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vendredi 22 février 2019

L’entre-deux-guerres de Pierre Lemaitre

Quatre ans et des poussières après Au revoir là-haut, un Goncourt qui a séduit le public et colonisé l’écran avec la complicité d’Albert Dupontel, Pierre Lemaitre a donné le deuxième volet de ce qui sera une trilogie. Couleurs de l’incendie, réédité au Livre de poche, ausculte la France de 1927 à 1933 à travers l’histoire de Madeleine Péricourt, déjà rencontrée dans le volume précédent.
Autant le dire d’emblée : on n’est pas déçu. Toutes les bonnes raisons qui ont fait aimer Au revoir là-haut en 2013 sont au rendez-vous d’un roman qui emporte autant par la succession des événements que par la force des personnages et leurs relations souvent conflictuelles. Les enjeux personnels et internationaux dans un monde en voie de basculement se mêlent intimement, la trahison et la vengeance sont des accélérateurs du récit plus efficaces que le projet, pas encore au point, d’un moteur à réaction. Le livre frémit, bouillonne, fait circuler vers la Suisse l’argent de la fraude fiscale, la morale n’est pas toujours sauve. Mais, on l’avait vu dans Au revoir là-haut, une bonne arnaque peut être un excellent ressort romanesque…
Un enterrement ouvre le roman. Il s’y produit un épisode spectaculaire. Le lecteur a à peine eu le temps de s’acclimater au contexte qu’il est happé par celui-ci. On n’est pas près d’en sortir, car l’envie de connaître la suite, autant que celle de comprendre ce qui est arrivé au début, emporte pendant plus de 500 pages traversées avec allégresse. Rien n’est bâclé dans ce qui semble pourtant, à certains moments, lancé au petit bonheur la chance. Pierre Lemaitre est un méticuleux qui ne laisse rien au hasard, on le comprendra en lisant ses explications.

