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jeudi 6 juin 2019

Daniel Rondeau à l'Académie française

Resserrons les rangs - les disparitions de François Weyergans et de Michel Serres, ces derniers jours, ont élargi les vides à l'Académie française où il faudra aussi remplacer Jean d'Ormesson, Simone Veil et Max Gallo. Au fauteuil de Michel Déon, ce sera donc Daniel Rondeau, que j'ai au fond peu lu (deux ou trois livres, pas davantage) mais que j'avais rencontré trente ans avant son élection d'aujourd'hui. Bien que cela ne nous rajeunisse pas, exhumons...
Et, pour croiser un parcours qui ne fut pas seulement littéraire, j'y ajoute une note brève que un livre que lui a inspiré son poste d'ambassadeur à Malte, Malta Hanina.



Un des romans les plus controversés de la rentrée, Les tambours du monde, n’est ni l’horreur à laquelle certains critiques ont voulu faire croire ni le chef-d’œuvre espéré. Mais un ouvrage ambitieux qui pose quelques questions fondamentales pour l’individu dans le monde actuel, sans aller tout à fait au bout de cette ambition.
Quand Daniel Rondeau en parle, il commence par dire simplement : « Mon intention première était toute simple : je voulais raconter une histoire. »
Oui, mais laquelle ? C’est là qu’apparaît l’enjeu réel de ce roman.
« Je voulais mettre en scène la difficulté que peuvent éprouver certains jeunes hommes, certaines jeunes femmes à vivre dans une époque qui, à mon avis, ne leur donne ni possibilité d’engagement vrai ni convictions profondes. Le personnage principal, sur lequel pèse le poids de son père qui était un héros de l’aviation, va choisir la première opportunité. Elle lui vient par une femme, et c’est le terrorisme. Naturellement, le terrorisme, c’est le mensonge, la caricature de l’aventure… »
Jean Lhomme est donc d’abord tombé amoureux d’une femme, Clawdia, qui l’a entraîné insensiblement vers le terrorisme. De la falsification de pièces d’identité à la mise sur pied d’un énorme attentat à Milan, l’évolution est rapide et amène Jean Lhomme à tremper dans le crime. Avec quelques réticences, cependant. Elles ne sont pas idéologiques mais tiennent davantage au rôle joué, dans l’organisation à laquelle il appartient, par Marco, un ancien amant de Clawdia. Et celle-ci semble avoir gardé avec lui des rapports trop intimes au goût de Jean Lhomme. La tranquille amoralité du personnage est, si l’on ose dire, exemplaire.
« Il fait tout ça sans aucune idéologie. C’est simplement par goût de l’aventure, du danger, de la gloire, peut-être même de la gloire militaire, qu’il va partir dans cette histoire. »
Puis, plus soudainement encore qu’il avait basculé d’un côté, il devient Louis Bonaventure, personnage tranquille pour qui le terrorisme n’est plus, sur son téléviseur, qu’un sujet d’actualité parmi d’autres. D’une certaine manière, sa vie se solde par un échec, d’une autre…
« Il va payer pour ses crimes en traversant la vie quotidienne la plus banale, mais, en même temps, il le fait avec un certain orgueil. Il va s’accorder au monde, d’une façon générale. C’est naturellement une harmonie en mineur, une harmonie simple, mais qui, à mon avis, n’est pas sans vertus. »
Œuvre de moraliste, par conséquent, ce roman que Daniel Rondeau a pris tranquillement le temps d’écrire, à un rythme très différent de ses articles de journaliste. Par ailleurs éditeur (Quai Voltaire), Daniel Rondeau n’a cependant pas compris le tir de barrage qui l’a accueilli en septembre.
« On me prête un pouvoir immense, mais on s’est trompé. J’essaie d’écrire, j’ai l’intention de continuer. Les chiens aboient, la caravane passe… »
Et, sur ces mots, Daniel Rondeau est parti en reportage à Beyrouth, histoire d’y avoir la paix…

Malta Hanina (2012)

Daniel Rondeau a été ambassadeur à Malte. Dans la grande tradition des diplomates écrivains, à moins que ce soit le contraire, il a fait de son séjour une mine d’informations. Au cœur de la Méditerranée, de l’Histoire passée et présente, l’île devient « l’aimée, la généreuse » (hanina). Rondeau se sert allègrement des rencontres et des anecdotes pour tisser un récit auquel une touche personnelle donne un ton à la fois érudit et léger. Plus besoin d’aller à Malte, nous y sommes avec lui.

vendredi 8 mars 2019

Marie-Louise Gagneur, «Une lacune de la langue»



Marie-Louise Gagneur,
(« En quoi l’oreille se trouverait-elle froissée du mot professeuse ? »)




Bibliothèque malgache
Paru le 8 mars 2019
ISBN : 978-2-37363-081-7
Prix de vente : 0,99 € (format epub ou pdf)



Un sujet brûlant agite le monde des lettres et les colonnes des gazettes pendant l’été 1891. Marie-Louise Gagneur (1832-1902), qui a publié des livres remarqués, n’en peut plus d’être appelée « auteur » ou « écrivain ». Elle s’adresse à l’Académie française pour que celle-ci prenne en considération la féminisation de certains mots dont le masculin s’est assuré l’exclusivité.
En 2019, ça va mieux. Mais il y a fallu du temps, et il n’est pas inutile de rappeler un épisode de ce long combat qui passionnait, cette année-là, si pas les foules, au moins le monde intellectuel français.
Parmi les nombreuses réactions rassemblées dans ce dossier articulé autour de deux lettres signées par Marie-Louise Gagneur – reprises par plusieurs journaux –, on trouve tout ce qui pouvait caractériser la société de l’époque devant les revendications linguistiques d’une femme. Beaucoup de condescendance, en particulier dans les milieux d’une Académie qui ne fait pas mentir sa réputation (sa vocation, dit même Leconte de Lisle) conservatrice. Un peu de moquerie puérile – pourquoi cette femme de lettres ne signe-t-elle pas Gagneresse ou Gagneuse, se demandent deux chroniqueurs (car il n’y a aucune chance pour que cela soit écrit par des chroniqueuses) ? Mais aussi des encouragements et un appel à aller plus loin…
Aujourd’hui, l’Académie française rebaptise Marie-Louise Gagneur autrice, auteure ou écrivaine. Mais sans grande conviction, en notant que le féminin d’auteur est un cas épineux et que la forme écrivaine se répand sans s’imposer. Un pas a été fait. Le chemin est encore long, dont nous voici à revisiter un fragment.

jeudi 7 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (6)


