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jeudi 25 octobre 2018

Camille Pascal, Grand Prix du roman de l'Académie française

C'est un peu ce que je craignais: le roman qui me séduisait le moins parmi les quatre derniers sélectionnés remporte le Grand Prix du roman de l'Académie française. Camille Pascal, historien et politique, est dont le lauréat 2018 pour L'été des quatre rois, épais sac de nœuds qui décortique deux mois (juillet-août) de l'année 1830.
La France tremble, le pouvoir ne réalise pas que le peuple aspire à un autre régime. Les rois se succèdent, la Cour est décrite en détail et nous n’ignorons rien des manœuvres qui se jouent en coulisse. Mais les acteurs principaux restent anonymes et seules des marionnettes s’agitent en vain, croyant préserver ce qui fait, pensent-elles, leur légitimité. Un roman très documenté, écrit dans une belle langue classique, mais un peu creux.

mercredi 28 septembre 2016

Rentrée littéraire, une tradition ancienne

Je reviendrai, au moins ailleurs (dans Le Soir), sur le Dictionnaire amoureux des écrivains et de la littérature, que Pierre Assouline a récemment publié dans une collection devenue célèbre. Pour dire, d'abord et surtout, le plaisir que j'ai pris à le lire - et non à le feuilleter, comme on imagine qu'un dictionnaire invite plutôt à le faire. Et un tas d'autres choses, piquées dans les différentes entrées d'un livre très excitant par les horizons qu'il ouvre.
Je ne m'arrêterai aujourd'hui que sur un aspect de la vie du livre évoqué sous le titre "Rentrée littéraire". On y est en plein, le moment est idéal. Pierre Assouline est résolument favorable à ce phénomène pourtant décrié d'abondance (en raison, précisément, de l'abondance qu'elle provoque).
Rituel typiquement français. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer, je n’en démords pas, malgré l’idée reçue selon laquelle il convient de toujours s’en plaindre, de la décrier et de la dénoncer. Que celui qui l’a inventée s’avance afin que nous lui tressions une couronne de lauriers.
Il pose, dans ce texte, une question que je me suis souvent posée aussi: à quand remonte l'invention de la rentrée littéraire? Je ne prétend pas y apporter une réponse définitive, mais quelques incursions dans la presse française au papier jauni par le temps apporteront des éléments à ceux qui se demandent aussi de quand date cette histoire. On remonte assez loin, en 1890, et on s'arrêtera avant la Seconde Guerre mondiale.

La « rentrée » des romans
Les romans reviennent – avec les marchands de marrons et les ramoneurs. Et déjà une vigie pourrait signaler à l’horizon leur troupe qui s’approche, précédée par une compagnie d’avant-garde. Encore un peu de temps et le gros du bataillon va faire irruption, tout à coup.
Paul Ginisty, Gil Blas, 12 octobre 1890.

La librairie, comme le théâtre, a ses vacances. Mais la rentrée littéraire s’annonce bien puisqu’au seuil nous trouvons cette année l’œuvre admirable que l’Aurore a publiée en feuilleton : Fécondité, d’Emile Zola.
C. Aubert, L’Aurore, 23 octobre 1899.

D’autres auteurs, d’autres volumes, me sollicitent en cette semaine de rentrée littéraire très chargée d’œuvres.
Edouard Petit, Le Journal du dimanche, 26 octobre 1902.

La « rentrée » littéraire suit de peu la rentrée des tribunaux et précède habituellement de deux semaines la rentrée parlementaire.
Robert de Saint Jean, La Revue hebdomadaire, 1er novembre 1930.

La rentrée littéraire est encore imprécise. Nous ne manquerons pas de lecture, assurément. Mais faut-il attendre quelque révélation, quelque chef-d’œuvre, quelque génie nouveau ? Il est encore trop tôt pour le présumer.
André Rousseaux, Le Figaro, 29 septembre 1929.

Est-ce déjà la rentrée littéraire ?
Les critiques ont reçu, la semaine dernière, le nouveau roman de M. Henri Duvernois, « La Maison Camille ».
Une charmante artiste, voisine du romancier, au cap d’Antibes, lui en faisait compliment :
— Voilà que vous imitez les Anglais… lui dit-elle.
— Comment cela ?
— Hé oui ! vous tirez le premier !
— Espérons, fit en souriant M. Henri Duvernois, que mes lecteurs ne se plaindront pas du coup de fusil !
Les Nouvelles littéraires, 31 août 1935.

On parle de la rentrée littéraire des nouveaux livres : notre ami Roger Vercel est des premiers à ouvrir la saison avec un roman, Remorques, auquel il songeait déjà lorsqu’il reçut le prix Goncourt.
A.-V. de Walle, L’Ouest-Eclair, 24 septembre 1935.

M. François de Roux fait ce soir, à 17 heures, une conférence sur « la rentrée littéraire » au Cercle des chambres syndicales de France, 16, rue Volney.
Le Journal, 29 octobre 1935.