« Couleurs de l’incendie » est le deuxième volet d’une trilogie. Saviez-vous, avant même d’écrire « Au revoir là-haut », que vous partiez pour trois livres ?
Non, je l’ai su seulement quand j’ai commencé le deuxième volume. En 2012, quand j’ai terminé Au revoir là-haut, j’avais pris tellement de plaisir à goûter une liberté que je ne connaissais pas, puisque je sortais du roman policier, un genre dont les contraintes sont très lourdes, j’avais pris un tel plaisir que, en feuilletoniste un peu expérimenté, j’avais laissé une ouverture à la fin du roman. Au cas où j’aurais besoin d’emprunter un couloir, je voulais que la porte ne soit pas fermée. Donc, dès la fin d’Au revoir là-haut, j’avais l’idée qu’il était possible de faire une suite. Je n’en avais pas le projet, mais les personnages étaient prêts, les situations étaient prêtes, de manière à ce que, si d’aventure je me lançais là-dedans, la chose soit narrativement possible. Il s’est passé le Goncourt, j’ai publié Trois jours et une vie, et quand je me suis attaqué à la suite, je me suis demandé si j’allais faire Au revoir là-haut 2, Le fils d’au revoir là-haut, Le retour du fils d’au revoir là-haut, etc. Je me suis dit qu’il fallait être rigoureux dans cette histoire. Ce qui m’avait surtout intéressé, c’était l’entre-deux-guerres. J’avais fait les années 20, j’avais envie de faire les années 30, et j’ai pensé que le projet pouvait conduire aux années 40, pour couvrir en trois livres cette période qui va de la fin de la Première Guerre mondiale au début de la Seconde. Sur les trois époques, j’avais quelque chose à dire – de mineur, je ne suis pas historien – et j’avais aussi un bon sujet sur les années 40. L’idée de la trilogie correspond à un souci formel et permettait aussi de creuser le sillon, ouvert avec Au revoir là-haut, d’un pays à la recherche de lui-même et qui finit par sombrer dans l’anxiété la plus totale lors de l’exode de 1940.
Sans anticiper, peut-on imaginer que, comme « Au revoir là-haut » s’ouvrait sur les derniers jours de la Première Guerre mondiale, le troisième volume se fermera sur les premiers jours de la Seconde ?
Je pense que c’est ce qui va se passer. En fait, pas vraiment. Pour un romancier, la « drôle de guerre » n’est pas un événement très excitant : il ne se passe rien. Mais le vrai début de la guerre, c’est l’exode, qui est un événement extraordinaire. On a rarement vu dix ou quinze millions de personnes perdre les pédales, verser dans l’hallucination, être prises d’une panique collective. Et c’est effectivement pendant l’exode que va se terminer le troisième volume. Faire une suite, en soi, n’est pas quelque chose qui me plaît beaucoup. Je l’ai fait avec un de mes personnages récurrents qui s’appelle Camille Verhoeven, pour une série policière.
Dans le roman noir, ça passe bien ?
Oui, mais encore, il y a des limites : ce que j’appellerais le potentiel narratif d’un personnage. Un personnage porte, dans son ADN, un potentiel d’histoires. Et, une fois qu’il l’a épuisé, il se répète. On le voit beaucoup dans le roman policier où de nombreux confrères le font, parfois d’ailleurs avec beaucoup de talent, mais on n’apprend plus grand-chose, le personnage n’arrive plus à vous surprendre parce que, d’une certaine manière, il est épuisé. J’ai failli tomber dans cet écueil avec la trilogie Verhoeven. Par bonheur, je crois l’avoir évité et avoir fait sortir le personnage au moment où il était mûr pour sortir. Là, je m’y suis pris différemment. Pour un livre, je vais puiser un personnage secondaire dans le livre précédent. Le personnage secondaire a beaucoup d’intérêt : il n’est pas épuisé du tout, son capital n’a pas été dépensé et il arrive dans votre bouquin absolument intact, avec juste ce qu’il faut pour plaire au lecteur et à moi, il possède un passé, un passif, un certain nombre de caractéristiques. Prendre un personnage secondaire et l’élever à la dignité de personnage principal, c’est à peu près inépuisable. D’une certaine manière, le fil narratif s’entretient lui-même, dans une dynamique assez féconde, je trouve. Donc, au-delà de la trilogie, rien ne m’empêcherait de poursuivre sous une autre forme. Ce sera peut-être un livre, deux livres, je ne sais pas. Mais cette manière d’utiliser ainsi les personnages est assez prometteuse.
Pour vous, qui est le personnage principal de « Couleurs de l’incendie » ? Pour le lecteur, c’est très clairement Madeleine Péricourt, pendant la plus grande partie du roman. Mais, vers la fin, son fils Paul occupe de plus en plus de place…
Je pense vraiment que c’est Madeleine, je vais essayer de vous dire pourquoi. J’avais un premier chapitre où j’entrelaçais la destinée de Madeleine et celle de Paul. Je me suis rendu compte qu’il y avait maldonne parce que, dès le deuxième chapitre, on attendait plus de Paul que de Madeleine. Donc j’ai refait ce début à de multiples reprises de manière à ne faire apparaître, globalement, que Madeleine. Même si le petit Paul, par ce qui lui arrive, devient un personnage essentiel. Là où vous avez raison, c’est que, dans la deuxième partie et surtout vers la fin, Paul devient de plus en plus important parce que, au fond, c’est le projet de Madeleine : faire quelqu’un de son fils. C’est d’ailleurs pour nettoyer le terrain par la vengeance qu’elle se livre à toutes ses exactions – c’est un personnage qui fait des choses assez vilaines. Paul était plus problématique, parce que je me suis demandé si j’allais boucler son histoire ou non. Et je l’ai bouclée pour ne pas avoir la tentation de le reprendre. Si j’avais laissé une situation ouverte, ça me tendait les bras et ç’aurait été un piège, parce que c’était une facilité. Son histoire, telle qu’elle est, est bien à sa place. Mais, au-delà, ça devient du trucage.
Vous semblez accorder une grande importance à la forme, notamment dans la construction du roman qui, pour celui-ci, commence et, à peu de choses près, se termine par un enterrement. C’est le cas ?
Oui. Il y a une chute à la fin d’Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie commence par une chute… C’est pour moi très important. Je pense que le lecteur qui lit seulement pour son plaisir perçoit la forme. Je ne sais pas s’il en a conscience. Mais la forme, c’est le fond qui remonte à la surface. Je pense que la solidité et l’élégance ou la puissance de la forme sont perçues confusément. Moi, j’en ai besoin parce qu’elle me tient debout, elle tient mon récit debout. La forme est le berceau de l’intrigue et je trouve que ce bébé pousse bien, donc j’en prends grand soin.
Il y a l’architecture globale, mais aussi la forme dans le détail. Avez-vous conscience de faire un usage assez singulier, et très intéressant, de la virgule ?
Je ne sais pas si c’est personnel. En littérature, je crois que je suis un peu postmoderne. C’était déjà présent dans Au revoir là-haut, mais pas autant. C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé et qui vient un peu d’Aragon, notamment d’une lecture qui a été importante pour moi, Les voyageurs de l’impériale. Il y a chez lui quelque chose que j’ai toujours envié : une manière d’empoigner la littérature, de faire preuve d’une liberté de ton, d’une liberté narrative qui a peu d’équivalent, sauf peut-être au XVIIIe siècle. A l’intérieur d’une phrase, il peut faire circuler le point de vue d’un personnage à l’autre, il peut quasiment passer d’un siècle à l’autre sans que vous voyiez la couture. Il y a une extraordinaire fluidité qui est une facilité d’écriture époustouflante. Cela, je l’entremêle avec une autre leçon littéraire qui vient plutôt de Diderot, de Jacques le Fataliste, et du goût qu’il a pour le contrat implicite passé avec le lecteur. Diderot dit : je vais te raconter une histoire, je vais te prendre la main, de temps en temps ce sera très chaotique mais ne t’inquiète pas, on va y arriver. C’est ce qui lui permet de quitter son personnage, d’y revenir, de s’adresser au lecteur, tout cela avec une fluidité qu’on retrouve chez Aragon. En tant que lecteur, ça m’avait beaucoup plus et j’avais commencé à le travailler dans Au revoir là-haut. J’ai poursuivi ici sous une forme qui n’est peut-être pas personnelle mais qui traduit un souci personnel : cette idée de donner au lecteur l’illusion qu’on lui raconte l’histoire à voix haute. Cette illusion consiste à avoir un langage très écrit mais, à l’intérieur du langage écrit, de parsemer un certain nombre de signes qui appartiennent plutôt au registre de l’oral. Le but est de donner au lecteur le sentiment qu’on lui raconte l’histoire plutôt comme un conteur que comme un romancier. C’est notamment l’usage de la ponctuation qui le permet – je reviens à la question sur la virgule. En lisant, cela paraît simple, mais en réalité, c’est assez compliqué.
