mardi 16 décembre 2014

Un cortège d’amour et de mort

Vieille dame pleine d’énergie, Rose a presque 105 ans. Née arménienne en 1907, elle a traversé un siècle d’horreurs, à commencer par le génocide de son peuple. L’Histoire lui a enseigné la violence des hommes, ce qui ne l’a pas empêchée d’en aimer certains. Pas Himmler, quant même. Lui, elle a fait semblant de l’aimer parce qu’elle espérait sauver Gabriel et leurs enfants, raflés et déportés avec d’autres Juifs. Bien que Gabriel, plus familier de l’extrême-droite que de la synagogue, puisse être rangé parmi les ennemis de son peuple. La mort a souvent frappé autour de Rose avant qu’elle décide de se venger et de l’administrer elle-même. Telle est La cuisinière d'Himmler.
Savoureux, le roman de Franz-Olivier Giesbert épouse les soubresauts politiques et culturels du vingtième siècle. Les collaborateurs en tous genres en prennent plein la figure, de Jean-Paul Sartre – Rose préfère Simone de Beauvoir et son amant américain, dans les bras duquel elle est tombée aussi – aux maoïstes de Saint-Germain-des-Prés. Une succession de scènes fortes.

dimanche 14 décembre 2014

4000 fois le journal de Spirou



Pour un hebdomadaire de bande dessinée, il s’agit d’une exceptionnelle longévité : Spirou, qui a plusieurs fois légèrement modifié son titre, a sorti cette semaine un numéro 4000 « collector » très particulier, ainsi que très drôle. On vous en parle dans le détail, ainsi que d’une aventure commencée en 1938. 
On doit commencer la lecture par la dernière page, comme lorsqu’on saisit, sur un présentoir, n’importe quel livre ou magazine, qu’on retourne après avoir jeté un coup d’œil à la couverture. C’est de la folie. En slip, Fantasio, debout sur l’escalier métallique de ce qui ressemble à un hangar d’usine, avec à ses côtés Prunelle (rédacteur chez Spirou selon la version gaffeuse imposée par Franquin dans Gaston), gueule : « Attendez ! Rien n’est prêt, ne… N’ouvrez surtout pas le rideau ! » Trop tard, un vent sournois a déstabilisé nombre de personnages historiques du magazine et a même importé, dans cette dernière page, un Tintin à qui quelqu’un demande : « Qu’est-ce que vous fichez là, vous ? »
Il faut savoir, en effet, que Spirou et Tintin, dans leurs versions de magazines hebdomadaires, ont longtemps joué sur le même terrain et se sont livrés à une féroce concurrence, procédant d’ailleurs, à la manière de clubs de foot, à des transferts entre l’un et l’autre – parfois aussi l’autre et l’un. Tintin, ou Le Journal de Tintin, est né en 1946. Le Journal de Spirou était publié depuis huit ans déjà. L’un et l’autre ont connu des hauts et des bas. Mais Tintin a disparu en 1993 tandis que Spirou, en même temps que sort son numéro 4000, peut annoncer un spécial Noël pour la semaine prochaine. Deux destins paradoxaux pour des piliers de la presse magazine, puisque Tintin reposait sur le succès, toujours d’actualité, d’un héros de bande dessinée présent dans le monde entier. Même si Tintin au Congo, l’album, ne cesse d’être mis en cause par des groupes antiracistes.
Revenons donc à nos moutons, et à Spirou, qui a vu naître et grandir une foultitude de personnages. N’en citons que quelques-uns : Jean Valhardi en 1941, L’Epervier bleu l’année suivante, Lucky Luke en 1947, puis Tif et Tondu, l’Oncle Paul et ses belles histoires didactiques, Johan, Pirlouit et les Schtroumpfs, Buck Danny, Gaston Lagaffe, Benoît Brisefer, etc. Le vivier de dessinateurs et de scénaristes semble inépuisable : Jijé, André Franquin (un authentique génie), Eddy Paape, Peyo, Derib, Morris, Raoul Cauvin, Maurice Tillieux, Marc Wasterlain, Lewis Trondheim… La liste semble sans fin et on peut même y inclure, grâce à l’audacieux supplément déjanté Le Trombone illustré, Gotlib, F’murr, Jean-Claude Mézières, Jacques Tardi ou Enki Bilal – mais tous les lecteurs ne s’y sont pas retrouvés, dommage pour eux.
La succession des rédacteurs en chef, qui ont tous un jour ou l’autre été caricaturés dans Spirou, correspond à des virages plus ou moins heureux. Mais le bateau vogue toujours et Frédéric Niffle, qui tient le gouvernail depuis une demi-douzaine d’années, se retrouve assez logiquement en personnage de bande dessinée dans ce numéro 4000.
Numéro présenté, donc, comme une catastrophe éditoriale pour rire, c’est-à-dire que les créateurs ont laissé libre cours à leur fantaisie pour reprendre, notamment, quelques héros emblématiques et leur offrir, très provisoirement, une nouvelle vie. Double, même, pour Buck Danny qui se retrouve face à lui-même à deux époques différentes. Le petit Spirou regrette d’avoir grandi, cherche une potion magique pour rajeunir, et c’est le contraire qui lui arrive. Marie Tombal, la sœur de Pierre Tombal, sévit dans un cimetière avec l’aide d’assistants parfois inattendus. Les Tuniques bleues sont méconnaissables. Un scénariste croit pouvoir se passer de son dessinateur. Un autre dessinateur finit à la main ce qu’il avait commencé sur un ordinateur, et la différence est sensible. Boule et Bill adoptent plusieurs styles. Spirou n’est plus chez lui dans Spirou, et on comprend son coup de déprime…
Mais le but, toujours le même (faire rire, parfois aux éclats) est atteint, surtout bien sûr si on a été nourri au lait de cette bande dessinée dite belge (mais aussi américaine, italienne ou française) qui a donné tant de chefs-d’œuvre et dont la vitalité n’est pas éteinte. Ce numéro le prouve, et tient même une promesse faite en 1976 dans le numéro 2000 avec une double page reprenant les couvertures qui ont fait l’histoire du journal : fournir la suite, à raison d’une couverture par millésime. Rendez-vous dans une petite quarantaine d’année, au numéro 6000, pour une nouvelle livraison de ce poster.