La rentrée littéraire d’octobre s’accompagne, chaque année, de rumeurs plus ou moins fantaisistes, plus ou moins tendancieuses.
D., Le Journal, 5 octobre 1938.

La rentrée littéraire d’octobre 1938 nous a rapporté un nombre considérable de romans écrits par des femmes.
Georges Poupet, cité par Lucienne Simmer, L’Homme libre, 15 novembre 1938.

Voilà qui situe, dans la version ancienne de la rentrée littéraire, son temps fort en octobre. On n'en est plus là, et l'entrefilet, cité ci-dessus, des Nouvelles littéraires paru le 31 août 1935 laissait déjà prévoir une rentrée précoce. On sait ce que c'est devenu, avec une déferlante dès la mi-août.

lundi 7 septembre 2015

Zut ! Claire Chazal va encore écrire...

Que fait-on, quand on porte un nom rendu célèbre par une fonction populaire et qu'on perd son job? En général, on écrit un livre, peut-être même un roman. Claire Chazal, qui risque maintenant d'avoir du temps devant elle, est bien capable de remettre cela. Car, oui, elle l'a déjà fait. La preuve par cette rencontre, en 1997, à laquelle elle n'avait pas semblé prendre plus de plaisir que moi...

Entre deux rendez-vous avec les journalistes qui défilent, dans un hôtel bruxellois, pour lui poser des questions à propos de son premier roman, Claire Chazal donne rapidement un ou deux coups de téléphone. « C’est la vie d’une rédaction, j’aime beaucoup ça, dit-elle, y aller, sentir ce qui se passe. On est quand même cent cinquante à deux cents à fabriquer ce journal, il est donc important de rester en contact. »
Il n’empêche que le roman est là et qu’il convient d’en parler. L’institutrice raconte l’histoire d’une jeune femme, institutrice (qui l’eût cru ?) en Auvergne après la seconde guerre mondiale. Partagée entre deux hommes et l’ambition de monter à Paris, elle se cherche et on devine qu’elle choisira la voie d’une carrière brillante – comme Claire Chazal ?
« Je suis partie de l’histoire de mes parents. J’admire, chez eux, leur ascension sociale, leur courage, leur travail, l’idée qu’il faut quitter son milieu d’origine et s’élever. Après, le caractère de Jeanne, mon héroïne, s’est forgé au fil des pages et s’est rapproché du mien. »
On peut se demander pourquoi Claire Chazal, qui avait déjà publié un livre consacré à Balladur, s’est sentie obligée de passer au roman. Elle a sa réponse toute prête, qu’elle a déjà dû proposer à cent autres interlocuteurs : « J’ai toujours attaché beaucoup d’importance à l’écrit. C’est l’art suprême, d’ailleurs, ancré dans la culture française. Il y a donc deux choses : c’est une façon de dire aux gens que je ne suis pas seulement une présentatrice ; c’est aussi une thérapie personnelle, par rapport au travail que j’accomplis quotidiennement, entre stress et dépression. »
Claire Chazal fait entrer en ligne de compte le sens de sa vie, au cours de laquelle on n’accomplit que peu de choses, finalement. Parmi ses valeurs fondamentales, l’enfant et le livre – et, maintenant, les deux sont faits. Que reste-t-il pour l’avenir ? « Je ne sais pas, répond-elle… »
Toujours est-il qu’elle a pris une heure ou deux, par-ci par-là, pour mener à bien l’écriture de ce roman. Capable d’ouvrir, dans sa tête, le tiroir romanesque entre le journal de treize heures et celui de vingt. « Il m’est arrivé d’avancer un peu dans cet intervalle… »
Elle affiche ses goûts littéraires, et d’abord ses dégoûts : « Je n’aime pas le baroque, le flamboyant, la débauche d’adjectifs. J’aime les choses sèches, courtes, ramassées, suggérées. Et j’espère m’en être approchée. »
Malheureusement pour elle, il ne suffit pas d’aligner les unes derrière les autres des phrases composées d’un sujet, d’un verbe et d’un complément (c’est à peine une simplification) pour faire vivre des personnages et leur monde. Elle ne cache pas qu’elle a eu de la chance : après avoir montré quelques dizaines de pages à un éditeur, celui-ci l’a encouragée à continuer. Et, c’est tout à son honneur, elle n’est pas dupe de ce qui lui arrive : « Je pense avoir un grand privilège puisque j’ai été éditée et que je suis un peu vendue. Mais, parfois, je me dis que c’est usurpé. Parce que, bien entendu, je sens très bien que je suis éditée parce que je suis à la télévision. Et les gens achètent le livre parce qu’ils espèrent y trouver quelque chose de moi. »
A la question : « Pensez-vous que, si vous n’aviez pas été Claire Chazal, votre roman aurait eu une chance d’être publié ? », elle n’oppose qu’une réponse timide : « Je ne sais pas. J’espère que oui… »
Ce n’est pas plus convaincant que le texte, sur la lecture duquel il vaut mieux juger un livre plutôt que sur la notoriété de son auteur. Comment le dire autrement ? L’institutrice est un roman de débutante à qui il est difficile de prévoir un avenir d’écrivain…