Vous avez tout cela à l’esprit en écrivant ?
Oui, totalement. Il y a deux moments. Il y a le moment où j’écris pour faire passer l’émotion de la scène, celle du personnage, j’essaie de traduire le mieux possible ce qui se passe. Une fois que c’est posé, il y a la question de savoir si c’est efficace, c’est-à-dire si le lecteur va bien ressentir l’émotion que j’ai voulu faire passer, et pas une autre. Si je veux qu’il soit scandalisé, je me demande si le personnage est assez scandaleux, si la situation est assez scandaleuse. Pareil pour les autres émotions, qu’elles soient positives ou négatives. C’est la question du style, de la voix, de la rythmique, de la musique…
Vos premiers romans étaient des polars, une littérature de genre. Vous parlez de votre trilogie en cours comme d’un feuilleton et vous rendez hommage à votre « maître Dumas ». Ça ne vous dérange pas ?
Non, pas du tout. Je ne crois pas aux genres mineurs. Je pense qu’il y a la littérature et, à l’intérieur de la littérature, il y a des genres. Les appellent mineurs ceux qui ont le sentiment que certains genres sont trop prosaïques…
Ou trop populaires ?
Oui, voilà, vous avez prononcé le gros mot. Quand on parle de littérature mineure ou de littérature populaire, on n’est pas dans le camp dans lequel j’essaie de m’insérer. Il y a, c’est vrai, des livres mineurs, qui sont plus représentés dans les genres que l’on dit mineurs. Dans le feuilleton, le roman policier, le roman populaire, le roman sentimental, voire dans le roman historique, il y a plus de déchets que de bons grains. Mais, au nom du fait qu’il y a plus de mauvais livres ou de livres moyens, parfois médiocres, dans un genre, le genre n’est pas pour autant frappé d’indignité. On trouve, dans ces genres-là, des livres majeurs. Il y a aussi des livres qui correspondent à des recettes et qui ne survivront pas à eux-mêmes. Mais, pour moi, la littérature populaire, c’est autre chose. Un genre populaire est un genre fédérateur pour plaire à des lectorats différents mais pas pour les mêmes raisons. Dans Couleurs de l’incendie, les lecteurs peuvent s’amuser, par exemple, de savoir que la scène où Charles Péricourt discute le soir avec un de ses députés est en fait décalquée d’une situation où, chez Proust, le duc de Guermantes réagit face à Swann qui vient lui annoncer qu’il va mourir. J’ai fait quasiment une parodie de cette scène mais quelqu’un qui n’a pas lu Proust peut apprécier la scène pour ce qu’elle vaut narrativement et émotionnellement. Un adolescent peut lire Couleurs de l’incendie comme il lirait Monte-Cristo, un autre lecteur peut trouver un autre intérêt au fond social, ou au fond politique, ou à ces jeux avec la littérature puisqu’il y a du Zola, du Balzac, du Proust, un peu de tout. C’est un petit patchwork, une salutation à la littérature dans laquelle les lecteurs plus experts dans ce domaine peuvent trouver du plaisir. La littérature populaire, pour moi, est celle qui est lisible sans qu’aucun lectorat n’exclue l’autre.
Même un lecteur de journaux trouvera des échos de son univers contemporain dans une histoire d’évasion fiscale…
Ce sont des clins d’œil à l’Histoire et ça peut amuser un lecteur qui n’a pas d’autre intérêt que de croiser des choses qu’il connaît déjà.
Presque tous vos personnages sont ambigus, ni tout à fait mauvais, ni tout à fait bons. Seul Paul semble être un modèle de pureté. Le voyez-vous ainsi ?
Ce qui touche chez Paul, c’est que c’est un enfant qui est en permanent décalage. La sexualité à l’adolescence, il va la connaître avec un effet décalé. Lorsque monsieur Dupré lui rend le service de le mettre en galante compagnie, il est presque anticipateur. C’est aussi parce que Paul est un enfant qui a un problème d’expression, et même l’expression de sa sexualité ne se fait pas. Monsieur Dupré le pressent avec beaucoup d’intelligence : quelque chose existe mais ne s’exprime pas. C’est le fond du caractère de Paul, l’incapacité d’exprimer les choses qui va peut-être le sauver puisque, pendant la guerre, même passé à la question, il ne parlera pas. C’est un personnage un peu idéal, vous avez raison, l’image de la pureté. Mais il possède aussi ses propres contradictions. Il est toujours dans l’expression de quelqu’un d’autre ou d’autre chose. Le fait qu’il fasse de la publicité montre bien qu’il va être un intermédiaire entre un produit et un client. Lui-même ne sait pas très bien s’il s’exprime à la place de l’un ou à la place de l’autre, il reste toujours dans l’entre-deux. Donc, il possède son ambigüité, mais elle n’est pas morale.
Vous aimez les grandes scènes. Les deux enterrements sont dans ce registre. La plus marquante est peut-être le dernier récital de Solange Gallinato, un pied-de-nez au nazisme en présence d’Hitler lui-même…
C’est une scène de genre – vous l’avez rappelé, je suis un écrivain de genres. Quand vous êtes romancier et que vous avez une situation comme celle-là, vous ne pouvez pas résister, il y a un plaisir… C’est un plaisir de lecteur, d’abord, c’est le souvenir que j’ai de ces morceaux de bravoure dans les grands romans, par exemple chez Dumas, il en fait des paquets énormes. C’est le plaisir que j’ai, en littérature, de trouver ces grandes scènes. Et, quand l’intrigue me le permet, le grand plaisir du romancier est d’articuler ces scènes. Il y en avait quelques-unes dans Au revoir là-haut, notamment une que j’avais empruntée d’Aragon. Elle se passait dans un centre de démobilisation en 1920, une espèce d’immense gare avec des milliers de types qui attendaient des trains qui n’arrivaient pas. C’était assez court, j’avais trois ou quatre pages qui m’avaient demandé un mois de travail, je crois, c’était colossal mais j’étais assez content du résultat. Une fois qu’elles sont allégées, qu’elles sont bien à leur place, qu’elles sont épurées, que le curseur est placé au bon endroit, ces scènes-là sont posées. La mort de Solange est aussi une scène de genre, très classique : le voyage en train, la mort pendant ce voyage, la réminiscence… Ce sont des choses qu’on trouve quasiment dans tous les romans, sous une forme ou sous une autre. C’est très amusant à faire, c’est très amusant de jouer avec les codes. Encore une fois, mon travail est une permanente salutation à la littérature.
Après Albert Dupontel pour l’adaptation d’« Au revoir là-haut », qui verriez-vous volontiers réaliser le deuxième volet ?
Je ne sais pas, parce que je ne sais pas de quel côté il faudrait faire glisser l’adaptation. Est-ce qu’il faut la faire glisser du côté de l’aventure ? Plutôt du côté politique ? Ou lyrique ? Est-ce qu’il faut en faire un geste militant, par exemple sur la liberté des femmes qui est une grande question posée par le livre ? En fonction de ça, on n’aurait pas le même metteur en scène. Si le livre intéresse des metteurs en scène, je serais curieux du point de vue qu’ils aimeraient donner. C’est à ce moment-là que je pourrais vous dire : ce réalisateur est à sa place dans ce projet. Le livre est assez polymorphe pour permettre plusieurs types d’adaptations. Vous voyez, James Ivory, par exemple, ferait de ce livre un film formidable. Jean-Pierre Jeunet pourrait faire un film formidable. Jérôme Salle ferait un film épatant d’une histoire comme ça. Coppola ou Scorsese pourraient faire un film formidable… La chance de ce livre, c’est, me semble-t-il, de permettre plusieurs voies. Le cinéma décidera peut-être d’en emprunter une…

