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mardi 2 juillet 2019

Rentrée littéraire : envoyez vos manuscrits par la Poste...

Non, pas pour la prochaine rentrée littéraire, c'est trop tard. Mais pour la suivante? Ils seront lus, contrairement à une rumeur persistante qui prétend qu'aux nouveaux venus et nouvelles venues dans le monde de l'édition sera réservé un sort funeste sauf s'ils sont déjà connus pour des raisons extra-littéraires.
Je vous ai déjà raconté comment le premier roman de Marin Tince était arrivé par courrier aux Editions du Seuil et avait été mis au programme de la rentrée littéraire. Il ne sera pas le seul des primo-romanciers, accompagnés de primo-romancières, à être lancé dans le grand bain de la rentrée. Et, oui, il y en aura que vous connaissez peut-être déjà par d'autres activités.
En voici six qui sont à peu près insoupçonnables: ils constituent la première sélection du Prix Envoyé par la Poste, c'est-à-dire qu'ils ont fait ce que vous pourriez faire (en supposant l'existence dans vos tiroirs d'un manuscrit de qualité).
Je connaissais cependant déjà, dans cette liste, le nom de Beata Umubyeyi Mairesse, parce que j'avais lu, en 2015, son recueil de nouvelles, Ejo, publié par La Cheminante. Avant et après le génocide de 1994, des moments puisés dans le quotidien du Rwanda. Le titre en kinyarwanda, Ejo, signifie aussi bien « hier » que « demain ». Avec, entre les deux, ce qu’on sait. Sœur Anne ne voit rien venir, campée sur les certitudes de ses bons sentiments. Les questions viendront plus tard. Trop tard, comme pour d’autres qui avaient pourtant mieux mesuré la menace. Dans la familiarité de vies bousculées, une œuvre attachante.
Il est donc probable que je m'intéresse de près à son premier roman, Tous tes enfants dispersés. Il sortira le 21 août chez Autrement. Ce ne sera pas une raison pour négliger les autres, que voici tous réunis.

  • Adrien Blouët. L’absence de ciel (Noir sur Blanc)
  • Olivier Dorchamps. Ceux que je suis (Finitude)
  • Mathilde Forget. À la demande d’un tiers (Grasset)
  • Victoria Mas. Le Bal des folles (Albin Michel)
  • Anne Pauly. Avant que j’oublie (Verdier)
  • Beata Umubyeyi Mairesse. Tous tes enfants dispersés (Autrement)

samedi 18 novembre 2017

La sélection du Prix Rossel

Cinq ouvrages, c'est la tradition, constituent la sélection, annoncée ce matin, du Prix Rossel, en Belgique. Il sera attribué le 7 décembre, ce qui laisse le temps aux libraires partenaires (la liste est longue) de présenter les livres aux lecteurs et à ceux-ci de les découvrir avant qu'il n'en reste qu'un. Comme l'écrit Jean-Claude Vantroyen dans Le Soir, il s'y trouve trois femmes et deux hommes, trois éditeurs français et deux éditeurs belges. Une belle variété qui ne s'encombre pas de calculs politico-littéraires et dont voici le détail.


Victoire de Changy, Une passion singulière (Autrement)
Je n'avais pas lu ce premier roman à sa sortie le 30 août, j'avoue que j'étais un peu méfiant malgré l'enthousiasme manifesté par l'éditeur. J'avais tort. Cette simple histoire d'amour aborde toute la complexité d'une relation fondée sur une passion forte, dans laquelle il ne peut y avoir d'habitudes sous peine d'épuisement des partenaires. Or, il n'y a que cela, des habitudes. L'homme à la voix de cendres et la femme plus jeune que lui tentent bien de mettre sans cesse leurs liens à l'épreuve des surprises. Mais les plus grandes surprises n'arrivent qu'à la fin, elles révèlent ce que nous n'attendions pas du tout devant le tableau piquant d'un couple d'amants.

Laurent Demoulin, Robinson (Gallimard)
Celui-là, premier roman aussi, ne m'avait pas échappé à sa parution, il y a un peu plus d'un an. Un père y raconte sa vie quotidienne avec un enfant, le Robinson du titre, autiste. Le roman déborde d'un amour sans cesse en butte à la réalité d'un quotidien rendu parfois pénible par les rapports entre Robinson et le monde extérieur. Et, pendant ce temps, il faut bien travailler à une communication sur Roland Barthes promise dans un colloque, car l'université ne se préoccupe pas de savoir quelles difficultés s'opposent à la rédaction d'un texte.

