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mardi 5 janvier 2016

Eric Reinhardt a trouvé sa Bovary

Les écrivains reçoivent parfois des lettres de lecteurs. Ou de lectrices. C’est le cas pour Eric Reinhardt, comme d’autres. C’est le cas aussi pour le narrateur de son dernier roman, L’amour et les forêts. Il s’appelle Eric Reinhardt. Il a publié en 2007 le livre dont il est le plus fier, puis en 2011 un roman dont il a « la vague et désagréable impression qu’il n’est pas parvenu à se hisser au niveau du précédent ». Eric Reinhardt personnage a tout d’Eric Reinhardt auteur de L’amour et les forêts, grâce à des coïncidences avec sa bibliographie : Cendrillon en 2007, Le système Victoria en 2011.
Ceci dit, on se moque bien de savoir si une femme qui s’appelait, ou non, Bénédicte Ombredanne lui a écrit après avoir lu Cendrillon. Il suffit que, dans L’amour et les forêts, elle lui envoie une lettre en 2007, après avoir lu le livre qu’il vient de publier. Le narrateur la rencontre une première fois, une deuxième, plus tard, une correspondance s’engage, puis le silence. Soudain. Définitif. On comprendra, au fil du récit, pourquoi il ne pouvait en être autrement.
Bénédicte Ombredanne est une femme fine et intelligente, la qualité de sa première lettre a convaincu l’écrivain d’accepter une rencontre. Il est vrai qu’elle y disait aussi sa colère d’avoir été écartée d’un jury littéraire dans lequel elle espérait orienter les débats en faveur du roman qu’elle venait de lire, de quoi chatouiller l’orgueil de son auteur : enfin quelqu’un qui me comprend !
Au-delà de l’excellente impression laissée par ce premier contact, Eric trouve en Bénédicte une personne complexe. Sa situation ne l’est pas moins. Mariée à un homme qui, sous couvert de manque de confiance en lui, s’est révélé un véritable tyran domestique, elle est prisonnière de son couple. Et cherche à s’en évader, ce qui lui arrivera au moins une fois pour une journée de pur bonheur grâce à une rencontre miraculeuse comme les sites spécialisés sur Internet n’en provoquent guère.
Bénédicte est une femme blessée qui ne cicatrise pas. Parce que son mari ne cesse de retourner le couteau dans la plaie, la harcelant pour tout savoir de ce qu’elle aurait voulu taire, lui interdisant les contacts les plus innocents – avec Eric, par exemple. Le portrait de ce personnage empli de douleur broie le cœur, tant il fait ressentir, au plus profond, le déchirement de son impuissance à être celle qu’elle aurait voulu devenir.
Madame Bovary, a-t-on beaucoup dit. La comparaison se justifie, à condition d’envisager une Madame Bovary d’aujourd’hui, soumise à des contraintes nouvelles. Mais tout aussi malheureuse. Et prête à tout pour vivre intensément, ne serait-ce qu’une fois, la belle aventure romantique du tir à l’arc dans la forêt.

