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lundi 29 juin 2020

Elizabeth Jane Howard, un dramaturge et ses personnages vivants

Un brillant attelage constitué de quatre personnages très différents les uns des autres conduit le roman d’Elizabeth Jane Howard, Une saison à Hydra. Il infléchissent chacun à leur tour, dans un ordre variable, la direction d’un récit qui mène de Londres à Athènes en passant par New York et Hydra. La transition entre eux se fait avec un pas de côté qui est aussi un léger recul pour réécrire la fin du chapitre précédent. Si bien que le roman avance par glissades et entraîne sans heurt sur un étonnant parcours. Celui-ci commence en demi-teinte, et on se demande, dans les premières pages, comment on pourra s’enthousiasmer pour une écriture parfaitement classique où rien dans la forme ne semble fait pour surprendre. Mais, en pénétrant dans les pensées des protagonistes, dont la plupart s’expriment à la première personne, l’intérêt grandit.
Seuls les chapitres consacrés à Emmanuel Joyce, le dramaturge britannique de 61 ans qui est le pivot du petit groupe, sont écrits à la troisième personne. Pour, probablement, marquer une distance avec l’auteur à succès qui souffre dans sa vie privée et bénéficie dans son travail d’une double personnalité : « l’avantage c’est qu’il pouvait débattre avec lui-même. »
Son épouse Lillian est une femme déchirée qui peine à trouver la sérénité. De santé fragile, elle a perdu sa fille Sarah à deux ans. Blessée par les infidélités de son mari, elle voudrait lui trouver une secrétaire qui ne serait pas amoureuse de lui, et dont il userait pour une liaison jetable. Gloria, qui vient d’être congédiée, a même fait une tentative de suicide. Lillian espère qu’il n’en ira pas de même avec Alberta, la nouvelle qu’elle a recrutée.
Dix-neuf ans, aucune expérience professionnelle ni sentimentale, Alberta reste très liée à son oncle et à son père pasteur. Elle leur écrit souvent et la plupart de ses impressions, au cours du livre, sont transcrites dans les lettres envoyées aux étapes au cours desquelles sa vie ne cesse de basculer.
Le quatrième personnage n’est pas le moindre : Jimmy, manager attentif à simplifier la vie d’Emmanuel, veille aussi sur l’humeur de Lillian et, désormais, sur l’apprentissage d’Alberta dont le statut évolue rapidement de secrétaire à premier rôle d’une pièce qui doit être montée à New York. Jimmy est le ciment du groupe.
Mais le ciment est devenu fragile. Jimmy envisage une vie privée, ce qu’il n’a jamais connu dans son existence. Au même moment, Emmanuel sent naître et croître une attirance pour Alberta. Et Lillian voit venir le danger…
D’Elizabeth Jane Howard, née en 1923 et morte en 2014, Sybille Bedford dit très justement dans son introduction qu’elle « réussit à nous faire voir ce qu’elle veut, d’une chèvre à une table dressée pour le dîner au bord de la mer, de l’expression d’un visage à un cendrier le matin. »

lundi 28 janvier 2019

Les vagabondages de Jean Rolin


Peleliu, le nom vous est probablement inconnu à moins de vous être intéressé de près à la guerre américano-japonaise du Pacifique. Une carte de cette île peu étendue, appartenant aujourd’hui aux Palaos, est fournie au début du livre. Quant à la situer en Micronésie, à l’est des Philippines et au nord de l’Indonésie, voilà qui exige une brève recherche… ou la lecture de Peleliu.
Jean Rolin nous plonge dans le tourbillon historique d’un point géographique, en prenant appui sur « la mort mystérieuse de Pete Ellis, survenue en 1923 à Koror, capitale de l’archipel des Palaos ». Un ivrogne de grande envergure, ce Pete Ellis, qui est néanmoins chargé, sous couvert de démarches commerciales, d’une mission d’espionnage militaire : « étudier les dispositions prises par les Japonais dans les îles du Pacifique qu’ils ont soustraites aux Allemands dès 1914 ». L’excès de boisson et le secret étant peu compatibles, Jean Rolin craint que l’envoyé discret ait livré des détails de sa mission à des compagnons de beuverie…
Avec un luxe de détails dans lesquels les faits avérés et les hypothèses se côtoient sans jamais se mélanger, l’écrivain pose les bases de son enquête. Une partie dans les livres écrits à l’occasion de la bataille de Peleliu, une autre partie, la meilleure, dans ses pérégrinations cyclistes, ou pédestres en cas de crevaison.
Comme souvent, il observe tout de biais, s’intéresse aux poules, aux crabes, fait un détour par William Styron. On se balade avec lui en se demandant ce que deviendront des chiots abandonnés.
Sans avoir jamais mis les pieds sur Peleliu, la petite île nous devient familière, voire attachante.

jeudi 14 juillet 2016

En rayon et en roue libre, Antoine Blondin au Ventoux

On ne pouvait pas ne pas le ressortir du rayon, d'autant que plusieurs rééditions récentes ont remis Antoine Blondin en selle. 
Jusqu'en haut du Ventoux?
Pas tout à fait, cet après-midi, pour les coureurs du Tour de France, puisque le vent amputera l'ascension de quelques kilomètres. Les maillots aux couleurs diverses ne s'en plaindront pas, sauf peut-être un râleur, autre manière de dire mauvais perdant.
La légende du sport cycliste s'enrichira, ou non, d'une nouvelle page aujourd'hui. Et on reviendra encore, chaque année, à cette autre légende qu'est Antoine Blondin dont un article recueilli dans Sur le Tour de France évoque - il n'était pas possible de le contourner - le mont Ventoux.
Parmi les terrains de haute compétition proposés à l’effort cycliste, le Ventoux, comme d’ailleurs le puy de Dôme, est de ceux dont l’action se traduit non seulement par une incidence mécanique, mais par la puissance obsessionnelle de leurs envoûtements. Peu de souvenirs heureux s’attachent à ce chaudron de sorcière (en relief) qu’on n’aborde pas de gaieté de cœur. Nous y avons vu des coureurs raisonnables confiner à la folie sous l’effet de la chaleur et des stimulants, certains redescendre les lacets alors qu’ils croyaient les gravir, d’autres brandir leur gonfleur au-dessus de nos têtes en nous traitant d’assassins.
Ce jour-là, Tom Simpson était mort...