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jeudi 21 juin 2012

Mo Hayder : adolescente en danger

Un chemin de halage peut être un piège pour une adolescente, quand il prend à Mo Hayder l’envie de l’y emmener se promener. Dans un monde violent, les vies les plus banales offrent des aspérités sur lesquelles la lumière accroche, révélant des énigmes sordides et provoquant des événements qui obligent les personnages à se surpasser. Il en va ainsi pour Sally et Zoë, deux sœurs qui ne se voient plus depuis longtemps, rapprochées pour protéger Millie, la fille de la première, d’une menace de plus en plus présente au fil des pages. Et même une fois tournée la dernière d’entre elles …
Divorcée, Sally est empêtrée dans les problèmes d’argent. Millie souffre de ne pas partager les loisirs de ses amis du lycée, et est imprudemment devenue la débitrice d’un dealer. Celui-ci ayant tourné des films pornographiques pour un homme chez qui travaille Sally. Et au service duquel Zoë, devenue inspecteur de police, a autrefois été stripteaseuse… Les nœuds sont serrés, ainsi qu’il en va souvent dans une ville de province, Bath en l’occurrence, où les trajectoires des uns et des autres ne cessent de se croiser.
Dans un premier temps, Mo Hayder construit sa pelote, enchevêtrement inextricable dont la deuxième partie du roman démontera, fil à fil, la complexité. Et avec une vitesse croissante au fur et à mesure que la vérité se dévoile. La première question étant de savoir qui a tué Lorne, la jeune fille du chemin de halage. Elle restera sans réponse jusqu’à la fin.
Car, et c’est là où Mo Hayder fait très fort, Zoë ne cesse de se tromper. Ses raisonnements sont implacables, ils aboutissent cependant toujours à des conclusions erronées. Si bien qu’on ne sait pas sur quel pied danser quand, après avoir cru tout comprendre, il faut balayer ces fragiles certitudes et retourner à la question initiale.
Les lames de tarot évoquées dans le titre, qui apparaissent dès le début, en disent plus long que ne le voudrait Sally, leur dessinatrice. Dommage pour Millie. Tant mieux pour nous.

dimanche 12 juin 2011

Mo Hayder sur la piste d'un pédophile

Un vol de voiture, quoi de plus banal? Quand une petite fille se trouve sur la banquette arrière au moment du vol, c’est évidemment moins banal. Quand plusieurs voitures sont volées avec, chaque fois, un enfant à l’arrière, c’est l’alerte rouge. Un pédophile est entré en action, personne ne peut en douter…
Tel est le point de départ de Proies, une nouvelle enquête pour Jack Caffery et Flea Marley, tous deux flics du côté de Bristol, la seconde spécialisée dans la plongée en eaux troubles, ce qui constitue une partie d’un charme auquel Jack n’est pas insensible. Mais il a été déçu par Flea, pour une raison qu’il ne peut lui expliquer et que nous ne dirons pas non plus – les lecteurs des précédents volumes le savent, les nouveaux venus le découvriront.
Les deux membres de ce couple qui n’en est pas un mais pourrait le devenir plus tard ont été blessés par la vie. Mo Hayder les a placés côte à côte pour leur fournir l’occasion de se soutenir mutuellement, de s’apporter réconfort, amitié, et plus si affinités. Elle prend, depuis plusieurs romans, un malin plaisir à retarder ce moment.
Elle a d’autres chats à fouetter. N’oublions pas l’enquête en cours, le criminel dangereux sur les traces duquel se sont lancés les policiers – avec bien peu de résultats, et le sentiment croissant d’une impuissance déprimante.
Une voiture bleue, la silhouette d’un homme qui ne laisse aucune trace exploitable et a beaucoup de chance, puisqu’il échappe aux caméras installées un peu partout. A moins qu’il ne s’agisse pas de chance et qu’il possède une source fiable de renseignements – hypothèse encore plus inquiétante. Celui que Jack appelle le Marcheur, et qu’il rencontre de temps en temps dans la campagne comme un sage chargé d’éclairer les questions insolubles, affirme que le coupable est très intelligent, plus intelligent que tous les autres…
Nous voilà bien avancés, et la police aussi, qui patauge au sens propre et au sens figuré – le sens propre ayant une odeur pas toujours plaisante, notamment dans un tunnel désaffecté en voie d’éboulement que Flea s’obstine à fouiller, au risque d’être prise au piège.
Mo Hayder l’a montré plusieurs fois: elle est douée pour tracer des pistes solides qui se révèlent des impasses. On la suit en croyant chaque fois que l’affaire est réglée – et en se demandant ce qu’elle va trouver pour aller jusqu’au bout du volume. Car le volume est consistant, même s’il n’est pas de ceux qu’on abandonne en cours de route. Les rebondissements sont du genre à renforcer une peur qui s’est installée dès le début.
En jouant sur une corde sensible – l’enlèvement d’enfants –, elle semble donner dans la facilité. Car, bien sûr, on ne peut que courir avec elle à la recherche du monstre. Mo Hayder est plus fine que cela. Mais il faudra remettre en question quelques évidences, comme dans toute énigme qui se respecte, passer et repasser sur les lieux du crime – des crimes – avant d’en comprendre l’implacable logique. Qui n’est donc pas, autant prévenir tout de suite, celle à laquelle on avait d’abord pensé.
Les âmes sensibles se détourneront peut-être: la romancière ne recule devant aucun détail susceptible de noircir le tableau. Si en revanche on accepte de voir l’horreur en face, de plonger sans respirer dans des atmosphères délétères, voici un livre qui a tout, et à plusieurs niveaux, pour provoquer les battements de cœur qui font se sentir vivant.