samedi 23 septembre 2017

14-18, Albert Londres : «Il le décora, l'embrassa.»



Les héros de Verdun défilent devant Albert Ier

(De l’envoyé spécial du Petit Journal.)
Front de Verdun, 22 septembre.
Verdun, ce matin, défila devant la Belgique. Sur l’un de ses champs, Albert Ier est apparu ; il venait dire à la citadelle que sa victoire était aussi celle de son pays. Le Président de la République, le général en chef accompagnaient le roi. Il faisait beau. Les régiments qui, le lendemain de l’affaire des 20 et 24 août, derrière leurs drapeaux, sur ce même terrain, avaient déjà passé, repassèrent. Alors, ils étaient encore raides de boue et l’héroïque fatigue battait leur visage aujourd’hui brossés, ils se présentèrent.
Ouvrez le ban !
Le Président de la République s’avança vers un général aux cheveux blancs ; ce général se tenait devant le front des troupes ; son attitude était toute simple, toute profonde ; il semblait très loin de la cérémonie dont il était le centre. Un colonel, à haute voix, se mit à lire ; c’était sa citation :
« Sur le Grand Couronné de Nancy, a sauvé le pays », entendait-on. Sur cette poitrine, le président accrocha la médaille militaire ; Curières de Castelnau était décoré.
Tout un autre rang s’alignait. Albert s’avança ; il apportait son ordre aux vainqueurs français. Le premier, c’était le général Fayolle ; il le décora, l’embrassa ; le second, c’était le général Guillaumat ; il le décora, l’embrassa ; le troisième, c’était le général Philippot ; il le décora, l’embrassa. Puis il en décora encore quarante autres, soldats, officiers, aviateurs, artilleurs ; puis on ferma le ban et les divisions défilèrent.

Les divisions héroïques

Voici la 5e brigade. Le 24 août, à quatre heures cinquante, enlevait la cote 304, s’emparait du bois en Équerre, de la tranchée de Souvin ; le soir, à dix heures, s’emparait de l’ouvrage de Palavas, de la croupe de Romenot, du Gâteau de Miel de Lorraine et atteignait le ruisseau de Forges. Prisonniers : 56 ; prises : douze mitrailleuses, six canons. Le roi des Belges salua.
Voici la 42e division. Le 20 août, attaque entre le saillant des Caurières et la croupe à l’est du ravin de la Platelle. Le 26, redonne entre la tranchée du Chaume et la sortie de Beaumont. Prisonniers : 1 300 ; prises : 48 mitrailleuses, 14 canons dont un de 105. Le roi des Belges salua.
Voici la 165e division. Le 20 août, attaque au nord de Louvemont, enlève quatre lignes de tranchées ; le 22, emporte l’ouvrage de Nassau ; le 26, s’empare du bois de Beaumont. Prisonniers : 1 600 ; prises : 50 mitrailleuses, 4 canons. Le roi des Belges salua.
Voici la 14e division. Relève, après l’assaut du 20 août, les troupes d’attaque à la cote 344 ; subit tous les contre-coups, maintient tout. Le roi des Belges salua.
Voici la 25e division. Le 20 août, à l’aile gauche du dispositif général, attaque sur un front de 2 000 mètres au sud du bois d’Avocourt, atteint tous ses objectifs ; prisonniers : 750 ; prises : 30 mitrailleuses, 10 canons. Le roi des Belges salua.
Voici la 26e division. Le 20 août, attaque entre Malancourt et La Hayette, enlève les redoutes ennemies sur 3 500 cents mètres de largeur et 1 500 de profondeur ; prisonniers ; 500 ; prises ; 20 mitrailleuses. Le 24, attaque de nouveau entre Vassincourt et La Hayette, progresse de 2 000 mètres ; prisonniers : 100 ; prises : 8 mitrailleuses, 4 canons. Le roi des Belges salua.
Voici la 128e division, celle de Riberpray ; s’empare, le 8 septembre, du bois Le Chaume ; le 9, poursuit son succès, organise le terrain qu’elle conserve, malgré tout ; prisonniers : 800 ; prises : 9 canons ; le général Riberpray tué à l’ennemi. Le roi des Belges salua.
Voici la division marocaine. Pardon, elle n’est pas là ; pourtant, le 20 août, elle prit Régneville.
Voici l’aviation. Pendant l’attaque de Verdun, elle abattit 74 avions ; ajoutons-en un de plus ; à l’instant, elle vient d’en descendre un autre. Entouré de flocons blancs, le Boche s’approchait pour voir la revue. Ce fut le coup du roi.

Le Petit Journal, 23 septembre 1917.

Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:

Dans la même collection

Jean Giraudoux
Lectures pour une ombre
Edith Wharton
Voyages au front de Dunkerque à Belfort
Georges Ohnet
Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale
ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes
Isabelle Rimbaud
Dans les remous de la bataille

vendredi 22 septembre 2017

Le palmarès 2017 des libraires

Livres Hebdo a révélé hier soir le résultat de son enquête auprès de 300 libraires qui ont donné leurs coups de cœur de la rentrée littéraire. Ils ont lu tout l'été, voici les résultats, dans l'ordre.

