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dimanche 17 février 2013

James Siegel : le journaliste auquel on ne croyait plus


L’imagination est un péché capital pour un journaliste d’investigation. Si on lui demande certes de raconter des histoires, et de préférence de bonnes histoires, on exige aussi qu’elles soient vraies, vérifiables, basées sur des informations en béton. Tom Valle a péché, et en grand. Dans cinquante-six articles publiés dans le journal new-yorkais où il travaillait, il a inventé tout ou partie des faits. La première fois qu’il s’est laissé aller à cette transgression des règles, il avait raté l’avion. L’entretien avec la famille d’un soldat mort en Afghanistan n’aurait pas lieu. Mais il l’écrirait quand même, avec talent, émotion, raconteur d’histoire jusqu’au bout, même s’il n’y aurait cette fois que du vraisemblable – et rien de vrai. L’article a été un succès, il a continué, comblant son rédacteur en chef jusqu’au moment où, parce que trop, c’est trop, et que personne n’est capable d’être toujours au bon endroit au bon moment, ni de sortir des scoops à jet continu, le soupçon a fait son nid. Démasqué, rejeté, paria de la profession, Tom Valle n’a dû qu’à son agent de probation de retrouver du travail. Au Littleton Journal, une publication locale dont le propriétaire, cousin de l’agent de probation, saisi d’une étrange compassion, a accepté de l’engager.
Le temps de la célébrité oublié, Tom Valle s’occupe des accidents de la route et des centenaires. Ce jour-là entre dans ses compétences. Il se rend dans une maison de retraite – non, la maison de retraite, puisqu’il n’y en a pas deux – de Littleton pour le centenaire de Belinda Washington. Puis il est appelé sur les lieux d’un accident à la sortie de la ville : une voiture en feu, un cadavre calciné à l’intérieur, et en face un survivant assez secoué. Journée banale, normale. Deux événements sans aucun rapport entre eux. Sans aucun rapport non plus avec l’inondation qui a dévasté, en 1954, l’autre partie de la ville. Une rupture de barrage après des pluies abondantes, 892 morts, une catastrophe qui aurait pu être évitée, mais si ancienne que presque plus personne ne s’en souvient. Sur laquelle, cependant, Tom Valle aimerait écrire un article, cinquante ans après. Pourquoi pas ? C’est le genre de sujet qui convient au Littleton Journal.
Un peu de passé, deux événements du jour. Et aucun rapport entre eux, bien entendu, répétons-le. Sinon que James Siegel a mis en place une machinerie lourde dont les engrenages, une fois en mouvement, ne sont pas près de s’arrêter. Ils rassemblent et mêlent des données apparemment très éloignées les unes des autres. Où Tom Valle, retrouvant son intuition de journaliste d’investigation, voit se dessiner d’improbables convergences et finit par donner un sens à l’ensemble. C’est le dossier le plus brûlant de toute sa carrière, une bombe. Mais qui va le croire ? Et ne lui a-t-on pas mis les éléments entre les mains pour que son récit, au lieu de dévoiler une vérité cachée, désamorce la bombe ? C’est tout l’enjeu de Storyteller, un roman formidable.

jeudi 17 novembre 2011

Le journaliste dévoyé de James Siegel

Est-ce parce que le personnage principal est un journaliste? Ou parce que l'attachée de presse a réussi à m'allécher en quelques mots quand elle m'a envoyé le livre? Ou tout simplement parce que je cherchais quelques heures de détente et que le thriller de James Siegel, Storyteller, me semblait approprié? Toujours est-il que je l'ai ouvert, et que je ne l'ai plus lâché.
Il faut dire que Tom Valle est un sacré personnage, même s'il ne travaille que dans un obscur journal local en Californie - le seul qui a bien voulu de lui après le scandale que ses articles avaient déclenché à New York.
Là-bas, tenaillé par l'envie de gravir les échelons de la gloire - et de la reconnaissance de son rédacteur en chef -, il s'était mis à inventer des histoires au lieu de faire le métier qu'il aimait pourtant. De bonnes histoires. La gloire et la reconnaissance étaient venues, puis - tant va la cruche à l'eau... - la découverte de ses mystifications. Il avait fait tout le contraire de ce que veut le métier, et son nom est désormais maudit par toute la profession. Célèbre, il l'est toujours, mais pour les pires raisons.
Recueilli dans une petite rédaction comme on recueille un chien errant, il couvre les activités de Littleton, les centenaires, les faits divers... Précisément, voici une centenaire, dont le fils est mort cinquante ans plus tôt, et qui pourtant s'est manifesté à l'occasion de l'anniversaire. Voici aussi un terrible accident, avec un corps calciné dans une des deux voitures, et aucune trace de freinage sur la route, et aucun des deux conducteurs n'étant la personne qu'on croit. Ajoutons à cela qu'une tragédie ancienne, la rupture d'un barrage en 1954, n'était probablement pas un accident aussi simple qu'il y paraissait, et concluons, comme Tom Valle qui a gardé quelques réflexes de journaliste (de bon journaliste, cette fois), à une affaire aussi bien embrouillée que cachée.
Comment son enquête le ramène aux traces de ses fautes anciennes, c'est ce qu'il faudra expliquer - avec quelques autres énigmes imbriquées dans un livre très réussi.