vendredi 12 décembre 2014

14-18, Albert Londres dans la bataille des Flandres



La bataille des Flandres

[De l’envoyé spécial du « Matin »]
Furnes, 7 décembre.
En haut la mer, en bas la Lys. Entre, deux armées qui se dévorent.
Elles s’aperçoivent au travers de grandes fenêtres : Nieuport, Dixmude, Ypres, et de lucarnes : Ramscappelle, Pervyse, Bixschoote. Elles sans repos et, quand vient l’heure, se rentrent l’une dans l’autre, s’arrachent les membres, s’écorchent vives. Cinquante jours qu’il saigne ici.
L’une descendait d’une conquête. Anvers avait été son coup d’alcool. Encore cinq ou six places et Dunkerque lui servirait à dîner. Que le littoral était beau !
L’autre montait à tour de roues.
Une troisième, la petite, les yeux battus, le souffle surmené, accrochée tout de même à son dernier cours d’eau, guettait la masse.
Nous sommes le 16 octobre. La bataille des Flandres commence.
Les Allemands découvrent l’Yser. Ils tâtent. Il y a des gens devant. On va les arroser.
Le 17 ils préparent le terrain. Ils crachent des tonnes de mort. On les empêche de passer ? On ose ?
Le 18 jugeant la route prête, ils avancent. C’était entre Nieuport et Dixmude. L’Allemand était très fort. Il défonce la poitrine de la petite armée. La petite armée reprend ses sens, bombe les côtes et de nouveau toute droite revient à la ligne dont on l’avait chassée.
De loin, celle qui montait, la française, lui faisait de grands signes :
— Tiens bon, lui disait-elle, j’arrive.
— Je tiens, je tiens, répondait la petite.
De Gand, les Allemands avaient lâché un second flot. Il coulait sur Ypres.
À la même heure, tout en mangeant, fumant et envoyant des baisers aux filles de France, par rames incessantes venant de l’Aisne, les Anglais s’assuraient sur Ypres.
Un trou restait : l’espace Ypres-Menin. Par une nuit de ces mêmes temps, un général français, quittant le gouvernement de sa ville, y partit avec deux divisions territoriales.
La cuirasse avait sa première trempe. Messieurs du pas de l’oie, vous pouvez y aller.
Ce n’est pas l’intention qui leur manque. Ils sont sept cent mille.
Le 19, le 20, jusqu’au 23, ils s’abattent sur l’armée belge et sur nos fusiliers. Ils prennent la ferme Bamburg, s’annoncent à Lombaertzyde. Les Belges et les fusiliers n’ont fait que vaciller, ils retombent en avant, s’accrochent à Lombaertzyde, réoccupent la ferme Bamburg.
Plus bas Belges et fusiliers sortent de Dixmude. Ils avancent contre-attaquant. Ils vont unifier leur ligne. Ils l’unifient. Montant de Roulers une masse allemande vient peser. Elle l’emporte par le poids.
La petite armée crie vers la grande :
— Nous tenons, vous savez, mais on diminue et nous n’avons plus rien à mettre dans nos canons.
— J’arrive, dit la grande.
Le 23, la 42e division française traverse Nieuport.
Elle reçoit des mains belges Bamburg et Lombaertzyde.
La grande armée afflue. Toutes les couleurs qu’aiment nos yeux passent sur le dos de nos soldats. La France et l’Afrique vont à l’Yser.
Les Allemands l’ont enjambée sur un point. Leurs balles frappent les murs de Pervyse, ils mettent un canon à Ramscappelle. En même temps ils se ruent sur Dixmude. Ils y entrent et en sortent quatorze fois en quarante-huit heures. Pour assurer un appui à la tête de pont de Nieuport, on inonde une partie des champs.
La nuit, les Flandres s’allument. Le ciel n’a jamais vu tant de torches danser vers lui. Nieuport éclaire la mer. Dixmude la plaine, et les clochers leur village.
Il n’y a plus que la nature qui fasse une différence entre la nuit et le jour. Les églises enflammées guident les canons. On tire à coups sûrs, on tire à coups perdus. On met de la mort partout pour empêcher les vivants d’y vivre.
On ne dort plus. À midi, la baïonnette luit au soleil ; à minuit, à la torche. D’un côté, pas gymnastique ; de l’autre, marche sur le ventre. C’est l’enfer pour les plaies, la jungle pour les cris. C’est le 24, c’est le 25, c’est le 26 octobre.
Un corps allemand a bien franchi l’Yser. Il est entre l’eau et une ligne de chemin de fer. Il creuse la terre et s’y agrippe. Il ne peut avancer seul. Il attend que les autres débouchent de Dixmude.
Ils sont sept cent mille. Ils ont de l’étoffe. Ils y vont par masses. Masse à Nieuport, masse à Dixmude, masse à Ypres. Octobre finit.
Novembre. On a l’impression qu’ils ont glissé sur l’Yser ; qu’il y en a moins sur la côte. Du large, les cuirassés, les torpilleurs, les monitors tapent sur le sol. C’est peut-être le moment d’empoigner Lombaertzyde, position évacuée parce que intenable. Le 4 novembre, dans la nuit, dans la pluie, une division belge s’y avance. Nuit sanglante. Vingt-huit officiers, huit cents hommes, n’en reviennent pas. Les Allemands étaient en force entre la mer et le canal de Cosquedam. On inonde. On ouvre les écluses à la marée. La mer descend sur Ramscappelle, en avant de Pervyse, prend le chemin de fer et les pieds du corps d’armée allemand. Ceux qui dormaient dans les tranchées s’y noient.
Les Allemands regardent. Ils ne peuvent plus tourner notre gauche. Il faudrait aller à la nage. L’empereur dit :
— C’est sur Dixmude.
Ruée. Ils rentrent à Dixmude, 8 novembre. Il faut en déboucher. Zouaves, fusiliers, Sénégalais, Belges disent : non ! 9 novembre, 10 novembre, ils s’écrasent contre la porte. C’est toujours non ! 11 novembre, on reprend Dixmude. L’empereur crie :
— Ce sera sur Ypres.
À cette date, le 12 novembre, au nord d’Ypres, l’Allemand avait passé le canal, au sud, avait gagné cinq ou six cents pas. Il rassembla ses masses, les bourra et lança ces murs mouvants, aveugles et sourds, sous le couvert de ses grosses pièces. Le général en chef de l’armée du Nord appuyait l’armée anglaise Depuis trois semaines, les deux amies supportaient le bélier. Le bélier n’avança pas. Les canons anglais et français taillèrent dedans, les baïonnettes rabotèrent les bords. Le 20 novembre, il n’avait plus la force de se balancer : il pesait 120 000 hommes de moins. L’empereur avait disparu.
Le 21, l’Allemand se tâte. Il a perdu ses muscles. Il est en arrière de son point de départ. Il est fini. Le 22, il achève Ypres. Les Halles se donnent toutes. La magnificence de leurs flammes chante aux vaincus la victoire des vainqueurs.
22, 23, 30 novembre. L’ennemi ne peut plus attaquer. Il essaye. Ses poumons lui refusent le souffle. Il va se coller là.
Les alliés redonnent, les prennent sous le ventre, les font sauter d’une tranchée dans la suivante, de la suivante dans la retraite.
Cinquante jours d’eau, de feu, de canons, de navires, cinquante jours de gestes immenses, de cris sublimes, d’âmes qui montent, cinquante jours d’une des plus grandes batailles de 1914 : on a gagné un kilomètre.