Féminisons

Tout le monde sait qui est madame Gagneur, romancier ou romancière distinguée. Eh bien, cette dame, qu’on ne saurait accuser d’avoir jamais joué à « l’émancipée » de façon quelconque, cette bourgeoise d’excellente bourgeoisie, qu’il serait difficile même au plus Prudhomme des philistins de traiter de bas-bleu, sous couleur qu’elle a imaginé, raconté des histoires, pour son plaisir et pour celui de ses lecteurs et lectrices, cette veuve très honorable et honorée d’un sénateur républicain, vient d’adresser à M. Claretie, avec la double autorité de son nom et de son talent, une lettre intéressante, piquante et « suggestive », au point de vue même de la question, si vivante aujourd’hui, de l’émancipation de la Femme. Cette lettre, qu’ont publiée plusieurs journaux, n’est point d’ailleurs pour M. Claretie, administrateur de la Comédie, mais pour le même, chancelier, en ce moment, de l’Académie française ; et elle demande à celui-ci d’intervenir auprès de la compagnie du bout du fameux pont, afin que ladite veuille bien féminiser un certain nombre de mots demeurés jusqu’à présent exclusivement masculins, auteur, écrivain, orateur, sculpteur, témoin, confrère, etc., vocables témoignant tous de la très et trop flatteuse idée que les hommes ont encore de leur intelligence, au détriment du « sexe » tenu toujours, par la plupart, pour inférieur.
Oh ! je ne veux pas outrer l’importance de cette lettre. Rien de plus légitime que la réclamation y formulée avec une politesse, au reste, exemplaire. Mais cela ne vaut, réellement, qu’à titre de symptôme, comme un signe à retenir du mouvement qui emporte la femme de ce temps vers un avenir rêvé de liberté, à la conquête de droits la faisant l’égale de l’homme. Autrement, qu’importe, en vérité, que l’Académie sanctionne, ou non, la féminisation de certains mots, si l’usage, peu à peu, l’usage, le seul maître de la langue, les féminise ? Or, voyez : moi-même, en commençant, je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire romancière ; on dit couramment doctoresse ; avant peu, j’en suis sûr, des gens diront et écriront autrice ou auteuse, oratrice ou orateuse, sculptrice ou sculpteuse, sans se croire pour cela plus révolutionnaires qu’avec actrice ou acteuse (encore que ce dernier terme, si je ne me trompe, soit d’invention récente, et fleure jusqu’ici un authentique mépris, tendant à distinguer de la véritable artiste la petite femme de théâtre, la cocotte de coulisses qui regarde les planches comme un trottoir particulier, privilégié).
Quant à consœur, substitué à confrère dans la correspondance de deux femmes de lettres entre elles ou dans les formules de salutation d’un homme de lettres écrivant ou parlant à un confrère du sexe, notre humeur libertine en pourra faire d’abord des gorges chaudes. On a déjà tant ri (non sans raison) voilà quelques années, lorsque Victor Hugo s’écria publiquement, je ne sais plus à quelle occasion : « Dans confrère, il y a frère ! » Dans consœur, il aurait sœur, mais il y aurait toujours pour les esprits mal faits… et ce pourrait être une source de gaieté rabelaisienne, trop facile, durant un certain laps. Mais tout s’use, et la source tarirait. Aussi bien, il est déjà des femmes qui n’hésitent point à l’employer, ce féminin très juste, avec un tel sérieux, dédaigneux de la blague, avec une telle sérénité contagieuse qu’elles entraîneront, n’en doutez pas, leurs amies plus timides et finiront par désarmer, chez nous, les plus gouailleurs. Nous nous habituerons à ce mot nouveau ; et, à notre tour, nous nous en servirons sans penser à mal.
*
En attendant, vous l’avouerez : c’est vraiment curieux et « suggestif », je le répète, que les divers substantifs, signalés à l’Académie par madame Gagneur, soient restés jusqu’à ce jour d’un seul genre, du genre mâle, tandis qu’il y a des siècles qu’on dit boulangère, charcutière, bouchère, lingère, blanchisseuse, brodeuse, etc. Preuve que l’homme a trouvé bon depuis des temps que la femme s’associe à tous ceux de ses travaux qui ne comportent aucune gloire, qui, simplement utiles, sont inférieurs, mais que, pour les hauts emplois de l’intelligence, il n’a point cessé de l’y juger impropre, incapable au moins d’y rivaliser avec lui jamais, d’y montrer mieux qu’un génie secondaire, créature fatalement imperfectible au-dessus d’un certain degré soit de pensée pure, soit même d’imagination.
Entendons-nous : il y a maintenant une belle élite d’esprits indépendants qui ont rejeté loin d’eux cette barbare conception de l’irrémédiable infériorité du Féminin. Ils estiment, pour les Lettres, par exemple, qu’un sexe qui a produit, dans ce seul pays de France, coup sur coup ou simultanément, madame de Staël, George Sand, la comtesse d’Agoult et madame Ackermann, à ne parler que des mortes illustres de ce siècle, a le droit de prétendre qu’il marcherait de pair avec nous, une fois tombées les dernières entraves. Et pour les arts proprement dits, sculpture, peinture, musique, il y a marqué et « continue », quoique de façon moins éclatante, on n’en disconvient pas. Enfin, la science l’attire, et il faut être d’une bêtise de gendarme pour ne pas être frappé de l’admirable effort multiple par où ce sexe, aux pieds duquel on voulait que nous tombions, mais dont on ne célébrait si fort les vertus ou les vices… adorables, qu’afin de le maintenir dans la servitude, servitude de foyer ou servitude de luxe, s’applique à démontrer son égalité naturelle de facultés avec l’homme, à revendiquer et conquérir l’autonomie que notre seule force physique lui a primitivement enlevée. Mais le nombre de ceux qui tiennent ce langage est encore très minime : ouvriers, paysans, bourgeois, mondains, sont encore, presque tous, en proie aux vieilles idées de la supériorité du Masculin à tous égards ; et une des femmes citées plus haut, madame d’Agoult, se trouve avoir écrit quelque chose d’encore juste, dans cette « réflexion » : « Les hommes de ce temps-ci ne connaissent que deux sortes de femmes : la femme de joie et la femme de peine. »
Notre langue l’établit pour les deux. – Même pour la femme de joie, le vocabulaire est d’une richesse ! et il n’est guère de mois sans néologisme… Si bien qu’on pourrait faire un dictionnaire spécial des vocables de l’amour et de la prostitution – à condition d’y ajouter sans cesse. C’est une langue dans la langue, celle-là, et toujours active, ne se lassant pas de créer.
*
Les préventions contre la femme qui peint, qui sculpte, surtout contre la femme-auteur, contre le « bas-bleu », romancière, journaliste, moraliste ou poète, ont leur source secrète dans le cruel égoïsme qui nous rend chère la femelle, outil de volupté, vénal ou non, plus ou moins raffiné, ou ménagère, ménagère à tout faire, aussi bien : courtisane domestique doublée d’une domestique, Lucrèce et Phryné mêlées, filant la laine, préparant le manger et en même temps bonne à nous assouvir sensuellement. La « bête » enfin voilà ce que notre instinct de cochons orgueilleux, despotes et fats, nous porte à désirer de rencontrer jusque dans l’épouse, et ce que nous sentons bien que ne veut plus être la moderne « affranchie », l’affranchie du ciseau, du pinceau, de la plume (pas d’équivoque !), aimable et capable d’aimer tout comme une autre, plus peut-être, ou mieux, mais consciente, se sachant une personne, lucide à notre égard comme au sien.
On objecte : « Ce n’est plus une femme ».
J’ai répondu d’avance. Et puis l’homme libre n’est-il donc pas un homme ? Et puis… l’égalité intellectuelle des deux sexes, ce n’est point l’identité qui la constitue (malgré que nous ayons, d’ordinaire, la superbe naïveté de prononcer d’une femme supérieurement intelligente qu’elle a l’esprit viril) ; mais c’est l’équivalence des fonctions et manifestations cérébrales, dans une différence qui en fait, au reste, l’intérêt principal, le prix unique, le charme double et doublement fécond.
Pourquoi, d’ailleurs, insisterais-je ici, où chaque semaine, cette vérité s’affirme par le talent d’un maître-chroniqueur féminin, Séverine-Jacqueline, qui pourrait dire, à la Corneille, qu’elle n’a point, dans la presse, de rival à qui elle fît tort en le traitant d’égal ?
Que ceux qui ont peur par ignorance se renseignent ; il y a des journaux, des revues spéciales où des femmes combattent pour la Femme.
Je recommande notamment (oh ! le titre est long) le Bulletin de l’union universelle des femmes, qui paraît tous les mois ; oui, le titre est long, mais la direction par madame Maria Chéliga-Loévy est excellente. Ce bulletin ferait réfléchir des gens que, peut-être, j’amuse fort et qui, assurément, n’ont jamais lu dix lignes de ce grand esprit libre qu’est madame Clémence Royer, pour la nommer enfin, elle, la première, entre toutes, des Françaises qui pensent et qui écrivent, madame Clémence Royer, le philosophe de hautaine envergure, qui a introduit chez nous Darwin, et qui l’a dépassé, jetant des vues neuves, hardies, profondes – en des articles, en des brochures, en des livres admirés de quelques-uns, presque ignorés du public malheureusement.
Mais revenons à la lettre de madame Gagneur. Adressée à l’Académie, c’est à vous qu’elle s’adresse en réalité.
Soyons « chic » à tout le moins : donnons leur féminin aux mots dont cette dame déplore l’excessive virilité. Féminisons.
Léopold Lacour.
Gil Blas, 9 août 1891

