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jeudi 10 octobre 2019

L’idéologie, c’est les autres, vraiment?


Les « Rendez-vous de l’histoire » de Blois, rendez-vous annuel bien inscrit dans le calendrier, nous vaut aujourd’hui un affrontement qui ne dit pas son nom entre différentes manières d’écrire le passé proche ou lointain. Intéressante confrontation…


Le Figaro littéraire consacre donc, cette semaine, un dossier à la manière de faire de l’Histoire aujourd’hui. Attention, c’est saignant, dès le titre : « Histoire globale, histoire en miettes… » Vous voilà prévenus !
Patrice Gueniffey : « le type d’histoire un peu facétieuse et très idéologique mis à la mode par Boucheron. »
L’exploration du monde, ouvrage collectif dirigé par Romain Bertrand ? Sous-tendu par « l’idéologie déconstructionniste », affirme Paul François Paoli, affligé par « le nouveau conformisme » de l’ensemble : « Nos déconstructionnistes déconstruisent tout, sauf leurs propres prémisses idéologiques. »
S’il en manquait, on irait rechercher en pages intérieures la chronique hebdomadaire d’Éric Zemmour. À propos de La liberté d’esprit, par Stéphane Toussaint, il y parle même de « nouvelle peste dogmatique » pour qualifier « ce vent venu d’Amérique, celui du politiquement correct, des études de genre, ou encore décoloniales ». Il a dû être distrait, sans quoi il aurait ajouté « mauvais » après « vent ».
L’idéologie, c’est les autres, on l’aura compris. Contre les tristes visions qu’elle engendre, ses adversaires revendiquent la force de l’évidence. Celle-ci, bien entendu, n’ayant rien d’idéologique.


Arrive aussi, en même temps, Le Libé des historien∙nes, et à l’édito un trio de choc : Ilsen About, Dominique Kalifa, Gérard Noiriel. Le premier s’intéresse aux peuples tsiganes, le deuxième au crime et à ses représentations, le troisième met en parallèle les écrits d’Éric Zemmour et d’Édouard Drumont. Parmi les collaborateurs du journal, aujourd’hui, Patrick Boucheron, entre autres, le honni par excellence des partisans de l’évidence. Ils l’ont fait exprès ? Mais non, ma bonne dame, mon bon monsieur, ils sont dévorés par le crabe idéologique, qui vaut bien un cancer en phase terminale !
Retour de volée signé Gérard Noiriel dans une page d’éditoriaux : « Toute recherche repose sur un point de vue, mais cela n’empêche pas que nous devons respecter des règles de méthode qui nous incitent à utiliser les armes de la critique savante, y compris contre la mémoire officielle. »
Tout est dit : le point de vue est assumé – tandis qu’en face, on se contente d’évidences.
Dis-moi (ou pas) d’où tu parles…