jeudi 11 décembre 2014

Eric Reinhardt, Prix France Télévisions

Je vous parlais dès le 12 août de L'amour et les forêts, d'Eric Reinhardt - le roman n'était pas encore sorti. J'y suis revenu plusieurs fois, pour dire le bien que j'en pensais, en même temps que mon étonnement de le voir écarté successivement de toutes les sélections pour les grands prix littéraires d'automne. Le Renaudot des Lycéens lui avait donné un prix de consolation. En voici un autre avec le Prix France Télévisions, qui lui a été attribué tout à l'heure. Mais la plus belle des consolations lui vient sans doute de se situer très haut dans les meilleures ventes de l'automne, aux environs de 60.000 exemplaires jusqu'à présent selon L'Express. Quant à la nôtre, de consolation, elle consistera à avoir lu un livre formidable.
Les écrivains reçoivent parfois des lettres de lecteurs. Ou de lectrices. C’est le cas pour Eric Reinhardt, comme d’autres. C’est le cas aussi pour le narrateur de son nouveau roman L’amour et les forêts. Il s’appelle Eric Reinhardt. Il a publié en 2007 le livre dont il est le plus fier, puis en 2011 un roman dont il a « la vague et désagréable impression qu’il n’est pas parvenu à se hisser au niveau du précédent ». Eric Reinhardt personnage a tout d’Eric Reinhardt auteur de L’amour et les forêts, grâce à des coïncidences avec sa bibliographie : Cendrillon en 2007, Le système Victoria en 2011.
Ceci dit, on se moque bien de savoir si une femme qui s’appelait, ou non, Bénédicte Ombredanne lui a écrit après avoir lu Cendrillon. Il suffit que, dans L’amour et les forêts, elle lui envoie une lettre en 2007, après avoir lu le livre qu’il vient de publier. Le narrateur la rencontre une première fois, une deuxième, plus tard, une correspondance s’engage, puis le silence. Soudain. Définitif. On comprendra, au fil du récit, pourquoi il ne pouvait en être autrement.
Bénédicte Ombredanne est une femme fine et intelligente, la qualité de sa première lettre a convaincu l’écrivain d’accepter une rencontre. Il est vrai qu’elle y disait aussi sa colère d’avoir été écartée d’un jury littéraire dans lequel elle espérait orienter les débats en faveur du roman qu’elle venait de lire, de quoi chatouiller l’orgueil de son auteur : enfin quelqu’un qui me comprend !
Au-delà de l’excellente impression laissée par ce premier contact, Eric trouve en Bénédicte une personne complexe. Sa situation ne l’est pas moins. Mariée à un homme qui, sous couvert de manque de confiance en lui, s’est révélé un véritable tyran domestique, elle est prisonnière de son couple. Et cherche à s’en évader, ce qui lui arrivera au moins une fois pour une journée de pur bonheur grâce à une rencontre miraculeuse comme les sites spécialisés sur Internet n’en provoquent guère.
Bénédicte est une femme blessée qui ne cicatrise pas. Parce que son mari ne cesse de retourner le couteau dans la plaie, la harcelant pour tout savoir de ce qu’elle aurait voulu taire, lui interdisant les contacts les plus innocents – avec Eric, par exemple. Le portrait de ce personnage empli de douleur broie le cœur, tant il fait ressentir, au plus profond, le déchirement de son impuissance à être celle qu’elle aurait voulu devenir.
Madame Bovary, a-t-on déjà beaucoup dit. La comparaison se justifie, à condition d’envisager une Madame Bovary d’aujourd’hui, soumise à des contraintes nouvelles. Mais tout aussi malheureuse. Et prête à tout pour vivre intensément, ne serait-ce qu’une fois, la belle aventure romantique du tir à l’arc dans la forêt.

mardi 9 décembre 2014

La mort de David Jaomanoro

C'est un article publié sur le site de Mayotte 1ère qui m'apporte, ce matin, la triste nouvelle: David Jaomanoro est décédé dimanche au Centre hospitalier de Mayotte, une semaine après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral. Il aurait eu 58 ans le 30 décembre.
En hommage à cet écrivain bourré de qualités et dont on ne regrettera que la minceur de la production, je republie un texte que j'avais écrit en 2006 à l'occasion de la publication de son recueil de nouvelles, Pirogue sur le vide.

On attendait cela depuis longtemps. Depuis 1993, pour être exact, l’année où une nouvelle de David Jaomanoro, « Funérailles d’un cochon », avait remporté le prix RFI. Elle avait été publiée l’année suivante, avec d’autres nouvelles lauréates, dans un recueil collectif. Republiée dans le gros volume Omnibus consacré à l’océan Indien.
Entre-temps, David Jaomanoro avait reçu la médaille d’or des Jeux de la Francophonie à Tana, en 1997. On avait pu lire quelques textes de lui ici ou là, dans « Revue noire », notamment. Ou, plus récemment, dans l’ouvrage composé par Dominique Ranaivoson, « Chroniques de Madagascar ». Sa collaboration avec Rajery, quand il avait écrit le texte de la chanson « Viavy » sur l’album « Volontany », avait été remarquée. Mais, en fait, il semblait avoir plus de chance avec le théâtre. Sa pièce « La retraite » avait été publiée, « Tanguena » avait été adapté à la scène au Centre culturel Albert Camus.
C’est donc un grand bonheur de voir paraître enfin un recueil de nouvelles, « Pirogue sur le vide », chez un éditeur – les Editions de l’Aube – qui a dans son catalogue un prix Nobel de littérature, l’écrivain d’origine chinoise Gao Xingjian et Vaclav Havel, qui fut dix ans président de la république tchèque. Entre autres.
« Notre » David Jaomanoro est donc en belle compagnie, et il le méritait bien. Son livre est en effet de très belle facture. On en connaissait certaines pages, mais de les trouver rassemblées avec celles qu’on ne connaissait pas encore leur donne une force supplémentaire : celle d’un écrivain à maturité, capable, à la manière d’un Raharimanana, de parler de tout sur le ton d’une poésie âpre, qui bouscule les esprits.
Installé à Mayotte depuis quelques années déjà, il puise à plusieurs sources, et ses textes sont au point de rencontre d’une triple culture : française, puisque c’est la langue qu’il utilise, malgache, bien sûr, mais aussi comorienne. La phrase fait le va-et-vient entre ces trois enracinements.
Prenons la nouvelle d’ouverture, « Le rêve d’Assiata ». Moins de dix pages (mais quelles pages !) pour dire une terrible nuit de noces, un combat entre celle qui est encore presque une enfant et son mari dont elle devient la quatrième femme. Le destin pèse sur Assiata, qui est la narratrice de sa propre histoire, et qu’elle clôt sur ces mots : « Je suis finie. »
David Jaomanoro n’est pas un auteur confortable. Il fouille des blessures anciennes, ravive les douleurs. Il s’en prend aux traditions et aux rapports de force qu’on ne voit plus à force de les vivre au quotidien. La lumière qu’il jette sur le monde est crue, brutale.
Ce n’est pas pour autant un monde sans espoir. La dernière nouvelle, « Ndzaka Lapiné » (qu’il faut comprendre « l’apnée », parce que Ndzaka est une spécialiste du plongeon), est l’histoire d’une autre fillette, étalée celle-ci sur plusieurs années. Elle paraît être une proie facile pour les jeunes caïds du coin – nous sommes à Mayotte, mais cela pourrait être n’importe où ailleurs. Mais elle a de la ressource, et elle fait mieux que se défendre. Elle se bat, elle tue…
Non, décidément, lire David Jaomanoro n’est pas ce qu’on appelle une partie de plaisir. Il vous jette souvent la violence à la figure, et il est peu de moments paisibles. Il remplit parfaitement, en cela, son rôle d’écrivain : être un éveilleur plutôt qu’un endormeur.
On n’est donc pas surpris qu’il ait été choisi, avec 39 autres écrivains francophones, comme invité du Salon du Livre de Paris, qui s’ouvre dans quelques jours. Avec le Grec Dimitri Analis, le Béninois Florent Couao-Zotti, les Congolais Emmanuel Dongala et Alain Mabanckou, la Sénégalaise Ken Bugul, la Hongroise Agota Kristof, la Belge Caroline Lamarche, l’Algérien Boualem Sansal, et tous les autres. Là aussi, David Jaomanoro sera en belle compagnie.

Il y a un an, il avait publié Le mangeur de cactus, que je n'ai malheureusement pas lu et dont voici la présentation en quatrième de couverture:
Un jour, un pêcheur est attiré par les chants d'une femme-poisson qui devient par la suite son épouse.Un jour, l'épouse et le petit garçon de Titiky lui sont arrachés, car il n'a pas apporté des zébus pour les funérailles de son beau-père; la jeune maman et son enfant sont donnés à un prétendant qui a offert des zébus.Un jour encore, une cérémonie des crachats est organisée en faveur de Tava pour le désenvoûter. Dès lors, il retrouve toute son habileté et peut enfin vivre de sa passion et de son art: la musique.La route d'un médecin vazaha croise un jour celui d'un vieux musicien autochtone; celui-ci est peut-être sorcier, devin, mort-vivant ou dieu. Les chants de sirènes, les histoires de zombies, les rites mystérieux entraînent les deux amis dans les arcanes de la pensée du grand sud malgache qui les rapproche singulièrement, jusque dans l'au-delà.
Enfin, pour en savoir plus, je vous renvoie à la page que consacre le site Île en île à David Jaomanoro.