Romans français
  1. Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  2. Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)
  3. Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  4. Claudie Gallay. La beauté des jours (Actes Sud)
  5. Léonor de Récondo. Point cardinal (Sabine Wespieser)
  6. Lola Lafon. Mercy, Mary, Patty (Actes Sud)
  7. Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  8. Alice Ferney. Les Bourgeois (Actes Sud)
  9. Kamel Daoud. Zabor ou Les psaumes (Actes Sud)
  10. Jean-Luc Seigle. Femme à la mobylette (Flammarion)
  11. Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  12. Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  13. François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  14. Patrick Deville. Taba-Taba (Seuil)
  15. Marc Dugain. Ils vont tuer Robert Kennedy (Gallimard)
  16. Jean-Marie Blas de Roblès. Dans l'épaisseur de la chair (Zulma)
  17. Amélie Nothomb. Frappe-toi le cœur (Albin Michel)
  18. Kaouther Adimi. Nos richesses (Seuil)
  19. Sébastien Spitzer. Ces rêves qu'on piétine (L'Observatoire)
  20. Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
Romans étrangers
  1. Colson Whitehead. Underground Railroad (Albin Michel)
  2. Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  3. Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  4. Ron Rash. Par le vent pleuré (Seuil)
  5. Emily Fridlund. Une histoire des loups (Gallmeister)
  6. Nathan Hill. Les fantômes du vieux pays (Gallimard)
  7. Orhan Pamuk. Cette chose étrange en moi (Gallimard)
  8. Viet Thanh Nguyen. Le sympathisant (Belfond)
  9. Britt Bennett. Le cœur battant de nos mères (Autrement)
  10. Maja Lunde. Une histoire des abeilles (Presses de la Cité)
  11. Martin Suter. Eléphant (Bourgois)
  12. Jenni Fagan. Les buveurs de lumière (Métailié)
  13. Gail Honeyman. Eleanor Oliphant va très bien (Fleuve)
  14. Karl Geary. Vera (Rivages)
  15. Richard Wagamese. Jeu blanc (Zoé)
  16. Juan Gabriel Vasquez. Le corps des ruines (Seuil)
  17. Christoph Ransmayr. Cox ou La course du temps (Albin Michel)
  18. Barney Norris. Ce qu'on entend quand on écoute chanter les rivières (Seuil)
  19. Roxane Gay. Treize jours (Denoël)
  20. Valeria Luiselli. L'histoire de mes dents (L'Olivier)
Quelques leçons à tirer de ce qui pourrait être une liste de suggestions de lectures?
  • Le formidable tir groupé d'Actes Sud en roman français (et la totale absence de la même maison dans les traductions qui ont assis, dans les débuts, sa réputation), avec quatre titres dans les neuf premiers du classement.
  • La grande discrétion du premier roman français - un seul titre, mais il est excellent - tandis que presque la moitié des romans traduits sont des œuvres de débutants.
  • La présence massive des romancières en tête du classement français, avec six ouvrages dans les huit premiers.
  • La domination massive, ce n'est pas une surprise, des traductions de l'anglais et de l'américain, surtout de l'américain d'ailleurs, mais j'ai renoncé à compter.
  • Vous vous en moquez, mais quand même: mon approbation globale à une liste dans laquelle je ne trouve que des romans que j'ai aimés ou que j'ai envie de lire. Constatant comme à chaque rentrée, mais je le savais, que j'ai beaucoup plus avancé dans le domaine français (j'ai lu 12 des 20 livres) que dans les traductions (j'ai trop honte...). Le basculement se fera, est en train de se faire...