jeudi 3 septembre 2015

La première liste du Goncourt entre en scène

Dans une fiction radiophonique que diffuse cette semaine France Culture, on l'appelle simplement "la liste". Septembre rouge est certes une caricature des milieux littéraires à la rentrée, quand éditeurs et auteurs espèrent une présence dans la première sélection du Goncourt. Comme toute caricature réussie, celle-ci est à la fois ressemblante par certains aspects et cruelle par d'autres - parfois, ce sont les aspects les plus ressemblants qui sont aussi les plus cruels, d'ailleurs...
Cette liste, c'était aujourd'hui. Et je ne vais pas abuser de votre patience, la voici:

  • Christine Angot, Un amour impossible (Flammarion)
  • Isabelle Autissier, Soudain, seuls (Stock)
  • Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L)
  • Olivier Bleys, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (Albin Michel)
  • Mathias Enard, Boussole (Actes Sud)
  • Nicolas Fargues, Au pays du p’tit (P.O.L)
  • Jean Hatzfeld, Un papa de sang (Gallimard)
  • Hédi Kaddour, Les Prépondérants (Gallimard)
  • Simon Liberati, Eva (Stock)
  • Alain Mabanckou, Petit Piment (Seuil)
  • Tobie Nathan, Ce pays qui te ressemble (Stock)
  • Thomas B. Reverdy, Il était une ville (Flammarion)
  • Boualem Sansal, 2084 (Gallimard)
  • Denis Tillinac, Retiens ma nuit (Plon)
  • Delphine de Vigan, D'après une histoire vraie (Lattès)

Soit, pour mesurer la présence des différentes maisons d'édition, trois romans parus chez Gallimard, autant chez Stock, deux chez P.O.L. et Flammarion, un chez Albin Michel, Actes Sud, Seuil, Plon et Lattès. Soit quinze titres, dont aucun chez Grasset (par exemple, mais pas tout à fait au hasard).
Je n'ai pas tout lu - la moitié, si je compte le demi (mais éblouissant) Boussole dans lequel je suis pour l'instant. Mais je peux dire déjà combien les romans de Christine Angot et d'Alain Mabanckou m'ont déçu, sans surprise pour la première nommée (car, non, elle n'a pas changé autant qu'on le dit ici ou là), à mon grand étonnement pour le deuxième (l'impression qu'il a oublié d'écrire son livre).
Pas de favori pour l'instant, j'attends d'en avoir lu davantage...

