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dimanche 11 décembre 2016

Eléments de langage : repérons les repaires

Aujourd'hui, c'est dimanche. Et que fait-on, le dimanche? On va à la... On lit le Journal du Dimanche, faute d'autres quotidiens consistants à se mettre sous les yeux. Personnellement, tout ce que je traverse jusqu'à la chronique de Bernard Pivot ne me sert que de préparation à ladite chronique. Donc, je lis plus ou moins attentivement, ou je parcours, selon les cas, mais avec l’œil supposé acéré d'un spécialiste ès dictées, c'est-à-dire orthographe.
Las! si le JDD est relu, je le suppose du moins, par des correcteurs, le cher Bernard ne fait probablement pas partie de l'équipe - il est vrai qu'il a bien d'autres choses à lire. En effet, je trouve ce matin, dans un entretien avec Marion Maréchal-Le Pen, tout occupée à marquer sa position personnelle dans un parti où la ligne ne semble pas aussi unique que le voudraient certains, parmi lesquels il faut ranger sa tante - c'est-à-dire qu'elle pose un repère pour la suite -, je trouve, donc, à propos de François Fillon, cette phrase:
Fillon refuse de me serrer la main, mais serre celle de Salih Farhoud, l'ex-recteur de la mosquée de Stains, dont le ministère de l'Intérieur expliquait qu'il s'agissait d'un "repère de djihadistes".
Est-à dire que la politicienne considère ce lieu comme un phare pour de potentiels terroristes? Un repère, dans ce cas? Non, forcément non. Dans le contexte, il est évident qu'elle parle d'un lieu où les djihadistes sont chez eux, dans leur repaire, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
La confusion se fait d'autant plus aisément, et celle-ci est vraisemblablement à mettre au débit des journalistes qui ont transcrit l'entretien (mais lequel? ils sont deux), qu'il n'y a aucune différence à l'oral. Tandis que l'écrit, dans cette langue française pleine de pièges (demandez à Bernard Pivot les souvenirs de ses dictées), marque plus qu'une nuance.
Le repaire, selon le Grand Robert (il ne s'agit pas de la dernière édition, mais la valeur de référence reste), est, depuis le milieu du XVIIe siècle, compris dans le sens où voulait l'utiliser Marion Maréchal-Le Pen: "Endroit qui sert de refuge, de lieu de réunion à des individus dangereux."
Tandis que, selon le même ouvrage, le repère est "une marque servant à retrouver un emplacement, un endroit."
Est-ce clair? Disons que ce le serait tout à fait si repère ne s'était pas écrit repaire du côté des années 1578 (date fournie, cette fois, par le Dictionnaire historique de la langue française) pour des architectes. Non, rien n'est simple...

P.-S. Et même si Bernard Pivot jetait un regard sur la copie avant de lancer l'impression du JDD, il n'aurait rien pu faire cette semaine: il en est absent - la séquence culture se déroule d'ailleurs sans aucune présence de livres.

P.-P.-S. Si, Bernard Pivot est là, mais j'ai été un un cheveu de le manquer, ne goûtant que du bout des lèvres (et avec un cheveu sur la langue?) les suppléments consacrés aux cadeaux des sacro-saintes fêtes de fin d'année.

vendredi 5 février 2016

Eléments de langage : je suis circonflexe

Voyez comme la langue française nous embrouille. Je voulais écrire: je suis circonspect, et la virulence du débat sur la (vieille, déjà vieille) simplification (relative, très relative) de l'orthographe transforme le titre de cette note en revendication, genre "Je suis Charlie". Alors que pas du tout, et je ne voulais même pas en parler, de cette vague de mécontentement reposant sur rien, ou pas grand-chose, sinon des recommandations de l'Académie française datant de 1990 que les éditeurs hexagonaux de manuels scolaires vont suivre, un quart de siècle plus tard. On savait que l'Académie française n'était pas un lieu de débats révolutionnaires, on ignorait que les éditeurs étaient encore plus conservateurs.
Et vous? Et moi?
Vous, je ne sais pas.
Moi, je conserve (le vilain mot!) mes habitudes et les accents circonflexes là où on m'a appris à les poser. Je laisse aux générations suivantes le soin d'absorber progressivement des modifications très raisonnables.