jeudi 14 mars 2019

Préface à Livre Paris

Depuis 1987, Libération donne aux écrivains les manettes d'un quotidien, oui, un seul, on en viendrait presque à le regretter, à l'approche de ce qui n'est plus, je le rappelle pour les distraits, le Salon du Livre de Paris mais bien Paris Livre - pour ce que ça change, en ce qui me concerne, les distraits (dont je suis parfois, d'ailleurs) peuvent bien continuer à l'appeler comme ils le veulent.
Goncourt oblige, mais aussi proximité avec les thèmes sociaux qui émergent ces derniers temps jusqu'à balayer pas mal d'autres choses, Nicolas Mathieu a été élu (à l'unanimité du rédacteur en chef?) rédacteur en chef, précisément, de ce numéro collector et éditorialise donc, à propos de l'avenir compromis de notre bonne vieille Terre (de plus en plus vieille, de moins en moins bonne). Le Clézio, qui n'a jamais eu le Goncourt mais bien le Renaudot (et le Nobel, aussi, j'allais oublier) fait un portrait empathique de Greta Thunberg, la jeune militante suédoise contre le réchauffement climatique. Donc, on ne parle pas que de phénomènes sociaux, on voit plus loin que le coin (?) d'un rond-point coloré de jaune.
Les sujets sont, en gros, ceux d'un quotidien normal. L'actualité commande, c'est bien sûr, encore y fait-on des choix. Et, surtout, car voilà bien ce qui frappe le jour où les écrivains remplacent les journalistes, l'angle souvent inhabituel sous lequel les choses sont envisagées. Lisez le compte-rendu du procès Tapie par Laurent Chalumeau - peu de rapports avec la chronique traditionnelle d'une audience au tribunal et probablement, après tout, ne conviendrait-il pas de prendre ce ton tous les jours, mais que c'est bon!
Il y a même de la poésie dans le quotidien du jour, et ça, dommage que ce ne soit pas plus souvent. Et puis, quand Jean-Bernard Pouy parle de l'Algérie, c'est à la lumière de Mon amie Flicka, avec ses suites. Le Venezuela, vu par le même, renvoie à une comédie rassemblant Catherine Deneuve et Yves Montand, Le sauvage. Rafraîchissant!
Trente écrivains pour vous servir les nouvelles du jour avec un œil neuf, comme certains chefs sont capables de revisiter des recettes traditionnelles. Et dire qu'il faudra attendre un an pour retrouver pareille lecture. Enfin, non, entre-temps, il y a aura des livres.

P.-S. Je crois que c'est la première fois que je me trouve cité dans Le Libé des écrivains. Pas de quoi, cependant, en tirer une grande fierté: ce n'est pas dans un texte d'écrivain, c'est dans une publicité...

mardi 4 septembre 2018

D'accord ou pas d'accord, ça participe du passé

Donc, c'est la guerre, si on l'a lu dans le journal, c'est que c'est vrai.
L'affaire est sérieuse et comme, au fond, elle vient d'Italie, il faut bien s'interroger sur l'origine d'une querelle peut-être minée par l'extrême droite, anti-européenne, anti-immigration et tout ce que votre imagination vous glissera dans l'esprit - esprit déjà perturbé par cette question de l'accord du participe passé conjugué avec le verbe avoir, pierre d'achoppement de tant de dictées perverses au cours desquelles ont été mâchonnés des capuchons de Bic en quantité suffisante pour polluer la planète sans que Nicolas Hulot ne semble pourtant être intervenu pour faire cesser le scandale... Peut-être d'ailleurs n'a-t-il démissionné que pour n'avoir pas à se mêler de cette querelle-là, sujet bien plus grave que l'énergie nucléaire ou la chasse à courre.
Pendant ce temps, à la Culture, on mesure et remesure la surface de mezzanines (encore un coup des Italiens, c'est sûr!), à l'Education nationale, on revalorise la dictée, toujours à contre-temps, c'est la meilleure manière de marquer les esprits - mais Blanquer a-t-il pensé à ceux qui les corrigent, ces dictées, et le prochain Ecolo de service va-t-il s'en mêler? Voilà la question que tout le monde se pose en attendant une annonce qui, forcément, va faire du bruit. Surtout si elle est formulée dans des phrases avec participes passés. Une seule y suffirait pour mettre la pagaille (vous écrivez ça comment, pagaïe, pagaye?).
80 heures d'apprentissage (je le donne en chiffres plutôt qu'en lettres, ça évitera les accusations sur le tiret et la marque du pluriel, sait-on jamais) pour ne même pas s'en sortir avec ce foutu accord, avouez que l'énergie serait plus utilement employée à autre chose. A un bon jeu sur tablette, la dernière version bien sûr? A coller du chewing-gum sous le banc (ça se pratique encore?)? A lire un livre (bof!)? A dragouiller le voisin acnéique ou la voisine aux dents de travers? Il n'en manque pas, d'occupations dans une école ouverte sur le monde contemporain.
Et, d'ailleurs, vous n'aviez rien d'autre à faire que lire ceci? (Et moi, qu'à l'écrire?)

