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mardi 11 octobre 2016

Philippe Paquet, récompensé pour sa biographie de Simon Leys

Je ne connaissais pas le Prix Fondation Martine Aublet - il n'existe, il est vrai, que depuis 2012, lis-je dans Livres Hebdo, et il couvre un domaine qui m'est moins familier que la fiction: l'ethnographie, l'ethnologie, l'anthropologie et l'histoire de l’art des civilisations non-occidentales. Ce sont des terrains qui ne manquent pourtant pas de points d'intersection avec la littérature, et en voici un avec le lauréat de cette année: Philippe Paquet, pour Simon Leys, navigateur entre les mondes. Une biographie magistrale (bien que d'un auteur belge sur un autre auteur belge), sur laquelle j'avais écrit cet article au moment de sa parution, c'était le printemps en Europe.
Pour écrire une vie de Simon Leys, il fallait connaître l’homme, né Pierre Ryckmans, son œuvre, et bien sûr la Chine. Avec Philippe Paquet, on est rassuré : l’auteur de Madame Chiang Kai-shek, ouvrage préfacé par Simon Leys, a entretenu avec celui-ci des contacts suivis et approfondis, nourris en particulier d’une familiarité commune avec la Chine. « Chine intérieure », surtout, pour Simon Leys, puisqu’il n’a cessé d’étudier une culture à laquelle il n’avait guère d’accès direct : trois séjours seulement, plutôt brefs. Un mois en 1955, à vingt ans. Six mois en 1972 comme attaché culturel à l’ambassade de Belgique. Et un mois l’année suivante, pour la dernière fois.
Il est vrai que, depuis 1971 et la naissance de Simon Leys, pseudonyme choisi pour signer Les habits neufs du président Mao, Pierre Ryckmans n’était pas le bienvenu en Chine populaire. Même quand l’aura de Mao s’affaiblira, celui qui, ayant dénoncé le système autoritaire et criminel du Grand Timonier, restera honni pour avoir eu raison trop tôt. Sulfureux Simon Leys…
Ne revenons pas sur les épisodes les mieux connus, en Europe, de sa biographie. Philippe Paquet éclaire celle-ci en insistant sur les qualités d’un chercheur lucide puisant aux meilleures sources – toutes accessibles, mais négligée par la plupart des spécialistes. Pour lui, au contraire de beaucoup, « sinologie » ne rimait pas avec « assyriologie » et moins encore avec « entomologie ». La littérature et la pensée chinoises, dont il fut un traducteur attentif, l’ont occupé comme une matière vivante. Sur l’abondance et la qualité de ces travaux, il était difficile d’être plus complet.
L’installation de Simon Leys en Australie, à partir de 1970, est aussi considérée d’un œil neuf. Comment notre compatriote devint une éminente personnalité de son pays d’adoption, voilà un aspect dont nous n’avions qu’une vague conscience. Il est ici éclairé par des témoignages multiples. Les témoignages abondent d’ailleurs pour toutes les époques d’une vie bien remplie, où la mer et la littérature ainsi que la foi ont été les axes sur lesquels s’est développée une œuvre devant laquelle on était déjà admiratif – et l’admiration s’est accrue encore à la lecture de ce Simon Leys, navigateur entre les mondes.
Il se méfiait des biographies. Celle-ci, dont il a lu le manuscrit avant de mourir le 11 août 2014, a dû malgré tout le combler autant qu’elle nous a passionné.

vendredi 24 juin 2016

Stromae bientôt à l'Académie française?

Photo Georges Biard.
C'est la surprise du chef, dans le long, très long palmarès de l'Académie française. On ne met pas longtemps avant de sursauter: à la deuxième ligne, Médaille de vermeil de la Francophonie, appellation délicieusement désuète et récompense honorifique, sans dotation en euros, voici le nom de Stromae, le chanteur de "Papaoutai", titre dont on mesure, à l'aune des SMS (autrement appelés textos), le souffle enfin libre qu'il donne à la langue française.
Je ne me moque pas. Moi aussi, j'apprécie Stromae. Mais je souris doucement, dans la barbe taillée à l'instant, en pensant aux académiciens déhanchés sur "Alors on danse" ou "Formidable". A moins que leurs enfants, non, leurs petits-enfants, voire leurs arrière-petits-enfants, leur aient glissé à l'oreille le nom du chanteur.
Et non, malgré le titre certes un peu racoleur de cette note de blog, cela ne signifie pas que Stromae peut poser sa candidature au prochain siège libre de l'Académie française. Pas davantage que Bernard Noël, d'ailleurs, très heureusement salué par le Grand Prix de Poésie pour l'ensemble de son oeuvre.
Je vous laisse étudier les 65 distinctions du palmarès, en faisant remarquer au passage que Simon Leys est couronné deux fois par procuration, à travers les livres que lui ont consacrés Philippe Paquet et Pierre Boncenne.