lundi 21 juillet 2014

Pour ne pas oublier Nadine Gordimer

J'étais absent - en province et peu connecté - quand j'ai appris la mort de Nadine Gordimer, à un âge certes respectable. Malgré une actualité qui, hors littérature surtout, avait tout pour secouer tout le monde, c'est sur cet événement que je veux m'arrêter au moment de reprendre le cours normal des jours. A travers un article que j'avais écrit en 1998 (la date est importante pour situer les allusions au présent... d'alors) sur L'arme domestique, un roman qui venait d'être traduit chez Plon, a été réédité un peu plus tard en poche chez 10/18 et est, semble-t-il, épuisé sous l'une et l'autre forme aujourd'hui. Peut-on espérer le voir resurgir ou faudra-t-il que des pirates s'en emparent?
Nadine Gordimer, qui vient d'être nommée ambassadrice du programme des Nations unies pour le développement, n'en aura jamais fini avec son pays, l'Afrique du Sud. Bien sûr, la situation y a considérablement changé depuis la fin de l'apartheid. Mais celui-ci est encore trop inscrit dans le passé de ceux qui l'ont vécu pour ne pas laisser des traces dans les comportements. Des comportements que la romancière explore, dans L'arme domestique, en exploitant la situation particulière dans laquelle se trouvent quelques personnes.
Les Lindgard sont un couple de blancs bien tranquilles. Harald est administrateur dans une société qui octroie des prêts aux sans-abri pour leur permettre de se loger. Claudia est médecin. Ils n'ont jamais milité, au temps de l'apartheid, dans les mouvements qui luttaient contre lui. Ils ne se sont jamais non plus, semble-t-il, comportés comme ceux de leur race qui estimaient que le pouvoir et les richesses leur étaient dus. Malgré tout, ils ont vécu dans une société emplie de préjugés par lesquels ils n'ont pas été complètement épargnés. Leur fils, Duncan, a évolué plus vite et plus loin. Il vit en compagnie de Natalie, qu'il a sauvée d'un suicide, et partage une existence presque communautaire avec elle et trois homosexuels de couleurs diverses.
Un soir, un ami de Duncan débarque chez ses parents, porteur d'une mauvaise nouvelle: le jeune homme est en prison, accusé d'avoir tué un des trois hommes qui habitaient avec lui, au lendemain de l'avoir surpris occupé à faire l'amour avec Natalie. Les faits sont accablants, Duncan les reconnaît d'ailleurs, et c'est une véritable bombe qui explose sur la tête des Lindgard. Passé le premier moment de stupéfaction pendant lequel ils n'arrivent pas à y croire, ils ne pensent plus qu'à assurer la meilleure défense possible à leur fils. Duncan a déjà, en fait, choisi son avocat dont il dit qu'il est un ami. Cet ami, Hamilton Motsamaï, est noir... Harald et Claudia ne peuvent s'empêcher de craindre qu'il ne soit pas à la hauteur. Les fameux préjugés... Il leur faudra du temps pour être apprivoisés par un homme brillant, intelligent et bon.
Encore n'est-ce pas là pour eux le plus difficile. Si leur fils leur a toujours semblé un être raisonnable, ils ont maintenant à le connaître plus complètement, en fonction du travail accompli par une justice qui, sous les apparences, cherche à savoir qui il est, et découvre quelques aspects cachés qui ne sont pas toujours des plus plaisants. Sa relation avec Natalie était, par exemple, marquée par une volonté de pouvoir assez forte pour que la jeune femme - elle n'est pas une sainte non plus - en ait souvent souffert. Au point de pouvoir dire qu'entre l'eau où elle voulait se noyer et la vie avec Duncan, elle a choisi cette dernière car elle ressemblait plus sûrement à un suicide. Par ailleurs, Duncan avait eu, plus tôt, une relation homosexuelle avec l'homme qu'il a tué, et cela ne simplifie pas les choses.
Et puis, il y a l'arme, L'arme domestique qui donne son titre au roman. Un revolver qui se trouvait posé sur la table du salon, comme un objet familier, et que Duncan a saisi sans s'y être préparé pour abattre son ami. La présence de l'arme au milieu de la vaisselle témoigne d'un climat d'insécurité régnant dans l'Afrique du Sud aujourd'hui. Tous les problèmes ne sont donc pas résolus, loin de là, et la violence ambiante pèse lourdement sur les personnages du roman.

Un roman qui a quelque chose d'américain, dans la grande tradition des ouvrages de fiction consacrés à des procès dont toute la procédure constitue l'essentiel de la trame romanesque, mais qui s'inscrit aussi dans le regard d'un écrivain attaché à rendre compte de ce qui se passe dans son voisinage proche. Les êtres décrits ici sont contraints par les circonstances de se situer plus exactement dans une société où ils se trouvaient jusqu'alors démunis de toute conscience profonde. On les suit, dans cette plongée en eux-mêmes, avec l'attention passionnée que l'on met à considérer les bonheurs et les malheurs d'amis proches.

mardi 15 avril 2014

Donna Tartt, Prix Pulitzer pour la fiction

Pour la liste complète des Prix Pulitzer qui viennent d'être attribués, c'est ici. On ne lésine pas sur le nombre de récompenses. Je me satisfais aisément avec la lauréate pour la fiction, Donna Tartt, romancière rare - un roman tous les dix ans - mais ambitieuse et qui possède les moyens de son ambition.
Un tableau, à peine dévoilé par la couverture du livre sous une déchirure de papier, et deux explosions. Un des angles, pas le seul, sous lequel peut être envisagé Le chardonneret, troisième roman de la romancière américaine Donna Tartt, aussi ample, aussi touffu que les précédents. Comme eux, un plaisir de lecture long et intense.
Le tableau fournit le titre du roman. Il est l’œuvre de Carel Fabritius, peintre néerlandais du 17e siècle mort à Delft en 1654 lors de l’explosion de la poudrière de la ville. La deuxième explosion est un attentat de notre époque, un 10 avril à New York, au MoMa, alors que Theo et sa mère visitent une exposition dans laquelle se trouve le tableau de Fabritius. Quatorze ans plus tard, alors qu’il se trouve dans un hôtel d’Amsterdam et que Le chardonneret occupe toujours une place importante dans sa vie, Theo rêve de sa mère pour la première fois depuis longtemps, avec la culpabilité qu’il éprouve chaque fois qu’il pense à elle : il se croit responsable de sa mort ce jour-là, l’arrêt au musée s’étant produit sur le chemin du collège dont Theo venait d’être exclu temporairement.
Plutôt que le tableau, le premier que sa mère dit avoir aimé grâce à une reproduction trouvée dans un livre, Theo avait remarqué une fille qui visitait aussi l’exposition avec un vieil homme à cheveux blancs. Puis, alors qu’il était séparé de sa mère, « il y eut un éclair noir et des débris furent balayés vers moi puis tournoyèrent, après quoi le grondement d’un vent chaud me heurta de plein fouet et me projeta de l’autre côté de la salle. » Près de lui, quand Theo reprend conscience, le vieil homme semble lui désigner Le chardonneret, puis il lui donne une bague en expliquant où il devra l’apporter. Le garçon de treize ans, choqué mais entier, se trouve chargé d’une mission en même temps que d’un chef-d’œuvre qui n’a pas fini de l’éblouir. Ni de lui pourrir la vie.
Car, ne sachant que faire du petit tableau, légèrement plus grand qu’une feuille A4, et n’ayant surtout aucune envie de s’en séparer, il laisse passer trop de temps pour qu’il lui soit encore possible de le restituer sans d’embarrassantes explications. Theo a, en outre, des préoccupations immédiates : où va-t-il vivre ? Son père s’était déjà enfui, il n’a plus sa mère, il échoue dans la famille d’un ami de collège mais la situation ne peut être que provisoire.
On a beau s’attacher à Theo pendant quatorze ans, on est obligé de reconnaître qu’il gardera toujours un côté voyou. Moins cependant que Boris, devenu son meilleur ami et son complice de bêtises adolescentes à Las Vegas où Theo vit quelque temps chez son père qui s’est souvenu de l’existence d’un fils, imaginant simultanément qu’il pourrait payer ses dettes de jeu grâce à l’argent déposé sur un compte au nom de ce fils.
Les aventures s’enchevêtrent de manière inextricable, la bague du vieil homme ayant aussi permis à Theo de retrouver Pippa, la fille du Musée et de rencontrer son oncle Hobie, avec qui il travaillera, remontant sa boutique d’antiquités chancelante au prix de manœuvres très peu orthodoxes. N’essayons pas de résumer : le parcours d’ensemble est aussi excitant que sont touchants les moments sur lesquels s’attarde Donna Tartt.
Et cette belle réussite se conclut par une méditation désenchantée sur le sens de la vie, où tout serait sombre s’il n’y avait eu la lumière émanant du tableau.