jeudi 11 décembre 2014

Eric Reinhardt, Prix France Télévisions

Je vous parlais dès le 12 août de L'amour et les forêts, d'Eric Reinhardt - le roman n'était pas encore sorti. J'y suis revenu plusieurs fois, pour dire le bien que j'en pensais, en même temps que mon étonnement de le voir écarté successivement de toutes les sélections pour les grands prix littéraires d'automne. Le Renaudot des Lycéens lui avait donné un prix de consolation. En voici un autre avec le Prix France Télévisions, qui lui a été attribué tout à l'heure. Mais la plus belle des consolations lui vient sans doute de se situer très haut dans les meilleures ventes de l'automne, aux environs de 60.000 exemplaires jusqu'à présent selon L'Express. Quant à la nôtre, de consolation, elle consistera à avoir lu un livre formidable.
Les écrivains reçoivent parfois des lettres de lecteurs. Ou de lectrices. C’est le cas pour Eric Reinhardt, comme d’autres. C’est le cas aussi pour le narrateur de son nouveau roman L’amour et les forêts. Il s’appelle Eric Reinhardt. Il a publié en 2007 le livre dont il est le plus fier, puis en 2011 un roman dont il a « la vague et désagréable impression qu’il n’est pas parvenu à se hisser au niveau du précédent ». Eric Reinhardt personnage a tout d’Eric Reinhardt auteur de L’amour et les forêts, grâce à des coïncidences avec sa bibliographie : Cendrillon en 2007, Le système Victoria en 2011.
Ceci dit, on se moque bien de savoir si une femme qui s’appelait, ou non, Bénédicte Ombredanne lui a écrit après avoir lu Cendrillon. Il suffit que, dans L’amour et les forêts, elle lui envoie une lettre en 2007, après avoir lu le livre qu’il vient de publier. Le narrateur la rencontre une première fois, une deuxième, plus tard, une correspondance s’engage, puis le silence. Soudain. Définitif. On comprendra, au fil du récit, pourquoi il ne pouvait en être autrement.
Bénédicte Ombredanne est une femme fine et intelligente, la qualité de sa première lettre a convaincu l’écrivain d’accepter une rencontre. Il est vrai qu’elle y disait aussi sa colère d’avoir été écartée d’un jury littéraire dans lequel elle espérait orienter les débats en faveur du roman qu’elle venait de lire, de quoi chatouiller l’orgueil de son auteur : enfin quelqu’un qui me comprend !
Au-delà de l’excellente impression laissée par ce premier contact, Eric trouve en Bénédicte une personne complexe. Sa situation ne l’est pas moins. Mariée à un homme qui, sous couvert de manque de confiance en lui, s’est révélé un véritable tyran domestique, elle est prisonnière de son couple. Et cherche à s’en évader, ce qui lui arrivera au moins une fois pour une journée de pur bonheur grâce à une rencontre miraculeuse comme les sites spécialisés sur Internet n’en provoquent guère.
Bénédicte est une femme blessée qui ne cicatrise pas. Parce que son mari ne cesse de retourner le couteau dans la plaie, la harcelant pour tout savoir de ce qu’elle aurait voulu taire, lui interdisant les contacts les plus innocents – avec Eric, par exemple. Le portrait de ce personnage empli de douleur broie le cœur, tant il fait ressentir, au plus profond, le déchirement de son impuissance à être celle qu’elle aurait voulu devenir.
Madame Bovary, a-t-on déjà beaucoup dit. La comparaison se justifie, à condition d’envisager une Madame Bovary d’aujourd’hui, soumise à des contraintes nouvelles. Mais tout aussi malheureuse. Et prête à tout pour vivre intensément, ne serait-ce qu’une fois, la belle aventure romantique du tir à l’arc dans la forêt.

vendredi 14 novembre 2014

Prix Renaudot et Goncourt des Lycéens

Le Renaudot des Lycéens n'a pas le même retentissement que le Goncourt des mêmes Lycéens - ou d'autres, en fait, mais l'essentiel est que ces jurés soient choisis dans une tranche d'âge où, déplore-t-on souvent, la lecture est un sport, ou un passe-temps, peu répandu.
Hier, en tout cas, les jeunes du Renaudot des Lycéens ont fait un excellent choix en donnant leur prix à un des très bons romans de la rentrée, oublié par tous les jurys d'adultes spécialisés. Eric Reinhardt, avec L'amour et les forêts, succède donc à Christophe Ono-dit-Biot, qui avait reçu la même récompense l'année dernière - en plus du Grand prix du roman de l'Académie française, ce qui laisse tous les espoirs à Eric Reinhardt, encore sélectionné pour l'Interallié. Et pour le Goncourt des Lycéens, dont on connaît, depuis hier aussi, la dernière sélection des six romans parmi lesquels se trouvera le lauréat, annoncé la semaine prochaine, le 18.
Voici cette liste:
  • Grégoire Delacourt. On ne voyait que le bonheur (Lattès)
  • Clara Dupont-Monod. Le roi disait que j'étais le diable (Grasset)
  • Benoît Duteurtre. L'ordinateur du paradis (Gallimard)
  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Eric Reinhardt. L'amour et les forêts (Gallimard)
  • Joy Sorman. La peau de l'ours (Gallimard)

