Affichage des articles dont le libellé est Percival Everett. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Percival Everett. Afficher tous les articles

vendredi 4 octobre 2019

Pauvre jeune homme riche !

L’humour et l’intelligence sont chez Percival Everett les ingrédients de base d’un cocktail redoutable. Son sixième roman traduit en français (le prochain, Tout ce bleu, sort la semaine prochaine) joue dès le titre sur les ambiguïtés et les paradoxes. Pas Sidney Poitier (traduit par Anne-Laure Tissut), c’est en effet le nom complet du personnage principal, héritage d’une mère excentrique qui mit son fils au monde après deux ans d’une grossesse en partie nerveuse dont personne n’attendait qu’elle débouche sur une naissance. Folle à lier, selon Pas Sidney lui-même, mais loin d’être idiote, elle a investi en 1970 dans une société peu connue, la Turner Communications, dirigée par Ted Turner. Celui-ci, impressionné par le sens des affaires d’une femme dont il adore les brownies et qui représente son rêve de toucher le peuple par les médias, emmène Pas Sidney vivre à Atlanta, près de lui, à la mort de sa mère. Le garçon a sept ans, il est à la tête d’une richesse colossale et obscène. Quand il décidera d’entrer à l’université, ce sera d’ailleurs grâce à un don important et non grâce à ses bonnes dispositions. Là, il suivra les étranges cours d’un certain Percival Everett.
Pas Sidney Poitier, Ted Turner (et Jane Fonda), Percival Everett… Aucun n’est exactement la personne réelle qui porte ce nom, et l’écrivain prend la peine de le préciser : « Les personnages de ce roman sont parfaitement fictifs […]. Ceci vaut aussi pour le personnage qui porte le nom de l’auteur. » Dommage : un professeur aussi décalé, qui fait basculer certains épisodes du roman dans l’absurde le plus réjouissant, mériterait d’exister.
Le nom du héros lui pose, évidemment, quelques problèmes. « Vous vous appelez pas Sidney Poitier, hein ? », lui dira-t-on plusieurs fois. Les bons phonèmes, avec une autre interprétation qui le plonge dans d’intenses réflexions. D’autant qu’il ressemble de plus en plus à l’acteur, jusqu’à se confondre avec lui dans la scène finale.
Autre problème, partiellement compensé par sa fortune : sa couleur de peau. Pas parce qu’il est noir, mais parce qu’il est très noir. Sa petite amie Maggie, quand elle le présente à ses parents, lui fait découvrir une hiérarchie subtile et perverse à laquelle il n’avait jamais prêté attention et qu’il se surprend à examiner avec attention. Son bref séjour chez les Larkin, interrompu brutalement quand il n’en peut plus de la situation incongrue dans laquelle il se trouve, constitue un autre chapitre savoureux, aux détails piquants.
En fait, Pas Sidney n’est à sa place nulle part. On l’arrête parce qu’il est noir. Sur un coup de tête, il offre à des religieuses de financer la construction d’une église, mais l’argent qu’il a retiré d’une banque suscite de dangereuses convoitises. Seuls Ted Turner (qui l’appelle Pou-ah) et Percival Everett lui seront fidèles jusqu’au bout. Peut-être pour de mauvaises raisons, mais peu importe. Le parcours du héros, qui revisite au passage quelques scènes de films célèbres, est de ceux dont on attend de plus en plus au fur et à mesure qu’il se heurte aux bizarreries de l’existence. On n’est pas déçu.