mercredi 6 novembre 2013

Le Femina essai aux deux Enthoven (et à Proust)

Premier tour: sept voix pour Proust contre trois à Flaubert. Ou plutôt, sept voix au Dictionnaire amoureux de Proust, de Jean-Paul et Raphaël Enthoven, et trois au Flaubert de Michel Winock (Gallimard). J'avais interrogé Raphaël Enthoven à propos de leur travail commun sur ce dictionnaire. Une partie de l'entretien était parue dans le Soir, en voici l'intégralite.

Dans cet ouvrage écrit à deux, les auteurs font parfois entendre leur voix individuelle. Vous n’étiez pas d’accord sur tout ?

En fait, nous étions en désaccord sur à peu près tout. Mais on était d’accord pour ne pas nous entendre. Le hasard a voulu que nous ayons en cours, lui et moi, deux lectures cardinales de La recherche du temps perdu, l’une plus biographique, l’autre plus interne ou plus intègre, ça dépend des points de vue. Et on s’est dit qu’un dictionnaire sur Proust manquerait de quelque chose s’il n’était écrit que sous un seul angle.

De ce désaccord, vous avez donc fait un argument ?

Nous avons fait une nécessité. Il nous est apparu nécessaire de travailler ensemble à partir du moment où nous n’étions pas d’accord sur le sujet qu’on abordait.

Vous n’étiez pas a priori ce que vous appelez souvent des proustologues. Pourrait-on dite que vous étiez des proustophiles ?

Oui, amoureux de Proust, tout simplement. Des proustologues, vous en avez dans tous les registres. Vous avez des spécialistes de la question du velouté chez Proust – Jean-Pierre Richard avait écrit un beau livre là-dessus. Vous avez des spécialistes de la question des cristaux chez Proust, c’est infini. L’idée n’était pas d’être original à tout prix, mais de parier sur le fait que l’originalité éventuelle du livre viendrait comme une propriété émergente de l’attention portée aux impressions que l’auteur avait faites à chacun des deux. Partielles, désinvoltes mais complémentaires.

Vous rendez hommage à quelques grands proustologues en leur consacrant des articles du dictionnaire, comme Philip Kolb et Jean-Yves Tadié. Quelques autres font l’objet d’une légère ironie. Vous exposez leurs thèses, puis vous dites qu’on va en rester là…

L’honnêteté commande de vous dire que les éloges ou l’ironie que vous avez remarquée sont l’œuvre de mon père. Il me semblait indispensable de parler éloquemment d’Antoine Compagnon, de Jean-Yves Tadié ou de Philip Kolb dont le travail est fondamental et admirable. D’autres démarches autour de La recherche – on ne juge personne – prêtent à sourire, et c’était l’occasion d’un sourire de plus.

Le sourire, vous le provoquez aussi par des articles ludiques, comme celui sur l’onomastique avec la proposition d’un concours qui se terminera à la fin du prochain millénaire par la remise au vainqueur de son poids en sachets de thé, ou le questionnaire, Swann disparu à la manière de Perec… Ce côté ludique, pourquoi l’avoir voulu ?

