Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles

jeudi 10 octobre 2019

L’idéologie, c’est les autres, vraiment?


Les « Rendez-vous de l’histoire » de Blois, rendez-vous annuel bien inscrit dans le calendrier, nous vaut aujourd’hui un affrontement qui ne dit pas son nom entre différentes manières d’écrire le passé proche ou lointain. Intéressante confrontation…


Le Figaro littéraire consacre donc, cette semaine, un dossier à la manière de faire de l’Histoire aujourd’hui. Attention, c’est saignant, dès le titre : « Histoire globale, histoire en miettes… » Vous voilà prévenus !
Patrice Gueniffey : « le type d’histoire un peu facétieuse et très idéologique mis à la mode par Boucheron. »
L’exploration du monde, ouvrage collectif dirigé par Romain Bertrand ? Sous-tendu par « l’idéologie déconstructionniste », affirme Paul François Paoli, affligé par « le nouveau conformisme » de l’ensemble : « Nos déconstructionnistes déconstruisent tout, sauf leurs propres prémisses idéologiques. »
S’il en manquait, on irait rechercher en pages intérieures la chronique hebdomadaire d’Éric Zemmour. À propos de La liberté d’esprit, par Stéphane Toussaint, il y parle même de « nouvelle peste dogmatique » pour qualifier « ce vent venu d’Amérique, celui du politiquement correct, des études de genre, ou encore décoloniales ». Il a dû être distrait, sans quoi il aurait ajouté « mauvais » après « vent ».
L’idéologie, c’est les autres, on l’aura compris. Contre les tristes visions qu’elle engendre, ses adversaires revendiquent la force de l’évidence. Celle-ci, bien entendu, n’ayant rien d’idéologique.


Arrive aussi, en même temps, Le Libé des historien∙nes, et à l’édito un trio de choc : Ilsen About, Dominique Kalifa, Gérard Noiriel. Le premier s’intéresse aux peuples tsiganes, le deuxième au crime et à ses représentations, le troisième met en parallèle les écrits d’Éric Zemmour et d’Édouard Drumont. Parmi les collaborateurs du journal, aujourd’hui, Patrick Boucheron, entre autres, le honni par excellence des partisans de l’évidence. Ils l’ont fait exprès ? Mais non, ma bonne dame, mon bon monsieur, ils sont dévorés par le crabe idéologique, qui vaut bien un cancer en phase terminale !
Retour de volée signé Gérard Noiriel dans une page d’éditoriaux : « Toute recherche repose sur un point de vue, mais cela n’empêche pas que nous devons respecter des règles de méthode qui nous incitent à utiliser les armes de la critique savante, y compris contre la mémoire officielle. »
Tout est dit : le point de vue est assumé – tandis qu’en face, on se contente d’évidences.
Dis-moi (ou pas) d’où tu parles…

jeudi 20 décembre 2018

Les arts malgaches à la Bibliothèque malgache


Deux ouvrages paraissent simultanément à la Bibliothèque malgache, pour prolonger l’exposition parisienne Madagascar. Arts de la Grande Île, au musée du quai Branly-Jacques Chirac (du 18 septembre 2018 au 1er janvier 2019).


Madagascar et les colonies excitent bien des appétits en France et la presse en témoigne pendant l’époque coloniale. D’autres volumes publiés par la Bibliothèque malgache compilent quantité d’articles parus dans les journaux de Madagascar ou de métropole, sur le ton général de : nous apportons la civilisation à ces grands enfants que sont les Malgaches, en échange nous prenons dans la Grande Île de quoi accroître nos richesses en même temps que nous offrons aux courageux colons les meilleures conditions pour entreprendre et prospérer.
Nous avons fouillé cette presse à la recherche de textes qui se seraient intéressés aux arts pendant l’époque coloniale.
Première constatation : ils ne sont pas très nombreux. On ne fera pas mine de s’en étonner. Le principal souci du colonisateur était économique. Quant à la civilisation, celle qui était apportée devait, par sa qualité supérieure, faire négliger un passé par nature insignifiant.
Deuxième constatation, qui découle en droite ligne de la première : si le Malgache a une âme artiste, c’est dans l’imitation qu’il la développe le mieux, ne cherchez pas chez lui une démarche créatrice originale. Tel est, du moins, le discours qui se répand chez les rares personnes à se pencher sur le sujet.
Troisième constatation, car il faut bien chercher à se rassurer : quelques exceptions osent tenir des propos différents et s’intéresser aux arts malgaches en leur reconnaissant une spécificité.
Voilà, dans les grandes lignes, la teneur des textes rassemblés ici (en respectant la graphie choisie par chaque auteur pour les mots malgaches, dans une grande diversité) en guise de témoignage du passé, et pour prolonger les réflexions suscitées par l’exposition déjà citée.
ISBN 978-2-37363-078-7 (2,99 € ou 9.000 ariary)