lundi 11 août 2014

La mort de Simon Leys

La nouvelle nous vient d'Australie, où Pierre Ryckmans, devenu Simon Leys en littérature, vivait depuis plus de quarante ans: cet homme de grande culture, adossé à quelques principes dont il n'a jamais dévié, nous a quittés à l'âge de 78 ans.
Quand Simon Leys parlait de Michaux (dans Le studio de l’inutilité), on pourrait lui appliquer ses propres mots : « étranger chez soi, il faut absolument se découvrir un ailleurs pour légitimer cette alarmante condition. » Ce fut la Chine pendant une douzaine d’années, très loin de Bruxelles où il était né en 1935. Puis l’Australie, quand Liu Ts’un-yan, directeur du département chinois à l’Université nationale australienne, l’y a invité en 1970. Installé à Canberra pour trois ans, avec son épouse et leurs quatre enfants, il y était toujours. Les contacts avec l’Europe se faisaient par fax, sauf exceptions. Pour lutter contre les bêtises de l’administration belge qui refuse de délivrer un passeport à ses enfants, par exemple. Ou pour une communication à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique – il y était depuis 1990 le successeur de Simenon.
Il avait été l'un des premiers à tenter d'ouvrir les yeux des intellectuels français fascinés par Mao, dans Les habits neufs du président Mao, en 1971. Mais, s'il a beaucoup parlé de la Chine, il n'y est pas réductible. Il avait reçu le Prix Renaudot essai en 2001 pour Protée et autres essais (Gallimard).
Retour sur deux de ses livres les plus récents.


Simon Leys prend sans cesse des directions nouvelles et inattendues. Vers où souffle le vent, sans doute, car il manifeste un goût certain pour la navigation. Le premier récit de son nouveau livre nous ramène en 1629, quand le Batavia, de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, s'échoue sur un récif de corail au large de l'Australie. Les naufragés du Batavia se retrouvent alors sur une petite île, avec à leur tête l'ancien apothicaire Cornelisz. Ce dernier prend le pouvoir et le consolide avec brutalité, réduisant l'involontaire colonie par des meurtres organisés, sous le prétexte, au début, de rendre une justice sévère, puis sans plus aucun prétexte.
L'affaire fit grand bruit à l'époque, car le tyran d'occasion fut retrouvé, jugé et pendu. Simon Leys voulait depuis dix-huit ans y consacrer un livre. Il n'était pas le seul. Et il a lu un jour, après d'autres ouvrages moins réussis, celui de Mike Dash (L'archipel des hérétiques). Il aurait pu renoncer à son projet. Heureusement, il n'en a rien fait. Au contraire, il en a tiré une petite merveille - qu'il présente modestement comme une invitation à lire le texte de son prédécesseur.
Plus près de nous, Prosper raconte une marée (une campagne de pêche), en 1958, sur un des derniers thoniers français à voiles. Après les horreurs de la première partie, on est rasséréné par la solidarité virile de l'équipage breton. Et surpris de voir qu'en trois siècles, malgré l'expérience de Bombard prouvant la possibilité de survivre en mer avec un minimum de ressources, les marins d'alors n'avaient pas changé d'avis sur les suites normales d'un naufrage: la mort. Les canots de sauvetage leur semblaient bien inutiles.
Mais Simon Leys ne se laisse pas pousser au hasard des vents: il navigue d'instinct par l'écriture.

Le studio de l'inutilité (2012)