Lydie Salvayre, lauréate du "vrai" Goncourt, ne s'y trouve plus et nous n'aurons donc pas cette année, comme cela arrive parfois, de doublé.
En revanche, le Prix Rossel, dont je vous ai donné samedi la sélection, a quelques chances (deux sur cinq) d'aller à un livre déjà récompensé. Vous savez depuis hier que Jean-Pierre Orban a reçu le Prix du Premier Roman pour Vera, et c'est hier aussi (mais trop tard pour que j'en fasse mention ici le jour même) qu'In Koli Jean Bofane a été couronné par le Grand Prix du Roman Métis pour Congo Inc.
Si un de ces deux-là ne reçoit pas le Rossel, ce ne sera pas très grave: ils ont déjà réussi leur saison des prix littéraires.

samedi 18 octobre 2014

Un bel éventail au deuxième tour des prix littéraires

Presque tous les jurys ont rendu leur deuxième copie, à l'exception de celui du Prix Décembre (et de l'Interallié, que je mets hors calendrier, puisqu'il ramasse les éclopés en fin de parcours). Je compile donc les sélections actuelles du Grand Prix du roman de l'Académie française, du Femina, du Médicis, du Goncourt, du Renaudot et - quand même - du Décembre, soit les principaux prix attribués du 30 octobre au 6 novembre, ce qui fournit une liste pas si restreinte de quarante titres. Ils n'étaient que trente l'année dernière au même moment, l'ouverture est sensible. A la différence aussi de l'année dernière, où un titre était nommé trois fois (il a reçu le Goncourt, vous en souvenez-vous?), personne cette fois ne dépasse les deux nominations. Mais ils sont neuf - dont six appartiennent à la deuxième sélection du Goncourt, largement copiée par d'autres jurys. Les voici.
  • Adrien Bosc. Constellation (Stock)
  • Kamel Daoud. Meursault, contre-enquête (Actes Sud)
  • Pauline Dreyfus. Ce sont des choses qui arrivent (Grasset)
  • Clara Dupont-Monod. Le roi disait que j’étais diable (Grasset)
  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Laurent Mauvignier, Autour du monde (Minuit)
  • Eric Reinhardt, L’amour et les forêts (Gallimard)
  • Lydie Salvayre. Pas pleurer (Seuil)
  • Antoine Volodine, Terminus radieux (Seuil)
Six éditeurs sont représentés. Gallimard, Grasset et le Seuil, deux fois chacun. Actes Sud, Minuit et Stock, une fois.
Alors, qu'est-ce ça prouve? Rien, en fait. Sinon une relative cohérence dans les choix: presque tous ceux dont j'avais noté la présence dans trois ou quatre listes après les premières sélections sont présents. Ils étaient cinq (Adrien Bosc, Gilles Martin-Chauffier, Laurent Mauvignier, Eric Reinhardt et Antoine Volodine), seul Gilles Martin-Chauffier parmi eux est retombé à une nomination.
En revanche, il est peut-être plus intéressant de constater que cinq écrivains gardent la double présence qui était déjà la leur après la première sélection. Cela veut-il dire qu'ils seraient défendus plus ardemment par les jurés qui les soutiennent? Kamel Daoud, Pauline Dreyfus, Clara Dupont-Monod, David Foenkinos et Lydie Salvayre le souhaitent probablement. Mais tous ne seront pas exaucés.
Et il serait très étonnant qu'Eric Reinhardt traverse toute la grande semaine des prix littéraires sans être appelé comme lauréat ici ou là. Raison pour laquelle j'ai choisi la couverture de son livre en illustration de cette note.