jeudi 21 septembre 2017

Thomas Gunzig, Prix Filigranes

Les prix littéraires attribués sous des enseignes de librairies ne sont pas, au fond, si différents des autres. Celui de Filigranes, à Bruxelles, avait sélectionné sept ouvrages qui auraient pu, presque tous, figurer dans les listes des jurys traditionnels. L’an dernier, d’ailleurs, le premier Prix Filigranes avait couronné Le dernier des nôtres, d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Grasset), qui avait reçu ensuite le Grand Prix du roman de l’Académie française. Ce ne sera très probablement pas le cas, et on s’en désole, du lauréat 2017, mais on se réjouit, pour un tas de raisons, de voir un coup de projecteur dirigé vers La vie sauvage, de Thomas Gunzig. Il était par ailleurs le seul écrivain belge de la sélection.
Il y a bientôt vingt-cinq ans que cet ancien vendeur de livres – il a travaillé une dizaine d’années chez Tropismes, une des plus belles librairies bruxelloises, et voilà qu’une autre le récompense – fournit avec une belle régularité des écrits sous toutes les formes, beaucoup de nouvelles, du roman, du théâtre, un scénario (Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael), des chroniques en pagaille…
Le cynisme tendre, un faux cynisme et une vraie tendresse, qu’il pratique fait mouche, une fois encore, dans son dernier livre, un roman cette fois. La vie sauvage est l’histoire d’un garçon qui a survécu, bébé, à un accident d’avion dans lequel ses parents sont morts en compagnie de tous les autres occupants de l’appareil et a grandi dans des villages africains en proie à des guerres qui ne disaient pas toujours leur nom mais avaient tous les effets d’une guerre déclarée, parfois en pire.
Retrouvé, « sauvé » de la barbarie, Charles rejoint l’Europe et la famille de son oncle Alain, quinquagénaire massif et rougeaud, bourgmestre (c’est ainsi qu’on appelle un maire en Belgique) de sa commune, parfait politicard rompu aux manœuvres pas toujours honnêtes de son milieu. Il est affublé d’une femme sophistiquée, aussi désœuvrée que débordée, et de deux enfants adolescents. Aurore a seize ans et des velléités d’indépendance bien masquées par la manière dont elle fait disparaître ses gros seins, trop gros, dans des vêtements amples. Frédéric est très pâle, passionné d’informatique et surtout des pires images qu’on peut glaner sur Internet quand on en visite les bas-fonds, assez insignifiant dès qu’il se trouve en groupe, chose qu’il préfère d’ailleurs éviter.
Charles a laissé, dans la jungle – je le dis ainsi pour aller vite –, la jeune fille qu’il aime, Septembre, et le secret qu’ils possèdent en commun : l’endroit où est entreposé un gros paquet de dollars. C’est malgré lui qu’il s’est retrouvé en Europe, mais forcément pour son bien, pensent les bien-pensants, et il ne rêve que de retrouver sa belle, comparables aux images les plus fortes du Cantique des cantiques ou de la poésie de Baudelaire. Car Charles est loin d’être inculte : il a beaucoup lu – et bien lu, comme le prouve sa première intervention en classe, à propos de Rimbaud, alors que tout le monde croyait qu’il allait être largué. Thomas Gunzig parsème son roman de citations qui sont les cailloux semés par Charles sur le chemin du retour.
Mais il ne suffit pas d’avoir les cailloux, il faut aussi trouver le moyen de forcer les autres à son départ. C’est alors une machination à laquelle participe le charme naturel de l’adolescent et un art de la séduction dont il a rapidement compris l’usage qu’il pouvait faire.
La vie sauvage est un roman parfois déconcertant, toujours réjouissant.

10 romans sélectionnés pour le Prix Jean Giono

Aux dernières nouvelles, comme le dirait Bibliobs, mais pas aujourd'hui, combien d'académiciens le jury du Prix Jean Giono compte-t-il? J'avoue n'en avoir rien su avant de consulter le lien vers lequel je vous renvoie, ils étaient deux l'an dernier, il semble n'y avoir plus que Frédéric Vitoux cette année, Erik Orsenna n'étant plus présent dans la liste fournie par mon excellent confrère. Je me posais la question, non seulement pour vous donner la réponse en même temps qu'à moi, parce qu'il faut craindre, mais pour le seul Vitoux donc, une surcharge de travail le 26 octobre, jour de proclamation du Prix Jean Giono (après une deuxième sélection le 3 octobre) qui est aussi celui du Grand Prix du roman de l'Académie français. Encore que, avec un peu de chance (pour Vitoux, car pour les lecteurs la malchance déjà signalée lors de ces derniers jours pour d'autres sélections se répéterait), les mêmes titres figureront de part et d'autre.
Car en effet, donc, bon sang, mais c'est bien sûr, le (mauvais) pli semble prix pris, les noms familiers sont là, deux ouvrages seulement (sur dix) n'apparaissaient jusqu'ici dans aucune sélection: ceux de Carine Fernandez et d'Alexandre Lacroix.
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Delphine Coulin. Une fille dans la jungle (Grasset)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Carine Fernandez. Mille ans après la guerre (Les Escales)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • Alexandre Lacroix. La muette (Don Quichotte)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Frédéric Verger. Les rêveuses (Gallimard)
  • Alice Zeniter. L’art de perdre (Flammarion)
  • Jean-René Van der Plaetsen. La nostalgie de l’honneur (Grasset)
Vous pouvez vérifier dans le document que je mets à jour au fur et à mesure que viennent les informations, Prix littéraires 2017, où se glisse discrètement, sans la moindre ostentation, un petit scoop que vous découvrirez si vous êtes observateur, et dont je vous dirai davantage plus tard dans la journée.