Simon Leys est à l’exact opposé de Winnie, la femme de Verloc. Winnie est énigmatique : « la curiosité étant pour un être une façon de se révéler, une personne systématiquement dénuée de curiosité demeure toujours partiellement mystérieuse ». La curiosité de Leys, qui s’attache à ces personnages de Joseph Conrad dans L’agent secret, est grande. Il la partage volontiers, comme dans Le studio de l’inutilité, découpé en trois de ses thèmes favoris : la littérature, la Chine et la mer.
On apprend donc bien des choses sur l’auteur, dont certaines étaient déjà connues – en particulier son goût pour ces sujets. On n’oublie pas que le livre qui l’a rendu célèbre en 1971, Les habits neufs du président Mao, s’élevait contre l’aveuglement coupable de nombreux intellectuels occidentaux, notamment français, devant l’icône autoproclamée du peuple chinois.
Il n’a toujours pas décoléré, comme il le prouve dans un beau texte sur Michaux. Il s’en prend à la manière dont l’écrivain a révisé plusieurs de ses œuvres. « Cette vaste révision fut généralement désastreuse », écrit-il. Preuves à l’appui, à travers de nombreux exemples où la langue est rabotée et affaiblie en même temps que les avis péremptoires de Michaux, adoucis. Et, dans ce qu’il ajoute à Un barbare en Asie, « il accepte sans discussion l’image de la Chine que la propagande maoïste diffuse en France au moment de la “Révolution culturelle”. » Pourquoi Michaux agit-il ainsi ? Parce qu’il est devenu français, égarant du même coup les caractéristiques de sa belgitude, explique en substance – et beaucoup plus finement – Simon Leys.
Chine encore, et même colère contre Roland Barthes et son Carnet du voyage en Chine publié en 2009. Il ne s’en prend cette fois pas seulement à l’auteur, qui n’était plus là pour décider de la publication de ses notes, mais à ceux qui ont estimé utile d’en faire un livre, alors que Barthes lui-même s’en était abstenu. Un peu comme Vladimir Nabokov avait demandé à son épouse de détruire son roman inachevé, ce qu’elle ne fit pas, par amour, se gardant cependant de publier L’original de Laura, tandis que son fils, plus tard, passa outre. Simon Leys le regrette aussi.
Et ce studio de l’inutilité ? Il trouve sa source dans un lieu réel, décrit en liminaire. Et prolonge son existence, ou devrait la prolonger, à l’université sur laquelle un dernier texte, superbe, clôt le livre.

samedi 29 mars 2014

La littérature, la Chine et la mer

Simon Leys est à l’exact opposé de Winnie, la femme de Verloc. Winnie est énigmatique : « la curiosité étant pour un être une façon de se révéler, une personne systématiquement dénuée de curiosité demeure toujours partiellement mystérieuse ». La curiosité de Leys, qui s’attache à ces personnages de Joseph Conrad dans L’agent secret, est grande. Il la partage volontiers, comme dans Le studio de l’inutilité, découpé en trois de ses thèmes favoris : la littérature, la Chine et la mer.
On apprend donc bien des choses sur l’auteur, dont certaines étaient déjà connues – en particulier son goût pour ces sujets. On n’oublie pas que le livre qui l’a rendu célèbre en 1971, Les habits neufs du président Mao, s’élevait contre l’aveuglement coupable de nombreux intellectuels occidentaux, notamment français, devant l’icône autoproclamée du peuple chinois.
Il n’a toujours pas décoléré, comme il le prouve dans un beau texte sur Michaux. Il s’en prend à la manière dont l’écrivain a révisé plusieurs de ses œuvres. « Cette vaste révision fut généralement désastreuse », écrit-il. Preuves à l’appui, à travers de nombreux exemples où la langue est rabotée et affaiblie en même temps que les avis péremptoires de Michaux, adoucis. Et, dans ce qu’il ajoute à Un barbare en Asie, « il accepte sans discussion l’image de la Chine que la propagande maoïste diffuse en France au moment de la “Révolution culturelle”. » Pourquoi Michaux agit-il ainsi ? Parce qu’il est devenu français, égarant du même coup les caractéristiques de sa belgitude, explique en substance – et beaucoup plus finement – Simon Leys.
Chine encore, et même colère contre Roland Barthes et son Carnet du voyage en Chine publié en 2009. Il ne s’en prend cette fois pas seulement à l’auteur, qui n’était plus là pour décider de la publication de ses notes, mais à ceux qui ont estimé utile d’en faire un livre, alors que Barthes lui-même s’en était abstenu. Un peu comme Vladimir Nabokov avait demandé à son épouse de détruire son roman inachevé, ce qu’elle ne fit pas, par amour, se gardant cependant de publier L’original de Laura, tandis que son fils, plus tard, passa outre. Simon Leys le regrette aussi.
Et ce studio de l’inutilité ? Il trouve sa source dans un lieu réel, décrit en liminaire. Et prolonge son existence, ou devrait la prolonger, à l’université sur laquelle un dernier texte, superbe, clôt le livre.

