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samedi 2 décembre 2017

Donc, les écrivains comptent...

Je ne sais pas très bien pour quoi ils comptent (sinon dans ma galaxie personnelle), mais on nous a beaucoup dit, cette semaine que oui, oui, les écrivains sont des gens d'importance dont il convient de mesurer l'influence (et pas, pour certains, le pouvoir de nuisance?).
Dans Marianne, un reportage nous emmène en Colombie, sur les traces de Gabriel Garcia Marquez, afin de prouver que le pays n'est pas seulement celui des cartels et de la drogue. Je suppose qu'on n'a pas demandé son avis au fantôme du Prix Nobel pour l'engager dans cette tournée promotionnelle.
Dans Vanity Fair, les 50 Français les plus influents dans le monde ne sont pas écrivains, on s'en doute. Sauf quelques-uns. Gaël Faye, treizième de la liste, Leïla Slimani, vingtième, Emmanuel Carrère, vingt-sixième.
Et...?
Et c'est tout. Voilà donc la place de la littérature dans l'espace de la relative domination française, plus économique que culturelle, n'en déplaise à Françoise Nyssen (je t'embrasse, Françoise).
Le classement repose, comme c'est souvent le cas, sur de mystérieux critères. Xavier Niel le domine du haut des sept pages qui lui sont consacrées. Vous pensez bien qu'en arrivant au-delà de la dixième place, un paragraphe suffit. Gaël Faye a vendu beaucoup de livres, les Polonais eux-mêmes se sont reconnus dans Petit Pays. Leïla Slimani, en chiffres, ce n'est pas mal non plus, mais c'est pour son enquête sur la sexualité au Maroc, semble-t-il, qu'elle a été placée là. Quant à Emmanuel Carrère, il passe actuellement plus de temps à recevoir des prix internationaux qu'à travailler à son prochain livre (c'est une supposition, pas une affirmation, peut-être nous réserve-t-il une bonne surprise).
Tous les palmarès sont ambigus. Celui-ci comme les autres. Et ils n'ont d'importance que pour ceux qui les conçoivent - parfois un peu aussi, quand même, pour ceux qui s'y retrouvent. Passons rapidement et retournons aux livres. Je suis plongé dans un gros roman de Patrick Grainville...

jeudi 17 novembre 2016

Gaël Faye, Goncourt des Lycéens

C'était le roman le plus souvent cité parmi les sept derniers sélectionnés. Mais, quand des lycéens discutent, on ne sait pas ce qui peut arriver. Cette fois, une apparence de logique a été respectée et le Goncourt des Lycéens va à Gaël Faye pour Petit pays. Un livre dont je vous ai déjà parlé, un honorable premier roman, mais qui a provoqué un engouement dont j'ai quelques difficultés à m'expliquer les raisons.
Du moins sera-t-il encore quelques semaines dans les meilleures ventes, et rencontrer, ne serait-ce que par la lecture, un nouvel auteur, c'est toujours bien. Même si je ne sens pas, dans cet ouvrage, le potentiel d'une oeuvre. Mais c'est une autre histoire.
Ainsi se clôt, pour 2016, une longue série de prix littéraires.