mercredi 20 septembre 2017

Victor Segalen à la Une



C'est dans Le Figaro littéraire, paru par exception ce jeudi en raison d'une grève demain, et à l'occasion de la sortie du livre que Jean-Luc Coatalem a sorti il y a quelques semaines, Mes pas vont ailleurs (Stock). Inspirée par la vie vagabonde et riche de Victor Segalen, cette fiction biographique fait rêver. "Segalen est plus connu qu'on ne le pense", dit Jean-Luc Coatalem à Astrid de Larminat, qui l'interroge.
A l'appui de cette affirmation, il cite François Mitterrand, Patrick Deville, Régis Debray qui font souvent référence à Segalen, et ajoute le nom de Michel Onfray qui va lui consacrer un livre.
(Il s'agit d'un court essai, Le désir ultramarin, annoncé chez Gallimard le 2 novembre, et qui commence par cette phrase paradoxale: "Victor Segalen, médecin militaire diplômé de l'Ecole de santé navale de Bordeaux, n'aime pas la mer.")
Je parlais aussi de Jean-Luc Coatalem dans la présentation du petit livre inédit en volume publié le mois dernier à la Bibliothèque malgache: Victor Segalen, par Gilbert de Voisins, où sont rassemblés pour la première fois les quatre grands articles que le compagnon de voyage en Chine consacra à son ami.
Dans le même temps, et parce qu'un bonheur ne peut venir seul, une réédition de René Leys avait été proposée par la Bibliothèque malgache, dans sa collection littéraire. Un roman autour duquel je tournais depuis longtemps, que je n'avais jamais en réalité lu intégralement, et dont la préparation de la version numérique m'a valu de beaux moments de lecture.
Ce n'est pas fini. Car une plongée dans les écrits de Victor Segalen est une excursion en eaux profondes, lors de laquelle on croise aussi Rimbaud ou Gauguin.
Voilà pourquoi, alors que s'annonce une grande exposition Gauguin à Paris, escortée de diverses publications, la Bibliothèque malgache peut annoncer la prochaine disponibilité d'un ouvrage numérique où le peintre rencontre l'écrivain - ce qu'ils n'ont jamais fait dans la vraie vie. Les Lettres à Georges-Daniel de Monfreid, de Paul Gauguin, sont précédées, comme dans leur édition originale de 1919, par un long hommage de Victor Segalen et suivies du texte que celui-ci consacra à l'artiste après sa mort, Gauguin dans son dernier décor.
A suivre, donc...

mardi 19 septembre 2017

C'est quoi, le style?

N'importe qui, alignant trois phrases ou 315 pages, peut croire avoir du style. Il y a quelques heures, je discutais avec l'auteur d'un livre (315 pages) dont le texte, des notes prises au quotidien sur sa vie dans le Sud de Madagascar, semble jeté là au hasard des premiers mots qui lui passent par la tête, et tant pis s'il en manque, des mots, "c'est mon style", m'a-t-il dit, coupant court à la démonstration laborieuse entamée pour lui prouver qu'il n'en avait aucun. Bon... Après tout, qui suis-je pour penser le contraire? Ce n'est pas moi qui l'ai écrit, son livre! (Et je m'en félicite.)
N'importe qui, lisant un livre, peut dire qu'il a un style. Ou pas. Je viens de le faire. Le jury du Prix du Style aussi, avec la participation, depuis l'an dernier, s'ils y sont encore [vérification faite, non], mais j'espère que oui parce que j'avais bien ri, de Tristane Banon et Marc Levy, a publié sa première sélection, en attendant la seconde le 2 octobre et la proclamation le 21 novembre. Regardez-la bien, cette sélection, vous y apprendrez que Marc Dugain est jugé digne d'être récompensé pour son style. Avis pour le moins inattendu, on peut le féliciter pour bien des qualités, celle-là semble cependant assez douteuse. Bref, voici les quatorze ouvrages retenus.
  • Kaouther Adimi. Nos richesses (Seuil)
  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Michèle Audin. Comme une rivière bleue (Gallimard)
  • Sophia Azzeddine. Sa mère (Stock)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • Delphine Coulin. Une fille dans la jungle (Grasset)
  • Cyril Dion. Imago (Actes Sud)
  • Marc Dugain. Ils vont tuer Robert Kennedy (Gallimard)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Gaëlle Nohant. Légende d'un dormeur éveillé (Héloïse d'Ormesson)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Evelyne Pisier et Caroline Laurent. Et soudain, la liberté (Les Escales)
  • Monica Sabolo. Summer (JC Lattès)
  • Chantal Thomas. Souvenirs de la marée basse (Seuil)
P.-S. Je reçois à l'instant les résultats des Prix de la Vocation, ils sont deux lauréats pour la littérature et, si je n'ai pas lu Mise en pièces, de Nina Leger (Gallimard), il m'a semblé que L'été des charognes, de Simon Johannin (Allia) était un remarquable premier roman, plein de colère non retenue. Les distractions manquent à la campagne. Alors, les gamins explosent des chiens, goûtent à l’odeur de la charogne, se cognent dessus, se font cogner par les parents, regardent ceux-ci picoler. Toute la noirceur d’une vie qui débouchera, plus tard, sur d’autres distractions, guère plus saines. Comme s’ils avaient été coulés dans un moule dont ils devaient déborder à force de pourriture.
Un prix Prix de la Vocation de poésie a été aussi décerné, à Jean d'Amérique.

14-18, Albert Londres : «Trois années n’ont pas diminué l’émotion»



Alsace !

(De l’envoyé spécial du Petit Journal.)
Thann, 15 septembre.
Pleine de grâces, l’Alsace, partout où le soldat de France s’est présenté, tant qu’elle peut, lui ouvre ses bras.
Ce que nous faisons pour elle est bien, mais ce n’est pas d’administration que nous vous parlerons.
Si nous n’avions eu que le projet de vous raconter comment on organise la vie matérielle de la partie de cette province redevenue heureuse, nous serions allés dans un bureau au milieu de cartons verts, aurions entassé des notes, puis aligné des statistiques ; or, c’est dans les villes, les villages, que nous nous sommes promenés, c’est l’air libre des vallées que nous avons respiré ; et, ainsi, ce fut bien plus beau, car ce n’est pas ce que nous faisons pour elle, mais ce qu’elle fait pour nous que nous avons vu.
Cette Alsace, arrachée à sa chaîne, accourt maintenant, toute joyeuse au-devant des sauveurs. Soyez de leur sang, à n’importe quel titre et vous aurez son sourire. Vous ne l’aurez pas parce que vous le provoquerez ; il viendra de lui-même et de loin au-devant de vous. Ce n’est pas le partisan qui s’exprime de la sorte, c’est le voyageur. Un homme circule et, parce qu’il est Français, verra les visages s’illuminer, les portes s’ouvrir, empressées, et la main qu’il serre rester avec émotion dans la sienne. À chaque pas, l’âme éparse de l’Alsace, d’un geste qui s’abandonne, se penchera sur son épaule ; les deux grands nœuds noirs battent toujours pour lui.