lundi 8 décembre 2014

Patrick Modiano à Stockholm



J'ai commencé, hier soir, à regarder en direct le discours de Patrick Modiano à l'occasion de son Nobel de littérature (oui, bien sûr, de littérature - quoi d'autre?). Avant de m'interrompre par prudence devant la violence de l'orage (chez moi, pas à Stockholm) et de mettre le texte intégral de côté pour le savourer ce matin. Mais je suis content de l'avoir vu, ce grand et merveilleux empoté, au début d'une séance qui ne ressemblait, pour lui, à rien de ce qu'il avait vécu. Il a d'ailleurs presque commencé par là. Sans surprise, puisqu'on sait sa maladresse à l'oral.
C’est la première fois que je dois prononcer un discours devant une si nombreuse assemblée et j’en éprouve une certaine appréhension. On serait tenté de croire que pour un écrivain, il est naturel et facile de se livrer à cet exercice. Mais un écrivain – ou tout au moins un romancier – a souvent des rapports difficiles avec la parole. Et si l’on se rappelle cette distinction scolaire entre l’écrit et l’oral, un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère, il doit se fondre dans la foule. Il écoute les conversations sans en avoir l’air, et s’il intervient dans celles-ci, c’est toujours pour poser quelques questions discrètes afin de mieux comprendre les femmes et les hommes qui l’entourent. Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits.
Comment le livre semble se détacher de son auteur quand il arrive à la fin, comment le lecteur fait ensuite exister le roman, comment les livres se suivent en se ressemblant sans être jamais les mêmes... Sur ce dernier point, Patrick Modiano m'avait un jour expliqué son sentiment presque douloureux d'insatisfaction après avoir terminé d'écrire un livre, qui le pousse à en commencer un nouveau avec l'espoir, chaque fois déçu, de réussir mieux. (Ou de rater mieux, aurait dit Beckett.) Il en a parlé aussi, en d'autres termes.
Le manque de lucidité et de recul critique d’un romancier vis-à-vis de l’ensemble de ses propres livres tient aussi à un phénomène que j’ai remarqué dans mon cas et dans celui de beaucoup d’autres : chaque nouveau livre, au moment de l’écrire, efface le précédent au point que j’ai l’impression de l’avoir oublié. Je croyais les avoir écrits les uns après les autres de manière discontinue, à coups d’oublis successifs, mais souvent les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases reviennent de l’un à l’autre, comme les motifs d’une tapisserie que l’on aurait tissée dans un demi-sommeil. Un demi-sommeil ou bien un rêve éveillé. Un romancier est souvent un somnambule, tant il est pénétré par ce qu’il doit écrire, et l’on peut craindre qu’il se fasse écraser quand il traverse une rue. Mais l’on oublie cette extrême précision des somnambules qui marchent sur les toits sans jamais tomber.
Il a cité des écrivains, dessinant un paysage qui est le sien, lisant un poème de Yeats, glissant les noms de Baudelaire, Mallarmé, Balzac, Dickens, Tolstoï, Dostoïevski, d'autres encore, comme en fraude. Dévoilant quelques détails de sa biographie, sans en dire trop cependant - il reconnaît d'ailleurs qu'il hésite toujours avant de lire la biographie d'un écrivain. Il me plaît infiniment dans sa tentative de définition de la place de l'écrivain, de la distance à laquelle il se tient de ce qu'il raconte.
J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales, – et cela à force de les observer avec une attention soutenue et de façon presque hypnotique. Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et par prendre une sorte de phosphorescence qu’elle n’avait pas à première vue mais qui était cachée en profondeur.
Modiano tel qu'en lui-même, plongé dans des anciens annuaires de Paris, explorant après Baudelaire "les plis sinueux des grandes capitales" et s'y dissolvant presque. Mais pas tout à fait:
Mais c’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire resurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan.

samedi 6 décembre 2014

Prochaines nouvelles du front

549. Le chiffre magique. Celui du nombre de livres annoncés dans la rentrée littéraire d'hiver selon Livres Hebdo, du 31 décembre (oui, 2015 commence en 2014!) au 28 février.
Mais peut-être faut-il dire 548 + 1, car nous, lecteurs, ne craignons pas de décomposer les grands nombres en leurs composants de base, un peu comme dans une recette de cuisine.
Tous ne partent pas sur un pied d'égalité dans ce nouveau déferlement de nouveautés et il en est un qui est beaucoup plus attendu que les 548 autres. Le nouveau roman de Michel Houellebecq, penseur littéraire, penseur économique, penseur politique, écrivain gon-courtisé bien que parfois un peu con-con, le nouveau roman de Michel Houellebecq, dis-je, ou plutôt dit son éditeur Flammarion, paraîtra le 7 janvier et s'intitulera, sonnez tambours, résonnez trompettes, Soumission. Ce qui n'en dit pas très long sur son contenu. N'étant pas un fan absolu, je répète ce que j'ai déjà dit ailleurs: le livre qui était annoncé jusque-là sans titre, ou plutôt avec l'indication Titre à venir, aurait pu rester dans la catégorie des promesses jamais accomplies. Et avec un titre qui, somme toute, n'était pas si mal.
Bon, et les 548 autres, alors? Je n'en ai pas encore lu grand-chose, mais un de ceux qui viennent de m'arriver est une promesse de lecture que je m'étais faite (et, ne gardant rien pour moi, je vous l'avais dit à l'époque) il y a plus d'un an, le 16 octobre 2013, quand Eleanor Catton a reçu le Man Booker Prize pour The Luminaries, devenu en français Les luminaires. 992 pages qui m'excitent fort.
Il en reste 547, mais je ne vais pas tout dévoiler tout de suite, laissons venir les choses petit à petit...

vendredi 5 décembre 2014

Trois pièces d’or et le secret d’un homme

Après le Goncourt du premier roman en 2012 avec Ce qu’il advint du sauvage blanc, le deuxième livre de François Garde était attendu avec espoir. L’espoir n’est pas déçu. Pourtrois couronnes nous emporte dans des ailleurs improbables, avec un imaginaire débordant et un sens de la narration jamais pris en défaut.
Philippe Zafar s’est inventé une profession : curateur aux documents privés. Il trie les documents laissés par un défunt, tâche parfois pénible dont les proches se débarrassent ainsi pour ne garder que l’essentiel et, parfois, quelques questions embarrassantes. Précisément, Thomas Colbert, riche armateur, a laissé un document qui ne lui rassemble pas et semble raconter une aventure vécue dans sa jeunesse : marin, il aurait été recruté par un médecin pour féconder une femme que l’on suppose d’un milieu aisé, tout comme il faut supposer la stérilité de son mari. Fin de l’histoire avec le paiement de trois couronnes en or et début de l’énigme quand l’épouse de Thomas Colbert, placée devant ce texte, demande à Philippe Zafar d’enquêter sur cette mystérieuse affaire, au cas où un enfant serait né de l’union éphémère. Ce qui compliquerait l’héritage.
Il y a peu d’indications sur le lieu où se serait passée l’aventure de Thomas Colbert : la forme approximative d’une ville, qu’il faut comparer à la liste des ports où ont fait escale les bateaux sur lesquels a travaillé le jeune homme. Les recherches sont aussi minutieuses que brouillonnes. Une piste en ouvre une autre, qui se ferme pour orienter dans une nouvelle direction. Philippe Zafar dispose de crédits presque illimités, il pourra faire appel à tous les spécialistes dont il a besoin et voyager où bon lui semble. Pour arriver sur une île tropicale, Bourg-Tapage, qui se remet lentement d’une longue crise politique aux conséquences tragiques.
François Garde trace patiemment la route de son héros, sur les traces ténues d’un passé dont manquent certains éléments. Un long travail de décryptage, favorisé par des intuitions, fournit la matière d’un roman fabriqué à l’ancienne et avec soin, si bien que l’application artisanale mise en œuvre par l’écrivain débouche sur un résultat aux échos multiples. Où les trois couronnes du titre ne sont pas oubliées puisqu’elles prennent, au fil des pages, une part importante à la compréhension du mystère.
Que peut-on avoir pour trois couronnes ? Une vie différente, d’une part. D’autre part et surtout, un roman passionnant, bourré de questions.