Ce dossier a pris des proportions imprévisibles et sa publication intégrale risque de faire déborder ce blog. Il deviendra donc, dès le vendredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, un petit livre (moins de 100 pages) numérique dont voici déjà la couverture, en attendant sa présentation, demain.


Marie-Louise Gagneur,
Une lacune de la langue.
0,99 euros ou 3.000 ariary
ISBN 978-2-37363-081-7

mercredi 6 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (5)


Des féminins, s. v. p. 

Mme Gagneur, la romancière bien connue, vient d’avoir la singulière idée d’écrire à M. Jules Claretie, chancelier de l’Académie française, pour demander à la docte et vénérable Assemblée de féminiser certains mots restés jusqu’à présent exclusivement masculins, comme : auteur, écrivain, orateur, docteur, administrateur, sculpteur, partisan, témoin, confrère, sauveur, etc.
Mme Gagneur a, sans doute, de bonnes intentions el Mme Astié de Valsayre lui saura gré de défendre les intérêts du beau sexe, même sur le terrain de la littérature. Mais où celle femme d’esprit se trompe du tout au tout, c’est quand elle se figure que l’Académie peut décréter que tel mot « exclusivement masculin » aura désormais un féminin, parce que la bonne vieille du Pont des Arts l’aura ainsi décidé. Voyez-vous MM. Marmier, Camille Rousset et Doucet, Gaston Boissier et un certain nombre d’autres Mazade voulant nous obliger à dire dorénavant une témoine, une administrateuse, une consœur ? Ce que ça serait amusant !
Non, madame. L’Académie n’a pas qualité pour former des mots, ni pour leur donner droit de cité. Son rôle se borne à constater leur existence. L’Académie est une chambre d’enregistrement. Et voyez comme elle enregistre vite, le dictionnaire en est à la lettre A et pas encore au mot « auteur ».
Ce que Mme Gagneur devrait faire pour arriver à ce qu’elle désire, c’est plutôt de s’adresser à la Société des Gens de Lettres dont elle fait partie, aux associations de la presse et du public. Quand par suite d’un emploi fréquent, conséquence naturelle de la manifestation d’une idée qui se présentera souvent, un mot courra la rue, sillonnera le journal et s’implantera dans le livre, que dame Académie le veuille ou non, ce mot sera français, et sa classification dans le dictionnaire n’ajoutera rien ni à sa qualité intrinsèque ni à sa force d’expression. Tel est le mot doctoresse par exemple, qui est accepté et qui est, en même temps que caractéristique, harmonieux à l’oreille. Le goût public n’a pas hésité à adopter ce féminin pour désigner la femme-médecin, plutôt que « médecine » par exemple, qui aurait prêté à une fâcheuse équivoque.
Maintenant, s’il faut regretter que la langue française ne se soit pas montrée assez galante avec le beau sexe, voyons, madame, est-ce que vous ne pouvez pas vous consoler avec l’éternel féminin ?
Quolibet.
Le Tintamarre, 2 août 1891

Ce dossier a pris des proportions imprévisibles et sa publication intégrale risque de faire déborder ce blog. Il deviendra donc, dès ce vendredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, un petit livre (moins de 100 pages) numérique dont voici déjà la couverture, en attendant le lien renvoyant vers la page qui lui sera consacrée incessamment sur le site de la Bibliothèque malgache.

mardi 5 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (4)

Échos

Mme M.-L. Gagneur prend des voies détournées pour conduire les femmes à l’Académie ; mais elle n’en soulève pas moins une question des plus ardues, sous les auspices d’un exposé des motifs qui commence ainsi :
« Longtemps hostile et railleur envers la femme désireuse de développer ses facultés et d’en trouver l’utile emploi, l’homme paraît se résigner à lui faire une place dans toutes les branches de l’activité intellectuelle. »
Que va-t-il se passer ? – Tout simplement ceci : On demande à l’Académie de créer le féminin des substantifs suivants :
« Écrivain, auteur, docteur, sauveur, orateur, administrateur, sculpteur, partisan, témoin et confrère. »
Voyez-vous les académiciens à la recherche du meilleur féminin de ces substantifs-là ? – Passe encore pour « docteur » ou pour « orateur » ; mais le féminin de « confrère ? »
M. de Broglie va s’écrier : « Proh Pudor ! » Fort heureusement que Meilhac est là pour répondre : « Et ta sœur ? »
Franc-Tireur.
La France, 29 juillet 1891

Ce dossier a pris des proportions imprévisibles et sa publication intégrale risque de faire déborder ce blog. Il deviendra donc, dès ce vendredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, un petit livre (moins de 100 pages) numérique dont voici déjà la couverture, en attendant le lien renvoyant vers la page qui lui sera consacrée incessamment sur le site de la Bibliothèque malgache.

lundi 4 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (3)