Proust est une invitation au rire en permanence, une invitation constante au jeu. On aurait eu mauvaise grâce à ne pas se plier à ce genre d’exigence ou d’obligation. Quant à Perec, il se trouve qu’Aloysius Swann dans La disparition est un personnage cardinal de ce roman que je tiens pour un roman métaphysique beaucoup plus qu’une prouesse et il me semblait indispensable de faire quelque chose là-dessus.

Dire que Proust est essentiel paraît une évidence. Est-il possible de dire pourquoi en quelques mots ?

Il y a beaucoup de raisons à cela. Il est essentiel parce qu’il transforme chacun de nos chagrins, chacune de nos douleurs en matière première, en objet d’intérêt. Il rend les douleurs intéressantes, c’est une pédagogie de la douleur. Il n’y a aucun dolorisme chez lui, aucune complaisance dans la douleur mais il y a en revanche une façon de considérer que la douleur est soluble dans l’intérêt qu’on lui trouve. C’est fondamental. Il est essentiel aussi parce qu’il fait partie de ces romanciers qui ne distraient pas du monde mais qui nous y ramènent. Lire A la recherche du temps perdu, c’est retrouver le monde, séparément du besoin qu’on en a ou des préjugés qu’on y dépose. C’est une prouesse qui a ses vertus sur chaque lecteur. Il est essentiel aussi parce qu’aucun romancier n’a manifesté autant de difficulté pour un mot, pour dire la chose qu’il désigne. Mon père interprète les phrases longues comme l’effet de l’asthme, expliquant qu’un homme au souffle court devait écrire long, tandis que je les vois comme des façons de tourner autour de l’objet à désigner.

En ce sens, le rapprochement avec Modiano est très juste.

C’est de mon père. Mais, pour une fois, je suis tout à fait d’accord avec lui.

Il a provoqué des querelles d’écoles : Proust contre Sainte-Beuve, Proust ou Céline, rarement les deux, Proust ou Stendhal… C’est un tel monument qu’on ne peut pas le contourner, donc il faut bien l’opposer aux autres ?

Il faut faire des différences entre les binômes. Stendhal, délibérément, ne sait pas où il va quand il travaille. Céline est fielleux, méchant, détestable et pourtant génial malgré son abus des points-virgules. Quant à Sainte-Beuve, c’est une partition fondamentale. Peut-on considérer que La recherche est un grand paravent destiné à masquer l’homosexualité de son auteur, ou bien que l’auteur et le narrateur n’ont rien à voir et qu’en définitive le livre se suffit à lui-même ? C’est autour de cette partition qu’on a composé le dictionnaire.

Votre analyse est très nuancée…

Il est impossible d’être unilatéral. On a vérifié l’un et l’autre l’insuffisance de nos points de vue. C’est la raison pour laquelle, pour certaines entrées, on a inversé les rôles : mon père s’occupe de philosophie et je m’occupe de biographie, d’histoire ou de sociologie…

Alors que, dans l’ensemble, c’était plutôt le contraire ?

Dans l’ensemble, c’est le contraire, oui. Mais on ne s’était pas vraiment réparti les tâches. Ca s’est fait tout seul.

Chacun apportant sa pierre au fur et à mesure du travail ?

Oui, c’est exactement ça, sans se concerter, d’ailleurs. On s’envoyait nos entrées en se moquant l’un de l’autre.

J’ai très mal lu votre livre puisque je l’ai lu comme on ne fait jamais avec un dictionnaire, c’est-à-dire du début à la fin.

Pourquoi pas ?

Parce que cette manière de lire met en évidence des répétitions puisque certains éléments interviennent dans plusieurs entrées. Le mot de Barrès, par exemple, « je l’avais toujours cru juif », la fameuse scène de la chambre 43, etc.

Oui, le fait qu’il ne se lise pas de manière linéaire et qu’on puisse aller d’un renvoi à l’autre, à mon avis, dissipe ce désagrément ?

Une chose vous appartient peut-être très personnellement dans l’article sur Forcheville. On y lit ceci : « les quatre voyelles et les sept consonnes qui composent son patronyme »… Difficile de ne pas penser à une chanson !

Je ne suis pas l’auteur de l’article de l’auteur sur Forcheville, donc je serais bien en peine de vous répondre. En revanche, le personnage de Forcheville est très intéressant. C’est le dernier mot que Proust a écrit. Il a fallu qu’il s’effondre sur un personnage secondaire, tertiaire…

Combien de temps avez-vous travaillé à ce livre ?

Mon père, trente ans plus un an et demi, et moi, huit ans plus un an et demi. Mais un an et demi pleinement, quotidiennement.

mardi 30 juin 2009

Avec vue sur la rentrée littéraire (36) - Plon

Honorable et ancienne maison, Plon a longtemps fait dans la discrétion sur le terrain du roman. Le renouveau de la collection "Feux croisés" et une nouvelle politique d'auteurs lui ont rendu une place confirmée cette année par six titres, dont une traduction et un premier roman - tardif à plusieurs titres, puisqu'il est signé Daniel Mesguich et sort en septembre.