jeudi 4 décembre 2014

Prix Rossel 2014 : Hedwige Jeanmart

Les cinq ouvrages finalistes du Prix Rossel 2014 avaient tous des qualités. Le premier roman d'Hedwige Jeanmart, Blanès, un peu plus que les quatre autres selon le jury qui vient de lui attribuer une récompense dont les derniers lauréats, de 2009 à 2013, avaient été Serge Delaive, Caroline De Mulder, Geneviève Damas, Patrick Declerck et Alain Berenboom.
Autant le dire sans barguigner, je pense la même chose que le jury dans son ensemble (quant à ce que chacun, individuellement, aurait préféré, je n'en sais rien).
Trois des neuf voix s'étaient quand même, au sixième tour (signe d'une délibération à forte intensité), portées sur un autre premier roman, celui de Jean-Pierre Orban, Vera - dont je vous ai dit déjà tout le bien que je pensais aussi.
Il est impressionnant, en effet, ce roman qui raconte une disparition du point de vue de celle qui reste et qui n'a rien vu venir. La narratrice, Eva, et Samuel, son compagnon, sont partis à Blanès, en Catalogne, un dimanche matin - le 11 mars. Samuel a emporté un livre de Roberto Bolaño, Discours de Blanès, au restaurant qu'ils avaient choisi pour le repas de midi. Ils sont rentrés chez eux, à Barcelone.
Samuel me suivait, il est entré et a posé quelque chose sur le comptoir de la cuisine, le livre qu’il avait à la main, après ça il s’est retourné vers moi, il a dû ouvrir la bouche, dire quelque chose que je n’ai pas entendu ou pas compris, il a fait un pas dans ma direction et il est mort.
La puissance de ce "il est mort", qui marque la disparition de Samuel - il n'y a pas de cadavre, Blanès n'est en rien un roman policier -, est étonnante. Car Eva ne parvient pas, ne parviendra pas à envisager cette disparition autrement que comme une mort, une perte subite et définitive.
Il y a donc l'avant et l'après. le roman ne nous parle, très vite, que de l'après, pendant lequel Eva revient à Blanès, cherche, se perd, trouve - d'autres choses: les bolanistes en particulier, admirateurs de l'écrivain chilien qui a fini sa vie dans cette ville côtière, dans un jeu de piste très littéraire, que la littérature inspire et rehausse. Une vie à côté de la vie, aussi. C'est comme si l'anecdote n'avait plus guère d'importance et que le personnage central se déplaçait entre les pages d'un livre potentiellement à écrire.
Il est écrit, ce livre. Il s'intitule Blanès et il provoque de grandes et belles secousses, à travers une écriture qui chemine et s'insinue dans la vie d'une femme et dans nos têtes. Un beau roman, un beau Prix Rossel.

mardi 2 décembre 2014

14-18, Albert Londres vit un moment de trêve



Pendant une trêve

Furnes, 28 novembre
— Tu n’es pas mort ? C’est dégoûtant.
C’est le relais. Car il y a des relais dans la guerre. Alors on rit.
Quand on ampute un monsieur, il ne serait pas convenable que les témoins se missent à plaisanter, mais si le monsieur veut rire ?…
Revenons donc des chemins, des rives et des tranchées et asseyons-nous dans cet estaminet.
— Tu n’es pas mort ? Il va falloir te mettre un couvert ?
L’homme à la vie si dure est un mitrailleur. Dans sa prison roulante, chaque matin, avec trois camarades, il file « leur rentrer dedans ». Ils sont partis quatre hommes il y a huit jours. Tombés dans une reconnaissance, ils ont joué de la gâchette et du volant. Ils sont revenus trois et un cadavre.
— Il avait mal choisi l’instant pour regarder par la lucarne.
Avant de s’attabler, le mitrailleur prend sa fourchette, la tient comme un flambeau, se compose un air et module :
Je ne veux pas mourir encore.
Voilà le soleil. Le froid avait tellement exagéré qu’il a dû se donner une bronchite à lui-même. Il en est mort. À cet endroit, d’où l’on voit par la fenêtre la grande route ramenant à gauche de. Nieuport, d’Ypres à droite, ce n’est que sainte jeunesse. Il fait beau sur les visages, comme il fait beau sur la nature. Prenons ces sujets de gaieté pour vous en envoyer à vous de l’intérieur, qui vous feriez scrupule d’en trouver en vous-mêmes.
La fragilité de l’heure les a sacrés. Vous ne pouvez pas refuser de rire quand vous y êtes invités par ceux pour qui vous restez tristes.
Quand on r’viendra, ça on ne le sait pas.
P’têtre demain, p’tétre dans cent années.
Si on r’vient pas on se s’ra en tout cas
Jusqu’à la fin joliment promené
é, é, é, é.
Ça c’est un régiment qui part. Tout l’estaminet dégorge. Le mitrailleur grimpe sur sa machine, bat la mesure et quand l’instant arrive fait avec eux :
é, é, é, é.
Les rangs défilent. Un de ceux qui porte les souliers les plus crottés crie aux gens du trottoir :
— Qui veut m’acheter le cirage qui fait si bien briller mes croquenots ?
Si ma fi-fi fi-an-cée me voyait
Ell’ me dirait en me donnant cinq sous :
« Va t’ faire raser », mais moi je répondrais
Que ai toujours les mêmes joues dessous.
Ou, ou, ou, ou.
Le régiment devient plus petit.
— Dites donc, capitaine, demande le mitrailleur, si ma fiancée me voyait, qu’est-ce qu’elle dirait ?
Ce capitaine a trois galons à son bonnet et une soutane pour dolman, une soutane qui s’achève en culotte.
— Ce qu’elle dirait ?
— Elle dirait : l’aumônier peut bien te donner du tabac quoique tu ne sois pas bon catholique.
é, é, é, é.
Le régiment est déjà loin.
Cet aumônier est notre ami. Nous l’avions trouvé sous Dixmude. Un zouave lui disait :
— Vous savez donc fumer la pipe, capitaine ? (car il fumait la pipe), parce que j’aurais pu vous la mettre au point.
— Tu peux toujours.
La pipe changea de bouche. C’était au moment de la poussée.
— Ça m’a l’air de chauffer, capitaine, je vous la rapporterai peut-être brûlée.
Que le prêtre voudrait que ce zouave lui rapportât sa pipe !…
L’estaminet n’est pas grand, il y a pourtant beaucoup de soldats, dans la salle, dans la cuisine, dans le couloir et sur les marches de l’escalier en escargot. Cette salle à manger dans l’escalier c’est fameux. Ceux qui sont dans le bas ont autant de nourriture sur le dos et sur le crâne que dans le ventre.
— Quel dommage, crient les plus haut perchés, qu’on ne mange pas des choses à noyaux !
Le mitrailleur se lève :
— Je vais vous dire ma nouveauté.
On croit qu’ c’est sur un ch’val de prix
Qu’ Guillaume, qu’ son docteur et son fils-ce
S’avancent pour prendre Paris
Moi j’ dis qu’ c’est sur une écrevisse.
— Fantassins, artilleurs, carabiniers, toute l’armée ! Voilà le général.
Ombre, touchante qui se profile sur le reste de la Belgique ! C’est un ancien général que l’âge arrêta lorsque, le 2 août, il fit le geste d’instinct de reprendre l’épée. Il a suivi l’armée. Il ne la quittera que pour sa stèle, Namur, Bruxelles. Anvers, Ostende. Il est à Furnes. Il ne parle pas, même pour demander du pain. Il ne lit pas. Il ne regarde pas : il marche. Il porta l’uniforme, mania des hommes, rêva son plan, il est en civil, sans soldats et n’a plus d’avis à donner. Dépouillé du travail de sa pensée, il voit à ses pieds pourrir ses fruits. Il marche pour se dépêtrer de ses propres décombres. Il passa devant l’auberge. Les âmes lui rendirent les honneurs.
On boit de la bière sut le trottoir en face. La bière des Flandres a la couleur des chevelures des filles d’ici. Les filles d’ici ? Où sont-elles ? C’est encore une des figures de la guerre. Les races, les routes, les maisons n’ont plus de silhouettes balancées. On dirait que Dieu a rendu à l’homme la côte dont il a fait la femme.
Trois officiers boivent aussi de la bière. Ils nous font signe. Nous traversons avec l’aumônier.
— Aumônier, devinez ce que j’ai vu ?
Que peut bien avoir vu un lieutenant de cuirassiers ?
— Vous avez vu des Allemands ?
— Mieux que ça.
— Le duc de Wurtemberg ?
— Mieux que ça.
— Le kronprinz de Bavière ?
— Mieux que ça.
— Vous avez vu, s’écrie l’aumônier, vous avez vu une femme !
Il avait vu une femme ! Ses camarades appellent tous les autres officiers.
— Regardez-le ? disent-ils.
— Il a gagné la Légion d’honneur ?
— Presque. Voilà l’homme qui a vu une femme !
— Eh bien moi, si j’étais abbé, tranche un capitaine, je dirais au Seigneur que c’est de l’injustice et que lorsqu’il fait passer une femme sur la place il devrait sonner du buccin pour qu’il n’y ait pas de privilégiés.
L’aumônier alluma sa pipe :
— J’y penserai ce soir dans ma prière, mes amis.
S’il y a cette détente dans les cœurs, ce n’est pas seulement l’œuvre du soleil, c’est que l’on voit moins de sang. La terre, ici, s’est recouverte d’une cuirasse que chaque jour, pour qu’elle ne se ternisse pas, la marée fait briller. Depuis que l’eau est entrée en guerre on rencontre moins de voitures d’ambulance. Cette eau, sur ce sol, il semble que ce soient toutes les larmes des mères déjà crucifiées, qui ont répandu là leur désolation, pour que soient épargnées de plus nombreuses mères.
Donc, aujourd’hui, douce journée, peu de canon, pas de blessés.
— Aussi, monsieur, je vous offre un cigare.
Ce parfait gentleman est un officier anglais. C’est une de nos admirations. Non pour son courage. On perd l’habitude, ici, d’admirer les hommes pour leur courage. Ils en ont naturellement comme ils ont deux yeux. Vous n’iriez pas dire à quelqu’un : « Je vous félicite d’avoir deux yeux. » C’est la même chose. Nous l’admirons pour son estomac.
Les matins, quand, de très bonne heure, nous nous rencontrons sur le coin d’une table, tandis que timidement nous goûtons à un café, il avale en deux traits et demi la moitié d’une bouteille de champagne. Il allume un cigare et s’en va en bonne santé.
Voilà l’homme qu’il suffit de regarder pour se sentir bien portant !
Du tabac vient d’arriver. La nouvelle fuit chez les soldats. C’est la course sur la place. C’est l’attroupement devant le débit. On s’étouffe.
— Pousse pas, bon Dieu !
— J’exécute, les ordres. Joffre a dit : « Assez reculé, l’heure est venue de pousser. » Je pousse.
C’est la France. Ce n’est pas parce que l’on peut y rester que l’on doit cesser de rire.
Albert Londres