L’accueil

Circulons donc. Foulons ce sol. Trois années n’ont pas diminué l’émotion que vous en ressentez ; d’autres années ne l’amoindriront pas davantage. C’est de la terre reconquise. Dès qu’avec elle vous êtes en contact, elle vous communique le choc, et quelque chose qui ne cessera plus se met doucement à vibrer, et nos soldats en sont tout autres. Ne nous détournons pas, ce n’est pas nos soldats que nous voulons rencontrer aujourd’hui, ce sont ceux qui les aiment. Ceux qui les aiment ont des fils, et tous ces jeunes flâneurs de la rue sont en culotte rouge. C’est une fantaisie que se payent ces mères. La culotte du Français qui n’est plus rouge depuis longtemps, l’est restée pour eux. Ils l’ont vue ainsi quarante-quatre ans, ils ont rêvé tout ce demi-siècle d’en habiller leurs gamins, et quand l’heure arrive, les Français se mettent en bleu ! Ce n’était pas possible, c’était décolorer leur joie ; ne nous suivant pas dans nos progrès, ils ont taillé l’ancien drap. C’est pourquoi l’on voit, plantés sur les places, un tas de petits derrières garance, très fiers.
Étiez-vous allés à Strasbourg ? Quel que soit le magasin où vous entriez, on vous reconnaissait de suite comme Français ; la figure s’éclairait toute pour vous accueillir, et l’Alsacienne, ne voulant pas séquestrer cette joie pour elle seule, criait immédiatement dans l’escalier : « Un Français ! » Rapides, ses parents descendaient et venaient s’épanouir à leur tour. Les magasins de l’Alsace désenchaînée sont pareils. Arrêtez-vous à Thann, à Dannemarie, à Massevaux. On ne criera plus : « Un Français ! », l’accueil du visage sera aussi clair. Que voulez-vous ? Une carte postale ? On se dégagera précipitamment de son comptoir et si vous le désirez, pendant un quart d’heure, on vous donnera du charme pour votre sou. Avez-vous faim ? Le patron gagnera sa cuisine, et appelant à lui son art, vous confectionnera avec amour le repas ; sa fille, qui sera montée revêtir son plus neuf corsage, vous le servira. Elle présentera sa joie en même temps que les plats.

La visite de Pétain

L’Alsace n’est pas qu’heureuse, elle est déjà installée dans la France. Et je vais vous en faire la preuve par une histoire. Hier, Pétain s’y promenait. Les habitants qui, de même que les enfants, sautent sur tous les prétextes pour mettre leur habit neuf, se précipitent sur toutes les occasions pour sortir les drapeaux, avaient pavoisé. Un vieux, une heure avant, ne l’avait pas fait ; cependant, à la dernière minute, il planta ses trois couleurs. C’était curieux. Ce vieux était un farouche Français. Il avait eu mille rencontres avec les Allemands qui n’avaient pu le réduire ; c’était le « Quand même » du village et il n’avait pavoisé que d’une main ! Le général en chef passe : « Vive Pétain ! Vive la France ! » Tout le monde le crie et le recrie, tout le monde excepté le vieux. Il regardait la manifestation du coin de l’œil. Un de ses voisins, renversé, le touche du bras :
— Alors, tu ne cries plus : « Vive la France ! », toi ?
— Bah ! fait le vieux, c’était bon du temps des Boches.
Je vais perdre ma route pour vous conter une seconde histoire. Je ne la perdrai, d’ailleurs, pas plus que cela, puisque c’est à Massevaux que je vous conduirai. Nous partirons de Thann, de sa cathédrale, de sa cathédrale à qui les Boches ont refait la toiture avec des mosaïques d’un vert et d’un jaune que je vous recommande. Nous arriverons à Massevaux pour y trouver notre histoire. C’est par l’histoire que l’on connaît la vie des peuples. C’est pourquoi je vais vous dire encore la mienne. Elle s’appellera : la fiancée de Massevaux.
Parmi les jeunes filles de la ville, l’une d’elles, depuis longtemps, vivait plus fière que toutes les autres. Le bonheur l’habitait, elle passait comme un rayon. Elle avait pour cela un motif : c’est que son fiancé à elle s’était échappé de la serre allemande : il était parti servir en France et avait gagné son étoile. Portée par une joie intérieure qui irradiait, elle vivait : un jour, un de ces jours terribles où tout se finit, le fiancé est tué. Massevaux l’apprend et Massevaux, d’une seule pensée, se tourne vers la douleur de la jeune fille. Le lendemain, la jeune fille, faisant son même chemin, traverse la ville. Elle n’était pas écroulée sous le chagrin, elle n’était pas défaite. Massevaux se dit : « Peut-être ne le sait-elle pas ? » Massevaux apprit qu’elle le savait ; alors, quelqu’un lui demanda :
— Comment se fait-il, vous qui n’existiez que par l’amour de votre fiancé, que vous voici sans larmes et encore si droite ?
— C’est, répondit-elle, que je ne puis pas être désolée ; mon fiancé est tué, c’est vrai, mais l’armée française est toujours là.
Elle est toujours là, ayant conquis la dernière hauteur, face à la plaine d’Alsace, agrippée à l’Hartmanswillerkopf, chauve de tous ses sapins tragiques.