Philippe Carrese, Enclave (20 août)

A la fin de la seconde guerre mondiale, les Allemands mis en fuite par l’avancée soviétique abandonnent à leur sort les détenus d’un camp slovaque. Isolés au cœur des monts Tatras, les prisonniers oubliés du reste du monde, doivent se réorganiser dans ce temps suspendu. Ils reconstituent un fonctionnement politique: la République de Medved’.
Sur les pages de son petit cahier rouge, le jeune Matthias Statzlinger, 13 ans, trace de son écriture maladroite la chronique de ce peuple. Il écrit tout: l’horreur, l’espoir, les cycles de l’amour et des haines, le quotidien du camp, le courage, l’abnégation, les bassesses et l’ignominie. Il écrit pour conjurer la répétition des mécanismes et la reproduction des systèmes. Il écrit pour sauver l’enclave de l’oubli.
Une parabole sur les mécanismes du pouvoir, la capacité de soumission des hommes et l’inéluctable retour des réflexes despotiques.

Réalisateur et écrivain, Philippe Carrese est l’auteur de nombreux romans noirs (Tue-les, à chaque fois, 1999, Le bal des cagoles, Prix polar SNCF 2001, Les veuves gigognes, 2005) ainsi que des polars jeunesse (La grotte de l’aviateur, 2004, La malédiction de l’enclume, 2007, La nef des fous, 2008). Il reprend dans Enclave l’un de ses thèmes de prédilection, les bouleversements humains engendrés par l’histoire contemporaine.
www.philippecarrese.com

Isabelle Condou, La Perrita (20 août)

A Buenos Aires, un dimanche de mars 1996, Violetta prépare la réception qu’elle donne ce soir pour les 18 ans de sa fille.
A quelques kilomètres, dans la pampa argentine, Ernestina est également plongée dans les préparatifs de l’anniversaire qu’elle organise pour sa petite fille, une enfant qu’elle n’a jamais vue. Or il s’agit d’une seule et même jeune fille.
La petite Malvina a grandi sans connaître le drame qui a présidé à son existence. Elle est l’une de ces desaparecidos victimes de la dictature. Violetta, profitant de la position de son mari, officier compromis dans les exactions du régime, et rongée par la douleur de ne pouvoir enfanter, l’a enlevée à sa famille. Mais Malvina a fini par découvrir la vérité sur ses origines.
Durant cette journée unique, moment paradoxal pour ces trois femmes, les évènements et les révélations s’accélèrent. Et c’est l’histoire de tout un pays que l’on entrevoit, l’histoire de deux destins qui s’entremêlent, et la vie d’une jeune fille qui se construit.
Bouleversée par les manifestations des «Mères de la place de Mai», Isabelle Condou est partie plusieurs mois en Argentine à la rencontre des bourreaux et des victimes de ces années noires.

Isabelle Condou a publié deux romans (Il était disparu, Plon 2004, et Solitude de l’aube, qui a reçu la bourse Thyde-Monnier de la SGDL, Plon 2007). Franco-belge, elle vit en Gironde.

Léonora Miano, Les aubes écarlates. «Sankofa cry» (20 août)

Enrôlé comme enfant soldat, Epa a fui les troupes d’Isilo, le chef de guerre. Il a traversé le Mboasu pour échouer à «La Colombe», un centre qui recueille les enfants abandonnés. Là, il retrouve Ayané, l’héroïne de L’intérieur de la nuit et Musango, la fillette de Contours du jour qui vient. Il raconte son parcours d’enfant soldat : rapines, exécutions, viols…
Mais son récit est étrange: Epa dit avoir croisé plusieurs fois des ombres enchaînées demandant réparation pour les crimes du passé. Tout son périple est hanté par l’esprit des morts de la traite négrière, ceux qui ont péri pendant les traques et lors du voyage au-delà des mers. Mais bientôt, ces esprits viennent également hanter les murs de «La Colombe». N'ayant jamais été honorés sur le continent africain, les défunts le hantent et l'empoisonnent de leur amertume. Leur souffle imprègne le quotidien et cause, notamment, la folie et la violence que l’Afrique ne cesse de perpétrer contre elle-même.
Devenu conscient de l’aberration qui ronge le continent, Epa n’aura de cesse de rechercher les autres enfants soldats et de les ramener à la paix, dans leurs familles.
Convaincue de la nécessité de regarder en face ses propres ombres pour pouvoir les chasser, Léonora Miano développe dans Les aubes écarlates, son thème de prédilection: l’intériorité de ces peuples habités par une absence, une faille qui empêche l’estime de soi et la fraternité.