lundi 9 juillet 2018

Le feuilleton de la rentrée littéraire 5. Les libraires veulent du style

Oui, les libraires encore, cette fois ceux des librairies PAGE qui, associés au Prix du Style (dont je n'ai jamais tout à fait compris le véritable sens, mais c'est une autre histoire), viennent de publier la sélection de ladite récompense pour 2018. Dix romans de la rentrée s'ajoutent ainsi à ceux qui, ici ou là, ont déjà reçu un petit coup de projecteur, et on espère que le choix sera bon.
Il ne s'agit pas, cette fois, de se focaliser sur les premiers romans, même s'il y en a, la compétition, puisque c'est est une, qu'on le veuille ou non, est plus ouverte. Elle est cependant limitée aux ouvrages écrits en français, le style des traducteurs transposant celui d'auteurs pratiquant d'autres langues n'est pas pris en considération. Bref, les listes s'allongent et le temps raccourcit: six semaines encore, six semaines seulement avant que les libraires, PAGE et autres, mettent en place les ouvrages contenus dans les cartons qu'ils auront reçus quelques jours avant le 15 août.
Même si Libération, l'autre jour, dans une réflexion en passant, histoire de clore la marche normale des pages livres du samedi et d'annoncer les publications d'extraits qui vont les remplacer pour patienter, envisageait comme probable un report, en pratique, de la mise en place des livres de la rentrée, vous pensez bien, un lendemain de 15 août.
Vous y croyez, vous? Moi, pas du tout. Les romans annoncés le 16 août seront en vitrine dès potron-minet - vous admirerez leurs couvertures avant d'en ouvrir quelques-uns, et des couvertures, je vous en sers une à chaque fois que la rentrée s'invite (prématurément) dans ce blog). Aujourd'hui, celle d'un texte sur lequel je compte pour me réjouir l'esprit.
Et cette sélection? Voici, voilà. Trois premiers romans contre sept d'auteurs ayant déjà publié, trois femmes, sept hommes, dix éditeurs.
  • Inès Bayard. Le malheur du bas (Albin Michel)
  • in Koli Jean Bofane. La belle de Casa (Actes Sud)
  • Adrien Bosc. Capitaine (Stock)
  • Estelle-Sarah Bulle. Là où les chiens aboient par la queue (Liana Levi)
  • David Diop. Frère d'âme (Seuil)
  • Jérémy Fel. Helena (Rivages)
  • Hector Mathis. K.O. (Buchet-Chastel)
  • Thierry Montoriol. Le roi chocolat (Gaïa)
  • Abnousse Shalmani. Les exilés meurent aussi d'amour (Grasset)
  • Philippe Vasset. Une vie en l'air (Fayard)