Les néologismes de Mme M.-L. Gagneur

Mme M.-L. Gagneur vient d’adresser une lettre à M. Jules Claretie, chancelier de l’Académie française. Elle supplie l’Académie de vouloir bien enrichir la langue française d’un certain nombre de mots devenus, paraît-il, indispensables. Il est, à son avis, urgent de créer des substantifs féminins équivalents aux substantifs masculins : écrivain, auteur, docteur, orateur, administrateur, sculpteur, partisan, confrère, sauveur, etc. La femme s’est émancipée ; le dictionnaire doit faire de même. « Longtemps hostile et railleur envers la femme désireuse de développer ses facultés et d’en trouver l’utile emploi, l’homme paraît se résigner à lui faire une place dans toutes les branches de l’activité intellectuelle. » Autres mœurs, autre langage. L’Académie est tenue de seconder cette « évolution d’égalité et de justice » en féminisant quelques substantifs.
En ces temps où chôme la politique, où les théâtres sont clos et où la température incline les esprits à nigauder sans fatigue, l’idée un peu saugrenue de Mme M.-L. Gagneur semblait devoir fournir un aimable passe-temps aux « interviewers ». Par malheur presque tous les académiciens sont aux champs (qui ne les envierait ?) et les ouvriers de la plume, – c’est ainsi que se désignent eux-mêmes les reporters, – fussent revenus tout à fait bredouilles s’ils n’avaient fini par découvrir deux académiciens sur le point de boucler leurs malles et résignés à la suprême interview de la saison. L’un était un prosateur et l’autre un poète. Tous deux ont parlé avec considération de Mme M.-L. Gagneur et avec un peu de dédain de ses néologismes. Bref la consultation a fait long feu. Décidément l’interview n’est pas un divertissement d’été. Nous serons, quelques mois durant, privés de ces délicieuses dissertations sur tout, à propos de tout, où s’exerce l’ingéniosité des publicistes et où se déchaîne l’universelle niaiserie. Voici Bouvard et Pécuchet forcés de retourner pour un temps à leurs bouquins.
Elle n’était pourtant pas dénuée de tout intérêt, la question des néologismes féminins. La pensée de s’adresser à l’Académie pour forger et imposer des mots nouveaux était une conception bien française. Créer des mots nouveaux par la seule vertu du dictionnaire est une entreprise extraordinaire, mais qui n’est point nouvelle. Au commencement du siècle, l’excellent Sébastien Mercier a écrit un ouvrage intitulé : Néologie ou Vocabulaire des mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles. (Cet ouvrage est le Gradus de quelques petits symbolistes.) Mais, en sacramentant des mots nouveaux, Mercier était un révolutionnaire et proclamait, dès sa préface, la volonté « d’étouffer la race des étouffeurs » : il désignait ainsi les grammairiens de l’Institut et, en particulier, son éternel ennemi, l’abbé Morellet. Cent ans après, c’est à l’abbé Morellet qui n’en peut mais, que s’adresse Mme M.-L. Gagneur. Ce recours à l’Autorité, cet appel au Législateur achèvent de rendre la prétention comique. M. Leconte de L’Isle, l’un des deux académiciens qui ne sont pas encore à la campagne, dit à ce sujet avec beaucoup de bon sens : « L’Académie n’est pas chargée d’innover, mais de conserver… Que Mme Gagneur invente des noms féminins, qu’elle les mette en circulation, les fasse adopter par d’autres écrivains et un jour pourra venir où ces mots seront entrés dans le langage courant et où l’Académie aura à les examiner. »
Je ne crois pas, à la vérité, que Mme M.-L. Gagneur ait jamais chance de faire passer dans l’usage les mots nouveaux dont elle souhaite la création. Car tous ces noms féminins, qui font, dit-elle, défaut à la langue française, sont fort bien remplacés par des noms masculins. Si je dis, par exemple, que Mme M.-L. Gagneur est un écrivain estimable, je ne puis comprendre comment son amour-propre en peut être alarmé. Il me semble, au contraire, que la grammaire consacre ici d’une façon éclatante l’égalité des sexes. Quant aux mots : témoin, partisan, confrère, etc., il faut reconnaître que les susceptibilités féminines sont ici tout à fait imprévues. Je ne me suis jamais senti humilié pour ma part que les mots caution et victime fussent du genre féminin. Pour ce dernier vocable, j’entends bien la réponse de toutes les femmes. Mais on peut leur répliquer par un exemple bien décisif : dupe est un substantif féminin et pourtant…
S.
Journal des débats politiques et littéraires, 28 juillet 1891

Ce dossier a pris des proportions imprévisibles et sa publication intégrale risque de faire déborder ce blog. Il deviendra donc, dès ce vendredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, un petit livre (moins de 100 pages) numérique dont voici déjà la couverture, en attendant le lien renvoyant vers la page qui lui sera consacrée incessamment sur le site de la Bibliothèque malgache.

dimanche 3 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (2)



Masculin et féminin

Une question soumise à l’Académie française

Mme Gagneur trouve que notre langue n’est pas assez riche – Doit-on dire « autrice » ou « auteuse » ? – Opinion de deux académiciens – Le rôle de l’Académie.

Dans une requête qu’elle vient d’adresser à l’Académie française, et qui n’a de pro domo que l’apparence, Mme M. -L. Gagneur demande à la docte assemblée d’enrichir notre langue de substantifs féminins équivalents aux noms masculins : auteur, écrivain, orateur, docteur, administrateur, sculpteur, partisan, témoin, confrère, sauveur et autres qu’il serait trop long d’énumérer ou qu’il reste à trouver.
Mme M. -L. Gagneur reconnaît, de très bonne grâce, que jusqu’à ces dernières années, ces mots n’auraient servi qu’à des entités très exceptionnelles.
Mais il s’est produit une poussée dans l’élément féminin. Les femmes, longtemps tenues à l’écart des différentes carrières libérales, y entrent maintenant nombreuses et résolues, et à une situation nouvelle doit correspondre un langage nouveau.
Nous aurions voulu savoir de Mme M. -L. Gagneur elle-même ce qu’elle répondrait à l’Académie, si celle-ci lui demandait les voies et moyens pour faire aboutir sa réforme. Mais Mme M. -L. Gagneur est à la campagne.
À la campagne aussi la plupart des académiciens que nous voulions interroger sur le même sujet. Nous en avons cependant rencontré deux qui ont bien voulu nous répondre.

Chez M. de Mazade.
Le premier est l’honorable M. de Mazade,
— Je suis arrivé, nous dit-il, à l’Académie jeudi dernier, alors que déjà lecture avait été donnée de la lettre de Mme Gagneur. Je ne sais donc pas les idées émises par mes confrères. Moi-même, je n’ai pas eu assez le temps d’y penser pour me faire une opinion. Mais la question se représentera prochainement à l’Académie, lorsque le dictionnaire arrivera au mot auteur.
— Le dictionnaire n’est encore qu’au mot auteur ?
— Ne vous en étonnez pas. Il est facile de se moquer de l’Académie à propos du dictionnaire. Mais il faut qu’on sache que chaque mot entraîne une multitude de citations prises dans tout ce qui a été écrit depuis trois siècles.
Le mot auteur viendra donc prochainement et, naturellement, reparaîtra la lettre de Mme Gagneur. Je ne vois pas de mal à ce qu’on y donne satisfaction, à condition qu’on le fasse d’une manière logique et rationnelle ; mais s’il y a des mots auxquels il me paraît possible de donner un féminin, il y en a d’autres qui ne le comportent pas. Il y en a aussi que les femmes elles-mêmes ne devraient pas demander ; je ne vois pas ce qu’elles gagneront. Il est vrai que ce sont peut-être ceux qui tiennent le plus à cœur à Mme Gagneur. Il y a des femmes de lettres comme il y a des hommes de lettres. Elles sont entrées dans la confrérie. Veulent-elles maintenant des noms spéciaux ; le féminin d’écrivain, de confrère, d’auteur ! Je ne peux pas me faire à cela. D’ailleurs, la carrière d’écrivain n’est pas celle de la femme. Il n’y a pas de jeune fille, de femme qui se destine à la carrière d’écrivain. La femme devient écrivain sous l’influence de circonstances non prévues ni préparées ; ainsi, quand elles ont beaucoup de talent, comme Mme Gagneur. Il ne me paraît pas nécessaire, pour ces exceptions, de créer un nouveau mot.