Zoé Derleyn, Le gout de la limace (Quadrature)
Non, il n'y a pas de faute dans le titre de ce (premier, encore) recueil de nouvelles paru le mois dernier (et dont je n'ai lu que le début): Les éditions Quadrature appliquent les recommandations orthographiques de l'Académie française, est-il précisé - et c'est parfois curieux, comme un gout qui manquerait de goût par manque d'assaisonnement circonflexe. Du moins cela n'enlève-t-il rien au charmé prégnant dont font preuve les deux premières nouvelles, "Le camion" et celle qui donne son titre à l'ouvrage.

Marcel Sel, Rosa (Onlit)
Décidément, les premières fictions sont à l'honneur dans la sélection. Les habitués de ce blog ont déjà entendu parler de Rosa - c'était ici, à l'occasion du Prix Saga Café, qu'allait suivre, j'ai omis de vous le dire (mais je vais le faire tout de suite), le Prix des bibliothèques de la Ville de Bruxelles. Beau palmarès, déjà, et peut-être à suivre, pour un chroniqueur bien connu de toutes les personnes intéressées par la vie politique belge, mais pas seulement (voir Un blog de Sel et, en Belgique, l'hebdo satirique Pan, héritier d'une longue tradition ancrée sur un terrain voisin de celui qu'arpente Le Canard enchaîné).

Nathalie Skowronek, Un monde sur mesure (Grasset)
Etes-vous pour la confection sur mesure ou, comme presque tout le monde, pratiquez-vous le prêt-à-porter? C'est l'une des questions qu'on a envie de poser en découvrant le début (je n'avais pas le livre, paru en mars, et je me suis donc contenté des premières pages) du troisième roman de Nathalie Skowronek, qui a aussi publié un essai et est donc la plus chevronnée de la sélection. Avec elle, on plonge dans le monde des étoffes juives - ou des loques assemblées pour ressembler, méthode Carbone, à des vêtements existant par ailleurs. Mais il faudrait en lire plus pour en dire davantage...

lundi 12 septembre 2016

En revenant du Festival America

Je ne suis pas allé à Vincennes. Mais j'ai quand même l'impression d'en revenir, tant l'édition 2016 m'a donné l'occasion de lire du roman américain.
Ce qu'il faut en retenir? Celles et ceux qui y étaient vraiment vous le diront mieux que moi. Je vais, en tout cas, imprimer ici les noms des lauréates des deux prix littéraires qui y ont été attribués.
Le Prix des lecteurs, organisé par la Médiathèque de Vincennes (bibliothèques, médiathèques et usagers de celles-ci sont chers à mon cœur), est allé à Anna North pour Vie et mort de Sophie Stark, paru l'an dernier aux Editions Autrement dans une traduction de Jean Esch.
Artiste radicale, Sophie Stark cherche à filmer au plus près du mouvement qui fait vivre ses proches. Ce qui provoque parfois des grincements de dents chez eux et, chez elle, bien des questions sans réponses. Quant au lecteur, il bénéficie des regards croisés qui, dans des voix multiples, dessinent un portrait en fragments parfois contradictoires mais toujours excitants d’un personnage insaisissable.
Quant au Prix Page/America, tout aussi cher à mon cœur puisque son jury est constitué de bibliothécaires, on y revient, et de libraires, c'est aussi essentiel dans la vie du livre, il a récompensé Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, fraîchement paru aux Editions Stock et traduit par Carine Chichereau.
Roscoe n’aime que l’électricité en ce début de 20e siècle mais devient fermier par l’héritage que fait Marie, sa femme. Il s’ennuie à la ferme, hors réseau, jusqu’au jour où il capte, en fraude, une ligne principale pour alimenter la maison. Son installation provoque la mort d’un homme, il est condamné à vingt ans de prison. Là, il découvre d’autres valeurs, pas toutes positives, puis tombera de haut à sa sortie. Une suite de déceptions douloureuses.