samedi 7 avril 2012

Une semaine ordinaire de lectures (parfois) extraordinaires

Il y a les livres que tout le monde lit en même temps. Enfin, quand je dis "tout le monde", je me comprends: je fais allusion aux livres sur lesquels les journaux publient des articles en même temps. Comme le Journal de Thoreau, dont il était question hier (c'était plutôt son traducteur qui en parlait, d'ailleurs - et, pour le reste, l'article est ici). Ou le nouveau roman de Jean-Christophe Rufin, Le grand Cœur, devant lequel je n'éprouve qu'un enthousiasme modéré. Je m'en suis expliqué dans Le Soir. Des aspects formidables, d'autres moins, dans ces cinq cents pages...
Dans la même catégorie, du point de vue de l'empressement avec lequel la presse s'empare de certains sujets, Le studio de l'inutilité, de Simon Leys, est aussi un sujet d'actualité. Et si ce livre pouvait toucher autant de lecteurs que celui de Rufin, cela me réjouirait. Superbement écrit, d'une belle pertinence qui fournit des armes à ceux qui récusent le culte de la rentabilité, il est aussi, malgré son titre, d'une grande utilité. Par ailleurs, bien que constitué d'articles et de conférences, il démontre à quel point Simon Leys se trouve sur une trajectoire toujours cohérente. Bref, cette lecture a été un grand moment de ma semaine. D'autant qu'elle se conclut par une sorte de bon usage de l'Université dans lequel je me retrouve complètement. (Bien qu'ayant peu fréquenté les salles de cours.)
Autre grand moment pour moi, la découverte de Patrick Lapeyre avec La vie est brève et le désir sans fin, réédité en poche. En fait, j'avais déjà lu et aimé, il y a quelques années, L'homme-sœur, aussi à l'occasion d'une réédition. Mais, cette fois-ci, c'est un véritable choc, grâce à la magie d'une écriture qui m'a littéralement transporté hors de moi, dans un monde purement littéraire qui m'a semblé avoir été inventé pour moi seul, tant je me suis senti bien dans ces pages. Des jaillissements d'images, des bribes de pensée, des élans contrariés, et tout cela par le biais de la langue. Les mots ne sont donc pas si usés qu'on le dit ni que semblent le croire des écrivains moins attachés à créer leur propre langage. Voici un roman indispensable, je pèse mes mots, avec lequel on a envie de suivre "trois ou quatre fillettes à vélo qui filent à grands coups de pédales vers la puberté."
Toutes les lectures ne provoquent pas de tels séismes - y résisterait-on, d'ailleurs? J'ai quand même été bouleversé par la noirceur de Féroces, où Robert Goolrick met ses blessures à nu. L'expérience est redoutable.
Moins redoutable, mais beaucoup plus agréable que je ne m'y attendais, Les témoins de la mariée, de Didier van Cauwelaert, est un roman habile, et même un peu mieux que cela. L'humour est fin, les situations inattendues, c'est un bon moment de distraction.
Un peu comme, dans un registre plus inventif, sur le ton d'un conte pour adultes, Métamorphose en bord de ciel, de Mathias Malzieu - accompagné de sa bande son que j'écoutais presque en même temps, Bird'N'Roll, de Dionysos.
Je n'ai pas été très impressionné, en revanche, par En attendant Robert Capa, de Susana Fortes, peut-être parce que j'ai eu un peu de mal à y entrer (pas le bon moment? allez savoir). Il y a de belles choses sur la photographie, la guerre d'Espagne et sur la vie, pourtant, dans ce livre. Mais, bon...
Je termine cette revue rapide de mes lectures de la semaine avec deux excellents romans aux qualités très différentes. Les fantômes du Delta, d'Aurélien Molas, est une grande fresque dans laquelle le delta du Niger est le cadre d'une chasse sans merci à la découverte médicale. Et La dernière nuit de l'émir, d'Abdelkader Djemaï, retrace la vie d'Abd el-Kader qui mena la vie dure aux Français jusqu'en 1847, en une évocation passionnante et sensible.

dimanche 1 avril 2012

Attendus avec la hausse de la TVA sur le livre, Bruce Chatwin, Simon Leys et Henning Mankell

Combien sont-ils de libraires français à ouvrir le dimanche? C'est aujourd'hui, en tout cas, que le taux de TVA appliqué au livre passe de 5,5 à 7 %. Un enjeu électoral? J'aimerais bien, mais... Les choses seront plus faciles avec les nouveautés, puisque le prix de vente est fixé en tenant compte de la hausse de la TVA. Pour les trois ouvrages que j'ai sélectionnés dans les parutions de la semaine, comme pour les autres.