Quand je me suis installé à Madagascar en 1997, je ne connaissais presque rien de la Grande Île – rien de son Histoire, à peine un peu plus de sa géographie, une infime partie de sa vie culturelle, quant aux coutumes locales, j’aurais été bien en peine d’en évoquer le moindre pan. Autant dire que j’arrivais vierge sur un terrain riche dont j’avais tout à découvrir. Situation exaltante, certes, mais parfois embarrassante quand j’étais contraint, par honnêteté, d’avouer mon ignorance.
L’ignorance se soigne. Jamais autant qu’on le voudrait, hélas ! Mais j’ai fait des efforts, plutôt plaisants d’ailleurs, pour découvrir au moins une partie de ce qui m’avait été caché auparavant. Pour créer les occasions de rencontres et accélérer des études sauvages, je n’ai rien trouvé de mieux que prolonger ici les activités auxquelles je me livrais déjà en Belgique : le journalisme culturel est un espace ouvert dans lequel chaque article est prétexte à ramener quelques pierres d’une construction globale qui restera toujours inachevée mais dont certains pans devraient, à force d’insister, ressembler à quelque chose. À la réalité d’une vie artistique que mènent, en dépit des difficultés rencontrées, des créateurs ardents, des talents parfois ignorés.
De ce présent, ou d’un passé très proche, voici un témoignage, mosaïque d’articles publiés en différents endroits et surtout dans deux quotidiens d’Antananarivo : La Gazette de la Grande Île (2004-2005) et Les Nouvelles (2005-2006). À dire vrai, ma contribution aux Nouvelles, à cette époque, n’était qu’un complément à une émission culturelle diffusée du lundi au vendredi par la radio Alliance 92. « Un quart culture » (parce que cela durait un quart d’heure) se nourrissait, pour l’essentiel, d’entretiens avec des artistes qui ont défilé devant mon micro pendant un an (d’autres, parfois les mêmes, l’avaient fait en 2000-2001 dans une émission hebdomadaire dont j’ai oublié le titre mais pas la durée – une heure et demie – sur les ondes de RLI). La récolte fut abondante, elle aurait peut-être mérité d’être exhumée. Mais il aurait fallu retrouver les enregistrements des émissions et les transcrire, ce qui semble pour l’instant impossible.
On se limitera donc à découper en dix chapitres, des arts plastiques au théâtre, une compilation d’articles qui ne prétend pas être le reflet global d’une décennie de vie culturelle et se contente d’en fournir un écho assourdi. Pertinent ou pas, chacun en jugera. Avec bienveillance, si possible, pour les ruptures de ton qui interviennent dans certains sujets littéraires : des forums animés au Centre Culturel Albert Camus d’Antananarivo (actuellement Institut Français de Madagascar) étaient précédés d’un vague portrait de l’écrivain invité, dans un style plus parlé qu’écrit.
Pierre Maury.
ISBN 978-2-37363-077-0 (2,99 € ou 9.000 ariary)

samedi 4 janvier 2014

Madagascar en 1913, l'intégrale en un livre numérique

Cette note n'est pas dans la ligne de celles que je publie habituellement ici. Elle vient d'ailleurs du blog plus "malgache" que je tiens par ailleurs. Mais, puisque je suis plutôt fier du travail accompli pour aboutir à l'ouvrage que je vais présenter, je vous en fais part...