lundi 1 décembre 2014

La sensibilité masquée de Thomas Savage

Thomas Savage a connu une carrière littéraire à rebondissements: salué dès ses débuts avant la seconde guerre mondiale, il a publié ensuite treize romans vers lesquels le grand public ne s'est jamais tourné, malgré la reconnaissance de ses pairs. Et puis, tout a changé: Le pouvoir du chien, réédité en anglais plus de trente ans après sa première parution, est accueilli comme il aurait pu (dû?) l'être en 1967 - et, dans la foulée, traduit en français par le toujours excellent Pierre Furlan. Annie Proulx, qui signe la postface, tient ce roman pour le meilleur de son auteur. On est curieux malgré tout de découvrir les douze autres... Mais revoici, en collection "Vintage" un texte que son éditeur parisien continue à défendre. Il n'a pas tort.
Car ce roman déploie, dans le mythique Ouest américain, une thématique très éloignée des clichés et qui s'attache aux êtres dans leurs caractéristiques les plus secrètes, dans ce qu'ils sont censés ne pas montrer.
Vers 1925, deux frères, Phil et George, dirigent un ranch dans le Montana et utilisent chacun ce qu'ils savent faire le mieux. Phil possède une autorité naturelle sur les hommes, George est le négociateur quand il s'agit de vendre les bêtes. Paradoxalement, Phil est pourtant celui dont l'esprit est le plus ouvert sur le monde, sa rudesse affichée (il met par exemple un point d'honneur à ne jamais porter de gants, quitte à se blesser souvent) cache une sensibilité très fine. De la même manière que son dégoût exprimé de l'homosexualité masque vraisemblablement une attirance pour les hommes.
Complémentaires, les deux hommes s'entendent à la perfection. Du moins tant que George ne tombe pas amoureux de Rose, la veuve d'un médecin alcoolique qui s'est suicidé après une altercation avec Phil. Rose ignore ce détail, mais elle doit malgré tout affronter, après son mariage, un beau-frère pour le moins rugueux qui la pousse habilement vers la boisson.
Et puis, il y a Peter, le fils de Rose, un garçon aux allures de fillette, porté sur l'étude et l'observation scientifique. Son apparence frêle est pourtant démentie par un regard froid. Et l'on découvrira que, comme Phil - qui d'abord le déteste puis tente de se rapprocher de lui -, il camoufle sa vraie nature.
Thomas Savage met ainsi en place un jeu complexe de masques chez de riches propriétaires dont l'un (Phil) rejette tout ce qui ressemble au luxe et au progrès tandis que l'autre (George) se montre plus accessible à la volonté de paraître, parfois avec maladresse. L'invitation acceptée par le gouverneur et son épouse est, de ce point de vue, un triste épisode très révélateur ce que veut être chacun des deux frères, et de leur difficulté à assumer ce qu'ils sont vraiment.
L'auteur, qui utilise pour bien des points une expérience personnelle (le texte d'Annie Proulx est éclairant sur le sujet) tout en lui donnant une dimension romanesque qui l'éloigne de l'autobiographie, saisit le moment où tout bascule dans la vie de ses personnages. Les influences réciproques des uns sur les autres conduisent à un drame qu'on ne sent pas vraiment venir sous la forme qu'il prendra, malgré la tension qui s'exacerbe. C'est du grand art.