dimanche 20 août 2017

Une rentrée trop précoce pour les quotidiens

Voulez-vous que je vous raconte ma lecture de la presse quotidienne un jeudi normal? Non, probablement cela n'a-t-il qu'un intérêt très limité. Encore que, dans le cadre de ce blog consacré à ma vie de lecteur, c'est en prise directe avec celle-ci. Des articles qui paraissent le jeudi dans Le Figaro, Libération (quoique ce soit devenu surtout le samedi) et Le Monde, le matin pour les deux premiers, l'après-midi pour le dernier, vont dépendre parfois le choix d'ouvrir ou non, dans les jours suivants, certains ouvrages. Je lis les pages littéraires, ou plutôt je les survole, car je n'ai pas envie qu'on me dicte ce que je dois penser d'un livre. En revanche, je suis toujours prêt à accueillir de nouvelles suggestions.
Mais pas cette semaine. Alors que, si vous êtes entrés dans une librairie depuis mercredi, vous avez dû y voir, en pagaille, des romans tout frais.
Jeudi matin, Le Figaro annonçait pourtant, avec une fierté qui semblait légitime, en Une, renvoyant à deux pages intérieures, avoir sélectionné six têtes d'affiche de la rentrée littéraire. Mais Le Figaro n'a rien sélectionné du tout. Il s'est contenté des succès annoncés dont l'un perce d'ailleurs déjà dans le classement des meilleures ventes de DataLib, neuvième aujourd'hui de la catégorie romans, roman qu'il n'est d'ailleurs pas tout à fait: La Fontaine, une école buissonnière, d'Erik Orsenna (Fayard). Les autres têtes d'affiche, que vous auriez probablement désignées aussi bien vous-même, sont Marc Dugain (Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard), Amélie Nothomb (Frappe-toi le coeur, Albin Michel), Sorj Chalandon (Le jour d'avant, Grasset), Eric-Emmanuel Schmitt (La vengeance du pardon, Albin Michel) et Eric Reinhardt (La chambre des époux, Gallimard).
Jeudi après-midi, Le Monde fouillait courageusement la masse, dégageait un thème (l'exofiction), cherchait et trouvait des noms connus dont les visages illustraient la double page consacrée à la rentrée: Marie Darrieussecq, Erik Orsenna, Eric Reinhardt, Patrick Deville, Kamel Daoud, Amélie Nothomb, Lola Lafon, Patrick Modiano, Jean-Philippe Toussaint, Camille Laurens. La moitié des six du Figaro, et sept de mieux. Les douze pages annoncées la semaine qui vient seront bienvenues pour approfondir un peu.
Dans Libération, on en est encore aux pages spéciales été qui proposaient hier, pour la sixième semaine, les premières pages d'un roman de la rentrée - De l'ardeur, de Justine Augier (Actes Sud). Il est probable qu'on restera encore sur sa faim samedi prochain, car la série d'avant-premières est annoncée en sept parties.
Dans les quotidiens que je lis (je ne lis certes pas tout), il fallait tourner, hier samedi, le regard vers la Belgique et Le Soir pour trouver des pages livres vraiment centrées sur des livres de la rentrée. Elle s'ouvraient sur un entretien avec Valeria Luiselli pour L'histoire de mes dents (L'Olivier). Et, à l'intérieur, j'ai apporté ma modeste contribution...

jeudi 11 août 2016

La rentrée littéraire court-circuitée

Je vous l'ai dit, je vous le redis au cas où vous auriez été inattentifs (et, si c'était le cas, relisez donc l'oeuvre complète d'Alexandre Jardin avant la parution de son prochain livre en octobre, si je me souviens bien du tweet qu'il a publié à ce sujet), je vous le redis donc pour la dernière fois, la rentrée littéraire, c'est la semaine prochaine.
Mais il n'y a plus de tabou en la matière, il en va de la rentrée comme du sexe féminin, dont L'Obs vient de s'apercevoir que les femmes en parlaient comme si, oui, oui, c'était une chose normale.
Le Point, qui ne déteste pas faire peur à ses lecteurs en parlant de la Turquie, propose dès aujourd'hui un choc (c'est la Une qui le dit) de la rentrée littéraire: Imbolo Mbue, dont Belfond publie (la semaine prochaine, donc, j'espère que vous suivez, sinon il n'y aura pas qu'Alexandre Jardin en gage) le premier roman, Voici venir les rêveurs. On apprendra quelle est la valeur du phénomène (l'éditeur américain Random House a acheté le manuscrit un million de dollars), mais nous saurons aussi deux ou trois choses sur un roman qu'en fait, j'ai envie de lire depuis que j'en ai entendu parler - et je vais essayer de ne pas traîner.
Imbolo Mbue, voyez comme le hasard (?) fait bien les choses, est aussi aujourd'hui dans Libération, mais la sortie de son roman est seulement signalée en note d'un article où, après Richard Ford et avant Hector Tobar, elle nous parle de "ses" années Obama. Et, à lire cet article, j'ai encore plus envie de plonger dans son roman.
La rentrée littéraire, je reviens au Point, c'est aussi l'occasion de jeter un coup de projecteur sur les premiers romans - qui, à d'autres périodes de l'année, passent plus inaperçus. En voici trois d'un coup, dans Le Point, dont ceux de Gaël Faye (Petit pays, chez Grasset) et de Line Papin (L'éveil, chez Stock) qui arriveront en librairie dans deux semaines seulement, ainsi que, annoncé pour la semaine prochaine, Sauve qui peut (la Révolution), de Thierry Froger, qui dit merci à Jean-Luc Godard pour son titre mais pas seulement (chez Actes Sud).
Je n'ai pas (encore) lu ces trois premiers romans, j'en ai lu quelques autres, dont un qui m'a fait une très forte impression: Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci (Gallimard, sortie le 25 août). Retenez ce titre et ce nom, on en reparlera...
Au Figaro, où l'on attend la reprise du littéraire, ils s'y sont mis à trois aujourd'hui pour se jouer une rentrée paresseuse: les dix auteurs attendus de la rentrée sont les plus prévisibles qu'il était possible de rassembler en une page, de Salman Rushdie à Jim Harrison, en passant par Karine Tuil (qu'une rumeur précoce donne favorite du Goncourt, ce qui n'est pas toujours une assurance), Eric-Emmanuel Schmitt (de cette académie-là), Yasmina Reza, Amos Oz, Philippe Delerm, Andreï Makine (de l'autre Académie), Stephen King et Yasmina Khadra.
On a le droit, heureusement, d'aller aussi voir ailleurs. Je prendrai ce droit, en tout cas.