Chez M. Leconte de Lisle.
Après le prosateur, le poète.
L’Académie, nous dit l’honorable M. Leconte de Lisle, n’est pas chargée d’innover, mais de conserver. Elle n’a pas à créer des mots, mais à recueillir ceux qui font partie de la langue. À mon sens, elle a déjà eu grand tort de supprimer des lettres dans des mots, et je me suis toujours refusé à suivre cet usage.
Que Mme Gagneur invente des noms féminins, qu’elle les mette en circulation, les fasse adopter par d’autres écrivains, et un jour peut venir où ces mots seront entrés dans le langage courant et où l’Académie aura à les examiner.
Il y a des mots identiques à ceux pour lesquels Mme Gagneur réclame, qui ont déjà leur féminin : receveur, receveuse, acteur, actrice. Il y en a d’autres qui, quoique non encore classés, ont en quelque sorte droit de cité : docteur, doctoresse. Cela est harmonieux. Mais il y en a d’autres qui seraient horribles : auteur, autrice ou auteuse ; cela déchire absolument les oreilles.
Qu’est-ce qui empêche, en attendant, que les mots écrivain, professeur, auteur, confrère, etc., soient des deux genres, comme le mot enfant, et qu’on dise une professeur, une écrivain, comme on dit une enfant ?
Le Matin, 26 juillet 1891

samedi 2 mars 2019

Féminisation, le débat en... 1891 (1)

Le sujet ne date pas de cette semaine, l'Académie française l'a remis au goût du jour en approuvant jeudi le rapport qui lui a été remis sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. En écho à cette actualité, remontons le temps jusqu'en 1891. Une lettre de Marie-Louise Gagneur (1832-1902) à Jules Claretie, alors chancelier de l'Académie française, fait grand bruit. Un petit feuilleton pour nous conduire doucement, mais avec conscience, vers la Journée internationale des droits des femmes, le vendredi 8 mars.


Tribune

À Monsieur Jules Claretie, chancelier de l’Académie Française.

Monsieur le chancelier,

Permettez à un auteur, votre modeste confrère de la Société des Gens de Lettres, de s’adresser à vous pour appeler l’attention de l’Académie sur une lacune de la langue française ; car si j’ai dit « un auteur », c’est qu’il n’y a pas de mot français simple, « écrivain » n’ayant pas non plus de féminin pour désigner une femme qui écrit.
Il y a longtemps cependant que les femmes écrivent. La Société des Gens de Lettres en compte quatre-vingt-neuf ; et un assez grand nombre se sont distinguées en cet art, dont le sexe masculin eût voulu peut-être se réserver le domaine pour lui seul, autrefois du moins ; car aujourd’hui il semble qu’une évolution de justice et d’égalité s’accomplisse en notre faveur. Longtemps hostile et railleur envers la femme désireuse de développer ses facultés et d’en trouver l’utile emploi, l’homme paraît se résigner à lui faire une place dans toutes les branches de l’activité intellectuelle : non seulement les écoles scientifiques et artistiques lui sont ouvertes, mais on fonde même pour elle des écoles spéciales où l’instruction secondaire lui est libéralement accordée.
Ne pensez-vous pas que l’Académie française doive à son tour marcher dans cette voie de progrès, en féminisant un certain nombre de mots restés jusqu’à présent exclusivement masculins, tels que : auteur, écrivain, orateur, docteur, administrateur, sculpteur, partisan, témoin, confrère, et jusqu’à sauveur, comme si l’on n’eût jamais songé que la femme pouvait, elle aussi, remplir ce rôle de sauveur, alors que protéger, secourir, sauver, en un mot, est, au contraire, un besoin de son cœur, qui la pousse aux dévouements héroïques ?
Il en est d’autres sans doute que j’oublie ; mais vous saurez y suppléer. Il suffira de mettre sous les yeux de l’Académie cette insuffisance de la langue française, plus arriérée sous ce rapport que la plupart des langues étrangères, pour obtenir cette réforme devenue aujourd’hui nécessaire. Je suis certaine, en tous cas, connaissant votre libéralisme et votre juste esprit, d’avoir déjà conquis votre suffrage.
Agréez, monsieur le chancelier, l’assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus sympathiques.
M. -L. Gagneur.
Le Figaro, 23 juillet 1891

Chronique

Figaro publie une lettre de Mme Gagneur à M. Jules Claretie en sa qualité de chancelier de l’Académie. On y lit :
[Extrait de la « Tribune » ci-dessus.]
Voilà une prétention de bas-bleu qui n’est pas mince. Voit-on l’Académie se réunissant tout exprès pour proclamer que Mme Gagneur est une écrivaine !
L’Univers, 24 juillet 1891

[Le texte de la « Tribune », dont lecture a été faite en séance à l’Académie française, est repris, sans autres commentaires, par de nombreux journaux dès le lendemain. Puis viennent des commentaires plus élaborés.]

jeudi 8 mars 2018

Patrick Grainville à l'Académie française

Cela paraissait évident, mais rien n'est jamais évident dans une élection à l'Académie française. Cette fois, tout s'est passé comme prévu: Patrick Grainville a été élu au premier tour et succède à Alain Decaux. Après le Prix Goncourt en 1976 pour Les flamboyants, il avait notamment reçu, pour l'ensemble de son oeuvre, le Grand Prix de littérature Paul-Morand, une étape souvent sur le chemin d'un fauteuil - le 9 pour Patrick Grainville une fois qu'il aura franchi la dernière étape, la réception et le discours qui l'accompagne.
Je vous ai souvent parlé de lui. Voici, à propos de son dernier livre - qui lui a valu un joli succès -, Falaise des fous, l'article paru en janvier dans Le Soir, pour lequel je lui avais posé quelques questions.