mardi 7 octobre 2014

Sept de moins pour le Goncourt

Cela se resserre. L'académie Goncourt a retenu huit romans dans sa deuxième sélection, contre quinze la première fois. On s'attarde sur les écrivains qui ont disparu? Adrien Bosc, Grégoire Delacourt, Fouad Laroui, Gilles Martin-Chauffier, Mathias Menegoz, Joy Sorman, Eric Vuillard. Assez normal pour certains, dommage pour d'autres.
Dans la liste resserrée, je note la présence de deux romans parus bien avant la rentrée littéraire: celui de Kamel Daoud, dont je vous parlais à l'occasion du Prix des Cinq Continents de la Francophonie (et dont Bernard Pivot disait le plus grand bien dans sa chronique du JDD), et celui d'Emmanuel Ruben, que je ferais bien de lire avant qu'il disparaisse des écrans radars.
Car Eric Reinhardt semble toujours être le grand favori de cette année - je dis cela parce que j'espère qu'il n'en va pas de même de David Foenkinos, dont le maintien commence à m'inquiéter...
Voici donc ceux qui restent:
  • Kamel Daoud. Meursault, contre-enquête (Actes Sud)
  • Pauline Dreyfus. Ce sont des choses qui arrivent (Grasset)
  • Clara Dupont-Monod. Le roi disait que j’étais diable (Grasset)
  • Benoît Duteurtre. L’ordinateur du paradis (Gallimard)
  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Eric Reinhardt. L’amour et les forêts (Gallimard)
  • Emmanuel Ruben. La ligne des glaces (Rivages)
  • Lydie Salvayre. Pas pleurer (Seuil)

Si j'avais à voter, je choisirais Pas pleurer, de Lydie Salvayre, qu'on se le dise.

jeudi 18 septembre 2014

Singularité du Prix Femina

Cherchez bien, dans la première sélection intégralement fournie sans frais ci-dessous.
N'y a-t-il pas une anomalie?
Non?
Regardez mieux.
Ah! nous y sommes, Eric Reinhardt ne s'y trouve pas, c'est l'exception dans les premières sélections des prix littéraires. Goncourt, Renaudot et Médicis ont accroché l'auteur de L'amour et les forêts. Et même les Prix Jean Giono et du Style, au cas où.
Le Femina, attribué le 3 novembre, veille du Médicis et avant-veille des Goncourt et Renaudot, ne chercherait donc pas à faire la nique aux autres? Ce serait bien la première fois. N'y aurait-il pas un plan secret, un complot, que sais-je?
On en saura un peu plus le 9 octobre, puis le 23, dates où seront annoncées les prochaines sélections. En attendant, voici treize romans français et quatorze traduits.

Romans français
  • Yves Bichet. L'homme qui marche (Mercure de France)
  • Gérard de Cortanze. L'an prochain à Grenade (Albin Michel)
  • Julia Deck. Le Triangle d'hiver (Minuit)
  • Isabelle Desesquelles. Les hommes meurent, les femmes vieillissent (Belfond)
  • Claudie Hunzinger. La langue des oiseaux (Grasset)
  • Fabienne Jacob. Mon âge (Gallimard)
  • Marie-Hélène Lafon. Joseph (Buchet-Chastel)
  • Yanick Lahens. Bain de lune (Sabine Wespieser)
  • Luc Lang. L'autoroute (Stock)
  • Laurent Mauvignier. Autour du monde (Minuit)
  • Antoine Volodine. Terminus radieux (Seuil)
  • Eric Vuillard. Tristesse de la terre (Actes Sud)
  • Valérie Zenatti. Jacob, Jacob (L'Olivier)
Romans étrangers
  • John Banville. La lumière des étoiles mortes (Robert Laffont) Irlande
  • Sebastian Barry. L'homme provisoire (Joëlle Losfeld) Irlande
  • Lily Brett. Lola Benski (La Grande Ourse) Australie
  • Jennifer Clement. Prière pour celles qui furent volées (Flammarion) Etats-Unis
  • Charles Frazier. A l'orée de la nuit (Grasset) Etats-Unis
  • Drago Jancar. Cette nuit je l'ai vue (Phébus) Slovénie
  • Nell Leyshon. La couleur du lait (Phébus) Grande-Bretagne
  • Claire Messud. La femme d'en haut (Gallimard) Etats-Unis
  • Philipp Meyer. Le fils (Albin Michel) Etats-Unis
  • Leonardo Padura. Hérétiques (Métailié) Cuba
  • James Salter. Et rien d'autre (L'Olivier) Etats-Unis
  • Taiye Selasi Le ravissement des innocents (Gallimard) Grande-Bretagne
  • Zeruya Shalev. Ce qui reste de nos vies (Gallimard) Israël
  • Juan Gabriel Vasquez Les réputations (Seuil) Colombie