Chatwin était un écrivain-voyageur que le nomadisme passionnait. Embauché en 1958 par Sotheby et surnommé «l'œil», il devient très vite un expert de l'impressionnisme et de l'art moderne. Puis il part faire des études d'archéologie au Soudan et décide de visiter la Patagonie. La vie de Bruce Chatwin est un art de vivre, toujours à la recherche de l'exotisme et de l'inattendu. Ces lettres, postées des quatre coins du monde et très habilement mêlées aux commentaires biographiques de Nicholas Shakespeare et aux précisions d'Elisabeth, nous éclairent tant sur sa vie que sur la gestation de son œuvre. Son éditeur, avec un tel bourlingueur, n'avait d'autre choix que de lui demander de lui parler de ses projets par lettres. Avec ses amis aussi, il partageait ses idées de livres, mais il aimait également leur faire savoir qu'il était à Bahia, au marché d'Hérat, à Cotonou, qu'il profitait du soleil des Caraïbes chez Jasper Jones, qu'il fréquentait les grands de ce monde, ceux qui avaient un château, une villa...
Bruce Chatwin est né en 1940 près de Sheffield et mort début 1989 à Nice. On lui doit des ouvrages atypiques. Elisabeth Chatwin, sa femme, élève des moutons près d'Oxford. Elle a rencontré son mari en 1961 chez Sotheby, et leur couple, en dehors d'une rupture dans les années 1980, a résisté à la bisexualité de l'écrivain.
Nicholas Shakespeare est l'auteur d'un roman, Héritage (Grasset, 2011) et d'une excellente biographie de Bruce Chatwin.

«Dans la Chine traditionnelle, les lettrés, les poètes et les artistes avaient l’habitude de donner des noms évocateurs ou inspirés à leurs résidences, ermitages, studios ou ateliers. En fait, quelquefois ils ne possédaient pas de résidence, ni d’ermitage, studio ou atelier – et parfois, pas même un toit au-dessus de leur tête – mais l’existence ou la non-existence d’un support matériel pour un Nom est une question dont nul d’entre eux ne se serait jamais fort préoccupé. Et on peut d’ailleurs se demander si l’une des plus profondes séductions de la culture chinoise ne réside pas précisément dans cette puissante vertu dont elle investit l’Écrit. Ce n’est pas une idée abstraite que j’avance ici mais une réalité vivante.» ... [Extrait de la première page.]
Simon Leys est né avec Les habits neufs du président Mao : chronique de la révolution culturelle (1971). Le style de combat du livre ne doit pas masquer qu'il s'agit essentiellement d'un travail de recherche et d'analyse politique dont les jugements, qui firent scandale à l'époque, furent entièrement confirmés par les événements qui suivirent l'ère maoïste. Récit personnel d'un séjour en Chine, Ombres chinoises (1974) est une dénonciation du mensonge maoïste et de la complicité de ses thuriféraires occidentaux. Traduit en neuf langues et couronné de nombreux prix, Ombres chinoises devait consacrer la réputation internationale de son auteur. [Extrait de la notice biographique de l'Académie royale belge de langue et de littérature françaises.]
 
Années 1950. Dans une bourgade du Norrland, Hans Olofson, adolescent élevé par un père rustre et alcoolique, perd ses deux seuls vrais amis. Bouleversé, Hans décide de réaliser le rêve de l’un d’eux: aller en Zambie, sur les traces d’un missionnaire suédois.
1969. L’Afrique le fascine et l’effraie. Dans la jeune république indépendante de Zambie en proie à la violence, Hans rencontre des colonisateurs emprisonnés dans leur racisme, et des Noirs obéissants qui cultivent la haine des Blancs. Hans accepte d’aider une Anglaise à diriger sa ferme de production d’œufs, puis reprend l’exploitation à son compte. Espérant ainsi échapper à l’engrenage de la violence raciale, il tente alors de mettre en application ses idéaux de justice sociale et humaine.
L’Œil du léopard, publié en 1990 en Suède, s’ajoute à la liste des romans sur l’Afrique (tels Comédia infantil, Le Fils du vent et Le Cerveau de Kennedy) de cet écrivain engagé qu’est Henning Mankell, qui partage sa vie entre la Suède et le Mozambique.
Henning Mankell est né en 1948. Son œuvre a été couronnée par de nombreux prix littéraires. Outre la célèbre «série Wallander», il est l'auteur de romans ayant trait à l'Afrique ou à des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.