Affichage des articles dont le libellé est Adrien Bosc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Adrien Bosc. Afficher tous les articles

mercredi 25 septembre 2019

La grande traversée d’Adrien Bosc

Presque à la fin de Capitaine, son deuxième roman, Adrien Bosc, lisant La Terre magnétique, d’Edouard Glissant, a cette réflexion : « en somme peu importe le voyage, seul compte le récit qui en est fait. » Elle naît de la manière dont l’écrivain semble avoir saisi l’île de Pâques « comme personne auparavant, avec une lucidité et une audace dont des explorateurs consciencieux auraient manqué », alors même qu’il n’y est pas allé.
Capitaine raconte aussi un voyage, Adrien Bosc ne l’a pas fait non plus. Mais le récit qu’il en donne laisse croire qu’il s’est glissé dans les coursives du Capitaine-Paul-Lemerle à son départ de Marseille pour l’Amérique, le 24 mars 1941, et qu’il a bavardé, pendant la traversée, escales comprises, avec tous les passagers.
Ils ne sont pas les premiers venus. Adrien Bosc ne voyage pas avec n’importe qui. Dans Constellation, l’avion qui fournissait le titre de son premier roman et s’écrasa aux Açores en 1949, il y avait Marcel Cerdan et Ginette Neveu, entre autres voyageurs moins connus auxquels il avait restitué identité et histoire personnelle. Sur le Capitaine-Paul-Lemerle, on croise André Breton, Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers, Victor Serge, Wifredo Lam, Alfred Kantorowicz. Et Simone Weil, sur le quai, regardait partir le cargo…
Même un surréaliste est préoccupé de choses matérielles. A l’escale d’Oran, André Breton fait une liste des commissions indispensables à une digne survie pendant la traversée. Il a besoin d’une salopette, de tabac, de transatlantiques, d’un peigne, de savon, etc., l’énumération est longue et se prolonge par celle des personnes à qui il doit absolument écrire, car qui sait quand partiront les prochaines lettres ? Skira, Bonnard, Paulhan, Péret, Mabille, Denoël, Matta, Francis, Tanguy devraient en être, cette fois, les destinataires.
Les soucis quotidiens prennent de la place, comme dans la vie, en fait. Il n’est pas interdit de penser qu’Adrien Bosc aurait pu leur en consacrer un peu moins, mais sans doute a-t-il voulu, c’est compréhensible, restituer toutes les facettes de la vie à bord pour ces émigrés. La plupart fuyaient un climat européen devenu dangereux pour les Juifs bien sûr mais aussi pour les intellectuels, ces empêcheurs de penser selon la ligne droite dessinée par le nazisme.
Le plus passionnant du livre est constitué, bien entendu, par les échanges que peuvent avoir ces créateurs de haut vol, ces penseurs en liberté que le hasard rassemble et dont nous avons la chance de voir les esprits fonctionner dans un espace clos bien que mouvant. Un jeu de l’oie, imagine Claude Lévi-Strauss : « le voyageur est pareil au joueur qui, soufflant sur les dés, reste tributaire de l’incertitude et du hasard, et avance à tâtons sur un chemin semé d’embûches, de chausse-trapes, de joies vite déçues, de plans déroutés ou, à l’inverse, à la faveur d’un coup du sort, dessine une résolution inattendue, sur le dos, qui sait, d’autres voyageurs, eux arrêtés. »
On peut embarquer, on est en bonne compagnie.