jeudi 17 mars 2016

Paris Libé Livre des écrivains

Oui, on s'y mélange un peu, comment voulez-vous qu'il en aille autrement quand on change le nom d'une manifestation à laquelle François Mitterrand - pardon, François Hollande, mais on parle presque plus de Mitterrand ces jours-ci, à l'occasion de l'anniversaire de sa mort - ah! les anniversaires, et comme ils nous encombrent la mémoire qu'on aimerait vive plutôt que morte, il semble que c'est un devoir, mais là, peut-être ne parlons-nous pas de la même chose et faudrait-il, au présent, tenir compte de ce qui, dans le passé, peut représenter fierté de l'homme debout.
Que disais-je? François Hollande, donc, a passé deux heures à la soirée inaugurale de Paris Livre à tâter le cul des romanciers. Non, ça, c'est pour les vaches, à Paris Agriculture. Je recommence: François Hollande aurait, nous disent les envoyés spéciaux porte de Versailles, échangé quelques mots avec Mathias Enard, romancier, mais qu'est-ce qu'un roman pour quelqu'un dont on dit qu'il n'en lit pas? Heureusement, Boussole tire le regard du côté de l'Orient, ça peut faire un sujet de conversation, même entre un président et un romancier. A moins de comparer le tirage d'un Goncourt à celui du livre de Nicolas Sarkozy. Tiens! il n'était pas là, lui? Ben non, ce n'est pas le soir de l'inauguration qu'on signe des livres en retroussant ses manches et en serrant de la main gauche une main de lecteur potentiel.
Mais, du lecteur, s'agit-il de la main gauche ou de la main droite? Christine Angot ne nous le dit pas, dans son "entretien-reportage en campagne" avec Nicolas Sarkozy qui, de la main droite, tient le stylo avec lequel il dédicace à tour de bras (droit). Sarkozy-Ui, pour revenir à une histoire ancienne que rappelle Angot, car elle a le souvenir du temps long, Christine qui fait office de rédactrice en chef du Libé des écrivains traditionnellement publié le jeudi du Salon du Livre et même, car les meilleures traditions sont faites pour être préservées, quand le Salon du Livre devient Paris Livre.
Rédactrice en chef, Christine Angot écrit donc l'édito. Bon. Je vous en parle? Non, lisez, vous verrez par vous-même ce que vous en penserez. Curieusement, dans le "making of" du Libé des écrivains, à 15h50, le titre qui signale aux lecteurs que les journalistes se sont mis en congé est prévu en cyan. Ce n'est pas la couleur qui apparaît sur mon écran (oui, je lis Libé en édition numérique, c'est plus rapide que de le faire venir par avion). Mais, de toute manière, Christine (soyons familier) ne savait pas ce que c'était, "cyan". Un gros mot?
Fâchée avec les dictionnaires, Christine? Dans son dernier livre, Un humour impossible, elle a cette conversation (et l'on connaît la place des conversations dans son oeuvre) avec son éditrice:
J’ai regardé mon éditrice. Quand elle est comme ça, je suis interloquée. Ça se dit interloquée? C’est un mot que je connais pas trop bien. Je lui demande: — Interloquée je peux l’écrire? — Mais oui, c’est pas un gros mot. Ça va même un peu étonner vos lectrices-teurs qui vont croire que vous avez ouvert un dictionnaire par inadvertance mais tant pis. — Par quoi? — Inadvertance. — C’est pas un gros mot non plus? — Non, ça veut dire par mégarde ou par inattention. — Ah mais j’ouvre jamais un dictionnaire par inattention, je l’ouvre jamais par rien, j’en n’ai même pas!
Oups! Vous voyez, à force de changer de nom pour désigner les choses et les gens, voire de main pour leur serrer la pince (aux gens, pas aux choses), je m'y suis complètement perdu. Suis-je bête! Il ne s'agit pas de Christine Angot, dans l'extrait que je viens de citer, mais de Christine Anglot et, j'en suis certain, cela n'a rien à voir.