mardi 11 octobre 2016

Coup de tonnerre au Prix Médicis

Coup de tonnerre? N'est-ce pas excessif? A peine. Pensez donc: le premier roman de Gaël Faye, Petit pays, présent dans la première sélection du Médicis, n'a pas passé l'obstacle de la deuxième - alors qu'il est toujours retenu par l'ensemble des autres acteurs historiques de la saison des prix littéraires: Académie française, Femina, Goncourt, Renaudot et Interallié. Est-ce le premier signe d'une décélération à venir pour celui qui avait fait la course en tête?
(Et voyez comment on en parle, il faudrait retrouver un Léon Zitrone pour commenter les prix littéraires sur le ton dont il racontait le Grand Prix de l'Arc de Triomphe. Mais comment le faire autrement quand les écrivains sont les canassons de la culture?)
Bref, la deuxième sélection du Prix Médicis, arrivée tard dans la nuit alors que mes paupières avaient fini, non sans mal, par se clore, ne ressemble pas aux autres. Les jurés ont aussi écarté Jean-Baptiste Del Amo et Laurent Mauvignier, parmi les auteurs très en vue cette saison (et chargés de quel handicap?), pour lesquels ils n'ont pas eu plus de considération que pour David Boratav, Stéphane Corvisier, Christine Montalbetti ou Florence Seyvos. Et, parmi ceux qui restent, le plus grand nombre n'a été retenu que par le jury du Médicis - par aucun autre.
La liste des romans étrangers s'est resserrée aussi, il reste huit titres sur les onze de la première sélection, et les essais, que les jurés, essentiellement romanciers, mettent peut-être plus de temps à lire, sont annoncés, avec une première sélection de neuf ouvrages, parmi lesquels ne se trouve pas Laetitia, d'Ivan Jablonka - car le livre est dans la liste des romans...
Suivez-vous? Eprouvez-vous quelques difficultés à vous y retrouver? Un récapitulatif de toutes les sélections des principaux prix littéraires de l'automne vous aidera peut-être à faire le point: il est ici.
Et voici donc les trois sélections du Prix Médicis.

Romans français
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Stéphane Audeguy, Histoire du lion Personne (Seuil)
  • Nicolas Idier, Nouvelle jeunesse (Gallimard)
  • Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
  • Denis Michelis, Le bon fils (Notabilia)
  • Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
  • Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)
Romans étrangers
  • Niccolo Ammaniti, Anna (Grasset)
  • Nickolas Butler, Des hommes de peu de foi (Autrement)
  • Christoph Hein, Le noyau blanc (Métailié)
  • Edna O’Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
  • Ferdinand von Schirach, Tabou (Gallimard)
  • Steve Sem-Sandberg, Les élus (Robert Laffont)
  • Samar Yazbek, Les portes du néant (Stock)
  • Nell Zink, Une comédie des erreurs (Seuil)
Essais
  • Philippe Costamagna. Histoires d’oeils (Grasset)
  • Ghislaine Dunant. Charlotte Delbo. La vie retrouvée (Grasset)
  • Hubert Haddad. Les coïncidences exagérées (Mercure de France)
  • Kaoutar Harchi. Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne (Pauvert)
  • Jacques Henric, Boxe (Seuil)
  • Alice Kaplan. En quête de L’Etranger (Gallimard)
  • Jean-Claude Milner. Relire la Révolution (Verdier)
  • Laure Murat. Ceci n’est pas une ville (Flammarion)
  • Benedetta Craveri. Les derniers libertins (Flammarion)

samedi 3 septembre 2016

Premiers prix de saison, premiers romans

Voyez comment les choses se passent: je quitte la ville pendant quatre jours et on en profite pour attribuer les premiers prix littéraires de la rentrée. Trois, pas moins, pour autant de premiers romans, et c'est bien, au fond, que la grande distribution (des récompenses, pas du commerce) commence de cette manière, par des coups de projecteur sur des écrivains lancés pour la première fois dans la cohue de la rentrée. Malheureusement, je n'en ai lu qu'un des trois pour l'instant.
C'est celui de Gaël Faye, Petit pays, dont on parle beaucoup depuis sa sortie. Mais, me semble-t-il, davantage en raison de son sujet que du style qui le porte. On ne sent d'ailleurs pas la présence du rappeur qu'est aussi Gaël Faye. L'écriture est plus classique que nerveuse. L'époque, en revanche, est agitée. Au Burundi, le jeune Gaby, fils d'un Français et d'une réfugiée rwandaise, observe le Rwanda voisin se diriger vers la catastrophe de 1994. Avec ses copains, mais pas comme eux, il cherche où se situer dans les tensions meurtrières. Tremblement de terre et répliques. Ainsi que, donc, Prix du Roman Fnac.
Le Prix "Envoyé par la poste" revient à Thierry Froger pour un roman publié par Actes Sud, Sauve qui peut (la révolution), titre dans lequel les cinéphiles entendront l'écho de celui d'un film de Jean-Luc Godard, Sauve qui peut (la vie), et ce n'est pas par hasard.
Enfin, le Prix Stanislas, émanation d'un grand rassemblement littéraire à Nancy dans quelques jours, échoit à Elodie Llorca pour La correction (Rivages).
Ce n'est qu'un début...