Bouillonnant, foisonnant Patrick Grainville ! De retour aux paysages de sa Normandie originelle, il les peint avec le regard de Monet et Courbet, restitué par un homme qui les a vus au travail. Charles, désormais âgé, raconte sa découverte du monde, de l’amour, de l’art et de la littérature à travers plus d’un demi-siècle traversé à toute allure, dans une sorte d’émerveillement effrayé. Les convulsions ne manquent pas, entre l’affaire Dreyfus et la Grande Guerre. Et cela vibre de couleurs sauvages dans une écriture au plus près des sensations.
Plusieurs thèmes se croisent dans « Falaise des fous ». Y en a-t-il un qui a été, plutôt que les autres, déclencheur ?
Le déclencheur du roman a été Etretat, un lieu fort, une scène formidable, mais presqu’en même temps Monet et Courbet peignant à Etretat, à la même époque 1868-1869. Monet, l’hiver, Courbet l’été.
Votre goût pour la peinture était présent dans plusieurs de vos fictions. Mais aviez-vous déjà poussé aussi loin cette analyse comme moteur d’un récit ?
Non, jamais je n’ai approfondi à ce point le destin de plusieurs peintres, leurs divergences de style ou politiques, au moment de l’affaire Dreyfus. Je voulais vraiment écrire un roman sur la création, des peintres voués, à la folie, à leur obsession, à leur création dont l’équivalent littéraire était Flaubert. Voir comment le thème des Nymphéas chez Monet, va l’occuper pendant 30 ans. Et souligner surtout ce mystère de son œuvre majeure : les grandes décorations, les grands panneaux des Nymphéas qu’on peut voir à L’Orangerie, à Paris. Il peint ces œuvres immenses pendant la Grande Guerre. Ce parallèle m’obsédait. L’œuvre de création colossale et l’œuvre de destruction massive. Quel rapport ? Pourquoi ?
Le narrateur n’est pas le même au moment où il raconte qu’à celui où il vivait les événements. Il a grandi grâce à la littérature et à la peinture, et par l’intermédiaire des femmes. Vous est-il venu tout construit ou avez-vous tâtonné ?
En effet, le personnage du narrateur, Charles, n’est pas venu d’un coup. Au départ, il est témoin des acteurs Monet et Courbet à Etretat. Et il préfère d’abord Courbet plus truculent. Ce n’est qu’en suivant l’œuvre de Monet jusqu’à la fin qu’il mesure son génie révolutionnaire. Le narrateur va écrire peu à peu des souvenirs, des épisodes. Il fait allusion de loin en loin à ce devenir d’écrivain, à travers le secours d’amantes littéraires ou passionnées de peinture. Il se constitue dans le livre même qu’il commence à écrire et qu’il achève vraiment à la fin de sa vie.
Les lieux sont ceux qu’ont peints les artistes, et le roman y est fortement ancré. Que représente Etretat pour vous ? Cette falaise, ces vagues… ?
Je suis né à Villers en Normandie, mais je n’y ai vécu qu’une journée. Ma mère a accouché pendant la messe de la communion solennelle d’une cousine à laquelle elle était venue assister. En fait, j’ai vécu toute ma jeunesse à Villerville, dans l’estuaire de Seine, en face du Havre, de Sainte-Adresse (Monet) et d’Etretat qui se trouve au revers du cap de la Hève. Le bocage normand autour de Villerville a été abîmé par des constructions « parisiennes », maisons secondaires, et par les citernes pétrolières du Havre juste en face. Et j’ai été toujours ébloui par les falaises d’Etretat, intactes, qui se trouvent juste de l’autre côté de l’estuaire de la Seine. Ce fut pour moi un théâtre romanesque et pictural idéal. Avec la falaise d’Amont et celle d’Aval qui deviennent symboliques, dans le roman, se lient à des images de Nord, de mort, de Sud, de vie, etc.
La période que vous couvrez est celle de bouleversements artistiques, politiques, technologiques. Etait-ce votre volonté, d’embrasser l’impressionnisme et ses batailles, l’affaire Dreyfus et la Grande Guerre, l’aviation… ?
L’idée d’embrasser 60 ans de bouleversements entre 1868 et 1927 m’est venue petit à petit. D’abord Etretat, puis Monet à Rouen pour peindre la cathédrale. Le Giverny des Nymphéas est voisin. Et je fus ainsi entraîné au fil des années. Mais, je me suis aperçu, au plus secret, que j’avais rendez-vous avec la guerre 14-18 que mes deux grands-pères ont faites. Dans le roman, Eugène Grainville apparaît dans une tranchée et, auparavant, on apprend qu’un certain Charles Laquerre, mon grand-père maternel, a été gazé dans la Somme.
Le mystère est que Monet peignait son chef-d’œuvre, entrait dans son éternité quand des millions de jeunes gens mouraient dans des conditions horribles.
Il y a l’amour, avec quelques errements, ses certitudes, ses flamboiements. Mais il semble plus apaisé que dans beaucoup de vos précédents romans. Est-ce dû à l’âge du narrateur ? Ou… au vôtre ?
Oui, le recul du temps donne à la peinture du sentiment amoureux, au final, une certaine sérénité, même si Charles traverse d’abord l’épisode très tumultueux de sa passion pour Anna. Ensuite sa relation avec Aline est plus apaisée. C’est certainement dû à mon âge. Même si l’âge n’abolit pas les dernières foucades.
Sur cette falaise, au fond, qui sont les fous ?
Les fous sont les créateurs qui vont au bout de leur création, ne pensent qu’à ça : Monet, Courbet, Boudin, Cézanne, Hugo, Flaubert, Proust dont il est question, Apollinaire (14-18) et Picasso qui déjà se profile à la fin du roman. Mais il y a d’autres fous qui apparaissent au cours du livre : les fous de guerre avant 14-18, les revanchards, les nationalistes et les antisémites : Edouard Drumont, Barrès, Henri Rochefort et Degas, hélas, immense peintre et fou antisémite. Il y a de beaux délires de créateurs et des délires de haine et de destruction. Et les deux peuvent se mêler !

vendredi 15 décembre 2017

Michel Zink, le Moyen Âge à l'Académie française

Hier, l'Académie française a voté pour choisir le remplaçant de René Girard, décédé. Michel Zink occupera donc le fauteuil 37, du haut de ses 72 ans et de sa connaissance intime des lettres du Moyen Âge. Il a, c'est naturel dans un domaine peu familier au grand public, écrit de nombreux ouvrages plutôt lus par des spécialistes ou des amateurs éclairés. Mais il a aussi toujours cherché à rendre accessibles sa matière de prédilection. Il avait ainsi, en 2014, porté le Moyen Âge vers les auditeurs de France Inter dans des chroniques devenues, l'année suivante, un livre, Bienvenue au Moyen Âge. Il avait aussi investi le roman policier et publié, notamment, Un portefeuille toulousain en 2007 chez Bernard de Fallois. Un peu d'auto-ironie sur ses propres recherches, un climat d'après-guerre assez pesant, il y avait là du plaisir d'écrire. Il a créé, j'en terminerai par là sans épuiser les détails de sa carrière, créé au Livre de poche la collection "Lettres gothiques" qui donne accès à des textes que l'on pensait réservés à un petit nombre. Je l'avais rencontré à cette occasion, en 1991. Entretien.