Le Petit Journal, 19 septembre 1917.

Aux Editions de la Bibliothèque malgache, la collection Bibliothèque 1914-1918, qui accueillera le moment venu les articles d'Albert Londres sur la Grande Guerre, rassemble des textes de cette période. 21 titres sont parus, dont voici les couvertures des plus récents:

Dans la même collection

Jean Giraudoux
Lectures pour une ombre
Edith Wharton
Voyages au front de Dunkerque à Belfort
Georges Ohnet
Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914. Intégrale
ou tous les fascicules (de 1 à 17) en autant de volumes
Isabelle Rimbaud
Dans les remous de la bataille

lundi 18 septembre 2017

La paresse du Prix Interallié

Quel est l'original, parmi les jurés du Prix Interallié, qui est arrivé aujourd'hui, au moment d'établir la première sélection, avec les noms de Kamel Daoud, Nicolas d'Estienne d'Orves, Arnaud de La Grange, Adrien Goetz et Romain Slocombe? Les cinq noms qui ne se trouvaient jusqu'à présent dans aucune autre des sélections pour les prix les plus importants, commercialement parlant, de l'automne. C'est-à-dire, dans l'ordre chronologique de leur attribution, le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Médicis.
Sur les quatre listes, François-Henri Désérable était présent dans 100% des cas (il a toutes les chances de gagner au Loto), Kaouther Adimi dans 75% des mêmes cas, comme Olivier Guez, Philippe Jaenada. Monica Sabolo était à 25%, comme Jean-Luc Coatalem, Pauline Dreyfus, Philippe Lacoche, Hervé Le Tellier, Daniel Rondeau, Justine Augier et Jean-René Van der Plaetsen (ces deux derniers pour le Renaudot de l'essai). 17 noms, donc, dont bien sûr aucun premier roman - pourquoi tenter l'audace quand on a tellement envie de confort? (Vous me direz qu'au Goncourt non plus, il n'y a pas de premier roman, alors que la rentrée proposait quelques cas intéressants.)
Si quelqu'un a dit à ces lecteurs du dimanche que 390 romans français étaient publiés à la rentrée et qu'ils avaient le droit d'en ouvrir d'autres que ceux avec lesquels tous les autres jurys font leurs sélections, ils ne sont pas nombreux à l'avoir entendu. Et à être allé voir, au hasard des meilleures lectures que j'ai faites jusqu'ici, du côté de Thomas Vinau (sélectionné au Wepler quand même), Sébastien Spitzer, Victor Pouchet ou Gaëlle Nohant (trop populaire? vous allez encore faire râler Gérard Collard, qui aura beau jeu de dénoncer l'élitisme parisien). Par exemple.
Bref, vous la voulez quand même, cette liste, alors que je vous ai déjà énuméré tous les auteurs qui s'y trouvaient? La voici, presque tout de suite. Elle est destinée à se réduire le 25 octobre avec l'annonce de la deuxième sélection, et peut-être à se limiter au nom du ou de la lauréat(e) le 8 novembre - je dis "peut-être", parce que Livres Hebdo annonce la proclamation à cette date, celle du Femina (et du Flore), alors que l'Interallié a l'habitude d'attendre que tout le monde ait fait ses choix pour les "corriger" (j'ai vu quelqu'un rire! suffit!), et que Actualitté, promet, le 8 novembre, une troisième sélection. Attendons voir.
  • Kaouther Adimi. Nos richesses (Seuil)
  • Justine Augier. De l’ardeur (Actes Sud)
  • Jean-Luc Coatalem. Mes pas vont ailleurs (Stock)
  • Kamel Daoud. Zabor (Actes Sud)
  • Jean-François Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Pauline Dreyfus. Le déjeuner des barricades (Grasset)
  • Nicolas d’Estienne d’Orves. La gloire des maudits (Albin Michel)
  • Arnaud de La Grange. Les vents noirs (Lattès)
  • Adrien Goetz. Villa Kerylos (Grasset)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Philippe Lacoche. Le chemin des fugues (Rocher)
  • Hervé Le Tellier. Toutes les familles heureuses (J.-C. Lattès)
  • Daniel Rondeau. Mécaniques du chaos (Grasset)
  • Monica Sabolo. Summer (J.-C. Lattès)
  • Romain Slocombe. L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski (Robert Laffont)
  • Jean-René Van der Plaetsen. La nostalgie de l’honneur (Grasset)
P.-S. Les amateurs de chiffres, parmi vous, auront noté que les écrivains présents sur 25% des premières sélections de quatre prix littéraires sont passés à 40% de cinq. De la même manière, les 75% deviennent 80% et seul François-Henri Désérable, malgré, j'en suis sûr, son envie de mlieux faire, est resté bloqué à 100%. Les cinq nouveaux venus se contentent donc de 20%.