lundi 10 septembre 2012

Percival Everett primé au Festival de Deauville

Le prix littéraire Lucien Barrière n'est pas une des grandes récompenses de la saison en cours, mais il n'est pas sans intérêt - en tout cas cette année, car j'avoue n'en pas connaître le palmarès (ni avoir le courage, à cette tardive pour moi, de le chercher pour le consulter). Particularité: il est attribué lors du Festival du cinéma américain de Deauville. Et le jury, présidé cette année par Frédéric Beigbeder (souvent meilleur lecteur qu'écrivain) a choisi un excellent roman de Percival Everett, Pas Sidney Poitier.
L’humour et l’intelligence sont chez Percival Everett les ingrédients de base d’un cocktail redoutable. Son sixième roman traduit en français joue dès le titre sur les ambiguïtés et les paradoxes. Pas Sidney Poitier, c’est en effet le nom complet du personnage principal, héritage d’une mère excentrique qui mit son fils au monde après deux ans d’une grossesse en partie nerveuse dont personne n’attendait qu’elle débouche sur une naissance. Folle à lier, selon Pas Sidney lui-même, mais loin d’être idiote, elle a investi en 1970 dans une société peu connue, la Turner Communications, dirigée par Ted Turner. Celui-ci, impressionné par le sens des affaires d’une femme dont il adore les brownies et qui représente son rêve de toucher le peuple par les médias, emmène Pas Sidney vivre à Atlanta, près de lui, à la mort de sa mère. Le garçon a sept ans, il est à la tête d’une richesse colossale et obscène. Quand il décidera d’entrer à l’université, ce sera d’ailleurs grâce à un don important et non grâce à ses bonnes dispositions. Là, il suivra les étranges cours d’un certain Percival Everett.
Pas Sidney Poitier, Ted Turner (et Jane Fonda), Percival Everett… Aucun n’est exactement la personne réelle qui porte ce nom, et l’écrivain prend la peine de le préciser : « Les personnages de ce roman sont parfaitement fictifs […]. Ceci vaut aussi pour le personnage qui porte le nom de l’auteur. » Dommage : un professeur aussi décalé, qui fait basculer certains épisodes du roman dans l’absurde le plus réjouissant, mériterait d’exister.
Le nom du héros lui pose, évidemment, quelques problèmes. « Vous vous appelez pas Sidney Poitier, hein ? », lui dira-t-on plusieurs fois. Les bons phonèmes, avec une autre interprétation qui le plonge dans d’intenses réflexions. D’autant qu’il ressemble de plus en plus à l’acteur, jusqu’à se confondre avec lui dans la scène finale.
Autre problème, partiellement compensé par sa fortune : sa couleur de peau. Pas parce qu’il est noir, mais parce qu’il est très noir. Sa petite amie Maggie, quand elle le présente à ses parents, lui fait découvrir une hiérarchie subtile et perverse à laquelle il n’avait jamais prêté attention et qu’il se surprend à examiner avec attention. Son bref séjour chez les Larkin, interrompu brutalement quand il n’en peut plus de la situation incongrue dans laquelle il se trouve, constitue un autre chapitre savoureux, aux détails piquants.
En fait, Pas Sidney n’est à sa place nulle part. On l’arrête parce qu’il est noir. Sur un coup de tête, il offre à des religieuses de financer la construction d’une église, mais l’argent qu’il a retiré d’une banque suscite de dangereuses convoitises. Seuls Ted Turner (qui l’appelle Pou-ah) et Percival Everett lui seront fidèles jusqu’au bout. Peut-être pour de mauvaises raisons, mais peu importe. Le parcours du héros, qui revisite au passage quelques scènes de films célèbres, est de ceux dont on attend de plus en plus au fur et à mesure qu’il se heurte aux bizarreries de l’existence. On n’est pas déçu.

lundi 23 novembre 2009

Percival Everett et Forrest Gander, deux Américains des "Belles Étrangères"

Je crois que je vais, aussi régulièrement que possible, vous donner des liens vers des articles que j'écris pour Le Soir. C'est là, après tout, que je publie l'essentiel de la production (depuis 1983, ce qui ne me rajeunit pas). Et, si tout n'est pas diffusé sur le site du quotidien, une partie y est quand même disponible. Aujourd'hui (mais, en fait, depuis vendredi), deux romanciers américains venus en Europe pour Les Belles Étrangères.


Depuis cinq ans, les romans de Percival Everett sont traduits avec régularité. Le supplice de l'eau est le cinquième. Il est empli d'une violence dont plusieurs aspects renvoient explicitement à la politique américaine qui a engendré Guantánamo et Abu Ghraib pendant les récentes années Bush, président traité de loin en loin sans ménagement...


Forrest Gander est surtout connu pour sa poésie, non disponible en français, et ses traductions de l'espagnol. Il a notamment fait découvrir aux États-Unis une nouvelle génération de poètes mexicains. En abordant le roman l'an dernier, il montre combien il est aussi chez lui sur un terrain qu'il n'a probablement pas fini d'explorer.