mercredi 5 avril 2017

Une disparition et ses conséquences

Après Au revoir là-haut, et avant de poursuivre sa grande fresque du 20e siècle, Pierre Lemaitre a éprouvé le besoin de souffler un peu et de revenir aux atmosphères noires de romans moins amples, plus proches de ce qu’il avait écrit avant son Goncourt, celui-ci attribué à un roman en effet très épais, et qui avait besoin de l’être pour restituer une époque ainsi que la complexité des personnages.
Trois jours et une vie possède les qualités de tension qu’on espère d’un bon thriller, en particulier dans sa première partie – les trois jours du titre, situés fin décembre 1999. Les conséquences des événements survenus ces jours-là sont mesurées une douzaine d’années plus tard, avant un épilogue inattendu en 2015.
Au point de départ, il s’agit d’une histoire de disparition. Un gamin n’est pas rentré chez lui, le petit Rémi Desmedt, en quête duquel se lance, dans les forêts qui entourent Beauval, toute la population, encadrée par les forces de l’ordre et les pompiers qui sondent aussi un petit lac. Mais les battues sont bientôt interrompues par la tempête, la pluie, les inondations, comme si une catastrophe ne pouvait arriver seule et que les éléments devaient s’en mêler aussi.
Antoine, douze ans, voisin de Rémi, observe tout cela en tremblant. Il est trop jeune pour participer aux recherches qui, cela le trouble, pourraient se diriger vers la cabane secrète qu’il a construite dans un arbre. De toute manière, il sait que ces journées apocalyptiques ont commencé avec la mort d’un chien, celui des Desmedt, précisément, qu’Antoine aime beaucoup et qu’il a vu achevé au fusil par son maître après avoir été écrasé par une voiture. Signe funeste. Mais piste à creuser : le conducteur de la voiture, qui n’est pas du coin, ne serait-il pas coupable aussi de l’enlèvement de Rémi ?
Le lecteur sait que l’hypothèse ne tient pas. Et Antoine le sait mieux encore que le lecteur. Il en souffre, il est poursuivi par le sentiment d’une fin aussi proche qu’inéluctable, les médicaments de sa mère lui permettront peut-être d’échapper à son destin…
Pierre Lemaitre est assez fin raconteur d’histoires pour savoir que l’intérêt d’un récit ne réside pas essentiellement dans l’anecdote. Celle-ci, tragique, a sa place dans la construction romanesque. Mais ce que vit Antoine dans la durée, comment il intègre à sa vie les inquiétudes nées de ces trois jours et comment elles continuent longtemps à peser sur ses actes, voilà le ressort principal d’un livre qui se traverse dans une fièvre de plus en plus intense, le temps qui passe renforçant les risques au lieu de les réduire.