jeudi 20 mars 2014

Le Libé des écrivains

Toutes les traditions ne sont pas bonnes à prendre. La plupart m'ennuient, pour rester poli. Mais si Libération renonçait un jour à son Libé des écrivains qui salue, depuis 1987, l'ouverture (demain) du Salon du Livre de Paris, ça me manquerait vraiment. (D'accord, moins que si Libération en venait à disparaître dans une guerre d'actionnaires.)
J'ai donc, aujourd'hui, lu un peu plus attentivement que de coutume un quotidien qui avait mis ses journalistes en congé - ou presque: le "making of" révèle que les journalistes étaient quand même là pour aider les écrivains. Les encadrer?
Maylis de Kerangal rédactrice en chef, ça a de la gueule. Comme Sébastien Lapaque au Brésil ou Sylvain Tesson à propos de la Crimée, de l'Ukraine, de Poutine, des dominos. Au passage, en voici deux qui n'ont pas la réputation d'appartenir à la famille naturelle de Libé, la gauche...
Fait-on du roman avec l'actualité? Un sujet sur lequel enquêtent les journalistes est-il transposable sous la plume d'un écrivain? Oui, bien sûr, ils font ça tout le temps, les écrivains. Mais rarement dans l'urgence. Avec le risque, en cours de journée, d'apprendre des faits nouveaux qui modifient l'angle. Car quel angle? Et pour combien de temps? Yves Pagès, habile, s'est défait des obligations du temps présent en se baladant en scooter dans Paris pour noter en quelques lignes des scènes sans date, et pourtant de la date du jour quand même, car ce qui n'est pas rapporté dans les journaux le reste de l'année nous en dit aussi long sur le réel que le reste.
Il y a ce Paul Bismuth, écrivain inconnu au bataillon du Salon du Livre mais pseudonyme célèbre d'un propriétaire de téléphone portable (et personne bien réelle aussi, par ailleurs), qui signe quelques articles. L'écrivain prend un masque dans une fiction générée par l'actualité. Il est à sa place dans ce journal. Il ne faudrait quand même pas que l'exercice se renouvelle trop souvent, il a des livres à écrire.
Je rappelle que cet événement annuel, je l'ai déjà dit mais ce sera l'occasion de placer le logo du Salon du Livre, coïncide avec la tenue dudit Salon, du 21 au 24 mars. Et oui, c'est aussi le printemps, mais je tiens pour acquis qu'il s'agit d'un pur hasard - ce qui n'est pas le cas de la coïncidence entre le Libé des écrivains et le Salon du Livre, vous suivez?