jeudi 11 août 2016

La rentrée littéraire court-circuitée

Je vous l'ai dit, je vous le redis au cas où vous auriez été inattentifs (et, si c'était le cas, relisez donc l'oeuvre complète d'Alexandre Jardin avant la parution de son prochain livre en octobre, si je me souviens bien du tweet qu'il a publié à ce sujet), je vous le redis donc pour la dernière fois, la rentrée littéraire, c'est la semaine prochaine.
Mais il n'y a plus de tabou en la matière, il en va de la rentrée comme du sexe féminin, dont L'Obs vient de s'apercevoir que les femmes en parlaient comme si, oui, oui, c'était une chose normale.
Le Point, qui ne déteste pas faire peur à ses lecteurs en parlant de la Turquie, propose dès aujourd'hui un choc (c'est la Une qui le dit) de la rentrée littéraire: Imbolo Mbue, dont Belfond publie (la semaine prochaine, donc, j'espère que vous suivez, sinon il n'y aura pas qu'Alexandre Jardin en gage) le premier roman, Voici venir les rêveurs. On apprendra quelle est la valeur du phénomène (l'éditeur américain Random House a acheté le manuscrit un million de dollars), mais nous saurons aussi deux ou trois choses sur un roman qu'en fait, j'ai envie de lire depuis que j'en ai entendu parler - et je vais essayer de ne pas traîner.
Imbolo Mbue, voyez comme le hasard (?) fait bien les choses, est aussi aujourd'hui dans Libération, mais la sortie de son roman est seulement signalée en note d'un article où, après Richard Ford et avant Hector Tobar, elle nous parle de "ses" années Obama. Et, à lire cet article, j'ai encore plus envie de plonger dans son roman.
La rentrée littéraire, je reviens au Point, c'est aussi l'occasion de jeter un coup de projecteur sur les premiers romans - qui, à d'autres périodes de l'année, passent plus inaperçus. En voici trois d'un coup, dans Le Point, dont ceux de Gaël Faye (Petit pays, chez Grasset) et de Line Papin (L'éveil, chez Stock) qui arriveront en librairie dans deux semaines seulement, ainsi que, annoncé pour la semaine prochaine, Sauve qui peut (la Révolution), de Thierry Froger, qui dit merci à Jean-Luc Godard pour son titre mais pas seulement (chez Actes Sud).
Je n'ai pas (encore) lu ces trois premiers romans, j'en ai lu quelques autres, dont un qui m'a fait une très forte impression: Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci (Gallimard, sortie le 25 août). Retenez ce titre et ce nom, on en reparlera...
Au Figaro, où l'on attend la reprise du littéraire, ils s'y sont mis à trois aujourd'hui pour se jouer une rentrée paresseuse: les dix auteurs attendus de la rentrée sont les plus prévisibles qu'il était possible de rassembler en une page, de Salman Rushdie à Jim Harrison, en passant par Karine Tuil (qu'une rumeur précoce donne favorite du Goncourt, ce qui n'est pas toujours une assurance), Eric-Emmanuel Schmitt (de cette académie-là), Yasmina Reza, Amos Oz, Philippe Delerm, Andreï Makine (de l'autre Académie), Stephen King et Yasmina Khadra.
On a le droit, heureusement, d'aller aussi voir ailleurs. Je prendrai ce droit, en tout cas.