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mercredi 28 août 2019

Les quatre finaliste.e.s du Prix du roman Fnac

Ce sont quatre romancières qui ont été retenues dans la longue liste de la première sélection effectuée il y a un certain temps déjà pour le Prix du roman Fnac 2019. On ne songera pas à regretter l'absence de romanciers dans le choix, car tout ce qu'on pressent de la qualité des titres restants encourage à leur lecture.
La lauréate sera connue le 2 septembre et sera à l'honneur le 20 pour l'inauguration su salon Fnac livres. Mais soyez curieux, lisez-les toutes.

  • Cécile Coulon. Une bête au paradis (L'Iconoclaste)
  • Bérangère Cournut. De pierre et d'os (Le Tripode)
  • Edna O'Brien. Girl (Sabine Wespieser), traduit de l'anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat
  • Monica Sabolo. Eden (Gallimard)

mardi 8 janvier 2019

Monica Sabolo : «Il y a une sorte de silence aquatique»


Le cinquième roman de Monica Sabolo, Summer, est une réussite. Summer a disparu quand elle avait dix-neuf ans, son frère Benjamin s’interroge encore, 24 ans après, sur son destin. La quête le conduit, par la psychanalyse, à l’intérieur de lui-même où il découvre des choses qu’il aurait, préféré ne pas savoir. Et aussi, avec la trame lâche d’un roman policier sans cadavre, à résoudre l’énigme de manière surprenante. Tout séduit dans un livre qui superpose, avec une grâce d’écriture de chaque instant, les images du passé et les questions du présent – les certitudes du temps où Summer était là et les doutes qui, depuis, se sont installés en rongeant le personnage principal.
Au début du roman, la présence du lac Léman, les visions qu’a Benjamin de Summer immobile sous la surface et la citation d’« Ophélie » de Rimbaud en exergue, tout cela évoque des images un peu trompeuses…
Oui, parce que ce n’est pas vraiment le personnage principal.
Vous jouez beaucoup à tromper le lecteur.
Au final, en effet, on dirait que je suis rouée. Mais je ne l’ai pas fait exprès. En fait, l’histoire s’est construite en même temps que je l’écrivais. Au point de départ, j’avais très envie d’écrire sur le lac, sur l’eau. Et aussi sur la disparition : comment vit-on avec les êtres qu’on aimait et qui ne sont pas morts, mais auxquels on n’a plus accès ?
La disparition de Summer est-elle une sorte d’évaporation, quand tout file entre les doigts ?
Tout est liquide, comme les personnages sous l’eau. Il y a quelque chose d’un mouvement qui berce, de paroles qui ne sont pas forcément entendues ou qui ne sont même pas prononcées, une sorte de silence aquatique.
A quel point le temps peut-il être suspendu ? Il l’est après la disparition de Summer, il semble l’être encore pour Benjamin, vingt-quatre ans après.
Est-ce qu’il est parti avec elle, est-ce qu’ils vivent dans un monde parallèle, à travers la surface d’une piscine ? Il s’est arrêté, il s’est évaporé lui aussi.
Il y a une dimension de fait divers : il arrive que des jeunes filles disparaissent. Y avez-vous pensé ?
Non, je n’ai pas vraiment pensé à ça. J’ai quand même toujours été très sensible aux disparitions sans réponse. Pas forcément les jeunes filles qui se volatilisent dans la nature mais, par exemple, les femmes de la place de Mai, en Argentine, qui sont dans cette quête et cette impossibilité de vivre parce qu’elles ne savent pas ce que sont devenus leurs enfants. Bien sûr qu’ils sont morts, mais il n’y a pas de corps, il n’y a pas eu de mots. Cela me touche très profondément.
L’absence de corps, c’est l’impossibilité de faire son deuil ?
Oui, c’est l’impossibilité de faire son deuil et d’avancer. Comment vivre avec des choses qui sont suspendues ?
Comme le temps suspendu, et cela participe à la cohérence d’un livre par ailleurs superbement écrit. Avez-vous beaucoup travaillé l’écriture ?
Beaucoup. C’était comme un chant, j’avais envie de travailler la poésie, quelque chose d’organique, parce que j’ai la sensation que c’est la nature sauvage qui raccroche au réel. Avec le cycle des saisons, les lumières, les odeurs qui reviennent, on ne peut pas échapper à ce qui s’est passé. Même si on n’en parle pas, même s’il y a un secret, même s’il y a des conventions, le monde sauvage est plus puissant.
Rien ne s’arrête, comme le dit en substance Benjamin ?
Oui, et c’est terrible. La famille, au bout d’un moment, continue de vivre comme si de rien n’était. Son prénom n’a pas été prononcé depuis des années.
Vers la fin du livre, qu’il faut taire, l’inspecteur Aebischer dit à Benjamin : « Vous savez ce que j’ai toujours trouvé étonnant avec votre famille ? C’est justement que personne ne semblait vraiment vouloir savoir où elle était, votre sœur. »
Parfois, les questions ne sont pas posées parce qu’on ne veut pas avoir les réponses. C’est d’ailleurs le courage de Benjamin. Il y va, il pose les questions et c’est une traversée qui va être difficile.
Benjamin s’est-il aussi construit au fur et à mesure de l’écriture ?
Sa personnalité était là à l’origine. J’ai grandi avec lui, je me suis glissé dans son corps à l’adolescence. Je trouvais plus facile d’aborder un homme à cet âge-là, je ne me sentais pas capable de le faire avec un homme adulte.
A cause de la réalité trouée du roman, on pense parfois à Patrick Modiano. Le rapprochement vous convient-il ?
Ça me touche beaucoup. J’adore Modiano, je trouve qu’il y a une telle puissance dans les trous de la mémoire…