samedi 13 septembre 2014

Prix Médicis : Eric Reinhardt, star des sélections

L'amour et les forêts, d'Eric Reinhardt, est partout: dans les sélections du Goncourt, du Renaudot et, depuis hier, du Médicis - pour le Femina, histoire de compléter la liste si nécessaire, on attendra la semaine prochaine. Mais le jury du Médicis, comme les autres, travaille par étapes et les premières sélections de romans français comme étrangers seront dégraissées - peut-être aussi enrichies de titres lus entre-temps par les jurés. Le 9 octobre seront donc publiées les deuxièmes sélections, en même temps que la première des essais, celle-ci à revoir le 28 octobre, une semaine avant la proclamation du 4 novembre. Bon, il reste du chemin à faire, toutes les sélections (et les prix déjà attribués) sont à jour dans le document que je vous confie.
Et voici donc ce que le Prix Médicis nous propose pour l'instant.

Romans français
  • Aurélien Bellanger, L’aménagement du territoire (Gallimard)
  • Véronique Bizot, Ame qui vive (Actes Sud)
  • Pierre Demarty, En face (Flammarion)
  • Claudie Hunzinger, La langue des oiseaux (Grasset)
  • Jean-Hubert Gailliot, Le soleil (L’Olivier)
  • Hedwige Jeanmart, Blanès (Gallimard)
  • Nathalie Kuperman, La loi sauvage (Gallimard)
  • Frank Maubert, Visible la nuit (Fayard)
  • Laurent Mauvignier, Autour du monde (Minuit)
  • Christine Montalbetti, Plus rien que les vagues et le vent (P.O.L.)
  • Eric Reinhardt, L’amour et les forêts (Gallimard)
  • Antoine Volodine, Terminus radieux (Seuil)
  • Valérie Zenatti, Jacob, Jacob (L’Olivier)

Romans étrangers
  • Margaret Atwood, MaddAddam (Robert Laffont), traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier
  • Lily Brett, Lola Bensky (La grande ourse), traduit de l’anglais (Australie) par Bernard Cohen
  • Sonali Deraniyagala, Wave (Kero), traduit de l’anglais (GB) par Camille de Peretti
  • Mohsin Hamid, Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante (Grasset) traduit de l’anglais (Pakistan) par Bernard Cohen
  • Vladimir Lortchenkov, Des 1001 façons de quitter la Moldavie (Mirobole), traduit du russe par Raphaëlle Pache
  • Ursula Krechel, Terminus Allemagne (Carnets Nord /Montparnasse), traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
  • Anthony Marra, Une constellation de phénomènes vitaux (J.C. Lattès), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
  • Antonio Moresco, La petite lumière (Verdier), traduit de l’italien par Laurent Lombard
  • Maxime Ossipov, Histoires d’un médecin russe (Verdier) traduit du russe par Éléna Rolland
  • Leonardo Padura, Hérétiques (Metailié), traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas
  • Peter Stamm, Tous les jours sont des nuits (Bourgois), traduit de l’allemand par Pierre Deshusses
  • James Salter, Et rien d’autre (L’Olivier), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville
  • Zeruya Shalev, Ce qui reste de nos vies (Gallimard), traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
  • Juan Gabriel Vasquez, Les réputations (Seuil), traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon
  • Evie Wyld, Tous les oiseaux du ciel (Actes Sud), traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol

