mardi 10 juillet 2012

Lorànt Deutsch se rebiffe, et l'on reparle du Métronome

Un mauvais procès, comme il l'affirme ce matin dans Le Parisien? Lorànt Deutsch semble en avoir un peu marre des attaques qui se multiplient, ces derniers temps, contre son best-seller Métronome: L'histoire de France au rythme du métro parisien, réédité en édition illustrée et devenu documentaire de télévision (en quatre épisodes, s'il vous plaît). Quand les reproches venaient d'historiens, ce n'était pas très grave, la discussion ne franchissait pas les limites de cercles somme toute assez fermés. Maintenant que la politique s'en mêle (le groupe du PCF-Parti de gauche du conseil de Paris souhaite que la Mairie cesse de faire la promotion de l'ouvrage), les articles sont plus nombreux et alimentent une presse populaire, comme le prouve la page du Parisien. Celle que, peut-être, lisent les lecteurs de Lorànt Deutsch?
Je ne vais pas refaire à l'auteur le procès, bon ou mauvais, dans lequel il se sent mis en accusation. Son livre est, pour le dire vite, un bon ouvrage de vulgarisation, comme ceux de Max Gallo le sont dans leur genre. Il est basé sur une bonne idée, qui consiste à arpenter la capitale à partir des stations de métro. Tous les Parisiens connaissent - même si tous, comme on l'a constaté lors de la campagne présidentielle, ne s'accordent pas sur le prix du ticket. Les points de repère évidents permettent de focaliser l'attention et de la porter vers le passé avec d'autant plus de facilité que le style est vif. Lorànt Deutsch regrette seulement, dans Le Parisien, de ne pas avoir cité ses sources - elles devaient être nombreuses, puisque, il le reconnaît, il a surtout effectué un travail de compilation.
Ceci dit, qu'on sache ou non que l'auteur est plutôt royaliste (d'après lui, c'est à cause de cela que les flèches sont lancées), il est difficile de ne pas remarquer l'insistance avec laquelle il s'attarde sur les grandes figures éternelles de la France, de ne pas rapprocher sa galerie de portraits d'une imagerie d’Épinal. Et il est permis de regretter que les leçons de l'école des Annales soient ainsi balayées au profit d'un roman national parfois à la limite de la vraisemblance.
Il m'énerve quand il écrit: « Je sais, le XXe siècle n’a pas été tendre pour Paris : tour Montparnasse, Forum des Halles, voies sur berges, Front-de-Seine, Centre Pompidou, Opéra-Bastille, bibliothèque François-Mitterrand… Les verrues infligées à la capitale sont nombreuses et impressionnantes. La Grande Arche vient en 1989 mettre un point d’orgue au mauvais goût en imposant cette forme dans la perspective de l’Arc de triomphe » Même si je ne lui donne pas non plus complètement tort. Mais je me demande s'il n'aurait pas aimé vivre dans une ville faite de ruines. Glorieuses, certes, les ruines...
Malgré tout, il a probablement incité bon nombre de ses lecteurs à s'intéresser de nouveau (ou pour la première fois?) à leur passé. Et cela doit lui valoir plus de remerciements que de reproches.
P.-S. Je parie que le(s) livre(s) et le DVD vont se retrouver à nouveau dans les meilleures ventes. C'est toujours bon, la polémique...

La rentrée littéraire... aux Etats-Unis

S'il est vrai, comme on le dit souvent, que la rentrée littéraire est une spécificité française, liée en partie à l'influence que possèdent les grands prix d'automne sur les ventes, le titre de cette note est un mensonge. Peu importe: un article paru il y a quelques jours, Most Anticipated: The Great Second-Half 2012 Book Preview, m'a mis en appétit comme, peut-être, il vous rendra impatients de lire quelques traductions - quand? c'est une autre histoire.
Pas que des traductions, d'ailleurs, car Philippe Claudel a la cote dans les pays anglo-saxons et The Investigation paraît ce mois-ci - en français, L'enquête, au programme du Livre de poche le 22 août.
Et il n'est pas toujours non plus nécessaire d'attendre puisque certaines parutions sont quasi simultanées en langue originale et en français. Ce sera le cas pour The Casual Vacancy, de J.K. Rowling, le 27 septembre chez Grasset (Une place à prendre) et pour Joseph Anton, de Salman Rushdie, le 20 septembre chez Plon sous le même titre.
Ensuite, il y a tous les autres, parmi lesquels certains me donnent envie de me précipiter (pour une liste plus complète, je vous renvoie à l'article original).
En août, Martin Amis (Lionel Asbo: The State of England), Paul Auster (Winter Journal), Jonathan Evison (The Revised Fundamentals of Caregiving). 
En septembre, Zadie Smith (NW), Michael Chabon (Telegraph Avenue), T.C. Boyle (San Miguel).
En octobre, Tom Wolfe (Back to Blood), Richard Russo (Elsewhere: A Memoir), Mark Z. Danielewski (The Fifty Year Sword), Louise Erdrich (The Round House), Emma Donoghue (Astray).
En novembre, Alice Munro (Dear Life: Stories), Ian McEwan (Sweet Tooth), David Foster Wallace (Both Flesh and Not), Barbara Kingsolver (Flight Behavior).
Et, en décembre, Nick Tosches (Me and the Devil).
Bref, un paquet d'idées de lectures pour les familiers de la langue anglaise...

lundi 9 juillet 2012

Georges Bataille, l'art de la transgression

Je suis remonté vers Georges Bataille, il y a longtemps, en passant par Bernard Noël qui, vers cet écrivain comme beaucoup d'autres, a été un intermédiaire lumineux.
Aujourd'hui, il y a cinquante ans que Georges Bataille est mort et je suis revenu à un livre assez court - il regroupe pourtant trois textes: Madame Edwarda, Le mort, Histoire de l’œil - et toujours aussi bouleversant. Parce que son auteur explore des limites et ouvre sur l'inconnaissable. L'érotisme jusqu'à l'obscénité, la mort et Dieu se trouvent mêlés pour perforer les consciences, pour ébranler nos certitudes - s'il en restait.
«L'érotisme envisagé gravement, tragiquement, représente un entier renversement», écrit Bataille dans la préface de Madame Edwarda - livre publié sous pseudonyme, dont il n'avait osé s'attribuer que la préface.
Et aussi: «ce récit met en jeu dans la plénitude de ses attributs, Dieu lui-même; et ce Dieu, néanmoins, est une fille publique, en tout pareille aux autres. Mais ce que le mysticisme n'a pu dire (au moment de le dire, il défaillait), l'érotisme le dit; Dieu n'est rien s'il n'est pas dépassement de Dieu dans tous les sens; dans le sens de l'être vulgaire, dans celui de l'horreur et de l'impureté, à la fin, dans le sens de rien...»