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mercredi 14 août 2019

Rentrée littéraire : nous y sommes

Vos librairies préférées, quand vous observerez leurs vitrines à partir d'aujourd'hui, ont probablement bien changé d'apparence. Comme le calendrier des parutions vous l'indiquera si vous vous glissez en bas de cette page-ci, ce sont en effet une quarantaine d'ouvrages littéraires qui sont mis en vente cette semaine, première vaguelette d'une rentrée qui battra son plein surtout la semaine prochaine - et les suivantes, et celles d'après, autant dire qu'on en prend, au moins pour la lecture et les commentaires, jusqu'à la rentrée de janvier...
L'effervescence ne se manifeste pas encore pleinement dans la presse qui, pour la plupart des titres, termine en douceur les séries d'été destinées à occuper le terrain pendant que l'actualité est plus calme - c'est généralement ce qu'on décide au moment où bien des journalistes sont en vacances...
L'Obs glisse néanmoins, dans ses pages critiques, une humeur de Jérôme Garcin pour défendre La vie silencieuse de la guerre, de Denis Drummond, que le Cherche midi publie la semaine prochaine. Y a-t-il un rapport avec le fait que, 15 ans plus tôt, le même Jérôme Garcin avait préfacé les poèmes d'Ecoute s'il pleut, du même Denis Drummond? Cela, en tout cas, n'avais pas suffi à lui donner "la place singulière qu'il mérite", constate le journaliste (sans rappeler sa préface)...
Sigrid Nunez a droit aussi à un article de Didier Jacob, pour L'ami, publié la semaine prochaine également (chez Stock, dans une traduction de Mathilde Bach). Et puis c'est tout.
En revanche, Les Inrockuptibles affichent en couverture un visage de la rentrée, celui de Léonora Miano, élue pour Rouge impératrice (Grasset) comme l'autrice du "roman le plus ambitieux de la rentrée". D'où huit pages d'entretien, complétées d'un choix de quarante titres "à ne pas manquer".
On commence par lequel?
Par celui qui n'est pas là, pardi!
Enfin, sérieusement, cette sélection mérite d'être scrutée avec attention, d'autant que les pages consacrées aux livres embraient, un peu plus loin, sur les premiers papiers critiques où l'on trouvera Marie Darrieussecq (on va la croiser partout, et très vite), Marin Tince, Marin Fouqué, Sylvain Prudhomme et... Lolita (pas l'avion désormais célèbre, pas tout à fait celle de Nabokov, vous verrez bien).
Où en suis-je devant cette montagne de parutions? Nulle part - c'est promis, je ne le répéterai plus, car je pourrai vous faire la même réponse dans trois mois puisqu'il y aura au moins les trois quarts des romans de la rentrée que je n'aurai pas lus...
Quand même, j'ai envoyé au Soir mes cinq premiers articles sur des romans de la rentrée (dont trois brèves, la place est comptée dans un journal papier), ce sera à paraître samedi et j'espère bien, à partir de demain si la migraine qui m'occupe le crâne pour me rappeler que je sors d'un gros rhume (il n'y aura plus de bulletin de santé non plus, profitez de celui-ci) veut bien me lâcher un peu.

mercredi 6 novembre 2013

Leonora Miano, Prix Femina

J'aurais aimé, vraiment, lire La saison de l'ombre, de Leonora Miano, Prix Femina aujourd'hui au 10e tour. Malheureusement, le livre était déjà "en mains" quand j'ai commencé à m'occuper de la rentrée littéraire, et je ne l'ai même eu sous les yeux.
Voici comment l'éditeur présentait le roman dans son programme:
«Le jour s’apprête à chasser la nuit, sur les terres du clan mulungo, les femmes dorment. Même les yeux fermés les femmes savent qu’il faut se garder des voix sans visage. Le Mal existe. Il sait se faire passer pour autre qu’il n’est. Cependant que faire sans certitude? Un grand malheur vient de s’abattre sur le village.»
Il n’y a pas d’époque, ni de lieu précis, nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l’intérieur des terres, les fils aînés ont disparu, et les femmes en pleurs sont regroupées à l’écart de leur clan. Quelle est cette catastrophe fondatrice? Où sont les garçons? Quelle est la responsabilité des mères? Faut-il se mettre à la recherche des disparus et comment? Doit-on accepter l’absence de sépulture? Les hommes du clan Mulongo ne savent pas combattre, ils respectent la vie. Et pourtant, le Mal existe et il faudra bien y faire face. Peu à peu, au cours d’une quête au moins autant initiatique que réelle et dangereuse, les émissaires du clan, le chef Mukano épris de pouvoir, comme les femmes Eyabe, Ebeise, Ebusi, vont comprendre que leurs voisins, les Bwele, armés et vindicatifs, sont responsables de cette disparition de la chair de leur chair, ces garçons enchaînés et précipités vers la côte, capturés et vendus aux «hommes aux pieds de poule», ces étrangers venus du Nord.
Le roman de Léonora Miano traite d’un sujet sensible, la traite négrière, et la complicité d’Africains ligués, par appât du gain, contre leurs semblables ou les peuples voisins. Un roman historique sur la traite transatlantique? Non, un roman-conte où l’histoire de l’Afrique sub-saharienne se drape dans une prose magnifique et mystérieuse, que marquent la religion, le mysticisme, la croyance, et «l’obligation d’inventer pour survivre», raconter des histoires, raconter jusqu’à ce que la nuit arrache le dernier conteur à son rêve.

lundi 28 septembre 2009

Quelques sujets que je voudrais aborder avec Leonora Miano

Je viens de terminer la lecture des Aubes écarlates, le quatrième roman de Leonora Miano. Un livre solide et âpre, qui pousse à la réflexion. Et qui suscite des questions.
Cela tombe bien, dans une heure, si tout se passe bien, je devrais avoir l'occasion de bavarder avec elle par téléphone. Les sujets se bousculent un peu dans ma tête. Je vais quand même, pour vous autant que pour moi, tenter de les organiser ici. Elle ne sait pas encore sur quel terrain je veux l'emmener - mais c'est celui de son livre, elle ne devrait donc pas être surprise. En voici, en avant-première, une visite rapide, où il manquera forcément les réponses de l'écrivaine. Ces réponses paraîtront, un de ces jours, dans Le Soir.
  • Cinquante après ce que Kourouma appelait Les soleils des indépendances, l'Afrique telle qu'elle est décrite ici semble désespérante...
  • Face à cela, est-ce de la colère qu'on éprouve, avec la nécessité de la traduire en mots?
  • La violence d'aujourd'hui semble être une négation de l'Histoire, en particulier celle de la traite négrière. A moins qu'elle en soit la continuation? Une ligne paraît se dessiner entre la traite et les enfants soldats...
  • Pourquoi les romans ne sont-ils pas parus dans le même ordre que celui où ils ont été écrits? L'intérieur de la nuit a été suivi par Contours du jour qui vient, alors que Les aubes écarlates est le deuxième volet de cette "trilogie africaine".
  • Je m'interroge sur l'usage de l'italique pour signaler (souligner?) certains mots: rebelles, combattants, révolution, communauté internationale... Parce qu'ils n'ont pas le même sens pour tout le monde?
  • L'avenir de l'Afrique passe par les femmes, dit-on souvent. Ce roman semble en être une nouvelle illustration.
... et d'autres questions devraient surgir en cours de conversation, bien entendu.