Michel Zink est un médiéviste heureux. Alors qu'il publiait jusqu'à présent, comme ses collègues, des ouvrages confidentiels à tirages très limités, le voici à la tête d'une collection grand public, avec les moyens de mener une politique qu'il nous a définie:
Nous voulons d'une part, fournir les textes essentiels de la littérature du Moyen Age et, en outre, intercaler de temps en temps des textes moins connus. En général, les textes seront intégraux, mais il y aura quelques exceptions. Par exemple, les œuvres complètes de Deschamps représentent, dans l'édition de la Société des anciens textes français, onze volumes, et nous ferons un choix, comme pour les troubadours dont nous proposerons une anthologie.
À quel besoin correspond le choix d'établir des éditions bilingues? Est-ce pour toucher à la fois le public cultivé et le public universitaire?
Oui. Ces livres doivent pouvoir servir aux étudiants et entrer dans les programmes universitaires. On ne peut de toute manière pas faire semblant indéfiniment que les étudiants n'utilisent pas de traduction pendant l'année, alors qu'ils le font. Donc, si on leur donne à la fois le texte originale et la traduction, c'est très bien. Mais comme il faut dépasser le public étudiant et toucher le public cultivé, l'idée est que c'est, après tout, du français, même si c'est du vieux français, et que les gens ont le droit de voir comment c'était, même s'ils ne lisent pas d'un bout à l'autre en ancien français. Mais ils peuvent s'y reporter pour comparer, et ça peut être pour eux une sorte d'initiation. Après tout, ce n'est pas si difficile. Si on se donne la peine d'en lire quelques pages en regardant la traduction, ça va tout seul...
Précisément, pour la traduction, préférez-vous une fidélité absolue ou un texte plus littéraire?
Il y a eu un peu des deux. On a commencé, avec La Chanson de la croisade albigeoise, par une traduction d'Henri Gougaud qui existait déjà. C'est une adaptation poétique: elle sonne admirablement, mais elle est loin du texte. Le reste du temps, on essaie d'avoir des traductions aussi fidèles que possible, mais il faut qu'elles soient lisibles sans effort et avec plaisir. Pour les textes en vers, en particulier, on essaie de traduire vers par vers, ce qui est une petite astreinte pour le lecteur moderne mais oblige le traducteur à garder le rythme original et simplifie aussi le contrôle sur le texte original. Il y a des réussites dans le genre, comme la traduction des Lais de Marie de France par Laurence Harf-Lancner. La traduction du Conte du Graal par Méla est aussi très bien...
Combien de titres pensez-vous publier dans cette série?
Il y en a trente ou trente-cinq en préparation. Cela continuera encore un petit peu, mais pas indéfiniment, parce que le nombre d’œuvres du Moyen Age qui peuvent intéresser un public suffisamment large n'est pas extensible. On en fera une quarantaine, peut-être jusqu'à cinquante, si les dieux qui règnent sur cette maison le permettent...

vendredi 24 juin 2016

Stromae bientôt à l'Académie française?

Photo Georges Biard.
C'est la surprise du chef, dans le long, très long palmarès de l'Académie française. On ne met pas longtemps avant de sursauter: à la deuxième ligne, Médaille de vermeil de la Francophonie, appellation délicieusement désuète et récompense honorifique, sans dotation en euros, voici le nom de Stromae, le chanteur de "Papaoutai", titre dont on mesure, à l'aune des SMS (autrement appelés textos), le souffle enfin libre qu'il donne à la langue française.
Je ne me moque pas. Moi aussi, j'apprécie Stromae. Mais je souris doucement, dans la barbe taillée à l'instant, en pensant aux académiciens déhanchés sur "Alors on danse" ou "Formidable". A moins que leurs enfants, non, leurs petits-enfants, voire leurs arrière-petits-enfants, leur aient glissé à l'oreille le nom du chanteur.
Et non, malgré le titre certes un peu racoleur de cette note de blog, cela ne signifie pas que Stromae peut poser sa candidature au prochain siège libre de l'Académie française. Pas davantage que Bernard Noël, d'ailleurs, très heureusement salué par le Grand Prix de Poésie pour l'ensemble de son oeuvre.
Je vous laisse étudier les 65 distinctions du palmarès, en faisant remarquer au passage que Simon Leys est couronné deux fois par procuration, à travers les livres que lui ont consacrés Philippe Paquet et Pierre Boncenne.

jeudi 3 mars 2016

En 1995, une gueulante à propos d'un futur académicien

Andreï Makine à l'Académie française, c'était prévisible. Même le grand (le très grand?) Frédéric Mitterrand s'était retiré quand Makine a fait acte de candidature. Il restait sept autres candidats, dont l'un a obtenu deux voix au premier tour et les autres, dans un touchant ensemble, zéro. Contre 15 pour Makine, qui va donc devoir constituer un comité pour lui payer son épée, mettre un beau costume un peu ridicule, et plancher sur un mot, voire sur plusieurs s'il participe aux séances du dictionnaire. Cela ne changera pas la face du monde, ni même de l'Académie. Mais me renvoie à la saison 1995 des prix littéraires où Makine avait été couvert de lauriers à ne plus savoir qu'en faire. Je m'étais énervé. Voici ce que j'avais écrit, une semaine après le Médicis qu'il avait partagé avec Vassilis Alexakis.

Très franchement, on n’y croyait pas. Bien sûr, l’académie Goncourt avait clamé haut et fort, il y a une dizaine de jours, qu’elle s’accordait dorénavant le droit de couronner un roman qui aurait déjà reçu un autre prix littéraire. Bien sûr, on savait que cet accès de mauvaise humeur avait été provoqué par une inquiétude : celle de voir échapper, par le bouleversement du calendrier des prix, la possibilité de récompenser le livre d’Andreï Makine, Le Testament français, donné pour favori à peu près par tous les jurys. Mais, Andreï Makine ayant obtenu, lundi dernier, le Médicis ex aequo avec Vassilis Alexakis, il paraissait assez invraisemblable de voir cette menace mise à exécution, au moins pour deux raisons, l’une bonne et l’autre mauvaise.
La bonne raison, c’est que les prix littéraires d’automne, quoi qu’on en pense, constituent un formidable outil de promotion de la littérature. Et offrir deux couronnes à un seul titre (et même trois puisque le Goncourt des lycéens s’y ajoute, mais l’enjeu est très différent pour les jeunes lecteurs) est le plus sûr moyen de renforcer une tendance malheureuse du monde de la librairie, à savoir une diminution du nombre d’ouvrages attirant un large public. Le fossé se creuse entre les best-sellers et les autres livres, et toute personne ayant les moyens de lutter contre cette dérive a le désir de le faire. C’est du moins ce qu’on croyait. Il est apparu hier que l’académie Goncourt regroupait des écrivains qui, pour une partie d’entre eux au moins, n’appartiennent pas à cette catégorie de personnes. Autant dire que la légitimité de cette institution s’en trouve fortement diminuée à nos yeux.
La mauvaise raison, qui pouvait cependant converger avec la bonne, c’est que les éditeurs habitués à courir après les prix littéraires – le célèbre triumvirat Gallimard, Grasset et le Seuil – avaient été oubliés, cette année, aussi bien par l’Académie française que par les jurys du Femina et du Médicis français, ne décrochant pour Gallimard qu’un prix de traduction, et pour Grasset un prix de l’essai, tous deux bien moins rentables sur le plan des ventes. La pression qu’ils pouvaient exercer sur les jurés du Goncourt a donc dû être forte, mais n’a servi à rien, sinon à diriger quelques votes vers le roman de Franz-Olivier Giesbert, La Souille.
Voici donc Le Testament français, d’Andreï Makine, nanti de deux prix et demi, et son éditeur, Simone Gallimard, honorée à titre posthume pour avoir (bien) défendu son « poulain ».
Mais que nous reste-t-il, après avoir dénoncé cette mascarade, à dire du livre que nous n’ayons pas déjà écrit il y a une semaine ?
Rappelons donc brièvement qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune Russe fasciné, à travers une femme, par la langue française et par la culture d’un pays qui lui semble être une sorte d’Atlantide. Partagé entre deux langues, deux univers, il raconte ce qui est d’abord pour lui une déchirure avant de devenir, après la réconciliation avec lui-même, une richesse.
Le sujet est touchant mais son traitement n’a rien de très excitant. Roman classique de bonne facture, Le Testament français ne méritait sans doute pas d’être l’objet d’enjeux aussi considérables. Avouons-le : nous n’avons pas compris pourquoi différents jurys se disputaient à ce point l’honneur contestable de mettre ce livre dans le palmarès de leur prix. La bataille se serait déroulée autour d’un incontestable chef-d’œuvre qu’on aurait pu l’accepter, mais nous sommes loin du compte.
Peut-être faut-il donc interpréter ce qui s’est passé en fonction d’une autre motivation, qui sera jugée bonne ou mauvaise selon les interprétations : le souci d’offrir un ballon d’oxygène à une maison d’édition, le Mercure de France, dont l’avenir semblait compromis après la disparition de sa directrice.
Terminons cependant par une anecdote liée à la carrière de l’auteur, Andreï Makine, qui signe ici son quatrième livre. Les premiers avaient été présentés comme étant traduits du russe, parce que leur auteur n’osait pas se présenter comme un écrivain de langue française. Du moins ce droit lui a-t-il maintenant, et de quelle manière, été reconnu.