mercredi 20 août 2014

Le bilan de la rentrée littéraire

Je vous entends déjà. Qu'est-ce qui lui prend? Il est devenu fou, ce blogueur, ou quoi? Comment peut-il nous annoncer le bilan de la rentrée littéraire alors qu'elle commence aujourd'hui? Il a acheté une boule de cristal, il était mal éveillé ce matin et il a cru voir des choses dans le marc de café?
Et pourtant... Ce bilan, appelez-le pré-bilan si vous voulez, repose sur des données objectives, la transposition dans les faits des grandes manœuvres entreprises depuis le mois de mai au moins, voire plus tôt, dans les maisons d'édition qui pèsent sur la rentrée littéraire. Et qui pèseront, un peu plus tard, sur les débats des prix littéraires.
Il suffit de lire les messages reçus ces derniers jours en provenance d'éditeurs ou d'attaché(e)s de presse dans des maisons plus modestes pour percevoir la crainte de n'être déjà plus dans la course. Si ma modeste contribution à l'information littéraire peut jouer un rôle, je peux essayer de les rassurer: leurs livres seront lus aussi. Et pas seulement par moi, j'en suis persuadé.
Mais si je prends les quatre listes établies par les rédactions du Point, de Lire, de France Culture ainsi que par les libraires et les adhérents de la Fnac, il me semble disposer d'un indicateur assez fiable à propos des titres dont on va beaucoup parler dans les semaines qui viennent - dont on a déjà commencé à parler. En tenant compte de ce que toutes ces listes ne sont pas closes et qu'il faudrait leur ajouter, le moment venu, les choix effectués par les libraires, en première ligne pour défendre leurs romans préférés (ou ceux dont les éditeurs leur ont fait croire qu'ils devraient être leurs préférés). Livre Hebdo devrait publier cet autre palmarès d'ici peu. Le tableau composé à partir de ces différentes listes, que vous pouvez consulter ici, est donc encore évolutif.

Ils ont été nommés quatre fois sur quatre, et Gallimard est bien servi:

  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Eric Reinhardt. L'amour et les forêts (Gallimard)


Trois fois sur quatre:

  • Olivier Adam. Peine perdue (Flammarion)
  • Frédéric Beigbeder. Oona & Salinger (Grasset)
  • Jean-Marie Blas de Roblès. L'île du point Némo (Zulma)
  • Emmanuel Carrère. Le royaume (P.O.L.)
  • Patrick Deville. Viva (Seuil)
  • Marie-Hélène Lafon. Joseph (Buchet-Chastel)
  • Laurent Mauvignier. Autour du monde (Minuit)

Et 73 autres ouvrages sont cités une ou deux fois, ce qui ouvre quand même des perspectives assez larges.
A suivre, bien entendu, à présent que nous y sommes, dans cette rentrée...

mardi 12 août 2014

Vers la rentrée (13) avec Eric Reinhardt

L'amour et les forêts est d'abord un portrait de femme. Un beau portrait de femme, bien que Bénédicte Ombredanne ne baigne pas dans le bonheur. Elle a envoyé une lettre à un écrivain qui s'appelle Eric Reinhardt - et on ne cherchera pas à savoir si l'anecdote est arrivée réellement ou non à l'auteur du livre - et... non, pas du tout ce que vous pensez.

L'amour et les forêts, selon l'éditeur

À l'origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l'écrivain, l'entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte. 
Récit poignant d'une émancipation féminine, L'amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d'être libre se dresse contre l'avilissement.

L'auteur, Eric Reinhardt

Éric Reinhardt, né à Nancy en 1965, est romancier et dramaturge. Il vit et travaille à Paris. Ses deux derniers romans, Cendrillon et Le Système Victoria, ont rencontré un important succès.

Les premières lignes

J’ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne en découvrant sa première lettre: c’était une lettre dont la ferveur se nuançait de traits d’humour, ces deux pages m’ont ému et fait sourire, elles étaient aussi très bien écrites, c’est un alliage suffisamment rare pour qu’il m’ait immédiatement accroché. 
D’abord un peu précautionneuse, cette lettre était, à mesure qu’elle progressait, de plus en plus féroce et mécontente. De l’ironie, une réjouissante indiscipline, des clameurs de cour de récréation résonnaient dans ses phrases — leur graphie inclinée vers l’avenir suggérait bien l’audace consciente d’elle-même avec laquelle cette inconnue s’était précipitée vers moi par la pensée, comme si sa lettre avait été écrite d’une traite sans être relue avant de disparaître irrémédiablement dans la fente d’une boîte postale, hop, ça y est, au terme d’une course irréfléchie, fougueuse, qui sans doute avait démarré à la seconde où la jeune femme avait posé la plume de son stylo sur le papier, déterminée, en se refusant la possibilité de tout retour en arrière, avais-je senti dès la première lecture.