dimanche 26 avril 2015

Le Goncourt de Pierre Lemaitre en poche

Le 4 décembre 1914, six poilus ont été fusillés « pour l’exemple », accusés d’avoir, une semaine plus tôt, avec quelques autres, abandonné leur poste devant l’ennemi. Justice expéditive, justice injuste aussi puisqu’ils ont été réhabilités en 1921. Parmi les condamnés, Jean Blanchard, cultivateur. Avant de passer devant le peloton d’exécution, il terminait ainsi sa dernière lettre à sa femme : « Au revoir là-haut, ma chère épouse. » De ces mots, Pierre Lemaitre fait le titre d’un roman inattendu pour ses lecteurs qui connaissaient sa manière noire : Robe de marié, Alex, etc. En abandonnant la littérature de genre, l’auteur n’a rien perdu de ses qualités. Au contraire, il les magnifie en dotant son livre d’un souffle puissant qui conduit ses deux personnages principaux de la guerre à l’arnaque. Et le romancier vers le Goncourt, obtenu en novembre 2013.
S’il faut garder à l’esprit le titre et son contexte, le récit commence en novembre 1918, alors que la guerre est sur le point de s’achever. Les ultimes jours des combats ne sont pas perdus pour tout le monde : Pradelle, ou plutôt le lieutenant d’Aulnay-Pradelle, qui donne l’impression d’être une sombre crapule consciente de son pouvoir, engage ses hommes dans un combat inutile. Ou plutôt : utile exclusivement à son avancement. Il ne recule devant rien pour pousser la troupe contre l’ennemi, comme le découvre Albert Maillard en tombant sur les cadavres des éclaireurs envoyés à la boucherie : les balles les ont frappés dans le dos. Albert ne s’éternise pas. Pradelle l’a vu s’arrêter près des corps et les obus pleuvent. Albert est enterré dans un trou noyé sous une gerbe de terre, Edouard Péricourt parvient à le sortir de là avant d’être lui-même gravement blessé et le destin des deux survivants, qui se connaissaient peu auparavant, est dès lors inextricablement lié par leur sauvetage mutuel.
Le conflit s’achève, les soldats éprouvent les plus grandes difficultés à retrouver leur place dans la société. Albert, sous l’influence d’Edouard dont le cerveau est sorti de la guerre aussi abîmé que le corps, met au point avec lui une affaire juteuse qui devrait leur apporter la fortune au détriment, il est vrai, de la mémoire des victimes : susciter des commandes de monuments aux morts par les mairies, encaisser les avances et se tirer très loin avec l’argent. Ce n’est pas très moral. A moins de considérer cette arnaque comme une revanche sur l’exploitation du sentiment patriotique qui a envoyé les hommes au casse-pipe sans se soucier des conséquences. Ce serait alors un juste retour des choses…
La guerre est une saloperie, c’est entendu et Pierre Lemaitre le rappelle dans les premières pages de son roman. Elles ont les couleurs de la mort et de la crasse, les odeurs de la pourriture qui envahit les champs de bataille. Mais l’après-guerre peut être une saloperie aussi, en même temps que la source d’un livre scénarisé avec talent et écrit avec force. On ne le lâchera pas avant la dernière page.