mercredi 2 septembre 2015

Les 100 ans du Prix du roman de l'Académie française (2)

Le Prix du roman de l’Académie française, devenu Grand Prix du roman en 1984, a été décerné pour la première fois en juillet 1915. Son centenaire, en octobre 2015, est une belle occasion de faire découvrir, plus sûrement que redécouvrir, deux des premiers lauréats.
Nous vous parlions hier de Paul Acker, le premier, en 1915.
Voici Charles Géniaux qui, deux ans plus tard, avait frappé les esprits avec un ouvrage publié sous forme de feuilleton et qui serait publié en 1918 seulement en volume.

Paul Souday raconte, dans Le Temps du 23 décembre 1917, la cérémonie de remise des prix littéraires et des prix de vertu, car il y avait aussi ceux-ci, à l’Académie française. Le palmarès littéraire « est long et imposant : près de cent cinquante mille francs de prix ! près de cent lauréats ! Car il y a quelques prix de dix et même de quinze mille francs, mais il y en a beaucoup de vingt-cinq, de quinze et même de dix louis. L’Académie est riche, et elle a même de la petite monnaie. »
Il constate que le secrétaire perpétuel, Émile Lamy, passe sous silence le plus grand nombre des œuvres récompensées. Son prédécesseur, Camille Doucet, « n’omettait personne. Mais avait-il tout lu ? On peut en douter et croire qu’il lançait ses adjectifs un peu au hasard. » D’ailleurs, il n’est pas toujours aisé de justifier les choix : « Que dire de ces romans insipides, de ces essais vaguement critiques ou historiques, de tous ces travaux d’amateur, de ces ombres et de ces larves ? Que de papier, de temps et d’argent gaspillés ! Bien entendu, dans cette masse, il y a quelques ouvrages de valeur, mais ils y sont trop souvent noyés. »
Charles Géniaux (1870-1931), qui reçoit le Prix du Roman pour La passion d’Armelle Louanais, mérite pour Paul Souday d’être extrait de la masse. C’est un « écrivain d’un tempérament vigoureux, qui a le sens du paysage pathétique et haut en couleur. »
Émile Lamy n’a pas passé sous silence le Prix du Roman. Il lui trouve des qualités éminemment modernes : « Armelle Louanais est l’épopée du silence. Un bourg de paysans muets, une gentilhommière, une église, une femme et un prêtre, que leur solitude fait plus importants l’un à l’autre : ici l’orage est dans les âmes, il s’y tait, il y étouffera. Si l’on eut dit il y a vingt ans : un écrivain composera un roman où deux personnages, qui n’agissent pas, ne parlent pas davantage, où les battements secrets de deux cœurs sont le seul mouvement de deux vies, où tout consentement, toute surprise d’un attrait humain sont anéantis dans le prêtre par une vertu que la tentation n’approche pas et prévenus dans la femme par un respect plus fort que l’amour, où la mort du prêtre vient avant qu’il ait eu rien à interdire, où la femme sous le deuil dont elle meurt à son tour reste fidèle à la religion de son secret, les maîtres des cénacles littéraires auraient pris en dédain l’indigence d’un tel sujet. Or cette œuvre a trouvé grâce devant notre goût rénové. Loin qu’il s’ennuie à la double austérité de cette morale et de cet art, il leur en a su un double gré. La surabondance des traits empâte notre littérature. Elle oublie un peu qu’il y a un art de ne pas dire et une puissance, la plus grande peut-être, du silence. À ceux qui gardent le culte de nos dons traditionnels, les deux personnages apparaissent semblables à ces statues voilées et dont les corps demeurent visibles et les visages expressifs sous les défenses des plis. Et à ceux qui accusaient notre littérature de chercher sa vie dans les licences malsaines, cette œuvre oppose la décisive réponse de sa chasteté et de son succès. »
Curieusement, le roman de Charles Géniaux est, à la date où se tient la cérémonie, introuvable en librairie. Il l’était tout autant lorsque le Prix du Roman 1917 a été annoncé, lors de la séance du 21 juin. Il n’est en effet, à ce moment, paru qu’en feuilleton dans la Revue des Deux Mondes, ce qui n’empêche pas Le Gaulois, dans un écho anonyme, de saluer un choix « qui sera contresigné par tous les lettrés. Il récompense une œuvre délicate et puissante dans sa hautaine sévérité. Armelle Louanais est l’histoire d’une sorte de Lamennais de campagne, présentée avec une psychologie des plus pénétrantes que M. Géniaux excelle à peindre. »
Le livre sort – enfin – en mars 1918 chez l’éditeur Ernest Flammarion, qui a déjà accueilli une demi-douzaine d’ouvrages écrits par Charles Géniaux sur la vingtaine qu’il a alors publié. Il lui en reste à peu près le même nombre à donner, dont certains en collaboration avec son épouse, Claire Géniaux.
Abel Hermant consacre au roman une bonne partie de chronique dans Le Figaro. Un éloge, avec une réserve, dans l’extrait que nous citons :
« M. Charles Géniaux est un bon peintre de portraits. Ses crayons de M. Louanais le père, de l’amusant chanoine de Saint-Jacut, des provinciales de second plan, et, à la fin, des deux servantes pleureuses, sont bien venus. Il écrit comme il sied d’écrire quand on raconte une histoire de ce temps-là, où les gens bien élevés de France s’exprimaient encore en français ; et tout serait pour le mieux s’il n’usait de l’horrible épithète “sensationnel”, qu’il faut laisser aux entrepreneurs de publicité pour cinémas. Au demeurant, il est correct, et cette correction semble bien agréablement surannée. »

Dans la même collection :
Charles Géniaux. La passion d’Armelle Louanais
Washington Irving. Kidd le pirate
Sainte-Beuve. De la littérature industrielle, suivi de Honoré de Balzac et la propriété intellectuelle
Manuel du plus que parfait arriviste littéraire
Henri de Régnier. Histoires incertaines
Maurice Spronck. L’an 330 de la république