. Dix ans plus tard, il donnait un livre en prose, Introduction à tout autre chose, chez Verticales où est paru, en janvier, son huitième ouvrage. Il y franchit le pas de la fiction, après neuf ans de travail sur le texte…
Le récit est constitué par le journal d’une jeune femme, Melitza, trois carnets écrits en 2006, commentés et prolongés par son père. Un viol, des cadavres, son amour pour Evo, bien que celui-ci soit avare en manifestations physiques, la Commune d’Oaxaca et une disparition : les événements se succèdent à un rythme très soutenu.
Pour quelles raisons l’écriture de ce roman a-t-elle été si longue ?
Je m’étais lancé dans une fiction où je voulais une grande précision pour les faits historiques. Cela allait jusqu’à l’habillement des personnes de Oaxaca. Mais les faits eux-mêmes étaient difficiles à interpréter parce qu’on n’en avait que des versions contradictoires, sans objectivité. Je m’étais aventuré dans quelque chose qui était un peu compliqué à relater, et dans une ville qui se trouve à 3.000 kilomètres de chez moi.
Est-ce pour contourner ces difficultés que vous avez choisi, avec Melitza, une narration à une voix presque unique assumant sa subjectivité ?
Oui, ça me permettait de me libérer des contraintes par rapport à l’objectivité que j’avais du mal à trouver et à une vérité mythique. Melitza pouvait se tromper puisque, d’une part, elle était étrangère, venant d’une ville du nord, et que, d’autre part, elle apprenait les événements au fur et à mesure, en prenant parti pour le peuple contre le gouverneur. Le père corrige d’ailleurs quelques informations dans ses commentaires. A Oaxaca, dix ans après, les deux courants sont toujours en opposition. L’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca a essayé de devenir un peu plus politique mais il n’y avait pas de leader et c’était une association de plein de choses, donc c’est allé de conflit en conflit…
Au point de départ, il y avait donc l’envie de raconter cette révolte ?
J’ai trouvé ça exceptionnel. Il y avait un aspect festif, c’était la démocratie au sens étymologique du mot. Mais est-ce que c’est possible ? Le peuple qui est dans la rue, qui s’entraide, qui se parle, ça fonctionne un moment. Mais ça fonctionne comme des enfants dans une maison quand les parents ne sont pas là : après une semaine, la maison est détruite. Il y a des débordements et cela devient une tragédie.
Comment s’est constituée la personnalité de Melitza ?
J’ai commencé à écrire avant les événements de Oaxaca. Dans mon petit restaurant, j’étais frappé de voir que la plupart des employées qui travaillaient avec moi, généralement des jeunes filles d’une vingtaine d’années, avaient décidé de quitter le foyer familial et de vivre seules. C’était une manière, dans une société qui était encore très machiste au début des années 2000, de dire : je veux vivre ma vie, je ne veux pas me marier à tout prix, je ne veux pas faire des études à tout prix. J’ai aimé cette démarche, plus courageuse que celle de beaucoup de garçons que je connaissais ici. Je voulais donc que mon personnage soit une jeune fille très libérée, avec des désirs bien concrets plutôt que des rêves. Quand les événements de Oaxaca sont arrivés, j’ai décidé de les utiliser. C’étaient des faits historiques importants, avec une grande histoire d’amour. Et, quand Melitza arrive à Oaxaca où cela bouillonne, elle se dit que c’est plus important que sa propre histoire, cette démocratie en marche dont on espère, au début, qu’elle va se répandre dans tout le Mexique. Sa vie personnelle s’efface un peu devant les événements d’Oaxaca.

lundi 14 novembre 2016

Prix Rossel, la preuve par cinq

Tandis que le monde littéraire parisien regarde passer la queue de la comète des prix littéraires (aujourd'hui, le Wepler-Fondation La Poste, jeudi, le Goncourt des Lycéens), Bruxelles entre en effervescence depuis que, samedi, a été publiée la sélection du Prix Rossel. Cinq titres, c'est la tradition, pour préparer la délibération finale du 1er décembre. Je n'aurais pas nécessairement choisi exactement ceux-là, mais les voici, ceux que le jury a retenus.

Hubert Antoine, Danse de la vie brève
On laisse à Hubert Antoine le soin de prononcer correctement le nom de la ville où se déroule, en même temps qu’une révolution, la partie centrale de son premier roman, Danse de la vie brève. Oaxaca est un mot familier pour un auteur belge qui vit à Guadalajara, dans le même pays. Le récit est constitué par le journal d’une jeune femme, Melitza, trois carnets écrits en 2006, commentés et prolongés par son père. Un viol, des cadavres, son amour pour Evo, bien que celui-ci soit avare en manifestations physiques, la Commune d’Oaxaca et une disparition: les événements se succèdent à un rythme très soutenu.

Claire Huynen, A ma place
Franck, l'ami de toujours, mais le temps a fait à l'amitié ce qu'il fait parfois à l'amour, a pris la place de la narratrice quand il a racheté la maison où elle avait grandi et où s'étaient accumulés tant de souvenirs devenus, comme leur relation distendue, un peu vains. Ou comment quinze ans d'amitié se dissolvent en un lieu chargé d'une émotion qui, néanmoins, peine à traverser l'écriture.

Emmanuel Régniez, Notre château
On ne se méfie jamais assez d’une fenêtre à guillotine: elle peut remplir l’office que désigne son nom. Surtout s’il s’agit de défendre le château qu’occupent, quasi reclus, un frère et une sœur fusionnant dans la lecture et l’amour. D’un jeudi à un samedi, leur quiétude est menacée. Des écarts se produisent dans leurs habitudes et se traduisent en phrases répétitives jusqu’à l’obsession. Un roman hypnotisant, dans lequel on chute.

Giuseppe Santoliquido, L'inconnu du parvis
Antoine Comino a vendu une voiture, normal, c'est son métier, à une femme qui servait d'intermédiaire. Il n'a fait qu'apercevoir l'homme qui voulait le véhicule. Et cet homme s'est suicidé. Personne ne semble savoir qui il était. Avait-il une famille, fréquentait-il un groupe d'amis? Peut-on vraiment mourir tout seul? Le garagiste mû par une curiosité sans laquelle il ne se sentirait pas appartenir à l'humanité, cherche des renseignements. Et se découvre lui-même.

Bernard Tirtiaux, Noël en décembre
Bernard Tirtiaux construit, sans précipitation, une œuvre romanesque initiée avec Le passeur de lumière en 1993. Noël en décembre, paru en octobre dernier, en est le septième volume. De 1914 à 1945, à travers une double tragédie historique, Noël et Luise, rassemblés par hasard, séparés par le destin, poursuivis par une bénédiction qui tourne parfois à la malédiction, découvrent qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Sinon que tout semble se liguer pour contrarier leur amour…