jeudi 14 mars 2013

Eric Reinhardt : les fruits amers de la passion

Au point de départ, c’est une rencontre qui tombe à un mauvais moment et par l’émotion de laquelle David n’aurait pas dû se laisser submerger. Bien sûr, elle lui a plu tout de suite, cette femme qu’il a croisée dans un centre commercial où il vient d’acheter une peluche pour l’anniversaire de sa fille. « Il y avait longtemps que je n'avais pas éprouvé une telle attirance pour une femme croisée par hasard. » Mais pourquoi, alors qu’on l’attend pour un dîner en famille, se met-il à la suivre ? Il a suffit d’un bref échange de regards, de l’impression qu’il a eue de lire dans ses yeux une vague approbation, pour qu’il se transforme en chasseur. L’observe pendant une heure dans un café. Puis dans une salle de bowling. Avant de se décider à l’aborder enfin avec une phrase qu’il prépare depuis trois heures. Et qui ne ressemble pas à ce qu’il avait prévu. Mais qui débouche sur une proposition de rencontre.
David, le chasseur. Victoria, la proie consentante. Le début d’une liaison torride, dans laquelle David abandonne tous ses principes – le premier d’entre eux consistant à ne jamais revoir les femmes avec lesquelles il a eu une relation sexuelle. Cette fois, l’attirance est trop forte et les divergences s’effacent au lit. David, directeur de travaux sur le chantier de la plus haute tour de France, penche, pour le dire vite, à gauche. Victoria, DRH monde de Killofer, un important groupe industriel, est à l’exact opposé : elle manipule sans remords les syndicats en Lorraine pour gérer l’abandon d’un groupe de production. La passion physique n’étant peut-être pas suffisante pour faire durer leur histoire, Victoria la pimente d’une ouverture vers un projet qui permettrait à David de revenir sur son terrain de prédilection – car il se rêvait architecte et c’est par défaut qu’il est chef de travaux : concevoir le nouveau siège social de Killofer. Avec sa position dans l’entreprise, elle se sent capable de convaincre le grand patron, affirme-t-elle…
La cohabitation, ou plutôt les moments intenses volés dans deux emplois du temps surchargés, reste fragile. Le projet architectural bat de l’aile en même temps que David découvre chez Victoria un système qui ne lui plaît guère : elle avance toujours masquée, chaque pan de vérité dévoilé révélant de nouveaux masques. Elle est capable de faire des « mensonges géographiques », faisant croire à son mari qu’elle est là-bas alors qu’elle se trouve ici. Elle n’a rien dit d’un ancien amant dont le rôle est peut-être encore actif. Et son goût pour le danger s’affirme de plus en plus, jusqu’au drame annoncé.
Roman de la plénitude du désir accompli, Le système Victoria est aussi le roman de la déception et du chaos qui s’installe à force de vouloir aller toujours plus loin. D’autant que David est en terrain miné : à ce qu’il ignore de la véritable personnalité de Victoria s’ajoute ce qu’il sait de la fragilité de Sylvie, son épouse. Elle a basculé autrefois dans une sorte de folie dont il craint qu’elle surgisse à nouveau et ce lien-là est peut-être plus fort que le désir.

lundi 7 novembre 2011

L'actualité littéraire (46) - Goncourt des Lycéens et Femina

Les lycéens ne s'inquiètent probablement pas de l'éditeur des livres qu'ils aiment - je l'espère, du moins. Malgré cela, ils sont tombés encore sur un roman publié chez Gallimard. Mais un excellent roman, Du domaine des Murmures, de Carole Martinez.
Après Le cœur cousu, vaste feuilleton sensible avec lequel elle courait les routes et ramassait, au bord de celles-ci, quantité de lecteurs, elle resserré son propos et l'a enfermé avec son héroïne Esclarmonde dans une cellule dont celle-ci ne devrait plus jamais sortir, pour avoir refusé d'épouser le nobliau que son père lui destinait. Vouée à Dieu en ce 12e siècle où on aime les miracles faute de pouvoir beaucoup espérer dans la vraie vie, elle devient objet d'adoration et de scandale. Car, avant de devenir sainte, elle avait été violée (l'identité du violeur est la part de suspense du roman) et était entrée enceinte en réclusion.
Un livre de douleur et de joie mêlées, comme il arrive dans les vies de grands mystiques, même imaginaires. Encore qu'au fond, je ne sais pas si Carole Martinez a inventé ou non son personnage, et cela n'a d'ailleurs aucune importance puisque Esclarmonde existe pour ses lecteurs.