samedi 24 janvier 2015

La reine des ventes

Tout, sauf une surprise: le livre qui s'est le plus vendu l'année dernière en France, bien qu'il soit paru dans les premiers jours du dernier quadrimestre, est celui de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment. 603.300 exemplaires, d'après le top 50 établi par GfK pour Livres Hebdo. Et, puisque le cinéma a décidé d'en tirer des images, il est probable que ce succès connaîtra une nouvelle flambée quand le film sortira en salles. Comme ce sera le cas, incessamment sous peu, pour Fifty shades (je ne sais pas pourquoi on est revenu au titre en V.O.), d'E.L. James, dont le premier volume au format de poche se place sur la deuxième marche de ce podium, avec 575.600 exemplaires.
Oui, on peut donc encore faire fortune avec un livre, mais il faut que celui-ci pique la curiosité et pénètre les alcôves qui nous sont habituellement, dans la vie normale, inaccessibles...
Eric Zemmour et son Suicide français n'ont pas tout à fait pris la forme du tsunami idéologique et commercial qu'espéraient ses partisans - ils avaient annoncé que le livre allait atteindre et dépasser les chiffres de vente de celui de l'ex-première compagne. On en reste assez loin, avec 338.200 exemplaires, pour la douzième place du classement et avec, il est vrai, une existence plus brève d'un mois.
Et la littérature, dans tout ça? Pour ne vexer personne, et surtout pas les lecteurs accrochés à leur best-seller comme à un doudou, on se contentera de relever les ventes et les classements des lauréats de prix littéraires.
La réédition au format de poche de La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker, est dixième (375.700 exemplaires).
Charlotte, de David Foenkinos, quatorzième (319.900 exemplaires).
Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano, quinzième (285.400 exemplaires).
Pas pleurer, de Lydie Salvayre, vingt-cinquième (227.100 exemplaires).
Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre, toujours en grand format, quarante-et-unième (167.800 exemplaires).
Et... c'est tout pour les prix littéraires - encore avez-vous noté comme nous que trois de ces titres seulement ont été couronnés en 2014.

mercredi 15 janvier 2014

Des livres par camions : les meilleures ventes de 2013

Si cela a un intérêt, je m'arrête un instant sur les chiffres que GfK a communiqués hier dans son Top 50 des meilleures ventes de livres en 2013. Sébastien Rouault, chef du groupe livres chez GfK, semble admirer le dynamisme du secteur - par "secteur", il faut entendre les cinquante meilleures ventes et rien d'autre. Elles représentent 14,2 millions d'exemplaires en 2013 contre 12 l'année précédente et la hausse du chiffre d'affaires est comparable: 183 millions d'euros contre 162.
Mais que la vie est belle et comme tout va bien! Le livre reste donc un créneau porteur et sa santé est loin d'être chancelante, comme s'en inquiètent quelques alarmistes!
Le livre? Non: le best-seller, espèce transgénique poussée au gigantisme et à l'enflure, où les spécialistes du "marché" ne se préoccupent en rien du goût et ne s'intéressent qu'à la quantité. Si cela vous rappelle d'autres pans du commerce, vous ne vous êtes pas trompé. Pendant ce temps, personne ne nous dira comment se portent de plus humbles artisans appliqués à donner le meilleur d'eux-mêmes.
Car enfin, que nous sert-on, dans cette mirifique liste?
Un énorme Astérix chez les Pictes, vendu à.... (Non, je n'ose même pas le dire, allez voir les chiffres dans le document original.) Une honnête suite des aventures gauloises dont on se demande s'il était nécessaire de s'écraser les pieds dans les boutiques (je n'ose pas trop non plus parler de librairies) pour en acheter, parfois en pièces détachées comme aux pires moments des soldes quand on s'arrache les bonnes affaires, 1.634.490 exemplaires. Bon, je l'ai lâché. J'avais même parlé de l'album, pour ne pas en dire de mal, d'ailleurs, mais je concluais sur ce que représentait vraiment cette publication: une extraordinaire machine à cash. Et cela sans boule de cristal, admirez l'artiste!
On trouve ensuite, mon dieu! mon dieu! les trois inoubliables volumes de Cinquante nuances de Grey et ses suites. Ne reculant devant aucun sacrifice, j'avais lu le premier. Ne comptez pas sur moi pour les autres. Maso un peu mais pas trop. Je ne comprends pas ce qu'on peut trouver d'émoustillant dans la construction ou l'écriture telles que les pratique l'inénarrable E.L. James, que l'on croirait sortie d'une émission de variétés genre Nouvelle Star, ou appelez-la comme vous voulez, dans laquelle on aurait accepté, probablement suite à une erreur de casting, une... euh... une... bon, disons écrivaine. (On ne dit dans l'oreillette que le côté émoustillant n'était pas à chercher dans l'écriture mais dans les scènes érotiques - désolé, je n'ai pas été émoustillé non plus.)
Et puis, et puis... le Dan Brown de l'année, Inferno, que j'avais commencé à lire en anglais, plutôt séduit, et que j'ai terminé en français, beaucoup moins convaincu.
J'ajoute, en 7e, 9e, 13e et 14e place de ce classement qui commence à me sortir par les oreilles, les quatre romans annuels (deux en grand format, deux rééditions en poche) des frères ennemis du best-seller français fabriqué sur mesure au printemps pour être emporté sur les plages l'été, j'ai nommé, vous les avez reconnus, Guillaume Musso et Marc Levy, que j'avais malicieusement (puisqu'il faut bien un peu de légèreté dans ce monde du pavé) associés lors de la sortie presque commune de leur annuelle nouveauté sans rien de neuf en 2012, ce qu'il n'est pas insolite de rappeler maintenant puisque ces deux originaux sans rien d'original sont les poches parus en 2013, ceux qui se retrouvent donc dans la superbe liste de GfK.
Rien à sauver, donc, au royaume du best-seller? Mais si, mais si...
Le prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, n'est sans doute pas le roman qui va révolutionner la littérature, mais ce n'était pas le but et c'est une lecture solide (10e dans le classement), quoi qu'en pensent d'autres commentateurs - les mêmes, généralement, qui ont dit le plus grand mal du roman de Joël Dicker, La vérité sur l'affaire Harry Quebert, encore 18e en 2013 alors qu'il est sorti l'année précédente. Je vous renvoie à la note que j'avais publié le jour où il a reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française.
La longue durée, c'est un peu la spécialité du format de poche qui redonne vie à des titres de Gilles Legardinier, Michel Bussi, Grégoire Delacourt, Jonas Jonasson, Delphine de Vigan, Victoria Hislop ou Hélène Grémillon. Voire Boris Vian, grâce au film, ou David Foenkinos, grâce au film aussi, hélas!
Je note quand même, car il ne faut pas jeter les 50 best-sellers de 2013 avec l'eau du bain de la prochaine rentrée littéraire, que Michel Serres et Antoine Compagnon se sont introduits (par effraction?) dans cette liste, le premier avec Petite Poucette, le second avec Un été avec Montaigne - ce qui fait beaucoup d'avec en une seule phrase, mais je ne suis pas responsable de tous.
Et je termine sur une note optimiste, avec grâce à la 25e place de Romain Puèrtolas, dont L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea a été une des belles révélations de l'automne dernier, même s'il est sorti en août, le jour où je vous proposais un entretien avec son auteur.
Je n'ai pas cité tous les titres, ceux-ci suffisent, me semble-t-il, à donner un aperçu du paysage rarement réjouissant, à quelques exceptions près, du monde du best-seller.