Depuis des mois, certains lisent dans mon blog Actualité culturelle malgache, comme d'autres (ou les mêmes) dans Les Nouvelles, la chronique Madagascar il y a 100 ans. Dépouiller la presse de 1913 et ce qu'elle raconte d'une île annexée par la France est un exercice riche en informations. C'est par ailleurs souvent irritant.
Forcément, toute cette presse, en particulier celle qui s'écrit en français à Madagascar ou qui rend compte, en métropole, de l'état de la colonisation, est conduite par une seule idéologie. Il ne m'appartient pas de l'analyser, d'autres l'ont fait mieux que moi et continueront à le faire.
Il m'a paru important, en revanche, de m'y frotter, parce que l'ignorance est la pire des choses. De fouiller, jour après jour, ces vieilles gazettes, ces revues oubliées pour la plupart où le nom de Madagascar revenait souvent, et avec lui des études sur la faune, la flore, les habitants surtout (pas toujours gâtés dans les commentaires). Les dirigeants, aussi, gouverneur général et administration, cibles de critiques et de commentaires jusqu'à la caricature...
Ce qui a été publié depuis le début de l'année 2013, et dont le mois de janvier 1913 a déjà été regroupé dans un ouvrage, est assez loin de correspondre à l'intégralité de la récolte. En outre, pour des raisons de mise en page dans Les Nouvelles, je suis parfois amené à couper dans des articles, tout en essayant de ne pas leur faire perdre leur sens. Ne pouvant me résoudre à laisser se perdre les deux tiers de la récolte, je l'ai donc rassemblée dans un (gros) livre, disponible depuis hier sous forme d'ebook: Madagascar en 1913.
Pourquoi pas un livre papier, alors que j'imaginais déjà le début d'une collection de beaux ouvrages reliés? Parce que c'est épais, précisément (Amazon estime la version imprimée à 734 pages), et que le coût d'un tel ouvrage, frais de port en supplément, aurait allègrement dépassé les 50 €. Cela m'a paru excessif, d'autant qu'il était possible de rester dans une fourchette de prix bien plus raisonnable avec une version électronique.
La preuve par les deux plateformes sur lesquelles l'ouvrage est disponible à la vente:

  • Lulu, intermédiaire habituel de la Bibliothèque malgache, au format epub - mais un ouvrage sans la couverture que, pour des questions techniques que je maîtrise mal, je ne suis pas parvenu à intégrer: 6,99 €
  • Amazon, qu'il est inutile de présenter, avec la couverture et le risque d'un prix variable en fonction du cours du dollar (c'est leur devise de base), au format Kindle (Calibre, un logiciel gratuit, permet de convertir aisément en epub si on ne possède pas de liseuse spécifique): 7,49 €

mardi 10 juillet 2012

Lorànt Deutsch se rebiffe, et l'on reparle du Métronome

Un mauvais procès, comme il l'affirme ce matin dans Le Parisien? Lorànt Deutsch semble en avoir un peu marre des attaques qui se multiplient, ces derniers temps, contre son best-seller Métronome: L'histoire de France au rythme du métro parisien, réédité en édition illustrée et devenu documentaire de télévision (en quatre épisodes, s'il vous plaît). Quand les reproches venaient d'historiens, ce n'était pas très grave, la discussion ne franchissait pas les limites de cercles somme toute assez fermés. Maintenant que la politique s'en mêle (le groupe du PCF-Parti de gauche du conseil de Paris souhaite que la Mairie cesse de faire la promotion de l'ouvrage), les articles sont plus nombreux et alimentent une presse populaire, comme le prouve la page du Parisien. Celle que, peut-être, lisent les lecteurs de Lorànt Deutsch?
Je ne vais pas refaire à l'auteur le procès, bon ou mauvais, dans lequel il se sent mis en accusation. Son livre est, pour le dire vite, un bon ouvrage de vulgarisation, comme ceux de Max Gallo le sont dans leur genre. Il est basé sur une bonne idée, qui consiste à arpenter la capitale à partir des stations de métro. Tous les Parisiens connaissent - même si tous, comme on l'a constaté lors de la campagne présidentielle, ne s'accordent pas sur le prix du ticket. Les points de repère évidents permettent de focaliser l'attention et de la porter vers le passé avec d'autant plus de facilité que le style est vif. Lorànt Deutsch regrette seulement, dans Le Parisien, de ne pas avoir cité ses sources - elles devaient être nombreuses, puisque, il le reconnaît, il a surtout effectué un travail de compilation.
Ceci dit, qu'on sache ou non que l'auteur est plutôt royaliste (d'après lui, c'est à cause de cela que les flèches sont lancées), il est difficile de ne pas remarquer l'insistance avec laquelle il s'attarde sur les grandes figures éternelles de la France, de ne pas rapprocher sa galerie de portraits d'une imagerie d’Épinal. Et il est permis de regretter que les leçons de l'école des Annales soient ainsi balayées au profit d'un roman national parfois à la limite de la vraisemblance.
Il m'énerve quand il écrit: « Je sais, le XXe siècle n’a pas été tendre pour Paris : tour Montparnasse, Forum des Halles, voies sur berges, Front-de-Seine, Centre Pompidou, Opéra-Bastille, bibliothèque François-Mitterrand… Les verrues infligées à la capitale sont nombreuses et impressionnantes. La Grande Arche vient en 1989 mettre un point d’orgue au mauvais goût en imposant cette forme dans la perspective de l’Arc de triomphe » Même si je ne lui donne pas non plus complètement tort. Mais je me demande s'il n'aurait pas aimé vivre dans une ville faite de ruines. Glorieuses, certes, les ruines...
Malgré tout, il a probablement incité bon nombre de ses lecteurs à s'intéresser de nouveau (ou pour la première fois?) à leur passé. Et cela doit lui valoir plus de remerciements que de reproches.
P.-S. Je parie que le(s) livre(s) et le DVD vont se retrouver à nouveau dans les meilleures ventes. C'est toujours bon, la polémique...