Le Prix Sade, les yeux ouverts

Samedi, c'était le Prix Sade, tout dans le regard cette année au moins pour la principale récompense. Elle va en effet à l'ouvrage de Gay Talese paru il y a presque un an au Sous-sol, Le motel du voyeur. Je ne l'ai pas lu, ce n'est pas l'envie qui m'en manquait, à sa parution. Je vais bientôt avoir l'occasion de me rattraper puisqu'il est réédité au format de poche dans un mois, chez Points dont je vous confie la page de La Gazette qui y est consacrée. Cela vous donnera peut-être envie aussi...


Par ailleurs, je crois que c'est inédit (ceci dit sans véritable certitude), un Prix Sade du premier roman est allé à Raphaël Aimery pour Pornarina (Denoël).
Tout ceci, et davantage, dans la page des prix littéraires 2017.

dimanche 17 septembre 2017

Les débuts de Georges Perec

On peut rêver aux textes que Georges Perec aurait pu donner s’il n’était mort en 1982, à 46 ans seulement. Mais les faits sont là et seule la publication posthume de 53 jours, roman inachevé, avait pu laisser entrevoir ce qui nous manquera.
En guise de consolation, on se retrouve avec les premiers écrits de Perec, non publiés, dont les manuscrits avaient été égarés avant d’être, par bonheur, retrouvés. Il y a cinq ans, Le Condottière, refusé en 1960 par les éditeurs qui l’avaient lu, ressurgissait. Aujourd’hui, on remonte encore un peu le temps puisque L’attentat de Sarajevo a été écrit en 1957. Et refusé aussi, par Jean Paris au Seuil et par Maurice Nadeau, qui sera l’éditeur des Choses. Il était temps de l’exhumer, peu avant Perec en Pléiade.
Pour autant, Claude Burgelin, qui préface cette édition, s’enthousiasme moins que Jacques Lederer en 1958. Celui-ci, reprenant la lecture du manuscrit, écrivait à Perec : « C’est vraiment, sans flatterie, un petit chef-d’œuvre, qui possède cet « aplomb » dont je t’ai parlé une fois, cette domination de l’œuvre d’art sur celui qui lit. » Le préfacier place la barre moins haut que le chef-d’œuvre, même petit, et il a raison, comme il a raison d’insister sur l’importance de ce « premier chapitre de l’itinéraire de Georges Perec ».
On a l’impression, en lisant L’attentat de Sarajevo, que Perec s’est lancé à lui-même un défi susceptible d’infléchir tout son travail à venir : se prouver qu’il était capable d’écrire un roman. Il l’a fait vite, semble-t-il, ce dont certaines pages souffrent. Mais il l’a fait. Et, sans aboutir à un résultat inoubliable, ce n’est pas non plus indigne.
En 1956, Perec a publié, dans Les Lettres nouvelles, une note de lecture sur le roman du Yougoslave Ivo Andrić, Il est un pont sur la Drina. Il fréquente des intellectuels et des artistes yougoslaves. Il est étudiant en Histoire, même s’il n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, très assidu. Il a rencontré Milka, la maîtresse d’un peintre yougoslave, et elle ne le laisse pas indifférent. C’est assez pour le décider à partir pour Belgrade, dans l’espoir de séduire cette femme.
Tout cela est le terreau qui fermente à toute allure et fournit la matière de L’attentat de Sarajevo. Le narrateur emprunte assez précisément le parcours de l’auteur jusque dans son intention première : conquérir, en Yougoslavie, le cœur et surtout le corps de Mila, maîtresse de Branko. Celui-ci est marié, l’idée consiste à réunir Branko, sa femme et sa maîtresse, et à convaincre l’épouse d’assassiner sa concurrente. Un attentat, en somme.
Mais l’étudiant n’a pas oublié les leçons du passé. « C’était tout de même de chose que de venir à Sarajevo pour commettre un attentat. Il y eut des précédents sans doute. » Ou encore : « à Sarajevo, il arrive que les choses ne se passent pas toujours comme on pourrait le désirer, et que les plus petites actions aient des conséquences bouleversantes. On a eu des exemples. »
Sans s’extasier devant un roman que Perec ne s’interdisait pas de reprendre plus tard, on s’amuse quand même beaucoup de le voir tirer des fils entre le réel et la fiction.

jeudi 14 septembre 2017

Prix Femina : 15 + 13 = 28

La première sélection du Prix Femina est arrivée, on commence à voir plus clair dans la foire d'empoigne de la rentrée littéraire et des prix qui suivent. François-Henri Désérable plaît partout (et tout le monde a raison), Véronique Olmi et Alice Zeniter restent dans la course malgré les prix qu'elles viennent de recevoir, Gallimard place trois titres dans la sélection de romans français (j'y compte celui de Verticales), Albin Michel et Flammarion, deux chacun, le reste se disperse et c'est très bien ainsi, peut-être un jour pourra-t-on se passer de tenir ces comptes-là. Avant d'en arriver là, on note (discrètement) que Gallimard et Albin Michel sont les seuls éditeurs à être cités deux fois du côté des traductions. D'autres que moi feront des analyses plus fines, ou plus globales en fonction de l'appartenance à un groupe, mais calmons-nous. Prochain épisode, pour le Femina, le 4 octobre, troisième sélection le 17, avant l'épilogue le 8 novembre.

