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samedi 8 mars 2014

Entre l'Eglise et la vérité, Brian Evenson a choisi

Brian Evenson est un écrivain radical. Assez radical, au moins, pour avoir quitté l’Eglise mormone à laquelle il appartenait, parce qu’il lui était interdit de continuer à produire ses textes en toute liberté. Ayant repris cette liberté, il peut s’en donner à cœur joie – mais avec un sentiment que l’on devine douloureux devant la nécessité où il se trouve d’aborder des sujets difficiles.
Celui-ci est particulièrement âpre. Eldon Fochs, doyen de sa communauté religieuse, consulte un psychothérapeute pour résoudre les problèmes de sommeil causés par des rêves troublants. Il se trouve en présence d’enfants auxquels il est tenté de faire du mal. Puis ses récits évoluent jusqu’à la description du mal qu’il leur fait. Et le docteur Alexander Feschtig, en charge du patient, commence à penser que celui-ci ne parle pas de rêves mais d’événements vécus. Les choses se compliquent d’accusations portées par deux mères contre le doyen : il aurait violé leurs fils.
Père des mensonges parle donc de pédophilie à l’intérieur d’une institution chrétienne. Mais surtout de la manière dont Fochs utilise son pouvoir spirituel sur les jeunes. Et aussi de celle dont la hiérarchie se rassure en excommuniant les deux mères accusatrices. Puisque, en s’opposant à un membre de l’Eglise, elles s’en prennent à Dieu lui-même.
Brian Evenson démonte le système de l’intérieur, détaille les mécanismes qui interdisent de croire à la culpabilité d’un responsable religieux. Le lecteur est assez intelligent pour en tirer lui-même les conséquences, au-delà de la fin du récit. Car la vérité ne correspond pas ici, une fois pour toutes, à ce qui s’est passé. Elle correspond à ce qu’il faut croire, serait-ce en dépit de la vraisemblance. Et sans, faut-il l’ajouter, aucun souci de justice. Le pouvoir a gagné.

samedi 23 janvier 2010

Deux romans pour le week-end?

Lire jusqu'au bout du week-end, pourquoi pas? Deux suggestions, extraites des articles parus hier dans le supplément littéraire du Soir.

Et d'abord le quatrième ouvrage de Brian Evenson traduit en français dans l'excellente collection Lot 49 (un clin d'œil à Thomas Pynchon) dirigée par Claro et Hofmarcher. Père des mensonges ne devrait pas vous laisser indifférent...
Brian Evenson est un écrivain radical. Au moins assez pour avoir quitté l'Eglise mormone à laquelle il appartenait, parce qu'il lui était interdit de continuer à produire ses textes en toute liberté. Ayant repris cette liberté, il peut s'en donner à cœur joie – mais avec un sentiment que l'on devine douloureux devant la nécessité où il se trouve d'aborder des sujets difficiles.

Pour compléter, je vous suggère le nouveau roman d'Emmanuelle Pagano, une correspondance complice et amoureuse qui tourne mal, et permet à L'absence d'oiseaux d'eau de tourner plutôt bien.
Un projet littéraire dont l'orientation se modifie en cours de route, ce n'est pas nécessairement un accident de parcours. Le chemin emprunté par l'écrivain doit parfois épouser les mouvements de l'existence quand le livre est censé être lié à celle-ci. Dans une note préliminaire à L'absence d'oiseaux d'eau, Emmanuelle Pagano explique l'intention de départ: échanger des lettres avec un autre écrivain, «une œuvre de fiction que nous construisions chaque jour, à deux, et dans laquelle nous inventions que nous nous aimions.» Jeu dangereux, puisque l'amour n'est pas resté imaginaire. L'amour est né, a grandi, s'est enfui. Comme s'est enfui l'autre auteur, reparti avec ses propres lettres. Il ne reste donc qu'une voix, l'autre se faisant malgré tout entendre à travers les réponses, en creux, écho affaibli de ce que nous ne lirons pas.