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lundi 14 novembre 2016

Prix Rossel, la preuve par cinq

Tandis que le monde littéraire parisien regarde passer la queue de la comète des prix littéraires (aujourd'hui, le Wepler-Fondation La Poste, jeudi, le Goncourt des Lycéens), Bruxelles entre en effervescence depuis que, samedi, a été publiée la sélection du Prix Rossel. Cinq titres, c'est la tradition, pour préparer la délibération finale du 1er décembre. Je n'aurais pas nécessairement choisi exactement ceux-là, mais les voici, ceux que le jury a retenus.

Hubert Antoine, Danse de la vie brève
On laisse à Hubert Antoine le soin de prononcer correctement le nom de la ville où se déroule, en même temps qu’une révolution, la partie centrale de son premier roman, Danse de la vie brève. Oaxaca est un mot familier pour un auteur belge qui vit à Guadalajara, dans le même pays. Le récit est constitué par le journal d’une jeune femme, Melitza, trois carnets écrits en 2006, commentés et prolongés par son père. Un viol, des cadavres, son amour pour Evo, bien que celui-ci soit avare en manifestations physiques, la Commune d’Oaxaca et une disparition: les événements se succèdent à un rythme très soutenu.

Claire Huynen, A ma place
Franck, l'ami de toujours, mais le temps a fait à l'amitié ce qu'il fait parfois à l'amour, a pris la place de la narratrice quand il a racheté la maison où elle avait grandi et où s'étaient accumulés tant de souvenirs devenus, comme leur relation distendue, un peu vains. Ou comment quinze ans d'amitié se dissolvent en un lieu chargé d'une émotion qui, néanmoins, peine à traverser l'écriture.

Emmanuel Régniez, Notre château
On ne se méfie jamais assez d’une fenêtre à guillotine: elle peut remplir l’office que désigne son nom. Surtout s’il s’agit de défendre le château qu’occupent, quasi reclus, un frère et une sœur fusionnant dans la lecture et l’amour. D’un jeudi à un samedi, leur quiétude est menacée. Des écarts se produisent dans leurs habitudes et se traduisent en phrases répétitives jusqu’à l’obsession. Un roman hypnotisant, dans lequel on chute.

Giuseppe Santoliquido, L'inconnu du parvis
Antoine Comino a vendu une voiture, normal, c'est son métier, à une femme qui servait d'intermédiaire. Il n'a fait qu'apercevoir l'homme qui voulait le véhicule. Et cet homme s'est suicidé. Personne ne semble savoir qui il était. Avait-il une famille, fréquentait-il un groupe d'amis? Peut-on vraiment mourir tout seul? Le garagiste mû par une curiosité sans laquelle il ne se sentirait pas appartenir à l'humanité, cherche des renseignements. Et se découvre lui-même.

Bernard Tirtiaux, Noël en décembre
Bernard Tirtiaux construit, sans précipitation, une œuvre romanesque initiée avec Le passeur de lumière en 1993. Noël en décembre, paru en octobre dernier, en est le septième volume. De 1914 à 1945, à travers une double tragédie historique, Noël et Luise, rassemblés par hasard, séparés par le destin, poursuivis par une bénédiction qui tourne parfois à la malédiction, découvrent qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Sinon que tout semble se liguer pour contrarier leur amour…

vendredi 9 novembre 2012

Cinq écrivains belges pour le prix Rossel 2012


Ce n'est pas parce qu'on est loin qu'on ne s'intéresse pas à l'actualité littéraire de Belgique. Le 5 décembre sera remis le prix Rossel, parfois surnommé le Goncourt belge. Organisé par Le Soir, le journal auquel je collabore depuis bientôt trente ans, il est considéré, à juste titre, comme un des moments importants de l'année culturelle. Le jury, constitué de six écrivains qui en ont été lauréats, de deux libraires et d'un journaliste, s'est réuni mardi soir pour choisir, parmi les 70 ouvrages environ qui leur avaient été proposés, les cinq finalistes qui feront l'objet de la dernière délibération.
Aujourd'hui matin, donc, l'information est officielle puisqu'elle est donnée dans les pages "livres" du Soir, complétée par d'autres articles sur le prix, les jurés et le livre en Belgique. Dans mon coin, j'avais passé la journée de mercredi à récupérer auprès des éditeurs les trois textes que je n'avais pas sous la main et à lire les quatre que je ne connaissais pas encore (oui, je n'avais lu jusque-là qu'un des cinq ouvrages sélectionnés, et une douzaine parmi l'ensemble de ceux qui étaient en compétition). Hier matin, il s'agissait d'écrire les présentations de chaque écrivain et de son livre pour réaliser la page dont je vous propose une miniature ci-dessus. Mission accomplie, donc (bien ou mal, les lecteurs jugeront).
Curieusement, la majorité de ces livres sont des récits plutôt que des fictions: trois contre deux. Ce qui n'enlève rien aux qualités littéraires dont tous sont pourvus, dans des registres différents. La construction diabolique de Paul Colize (Back up), l'auto-analyse sauvage de Patrick Declerck (Démons me turlupinant), la mémoire familiale de Yun Sun Limet (Joseph), l'âpre poésie de Jacques Richard (Petit traître) et l'exploration historico-politique de Giuseppe Santoliquido (L'audition du docteur Gasparri).
M'en tenant à un prudent devoir de réserve - bien que ne participant pas au vote, je suis quand même très proche du milieu où les choses vont se décider -, je ne vais pas donner mon avis et dire vers qui se porterait mon choix entre ces cinq-là.
En revanche, vos avis sont attendus, sous forme de critiques de 2.000 signes maximum que vous pouvez envoyer à livresdusoir@lesoir.be. Les meilleures seront publiées sur le site et dans le journal. Je les lirai avec attention, puisque j'ai lu tous les livres - tous ceux-là, au moins. (Et la chair n'est pas triste pour autant.)