Romans français
  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Arno Bertina. Des châteaux qui brûlent (Verticales)
  • Yves Bichet. Indocile (Mercure de France)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Yannick Haenel. Tiens ferme ta couronne (Gallimard)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Michel Le Bris. Kong (Grasset)
  • Charif Madjalani. L'empereur à pied (Seuil)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Patricia Reznikov. Le songe du photographe (Albin Michel)
  • Eric Vuillard. L'ordre du jour (Actes Sud)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)

Romans étrangers
  • Margaret Atwood. C'est le coeur qui lâche en dernier (Robert Laffont)
  • Britt Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Eivind Hofstad Evjemo. Vous n'êtes pas venus au monde pour rester seuls (Grasset)
  • Karl Geary. Vera (Rivages)
  • Tessa Hadley. Le passé (Bourgois)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Karl Ove Knausgaard. Aux confins du monde (Denoël)
  • Francesco Pecorao. La vie en temps de paix (Lattès)
  • Christoph Ransmayr. Cox ou la course du temps (Albin Michel)
  • Inge Schilperoord. La tanche (Belfond)
  • Colson Whitehead. Underground Railroad (Albin Michel)
  • John Edgar Wideman. Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till (Gallimard)



France-Culture-Télérama, Flore, littérature américaine, une ration de sélections

Jusqu'à l'indigestion? Pour certains observateurs et lecteurs, peut-être. Entre hier et aujourd'hui, si l'on ajoute les travaux incomplets du jury Médicis, le point sur les prix littéraires 2017 a singulièrement gonflé. D'autant que je ne me suis pas attardé, faute d'avoir lu l'ouvrage récompensé, sur Bakhita, de Véronique Olmi, Prix du roman de la Fnac hier. Ni sur, avant-hier et pour les mêmes raisons, sur L'enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi, Prix du meilleur roman des lecteurs Points. Et, puisque la première sélection du Prix Femina tarde à venir, je m'arrête pour l'instant à la série déjà copieuse qui suit.

Ouvrons donc cette série de listes par celle du Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama, cinq titres dont un seul que je n'ai pas lu (mais il est dans mon programme de lectures), ça compense un peu. C'est aussi le signe que la sélection est, somme toute, très prévisible - bien que de qualité, le pire n'étant pas toujours sûr même quand il n'y a pas de surprises. On a le temps de s'y préparer, je ne sais pas quand il est attribué et, de toute manière, le jury n'est pas encore constitué.
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Lola Lafon. Mercy, Mary, Patty (Actes Sud)
  • Léonor de Récondo. Point cardinal (Sabine Wespieser)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Chantal Thomas. Souvenirs de la marée basse (Seuil)


A l'opposé, voici les frondeurs du Prix de Flore, avec le goût de la fête et des fouilles en eaux peu fréquentées. L'inattendu y est plutôt la règle et, en attendant la deuxième sélection (le 12 octobre), la première ne propose, comme roman ayant déjà retenu l'attention d'autres jurys, que celui d'Eva Ionesco. Un premier roman, par ailleurs.
  • Pierre Ducrozet. L’invention des corps (Actes Sud)
  • David Dufresne. New Moon (Seuil)
  • Patrick Eudeline. Les Panthères grises (La Martinière)
  • Clovis Goux. La disparition de Karen Carpenter (Actes Sud)
  • Eva Ionesco. Innocence (Grasset)
  • Ann Scott. Cortex (Stock)
  • Marion Vernoux, Mobile home (L’Olivier)
  • Lisa Vignoli. Parlez-moi encore de lui (Stock)
  • Zarca. Paname Underground (Goutte d’Or)

Le Grand Prix de littérature américaine, qui sera attribué le 9 novembre et qui donnera une deuxième sélection de trois titres seulement dans l'intervalle (le 5 octobre), a sélectionné huit titres. Il est prématuré d'annoncer quels sont les trois qui resteront en lice mais, en ce qui me concerne, le jury peut conserver les romans de Christian Kiefer - je l'ai lu et il est excellent - et de Nathan Hill - c'est celui qui me tente le plus dans les sept autres. Je leur laisse volontiers choisir le troisième finaliste.
  • Vivian Gornick. Attachement féroce (Rivages), traduit par Laetitia Devaux
  • Baird Harper. Demain sans toi (Grasset), traduit par Brice Matthieussent
  • Nathan Hill. Les fantômes du vieux pays (Gallimard), traduit par Mathilde Bach
  • Kristopher Jansma. New York Odyssée (Rue Fromentin), traduit par Sophie Troff
  • Christian Kiefer. Les animaux (Albin Michel), traduit par Marina Boraso
  • Ron Rash. Par le vent pleuré (Seuil), traduit par Isabelle Reinharez
  • Richard Russo. A malin malin et demi (Quai Voltaire), traduit par Jean Esch
  • David Vann. L’obscure clarté de l’air (Gallmeister), traduit par Laura Derajinski