jeudi 12 décembre 2013

Encore un prix pour Pierre Lemaitre

Même si David Caviglioli, sur le site Bibliobs, s'obstine à coller un accent circonflexe superflu sur le "i" de son nom, j'admets volontiers avec lui que Pierre Lemaitre n'avait pas besoin du Prix France Télévisions, qui lui a été attribué aujourd'hui après le Goncourt. Seuls Blake et Mortimer (remarquez qu'ils ont dû s'y mettre à deux, comme d'ailleurs le scénariste et le dessinateur) parviennent à le devancer dans les listes de meilleures ventes pour l'instant.
Ceci dit, Au revoir là-haut ferait un bon téléfilm (France Télévisions, téléfilm, vous suivez?), à condition de passer rapidement sur les premières pages qui provoqueraient un dépassement de budget avant même d'en estimer le premier poste. Un bon film aussi, d'ailleurs. Et, en attendant, une bonne lecture.
Mais, oui, il y avait d'autres ouvrages en lice, et non des moindres. Mon confrère en cite un en particulier, sur lequel j'avais déjà beaucoup insisté, je n'y reviendrai donc pas.

lundi 4 novembre 2013

Le Goncourt pour Pierre Lemaitre

C'était le grand favori: Pierre Lemaitre vient de recevoir le Prix Goncourt pour Au revoir là-haut. Mais le choix n'a pas été facile: il a fallu douze tours de scrutin pour qu'au dernier, Pierre Lemaitre l'emporte par six voix contre quatre à Arden, de Frédéric Verger.
Le 4 décembre 1914, six poilus ont été fusillés « pour l’exemple », accusés d’avoir, une semaine plus tôt, avec quelques autres, abandonné leur poste devant l’ennemi. Justice expéditive, justice injuste aussi puisqu’ils ont été réhabilités en 1921. Parmi les condamnés, Jean Blanchard, cultivateur. Avant de passer devant le peloton d’exécution, il terminait ainsi sa dernière lettre à sa femme : « Au revoir là-haut, ma chère épouse. » De ces mots, Pierre Lemaitre fait le titre d’un roman inattendu pour ses lecteurs qui connaissaient sa manière noire : Robe de marié, Alex, etc. En abandonnant la littérature de genre, l’auteur n’a rien perdu de ses qualités. Au contraire, il les magnifie en dotant son livre d’un souffle puissant qui conduit ses deux personnages principaux de la guerre à l’arnaque.
S’il faut garder à l’esprit le titre et son contexte, le récit commence en novembre 1918, alors que la guerre est sur le point de s’achever. Les ultimes jours des combats ne sont pas perdus pour tout le monde : Pradelle, ou plutôt le lieutenant d’Aulnay-Pradelle, qui donne l’impression d’être une sombre crapule consciente de son pouvoir, engage ses hommes dans un combat inutile. Ou plutôt : utile exclusivement à son avancement. Il ne recule devant rien pour pousser la troupe contre l’ennemi, comme le découvre Albert Maillard en tombant sur les cadavres des éclaireurs envoyés à la boucherie : les balles les ont frappés dans le dos. Albert ne s’éternise pas. Pradelle l’a vu s’arrêter près des corps et les obus pleuvent. Albert est enterré dans un trou noyé sous une gerbe de terre, Edouard Péricourt parvient à le sortir de là avant d’être lui-même gravement blessé et le destin des deux survivants, qui se connaissaient peu auparavant, est dès lors inextricablement lié par leur sauvetage mutuel.
Le conflit s’achève, les soldats éprouvent les plus grandes difficultés à retrouver leur place dans la société. Albert, sous l’influence d’Edouard dont le cerveau est sorti de la guerre aussi abîmé que le corps, met au point avec lui une affaire juteuse qui devrait leur apporter la fortune au détriment, il est vrai, de la mémoire des victimes : susciter des commandes de monuments aux morts par les mairies, encaisser les avances et se tirer très loin avec l’argent. Ce n’est pas très moral. A moins de considérer cette arnaque comme une revanche sur l’exploitation du sentiment patriotique qui a envoyé les hommes au casse-pipe sans se soucier des conséquences. Ce serait alors un juste retour des choses…
La guerre est une saloperie, c’est entendu et Pierre Lemaitre le rappelle dans les premières pages de son roman. Elles ont les couleurs de la mort et de la crasse, les odeurs de la pourriture qui envahit les champs de bataille. Mais l’après-guerre peut être une saloperie aussi, en même temps que la source d’un livre scénarisé avec talent et écrit avec force. On ne le lâchera pas avant la dernière page.