Léonora Miano achève avec ce roman, son triptyque consacré à l’Afrique après L’intérieur de la nuit, premier roman classé 5e dans la liste des meilleurs livres de l’année par la magazine Lire, puis Contours du jour qui vient, prix Goncourt des Lycéens 2006. Son dernier livre Tels des astres éteints (Plon 2008) était consacré aux afropéens. Léonora Miano vit à Paris. Elle est née à Doula au Cameroun. Comme tout le golfe de Guinée, ce pays a participé à la traite négrière.

Caroline Pascal, La femme blessée (20 août)

Elle incarne le charme suranné de la bourgeoisie française, lui l’ambition politique. Mariés depuis vingt ans, ils forment un couple idéal. Mais peu à peu, cette vie sur papier glacé tourne très banalement au vinaigre: Victoire est invitée à laisser la place. Le temps d’une crise le voile se déchire sur toute l’histoire du couple, son passé comme son avenir.
C’est un portrait de femme aussi sensible qu’inattendu que dresse Caroline Pascal; une femme blessée, tiraillée entre une tradition familiale et sociale anachronique, qui fait du silence la première des qualités et de l’adultère l’acte naturel du couple, et un puissant désir de liberté et d’épanouissement.
Et au fond cette femme en apparence si traditionnelle et parfois naïve n’est-elle pas la plus forte?

Normalienne agrégée, Caroline Pascal est universitaire. Elle a traduit en français les deux grands écrivains espagnols de la fin du XIXe siècle: Emilia Pardo Bazan et Benito Perez Galdos. Elle est l’auteur de deux romans, Fixés sous verre (Plon, 2003) et Derrière le paravent (Plon, 2005).

Hasan Ali Toptas, Les ombres disparues (20 août)
Traduit du turc par Noémi Cingöz

Un petit village turc. L’échoppe d’un barbier. Un homme entre se faire coiffer, il évoque son roman inachevé, ses yeux se perdent dans le lointain.
Sa voix renaît ailleurs, loin, dans l’échoppe d’un autre barbier, Cingil Nuri.
Mais Nuri a disparu.
Dans ce village d’Anatolie sans époque ni saison où la voix du narrateur nous emporte, les disparitions et les secrets rythment les jours. Et lorsque Nuri réapparaît, sorti de nulle part, c’est Colombe, la plus belle fille du village, qui s’envole à son tour.
Le maire désespère, les hommes déraisonnent, ils cherchent leurs disparus, l’échoppe du barbier s’est vidée.
Ne reste que le romancier, qui a laissé son histoire lui échapper.
Empruntant aux univers de Kafka et Borges, Hasan Ali Toptas fait émerger un monde à part, insaisissable, où les lois du temps et de l’espace ont disparu, tandis que ses personnages disparaissaient dans les montagnes turques. Poétique et énigmatique, ce roman abolit les frontières du récit, déploie des passerelles entre les mondes et les personnages, entraîne le lecteur dans les spirales d’un rêve.

Renouveau de la littérature turque, Toptas est né en 1958 à Baklan, dans le sud ouest de l’Anatolie. Issu d’un milieu modeste, il a enchaîné différents métiers tout en continuant d’écrire. Il a publié son premier recueil de nouvelles en 1987, puis huit romans, récompensés par de nombreux prix. Les Ombres disparues, son deuxième roman, a reçu le prix Yunus Nadi, avant d’être publié en Allemagne et découvert dans le monde entier. Récemment, son dernier roman, encore inédit en France, a reçu le prix littéraire le plus convoité en Turquie, le prix Orhan Kemal.

Daniel Mesguich, L'effacée (24 septembre)

Ellen a vingt-quatre ans. Depuis un mois, ou peut-être deux, elle s'est lancée dans l'écriture d’une thèse sur K. Hell le solitaire, acteur, metteur en scène et théoricien du théâtre aujourd'hui oublié.
Elle part à sa rencontre dans le sud de la France où elle connaît une étourdissante passion pour lui. Jusqu’à ce qu’il disparaisse. Ellen se lance alors à sa recherche, arpentant les rues de Marseille, accompagnée de pensées folles, de rêves et de cauchemars, et de quelque chose qui ressemble à de l'amour. Mais K. Hell a-t-il réellement existé? Ellen est-elle elle-même une fiction?
Prenant pour toile de fond le monde secret du théâtre, L'effacée est l'histoire de la déchirure de son rideau intérieur.
Borgès pour la métaphysique et Maïakovsky pour le théâtre, mais aussi Freud et Jouvet, sont les étoiles qui éclairent ce livre du cheminement. Et tout au long de ce roman, c’est la fascination de Daniel Mesguich pour Hamlet que nous retrouvons.

Daniel Mesguich est comédien et metteur en scène. Il enseigne au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique depuis 1983, et en est le directeur depuis 2007. Il a publié L'éternel éphémère (Verdier, 2006), un essai sur le théâtre. Ce livre est son premier roman.