vendredi 14 juillet 2017

Les premières sélections de la rentrée littéraire

Les critiques littéraires du Monde sont-ils adhérents à la Fnac? Voire libraires dans les mêmes grandes surfaces culturelles, en raison de leur faible salaire? L'idée traverse l'esprit après la publication des sélections pour le Prix littéraire Le Monde (annonce le 8 septembre) et pour le Prix du roman de la Fnac (le 14 septembre). Sur les onze titres de la première liste, six ont été aussi retenus par la Fnac. Celle-ci, il est vrai, ratisse beaucoup plus large avec 35 ouvrages, dont 9 en traduction. Là où le quotidien du soir se limite au domaine français.
Il n'est pas sans intérêt de croiser ces sélections pour mettre en évidence les six romans présents dans les deux. Les voici:
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)
Vous ai-je déjà dit que j'avais été très séduit par les livres de Sorj Chalandon et de François-Henri Désérable?
Si j'observe aussi la sélection du Prix Stanislas réservé à un premier roman, je constate que Pierre Souchon en est absent tandis que Jean-Baptiste Andrea (Ma reine, L'Iconoclaste) et Sébastien Spitzer (Ces rêves qu'on piétine, L'Observatoire), retenus à Nancy, le sont aussi par la Fnac.
Sont-ce là les premières tendances de la rentrée à venir? Il est trop tôt pour l'affirmer. Contentons-nous, pour l'instant, d'enregistrer ces frémissements et de vous fournir les deux nouvelles sélections. (Celle du Prix Stanislas vous a été livrée ici, et un récapitulatif des différentes sélections, qui a pour vocation d'être largement étoffé - avant de se réduire, car c'est la règle - est disponible ici.)

Prix littéraire Le Monde (8 septembre)

  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Patrick Deville. Taba-Taba (Seuil)
  • Pierre Ducrozet. L'invention des corps (Actes Sud)
  • Anne Godard. Une chance folle (Minuit)
  • Camille Laurens. La petite danseuse de quatorze ans (Stock)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)

Prix du roman de la Fnac (14 septembre)

  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Brit Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Anne et Claire Berest. Gabriële (Stock)
  • Jean-Marie Blas de Roblès. Dans l'épaisseur de la chair (Zulma)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • Léonor de Recondo. Point cardinal (Sabine Wespieser)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Pauline Dreyfus. Le déjeuner des barricades (Grasset)
  • Jenni Fagan. Les buveurs de lumière (Métailié)
  • Yves Flank. Transport (L'Antilope)
  • Emily Fridlund. Une histoire des loups (Gallmeister)
  • Claudie Gallay. La beauté des jours (Actes Sud)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Nathan Hill. Les fantômes du vieux pays (Gallimard)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Aline Kiner. La nuit des béguines (Liana Levi)
  • Lola Lafon. Mercy Mary Patty (Actes Sud)
  • Charif Majdalani. L'empereur à pied (Seuil)
  • Gilles Marchand. Un funambule sur le sable (Aux forges de Vulcain)
  • Gaëlle Nohant. Légende d'un dormeur éveillé (Héloïse d'Ormesson)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Eric Reinhardt. La chambre des époux (Gallimard)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Jean-Luc Seigle. Femme à la mobylette (Flammarion)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Sébastien Spitzer. Ces rêves qu'on piétine (L'Observatoire)
  • Martin Suter. Eléphant (Christian Bourgois)
  • Thomas Vinau. Le camp des autres (Alma)
  • Richard Wagamese. Jeu blanc (Zoé)
  • Colson Whitehead. Underground railroad (Albin Michel)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)
P.-S. A propos du Monde, Eric Chevillard annonce ce matin dans son blog, L'Autofictif, qu'il ne reprendra pas son feuilleton des pages livres à la rentrée. Il me manquera.

jeudi 7 novembre 2013

Au Prix de Flore, tout cela n’a rien à voir avec un roman traditionnel

Forcément : à la deuxième page de texte, MS envoie un message à Alexandra M dans lequel elle lui parle du probable futur chef de rubrique cinéma : « Je l’ai appelé, je lui ai donné rendez-vous au Flore. » C’est donc très logiquement que Tout cela n’a rien à voir avec moi, de Monica Sabolo, a reçu le Prix de Flore, au premier tour avec 8 voix, contre 4 à Flore Vasseur pour En bande organisée (Equateurs).
Ce livre est assez singulier – et le dire n’est rien. Il ressemble à un collage de bribes autobiographiques, ou qui pourraient l’être, où la part de l’illustration est presque aussi importante que le texte. Instantanés, objets, images détournées par quelques ajouts selon l’humeur, pages de dictionnaires, le plan d’un bureau… Quant aux textes, ils vont du sms à la réflexion en passant par des éclats de récits et des pages de Frédéric Berthet – quelques lettres au même Frédéric Berthet, aussi, la plupart après que l’épistolière a appris sa mort.
Il faudrait presque fournir le mode d’emploi avec le « roman », appelons-le quand même ainsi puisque le genre a une incroyable capacité à absorber tout ce dont on le nourrit, serait-ce dans le désordre.
On plutôt, non : il ne fallait surtout pas proposer de mode d’emploi. Le livre se suffit à lui-même dans son fonctionnement aléatoire (en apparence, si on creuse peut-être tout cela est-il très organisé), laissez-vous faire, vous verrez bien ce qui arrive.