mardi 29 octobre 2013

Et si l'académie Goncourt avait raison ?

Ma cousine sait depuis longtemps que Jean-Philippe Toussaint est le véritable favori, malgré tout ce qu'on dit (je m'inclus dans ce "on") à propos de Philippe Lemaitre. Mais ils ne sont pas les seuls candidats encore en lice puisque Karine Tuil et Frédéric verger les accompagneront, en pensée au moins, lors du dernier débat qui précédera, lundi prochain, l'annonce du lauréat (ou de la lauréate) - et le déjeuner en compagnie de celui-ci. Si on me demandait mon avis (ce qu'on se garde bien de faire, rassurez-vous, je partagerais bien le Goncourt 2013 en quatre. Tous ces livres sont pétris de qualités certes différentes mais qui en font de la haute littérature.
Je n'ai pas lu en revanche les cinq titres qui viennent de disparaître de la sélection mais ceux que j'ai lu me semblaient légèrement inférieurs. Et si l'académie Goncourt avait raison, au fond?
Voici donc leur dernière liste:

  • Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut (Albin Michel)
  • Jean-Philippe Toussaint, Nue (Minuit)                                    
  • Karine Tuil, L’invention de nos vies (Grasset)
  • Frédéric Verger, Arden (Gallimard)

Rendez-vous le 4 novembre à 12h45...

samedi 12 octobre 2013

Au deuxième tour des prix littéraires

On va prendre les mêmes qu'après les premières sélections, quand Pierre Lemaitre, en tête, précédait Nelly Alard, Yann Moix, Frédéric Verger et Philippe Vasset au nombre de citations dans les choix affichés par neuf jurys de prix littéraires. Mais je me limiterai à ceux qui ont donné déjà leur deuxième sélection, sans tenir compte par conséquent des Prix Interallié, de Flore et Wepler-Fondation La Poste. Restent six, pour un paysagé forcément rétréci (et si vous voulez tout savoir de l'évolution sur le terrain, c'est par ici).
Le paysage n'est pas seulement rétréci, il est aussi profondément modifié.
Certes, Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre, reste le roman le plus souvent cité par les six jurys les plus studieux - trois fois (Goncourt, Renaudot et Femina). Mais deux autres l'ont rejoint et sont tout aussi présents: Arden, de Frédéric Verger (Goncourt, Renaudot et Médicis) et Le dernier seigneur de Marsad, de Charif Majdalani (Renaudot, Femina et Médicis). Je n'ai pas encore lu le roman de Charif Majdalani mais j'ai dû en lire trois de ceux qu'il avait publiés auparavant et cela plaide franchement en sa faveur. Quant aux ouvrages de Pierre Lemaitre et de Frédéric Verger, ils sont tous deux remarquables, pour des raisons diverses car ces écrivains pratiquent des registres très différents.
Ils sont sept à être nommés deux fois: Christophe Ono-dit-Biot, Boris Razon (l'autre primo-romancier en vedette dans la rentrée, avec Frédéric Verger, mais un niveau en dessous, je trouve), Laurent Seksik, Jean-Philippe Toussaint, Véronique Ovaldé, Céline Minard et Philippe Vasset. Trois d'entre eux (Seksik, Minard et Vasset) ne sont pas encore dans la pile de livres que j'ai lus, mais cela devrait s'arranger prochainement.
Enfin, et dans le but (louable) d'être complet, je signale pour mémoire que vingt-deux romans apparaissent une fois dans les deuxièmes sélections des six prix retenus pour ces statistiques.
Voilà l'état des lieux. L'Académie française ouvrira le bal le 24 octobre avec son Grand Prix du roman pour lequel Capucine Motte (avec un livre sorti en avril), Christophe Ono-dit-Biot et Thomas B. Reverdy restent en lice. Puis, la semaine du 4 novembre, ce sera la fête tous les jours. Pour certain(e)s, du moins...