Le prix Femina va à un livre au contraire plongé dans la rumeur du monde, même si celle-ci nous semble déjà si lointaine. Jayne Mansfield 1967, de Simon Liberati, raconte la mort - et la vie, mais il commence par la mort - d'une vedette de deuxième catégorie, qui eut son heure de gloire mais était déjà, lors de l'accident, sortie du cercle de lumière où elle aurait voulu rester. Vie ratée, destinée pathétique, tout cela est raconté avec force détails dans lesquels on se noie parfois mais qui, accumulés, finissent par donner une forte impression de réel.
On savait à peine encore qui elle avait été, cette Jayne Mansfield devenue strip-teaseuse pour arrondir ses fins de mois, et voilà qu'elle nous devient familière.

Puisque c'est une journée très chargée pour les imprimeurs qui fabriquent les bandes rouges destinées, dès demain (dès cet après-midi?), à désigner les différents lauréats, j'ajoute que le prix Femina étranger a été attribué à Francisco Goldman (Dire son nom) et le Femina essai à Laure Murat (L'homme qui se prenait pour Napoléon).

En face du jury féminin, des hommes ont donné le prix Virilo à Eric Chevillard (Dino Egger) et le prix Trop Virilo - les hommes n'en font jamais trop - à Eric Reinhardt (Le système Victoria).

Ce sera tout pour aujourd'hui.

mercredi 26 octobre 2011

L'actualité littéraire (39) - Les autres choix du Renaudot

Un seul roman en commun dans les dernières sélections du Goncourt et du Renaudot. C'est peu commun. Le livre lui-même, d'ailleurs, est peu commun (d'accord, c'est la dernière fois que j'utilise le mot, jusqu'à la prochaine): vingt ans de conflits racontés dans le premier roman d'Alexis Jenni, L'art français de la guerre. Un auteur inconnu au bataillon (c'est le cas de le dire), un volume qui fait le poids (plus de 600 pages), l'écho souvent évoqué du premier roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes (mais je suis comme Laurent Binet, l'auteur de HHhH, je trouve que Littell a été largement surévalué), le centenaire de Gallimard où il est publié (bien que le nom de famille de Gaston n'ait été adopté qu'en 1919, après une période d’Éditions de la Nouvelle Revue Française), l'intérêt quasi unanime pour ce livre (sélectionné aussi au Goncourt, où il semble favori d'une courte tête, au Médicis et au Femina), n'en jetez plus!
Le Limonov d'Emmanuel Carrère, à mes yeux le meilleur roman de la rentrée, est toujours dans la liste du Renaudot, mais donne-t-on un prix parce qu'un livre est excellent?
Le système Victoria, d’Éric Reinhardt, l'accompagne, ample fresque sociologico-érotique construite comme un thriller, avec effet d'annonce qui donne envie d'aller jusqu'à la fin.
Et aussi Tout, tout de suite, de Morgan Sportès, qui vaut surtout pour son sujet, et beaucoup moins pour la manière dont celui-ci est traité.
Et enfin l'inattendu Assommons les pauvres!, de Shumona Sinha, seul livre mince dans cette sélection de pavés, seul livre aussi que je n'ai pas lu à ce jour, et sur lequel je m'abstiendrai donc, provisoirement, d'émettre le moindre avis.

Comme ce sont des courageux, au jury Renaudot, ils attribueront aussi, le 2 novembre, un prix de l'essai. Il ira à Michel Crépu (Le souvenir du monde), Gérard Guégan (Fontenoy ne reviendra plus) ou Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie). Je viens d'ouvrir le livre de Sylvain Tesson, très prometteur, mais je ne sais des autres que ce que j'en ai lu ici ou là.

Comme ce sont des infatigables, au jury Renaudot, ils attribuaient aussi, ces dernières années, un prix du poche (Fabrice Humbert en 2010). Mais, comme ils n'en disent pas grand-chose, lisant peut-être en secret, on attendra la semaine prochaine pour savoir s'ils maintiennent cette excellente initiative.

De tout ce dont je ne parle pas ici à propos des prix littéraires, les amateurs de listes trouveront un écho dans la page des prix littéraires 2011 que je tiens, autant que possible, à jour.