vendredi 28 novembre 2014

14-18, Albert Londres sur la plage de La Panne



Six vaisseaux vus du rivage

[De l’envoyé spécial du « Matin »]
La Panne, 23 novembre 1914.
Sur la ligne où la mer donne au ciel son baiser, ce matin, à sept heures, alors qu’il faisait si froid que sous les vêtements le corps semblait cacher un cilice de glace, six navires, deux petits en tête, un grand après, trois petits suivant, s’en allaient avec calme vers les rives qui tonnent.
Ce n’était pas où nous allions. Mais ils apparaissaient si résolus que sur la plage, seul dans l’hiver et devant l’eau, nous avons mis nos pas dans leur sillage.
Nous ne savons pas encore s’ils étaient français, s’ils étaient anglais : c’étaient un cuirassé et cinq contre-torpilleurs. Ils glissaient avec lenteur, comme s’ils faisaient partie d’un cortège cérémonial. Les deux premiers annonçaient l’arrivée du maître ; le maître venait, majestueux ; les trois autres, derrière, portaient sa traîne.
Il avait tant gelé que nous pouvions marcher au plus près de la mer, son bord tenait comme un bitume.
Le pas régulier suffisait déjà pour les suivre. Ils s’arrêtèrent. C’était en avant de Coxyde.
Le sable, qu’au cours des .siècles le vent furieux prit au rivage pour bâtir, ce sable qui, à force de contempler les vagues, s’est festonné à leur image, allonge sur cette côte du nord la désolation de ses montagnes phtisiques. Ce sont les dunes.
Les dunes, la mer et six vaisseaux de lutte.
Ils s’étaient bien arrêtés. Sans avoir rompu leur ordre, toujours en ligne, ils méditaient.
Tel aux fontaines on coupe d’un seul coup les glaçons qui pendent, on aurait pu, en heurtant nos oreilles, les faire tomber à nos pieds, car le vent attisait le froid. Nous avions beau nous tourner aux quatre points cardinaux, le manteau s’envolait de même.
Les deux contre-torpilleurs se détachent du cortège. Les voilà maintenant à quatre cents mètres de lui. Ils s’arrêtent, examinant.
Les batteries françaises en avant de Nieuport, allemandes en arrière, toussent depuis le premier matin. L’une d’elles est catarrheuse, elle toussote après avoir toussé, époumonée. Si c’était un homme, on le verrait très bien se tenant la poitrine, le rouge à la tête, se tordre sous le râle.
Les deux contre-torpilleurs font un signe, à peine une étoile. Le cuirassé ne bouge pas. Les trois contre-torpilleurs s’actionnent. L’un se fond derrière l’immense coque, les autres le flanquent face aux dunes. Le cuirassé avance entre eux. Les quatre rejoignent les deux.
Un soleil de première communiante, pâle et recueilli, peut juste éblouir une langue de mer. Des mouettes, dont voici un parc, font dans ses rayons des effets de cuirasse. Elles veulent fêter sans doute le spectateur. On vient donc enfin les voir. On va peut-être leur expliquer pourquoi elles ne vivent plus en paix et quel est ce bruit qui leur fait dresser le bec. Le spectateur, mouettes blanches et grises, n’a pas le don de parler aux oiseaux. Il ne pourra pas vous payer vos belles fantaisies dans le soleil.
Maintenant les six navires semblent ancrés. Ils se sont placés de biais avec la côte. Ils fixent au-delà de Nieuport, entre Nieuport et Lombaertzyde. Sans rien savoir, il n’y a plus à douter : ils viennent travailler.
Nous avançons pour être dans la ligne de leur longueur. Mais nous ne l’avions pas atteinte qu’un gros éclair quittait le cuirassé. Un moment, et un bruit auprès duquel tous les autres du matin n’étaient qu’éternuements explosa dans l’horizon. À leur tour, presque ensemble, les cinq contre-torpilleurs firent leur éclair. Presque ensemble cinq bruits plus modestes marquèrent les coups.
Nous vîmes bien que les petits se tournaient vers le grand, lui demandant s’il était content d’eux.
Le cuirassé recommença. À ses côtés : éclair, éclair, éclair, éclair. C’était, dans le ciel, au passage des obus, un roulement de chemin de fer aérien. Éclair, éclair, mais ces éclairs-là ne zigzaguaient pas, ils sortaient droit, en lame, et les chemins de fer rencontrant les butoirs, en tumulte, se fracassaient. Quelques mouettes, en mer, passant affolées dans le jet du soleil, trompaient la vue. Leurs ailes devenaient des couteaux d’or. Éclair, croyait-on, ce n’était qu’un oiseau. Éclair, cette fois, éclair, chemin de fer et vingt secondes après : butoir.
Ils ne tirent plus. Rien pourtant ne les a dérangés. Aucune gerbe d’eau. Ils ne tirent plus. Les trois contre-torpilleurs se déplacent. Ils s’en vont. Le cuirassé les suit. Les deux restent à leur place de guetteurs. Ils s’en vont ensuite mais ne disparaissent pas. Ils fuient la riposte. Les « petits » gardent le « maître » du sous-marin. Ils s’arrêtent en arrière. C’est qu’ils reviendront.
La marée est basse. Comme nous, un autre homme est sur le sable. Nous le voyons de loin, le dos plié, touchant des choses. Pourquoi les mieux prédestinés à la solitude sont-ils, en ces temps, conduits instinctivement vers la compagnie ? Est-ce parce que toute âme dans cette région peut être rendue à l’instant et qu’il faut bien la saluer auparavant ?
En attendant le retour des navires que l’on voyait remis en file, nous allâmes vers cet homme. Il plongeait souvent son bras dans un broc, en ramenait une matière que, courbé, avançant ses jambes de côté, il étalait au ras de l’eau. Il leva la tête plusieurs fois pour nous regarder venir, mais sans cesser de puiser ni d’étendre. Ses mains étaient dégouttantes de rouge. Ce broc était un broc de sang moitié caillé. Il en faisait de grandes larmes qu’il accrochait à des hameçons en vue de la marée haute. Un broc de sang ! C’était pour rester deux jours sans en voir qu’ici nous étions venu. Nous ne sommes pas une demoiselle. Nous savons sangler nos sentiments qui s’échappent. Mais il nous faut un temps pour combler le vide de ceux que la pitié nous arrache. C’est ce temps que nous venions chercher. Un broc de sang ! Tu ne travailles donc qu’avec tes mains, pêcheur ?
Les navires étaient toujours au même endroit. Nous ne pouvions plus supporter le froid. Il troublait jusqu’à notre puissance visuelle. C’est avec peine que nous distinguions les six. Ils allaient pourtant recommencer. Qu’auraient-ils fait, guettant ?
Dans un de ces bateaux ancrés dans le sable et qui ne se soulèvent qu’à la mer montante, nous sommes allé nous abriter au moins du vent. Nous avons longtemps attendu le retour des navires. Ils ne bougeraient pas d’une vague. Les deux contre-torpilleurs avancés observaient à la même place. La marée venait. Pour ne pas être prisonnier jusqu’à la nuit, nous avons laissé le refuge.
Espace par espace, les quarts d’heure allaient sans rien accrocher de la vie du monde. Les batteries de terre avaient cessé leur envoi. Il n’y avait en vue que ces six navires et leur mystère.
Les deux éclaireurs lancèrent, comme ce matin, du côté des autres un rapide point de feu. Comme le matin, le cuirassé et sa suite s’avancèrent. Se rangeant de profil, rapidement ils firent leur œuvre, une demi-heure durant. Ils se retirèrent cinq. Un demeura.
C’était par politesse, il fallait bien que quelqu’un reçût les gerbes d’eau. Elles arrivèrent. Le contre-torpilleur, passant la ligne d’horizon, se cacha derrière le ciel. On le vit réapparaître et rejoindre ses amis. La haute mer apportait à la rive des eaux toutes rouillées.
Et du bout de cette rive, sur chevaux fins, des cavaliers à double manteau, blanc dessous, bleu à l’air, avançaient lentement au pas choisi par leur bête. Les chevaux montraient de belles œillères de maroquin rose et les hommes sur leur tête avaient planté le capuchon. L’homme et la bête allaient pensifs. Où donc était la Méditerranée ?
Ils étaient loin, que deux des leurs, en retard, accouraient à la bride. Ils forçaient l’animal pire qu’à la course, leurs amples draps leur faisaient des ailes dans le dos. Mais les ailes battaient en vain, elles avaient déjà donné leur soleil : ils passèrent sans réchauffer.
La nuit prit les six navires, immobilisés sur leur ligne d’attente. Nous les vîmes s’effacer sous le voile tandis qu’en haut, signe cette fois sans mort, s’allumait la polaire.