En revanche, il y a longtemps que je grogne (tout seul, dans mon coin) sur une confusion souvent rencontrée et même, me semble-t-il, de plus en plus souvent - ceci étant dit sans aucune étude statistique, de peur d'être démenti.
Hier encore, dans un roman que je lisais avec plaisir, deux brèves douleurs (certes purement intellectuelles) m'ont traversé aux moments où des tâches avaient remplacé des taches.
Je tâche toujours de ne pas tacher mes livres, j'ai donc évité les gestes brusques.
La tache est, outre le titre d'un roman de Philip Roth (que j'ai déjà vu orthographié: La tâche, quelle horreur!), une bavure, une éclaboussure, une souillure, la liste est longue qui comprend aussi la tache de couleur dans une peinture.
La tâche est un travail, quelque chose à faire - et qu'on n'a pas nécessairement envie de faire, qui peut donc éventuellement faire tache dans l'écoulement d'une journée. Quelque chose qu'on va retrouver, faisons une rapide concession aux anglicismes afin de nous faire bien comprendre, dans la Todo List.
J'ignore d'où vient cette confusion entre deux mots certes proches par l'orthographe mais aux sens si différents.
Je sais en tout cas que l'accent circonflexe de l'un n'est pas menacé par la simplification dont on parle tant depuis hier.
Et je vous prie donc d'éviter cette faute, car c'en est une, si facile à éviter.
Votre tâche, si vous l'acceptez, consistera à effacer cette tache.

dimanche 10 janvier 2016

Eléments de langage : bataclan

C'était hier, dans Libération, au cœur de la chronique qu'y tient, toutes les quatre semaines, Camille Laurens. Elle y parlait de 2015, dont il lui reste des images plutôt que des mots. Et puis, elle raconte ceci:
Ce matin, pour les besoins d’une émission, je me suis entendue lire dans mon dernier roman: «Vous préférez que je parle de mon enfance, de mes parents, de ma famille – tout le bataclan?» Je n’ai pas pu retenir mes larmes, c’était comme si je venais de voir entrer d’un coup sur la page tous les disparus et ceux qui les pleurent. Ce mot, je l’ai écrit il y a quelques mois, parce que je l’aimais bien, j’ai toujours aimé cette expression, «tout le bataclan», son côté à la fois populaire et exotique, sa sonorité. Mais c’est fini, jamais plus je ne pourrai l’employer, le voilà trop chargé de morts, devenu lui-même la scène de crime qu’il fait surgir dès qu’on le dit, comme si le mot était la chose.
Il y aura à tenter de lire ce mot, dans le livre, hors de la connotation nouvelle qu'il a prise. Mais est-ce possible? Ne penser qu'à Flaubert, cité par le Trésor de la langue française? «Ta bonne maman ne pourra pas être à Dieppe dimanche. Il lui faudra, au moins, un jour ou deux pour resserrer tout son bataclan.»
Et retrouver l'innocence perdue...

lundi 4 janvier 2016

Eléments de langage : l'aura des disparus

Michel Delpech ayant perdu le combat contre la maladie, paix à ses cendres, les hommages se sont multipliés avec une touchante unanimité dans l'usage des superlatifs. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre Michel Delpech, dont j'ai aussi fredonné les rengaines (mais plutôt à voix basse, mon organe étant de nature à casser les oreilles de l'entourage).
Le chanteur, ai-je cueilli (deux fois, par la même personne) dans les tombereaux d'éloges, avait aussi imposé le mot "flirt" dans l'usage courant, grâce à sa chanson de 1971. Que ne l'a-t-on élu à l'Académie française, où son érudition linguistique aurait fait merveille lors des séances du Dictionnaire!
Ah!... Un chercheur des plus sérieux me glisse dans l'oreillette que l'Académie française, dont la réputation d'avant-garde n'est pas excessive, avait déjà accueilli "flirt" dans la huitième édition de son dictionnaire, publiée de 1932 à 1935.
Le même me rappelle, pour ajouter que le Trésor de la langue française cite, utilisant le mot, Paul Bourget, Anatole France, Maurice Barrès, Marcel Proust, entre autres, auxquels le Grand Robert ajoute Jules Romains ou Colette.
D'accord, j'ai compris.
Laissons à Michel Delpech ce qui lui appartient, et à la vie des mots d'avoir existé avant lui.

jeudi 17 décembre 2015

Eléments de langage : C'est l'heure du rappel des titres

Non, à 10h25, sur cette chaîne info, peu importe laquelle, ce n'est pas l'heure du rappel des titres. C'est l'heure des publicités qui précèdent le rappel des titres, dans cinq minutes. Publicité dont la chaîne a probablement besoin, je ne le conteste pas. Mais pourquoi dire ce qui n'est pas et que, de toute manière, le téléspectateur, qui a une montre ou une horloge quelque part, ne croira pas?
Variante, utilisée surtout lors des retransmissions d'événements sportifs à l'étranger: Nous allons faire un détour par Paris. Pour une info de dernière minute? Ou pour la dernière bagnole à la mode, le régime souverain contre toutes les maladies, le chocolat plus riche en cacao que tous les autres chocolats ou le magasin le moins cher sur chaque produit?
Non, je ne vous le demande pas.