jeudi 30 octobre 2014

L'Académie française couronne Adrien Bosc

Son Constellation est un des premiers romans dont on a le plus parlé dans cette rentrée littéraire. Il n'était pas la seule oeuvre de débutant dans la dernière sélection du Grand prix du roman de l'Académie française puisque Karpathia, de Mathias Menegoz, l'accompagnait (avec Voyageur malgré lui, de Min Tran Huy).
Ce n'était pas non plus celui que j'aurais choisi. Mais ce n'est pas mal du tout, Constellation, malgré les quelques réserves que je peux émettre.
Marcel Cerdan est mort le 27 octobre 1949, dans le crash  d’un Constellation d’Air France aux Açores. Avec lui, la violoniste Ginette Neveu. Et trente-cinq autres passagers, plus l’équipage. Sur une belle idée conduite jusqu’au bout avec un soin maniaque, Adrien Bosc réveille le souvenir de chacun, dessinant une constellation de vies et de morts. Ce serait parfait si l’écriture n’était, sinon à quelques moments, strictement informative.

vendredi 26 septembre 2014

Prix littéraires : toutes les premières sélections

Hier, les premières sélections du Grand Prix du roman de l'Académie française et du Prix Décembre se sont ajoutées à la liste de celles que nous avions déjà. Cela ne veut pas dire, heureusement, que les ouvrages oubliés par les différents jurys vont disparaître tout de suite du paysage, heureusement. Mais il y a de fortes chances pour que l'attention se concentre sur les titres les plus souvent cités. Tant pis ou tant mieux, c'est selon.
Pour fixer le paysage à ce moment de la rentrée littéraire, voici les romans français qui occupent, mieux que d'autres, le terrain des sélections des principaux prix (dans l'ordre d'attribution, Académie française, Femina, Médicis, Goncourt, Renaudot et Décembre).

Quatre sélections
  • Adrien Bosc. Constellation (Stock)
Trois sélections
  • Gilles Martin-Chauffier. La femme qui dit non (Grasset)
  • Laurent Mauvignier, Autour du monde (Minuit)
  • Eric Reinhardt, L’amour et les forêts (Gallimard)
  • Antoine Volodine, Terminus radieux (Seuil)
Deux sélections
  • Geneviève Brisac. Dans les yeux des autres (L'Olivier)
  • Kamel Daoud. Meursault, contre-enquête (Actes Sud)
  • Pauline Dreyfus. Ce sont des choses qui arrivent (Grasset)
  • Clara Dupont-Monod. Le roi disait que j’étais diable (Grasset)
  • Benoît Duteurtre. L’ordinateur du paradis (Gallimard)
  • Dominique Fabre. Photos volées (L'Olivier)
  • Frederika Amalia Finkelstein. L'Oubli (L'Arpenteur)
  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Claudie Hunzinger. La langue des oiseaux (Grasset)
  • Hedwige Jeanmart. Blanès (Gallimard)
  • Marie-Hélène Lafon. Joseph (Buchet-Chastel)
  • Lydie Salvayre. Pas pleurer (Seuil)
  • Anne Serre. Dialogue d’été (Mercure de France)
  • Eric Vuillard. Tristesse de la terre (Actes Sud)
  • Valérie Zenatti, Jacob, Jacob (L’Olivier)
J'espère n'avoir oublié personne. Toujours est-il que je suis très surpris de voir Adrien Bosc, le jeune écrivain dont tout le monde s'entiche, surgir en tête de ce classement (auquel il ne faut pas donner trop de sens, cependant). Déjà lauréat du Prix de la Vocation pour le même Constellation, il serait donc l'auteur du premier roman le plus remarquable de la saison? Je ne le pense pas. Certes, son livre impressionne par la quantité de recherches documentaires dont il est la conséquence. Retrouver tous les passagers et membres d'équipage du vol d'Air France dans l'accident duquel moururent, pour ne citer que les plus connus, Marcel Cerdan et Ginette Neveu, reconstituer, autant que possible, leur existence, poser tout cela dans une vue d'ensemble qui ne néglige pas les détails, voilà qui s'apparente à un tour de force. On applaudit bien fort. Mais, en y regardant de près, de trop nombreuses pages semblent écrites comme un compte rendu de journaliste pressé. La matière est là, elle impressionne. De là à trouver dans l'écriture matière à s'extasier, il y a un pas que je ne franchirai pas.