jeudi 21 mars 2013

Le Salon du Livre, le Libé des écrivains

D'un côté, des livres partout, des auteurs qui signent et qui débattent, des chiffres d'affaires, la grande question de l'édition numérique face au papier, des négociations de droits en fonction de l'évolution du métier d'éditeur et de tout ce qui en découle, du monde dans les allées, du monde, du monde...
De l'autre côté, un quotidien qui prend aujourd'hui une allure différente, les journalistes de la rédaction ayant laissé la place à une bande d'écrivains pour décrire, décrypter, raconter l'actualité. On ne la choisit pas, elle vous tombe dessus de manière imprévisible et il faut donc bien ouvrir, au grand regret de Virginie Despentes, rédactrice en chef d'un jour, sur un événement auquel elle ne comprend rien. Son éditorial est plein de questions, elle avance ses incertitudes alors que la race des éditocrates a coutume de nous imposer ses certitudes. Et ça fait du bien.
Comme cela fait du bien de lire Jérôme Ferrari à propos d'Abou Dhabi, Mathieu Larnaudie sur Copé et, à la page suivante, sur Sarkozy ("Aujourd'hui, on va faire un numéro de gauche, pour une fois", avaient rigolé les écrivains en réunion de rédaction). Thierry Beinstingel visite le village où Marine Le Pen avait obtenu 72% des voix au premier tour de la dernière présidentielle (bon, cela ne faisait que 31 électrices et électeurs, mais quand même). Ingrid Astier est au tribunal où se juge l'affaire qui oppose Valérie Trierweiler à ses biographes. Lola Lafon s'interroge sur le recul ou pas le recul de la laïcité à l'occasion de l'annulation par la justice du licenciement d'une employée voilée dans une crèche. Frédéric Roux prend le tram à Paris.
Je n'en suis qu'à la page 15. Contrairement aux autres jours, j'ai envie de tout lire. J'ai presque oublié de dire (mais vous l'avez vu) qu'il y avait deux femmes en couverture, et ce n'est pas pour évoquer un scandale: Virginie Despentes et Angela Davis, Deux femmes puissantes. Une Blanche, une Noire.
A propos, un petit regret quand même: "On a besoin d'un écrivain africain", explique Cécile Guilbert, pour éclairer la mort probable d'un otage au Mali. Je comprends l'idée de base, et c'est mieux, finalement, que de donner encore la parole à un spécialiste européen. Mais il n'y aura de véritable progrès qu'au moment où on pensera à un écrivain africain (ou d'ailleurs, sans envisager ses origines) pour écrire à propos d'un événement qui n'a rien d'africain, et qu'il est tout aussi capable qu'un Français de faire sien.
Numéro excitant en diable, donc. Je me disais: comme ce serait bien d'avoir ça tous les jours! Avant de me reprendre: et quand écriraient-ils leurs livres (c'est-à-dire: quand nous donneraient-ils la meilleure part d'eux-mêmes) s'ils étaient tous les jours le nez collé sur l'actualité et les yeux sur l'horaire de bouclage, ces écrivains?

vendredi 26 mars 2010

30 ans de Salon du Livre, 30 ans de littérature française


Je ne lis pas que les livres, je lis aussi des articles sur les livres. Et il faut rendre hommage aux confrères journalistes littéraires quand ils ont bien travaillé. C'est le cas de l'équipe du Monde des livres dans le supplément de cette semaine, opportunément paru au moment où s'ouvre le trentième Salon du Livre de Paris.
L'occasion de proposer douze pages d'une rare densité, un regard démultiplié sur trente ans de littérature française à travers quelques thèmes forts (l'autofiction, le roman policier, le réel, la critique, la présence de cette littérature à l'étranger, etc.). Les écrivains ont aussi la parole, puisque plusieurs d'entre eux apportent un témoignage sur leur travail: Marie Billetdoux, Emmanuel Carrère, Philippe Djian, Serge Doubrovsky, Anne-Marie Garat, Philippe Jaccottet, Dany Laferrière et Camille Laurens.
Du beau monde pour un beau Monde, un numéro à lire attentivement et à conserver.
Je signale que, respectant sa propre tradition, Libération a proposé hier un journal où tous les textes sont signés par des écrivains. Je ne l'ai pas lu, peut-être les articles seront-ils accessibles aujourd'hui sur le site du quotidien, mais on peut déjà lire un "chat" avec Claire Devarrieux qui en est, en quelque sorte, le "making off".