samedi 14 janvier 2012

Minuit, symbole de la France occupée et en création, selon Dan Franck

Quand il a publié Bohèmes en 1998, Dan Franck n’imaginait probablement pas que Libertad! verrait le jour six ans plus tard et, après six nouvelles années, Minuit. Ce récit touffu et passionnant, devenu après coup un véritable cycle, Les aventuriers de l’art moderne, avance dans le siècle – le vingtième – avec des détails de plus en plus précis. Si le premier volume racontait trois décennies (1900-1930), le deuxième courait sur une seule (1931-1939), et celui-ci se limite aux années de la Seconde guerre mondiale. La littérature abonde, il est vrai, sur cette période, peut-être davantage encore que sur les précédentes. On en veut pour preuve une bibliographie (sélective) qui occupe, en petits caractères, les cinq dernières pages du livre.
Ils n’ont pas tous choisi d’y être, mais ils sont tous là, dans la France occupée. Peintres, musiciens, cinéastes, acteurs, chanteurs, écrivains… Au fond, pas si différents dans leurs comportements de l’ensemble de la population.
Certains n’ont pas caché avant la guerre leur sympathie pour l’ordre instauré par Hitler, sympathie qui s’accompagne parfois d’un identique rejet des Juifs. Ils se réjouissent d’événements dans lesquels la France, perdue par la paresse et la jouissance, trouvera une chance de redevenir grande.
D’autres ont vu venir avec crainte tout ce que représentait le nouveau désir de puissance de l’Allemagne. Et quelques-uns parmi eux sont entrés tout de suite en résistance contre le choix de Pétain. La plupart, cependant, attendront prudemment. Il est question, après tout, de leur peau – et la liste est longue de ceux qui l’ont laissée dans l’aventure, sans se demander s’il y avait lieu d’être courageux ou pas, tant la voie à suivre leur paraissait évidente.
Minuit – le titre –, c’est le nom de la belle maison d’édition créée par Pierre de Lescure et Jean Bruller pour publier Le silence la mer, que le second signa Vercors. Dan Franck raconte sa naissance à la manière dont il traite tous les épisodes de sa fresque: comme un romancier qui se garderait, pour une fois, d’imaginer mais qui aurait gardé entier son pouvoir d’évocation. Puisqu’il a tout lu, et qu’il ne prétend pas avoir découvert quelque anecdote inédite et croustillante, il se contente de restituer. Mais avec un art de la mise en scène époustouflant. Et un sens de la nuance qui l’honore: entre le noir et le blanc, si faciles à juger aujourd’hui, d’innombrables nuances de gris habillent ses personnages vrais.
On retiendra une foule de moments tragiques, drôles ou simplement humains. On n’oubliera plus les noms de ceux qui sont restés résolument fidèles à des idéaux variés mais qui avaient en commun d’être incompatibles avec le nazisme et l’antisémitisme.