Albert Londres.

jeudi 27 novembre 2014

Le Point et Lire saluent Emmanuel Carrère

Les rédactions du Point et de Lire ont donné, la semaine dernière pour l'une, hier pour l'autre, leur palmarès des meilleurs livres de l'année. Lourde tâche s'il en est. Mais, pour une fois, les deux magazines sont tombés d'accord pour placer, en tête de liste, le roman (roman?) d'Emmanuel Carrère, absent des prix littéraires, Le Royaume. Il me semble que c'est l'ambition du livre qui est ainsi saluée davantage qu'une totale réussite - mais je peux me tromper, influencé par ma propre lecture dont le temps a été partagé entre de grands élans d'enthousiasme et quelques moments d'ennui. Il n'empêche qu'Emmanuel Carrère a donné tout de lui et de son talent dans cet ouvrage qui restera donc, pour les lecteurs du Point et de Lire, comme le sommet de l'année. Une ascension parfois rude, car cela se mérite, un livre comme celui-là.
Avec vingt-cinq titres pour l'hebdomadaire et vingt pour le mensuel, les palmarès offrent évidemment beaucoup d'autres pistes aux lecteurs. Elles se recoupent à d'autres endroits, en une géographie capricieuse et souvent excitante.

Le Point

  • Emmanuel Carrère. Le Royaume (P.O.L.)
  • Paul Veyne. Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas (Albin Michel)
  • Maylis de Kerangal Réparer les vivants (Verticales)
  • Jean d'Ormesson. Comme un chant d'espérance (Héloïse d'Ormesson)
  • Olivier Rolin. Le Météorologue (Seuil)
  • Donna Tartt. Le Chardonneret (Plon)
  • Theodore Zeldin. Les Plaisirs cachés de la vie (Fayard)
  • André Glucksmann. Voltaire contre-attaque (Robert Laffont)
  • James Salter. Et rien d'autre (L'Olivier)
  • Philippe Aghion, Gilbert Cette et Élie Cohen. Changer de modèle (Odile Jacob)
  • Olivier Adam. Peine perdue (Flammarion)
  • Hillary Clinton. Mémoires (Fayard)
  • Kamel Daoud. Meursault, contre-enquête (Actes Sud)
  • Haruki Murakami. L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (Belfond)
  • Pascal Bruckner. Un bon fils (Grasset)
  • Gérard Depardieu et Lionel Duroy. Ça s'est fait comme ça (XO)
  • Édouard Louis. En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil)
  • Philipp Meyer. Le Fils (Albin Michel)
  • Charles-Édouard Bouée, en collaboration avec François Roche. Confucius et les automates (Grasset)
  • Lola Lafon. La petite communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud)
  • Anthony Marra. Une constellation de phénomènes vitaux (Lattès)
  • Adrien Bosc. Constellation (Stock)
  • Bénédicte Vergez-Chaignon. Pétain (Perrin)
  • Taiye Selasi. Le Ravissement des innocents (Gallimard)
  • James Ellroy. Extorsion (Rivages)

Lire

  • Meilleur livre : Le Royaume par Emmanuel Carrère (P.O.L)  
  • Meilleur roman étranger : Et rien d'autre par James Salter (L'Olivier)  - Finalistes : Les Réputations par Juan Gabriel Vásquez (Seuil) et Le Chardonneret par Donna Tartt (Plon) 
  • Meilleur roman français : Réparer les vivants par Maylis de Kerangal (Verticales), ex-aequo avec L'Amour et les forêts par Eric Reinhardt (Gallimard) - Finalistes : La Petite Communiste qui ne souriait jamais par Lola Lafon (Actes Sud) et En finir avec Eddy Bellegueule par Edouard Louis (Seuil) 
  • Révélation étrangère : Le Fils par Philipp Meyer (Albin Michel)  - Finalistes : Entre les jours par Andrew Porter (L'Olivier) et Le Tabac Tresniek par Robert Seethaler (Sabine Wespieser)  
  • Révélation française : Les Grands par Sylvain Prudhomme (L'Arbalète/Gallimard) - Finalistes : Si le froid est rude par Olivier Benyahya (Actes Sud) et La Condition pavillonnaire par Sophie Divry (Noir sur Blanc/Notabilia) 
  • Premier roman français : Debout-payé par Gauz (Le Nouvel Attila)  - Finalistes : Dans le jardin de l'ogre par Leïla Slimani (Gallimard) et Tram 83 par Fiston Mwanza Mujila (Métailié) 
  • Premier roman étranger : Notre quelque part par Nii Ayikwei Parkes (Zulma) - Finalistes : Le Ravissement des innocents par Taiye Selasi (Gallimard) et Le Complexe d'Eden Bellwether par Benjamin Wood (Zulma) 
  • Récit : Tristesse de la terre par Eric Vuillard (Actes Sud)  - Finalistes : Le Météorologue par Olivier Rolin (Seuil) et Amour de pierre par Grazyna Jagielska (Les Equateurs) 
  • Polar : Après la guerre par Hervé Le Corre (Rivages) - Finalistes : Ombres et Soleil par Dominique Sylvain (Viviane Hamy) et Un vent de cendres par Sandrine Collette (Denoël) 
  • Roman noir : Une terre d'ombre par Ron Rash (Seuil) - Finalistes : 911 par Shannon Burke (Sonatine) et Ne reste que la violence par Malcolm Mackay (Liana Levi) 
  • Enquête : Extra pure. Voyage dans l'économie de la cocaïne par Roberto Saviano (Gallimard)  - Finalistes : Smart. Enquête sur les internets par Frédéric Martel (Stock) et Une si jolie petite fille par Gitta Sereny (Plein Jour) 
  • Biographie : Fouché. Les silences de la pieuvre par Emmanuel de Waresquiel (Tallandier/Fayard)  - Finalistes : Jules Ferry par Mona Ozouf (Gallimard) et Notre Chanel par Jean Lebrun (Bleu autour) 
  • Histoire : Le Feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ? par Gerd Krumeich (Belin)  - Finalistes : La Chute de Rome par Bryan Ward-Perkins (Alma) et Dictionnaire amoureux de la Résistance par Gilles Perrault (Plon/Fayard) 
  • Autobiographie : Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas par Paul Veyne (Albin Michel) - Finalistes : Un homme amoureux par Karl Ove Knausgaard (Denoël) et Les Feux de Saint-Elme par Daniel Cordier (Gallimard) 
  • Sciences : Le Code de la conscience par Stanislas Dehaene (Odile Jacob)  - Finalistes : Plaidoyer pour la forêt tropicale par Francis Hallé (Actes Sud) et Pasteur et Koch par Annick Perrot & Maxime Schwartz (Odile Jacob) 
  • Voyage : Les Oies des neigespar William Fiennes (Hoëbeke) - Finalistes : Pô, le roman d'un fleuve par Paolo Rumiz (Hoëbeke) et L'Oural en plein coeur par Astrid Wendlandt (Albin Michel) 
  • BD : La Technique du périnée par Ruppert & Mulot (Dupuis/Aire Libre) - Finalistes : L'Arabe du futur par Riad Sattouf (Allary Editions) et Moi, assassin par Antonio Altarriba & Keko (Denoël Graphic) 
  • Jeunesse : Adam et Thomas par Aharon Appelfeld (L'Ecole des loisirs) - Finalistes : Humains par Matt Haig (Hélium) et Le livre de Perle par Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse) 
  • Livre audio : Eloge de l'ombre par Junichirô Tanizaki, lu par Angelin Preljocaj (Naïve) - Finalistes : L'Insoutenable Légèreté de l'être par Milan Kundera, lu par Raphaël Enthoven (Gallimard) et Une femme aimée par Andreï Makine, lu par Bertrand Suarez-Pazos (Thélème)