jeudi 11 septembre 2014

Le Prix Page/America salue Nickolas Butler

Et il a bien raison de le faire. J'espérais le Prix du roman Fnac pour le premier roman d'un auteur plus que prometteur, mais cette récompense attribuée tous les deux ans à l'occasion de ce festival littéraire de grande qualité, qui se tient actuellement à Vincennes, me convient très bien. Comme à Nickolas Butler, j'espère.
Little Wing ? Il faut être péquenot pour vivre dans ce bled ! Ou se satisfaire de ce qu’on y trouve. Ou encore y trouver mieux que les apparences. Quatre amis, qui ont pris le temps de grandir, ont développé chacun un rapport différent au lieu où ils ont passé leurs années de totale complicité. Ce qui est possible à l’adolescence reste-t-il d’actualité quand vient la trentaine ? La question est posée, sous autant d’angles qu’il y a de personnages – les femmes en plus, qui ne se contentent pas de rôles secondaires – dans l’excellent premier roman de Nickolas Butler, Retour à Little Wing.
L’édition originale s’intitule Shotgun Lovesongs : le titre du premier album de Lee, disque de platine. Il en avait composé tous les morceaux le dos au mur. C’était réussir cela ou rater tout, comme il avait raté la seule histoire d’amour qui comptait pour lui. Ce titre mérite une explication : « On parle de shotgun wedding, de “mariage carabine”, quand le père de la fille braque un fusil dans le dos du futur époux. Il s’est passé quelque chose. Grossesse, dépucelage précoce, faillite, déclaration de guerre… peu importe, une chose est sûre : le mariage doit être conclu, et en vitesse. »
Le problème de Lee s’appelle Beth, la femme de Hank. Pas seulement Beth, mais aussi le mode de vie simple et heureux du couple, que Lee envie chaque fois qu’il revient à Little Wing et les retrouve pareils à eux-mêmes. Alors qu’il a, conséquence de son succès, tellement changé. Qu’il a couché avec des femmes que tous les hommes lui envieraient, s’ils savaient, autant qu’ils lui envient Chloe, l’actrice, avec qui il va se marier.
Précisément, si Lee se trouve à Little Wing, c’est pour un mariage. Celui de Kip et de Felicia. Kip est un autre exemple de réussite. Courtier, il a fait fortune et a décidé d’investir celle-ci dans la rénovation d’un silo désaffecté où ils se retrouvaient quand ils étaient jeunes. Avec aussi Ronny, le quatrième, champion de rodéo sensiblement diminué depuis un accident provoqué en grande partie par l’abus d’alcool.
On n’a oublié personne, ils sont tous là : Lee, Hank, Kip et Ronny. Il leur reste à accepter qu’ils ont grandi et que le monde leur refuse parfois ce qu’ils croyaient acquis à jamais. Ou plutôt, Nickolas Butler, maître d’œuvre de leur logique et de leurs contradictions, peut maintenant officier en manipulateur de marionnettes dotées de personnalités auxquelles on s’attache.

mardi 2 septembre 2014

Prix littéraires, on y est presque

Même pas le temps de souffler. Les vagues de la rentrée n'en ont pas encore fini de fluer que déjà les prix littéraires pointent le bout de leur bandeau rouge (ou vert, ou bleu).
Même l'AFP a inscrit, au calendrier du jour (le jour d'aujourd'hui, le 2 septembre, oui, oui), deux événements venus en droite ligne de la grande foire d'empoigne à laquelle se livrent des éditeurs que l'on retrouve, ensuite, dans un triste état - cravate de travers, lunettes brisées, veste à demi arrachée et main sur le cœur, quand le carnet de chèque est près du cœur. C'est donc que les choses sérieuses ont repris. On le prouve en rouvrant le document annuel consacré aux prix littéraires. Il sera, cela va de soi, mis à jour au fur et à mesure des informations reçues.

Aujourd'hui, le Prix du roman Fnac est donc au programme. Avec trois romans dans la sélection finale, dont deux publiés chez Zulma et un chez Autrement - des éditeurs qui n'ont pas trop l'habitude des récompenses de rentrée littéraire, même si Zulma a reçu ce prix en 2008 et, curiosité, avec Jean-Marie Blas de Roblès, à nouveau présent dans le dernier trio cette année. Cumulera-t-il? L'île du point Némo est en tout cas mon roman préféré dans la liste, avec une courte longueur d'avance sur le roman de Nickolas Butler - celui de Benjamin Wood aurait gagné, me semble-t-il, à être un peu plus serré, même s'il ne dépare pas la sélection. Mais ne comptez pas sur moi pour un pronostic, je ne vote pas. On en reparlera quand le résultat sera proclamé.
Autre nouvelle attendue dans la journée, la première sélection du Prix Renaudot, dans le jury duquel voisinent Frédéric Beigbeder et J.M.G. Le Clézio. Il se dit (pour Le Clézio, j'ai lu son article, pas celui de Beigbeder) qu'ils ont beaucoup aimé tous les deux le premier roman de Frederika Amalia Finkelstein, L'oubli. Ils ne l'oublieront probablement pas dans leur première sélection, destinée à être affinée les 7 et 28 octobre, avant la délibération finale du 5 novembre.
Jeudi, l'académie Goncourt fêtera ses retrouvailles après des vacances studieuses (espérons-le) pendant lesquelles Pierre Assouline a envoyé du lourd contre L'ego-péplum d'Emmanuel Carrère. Il ne votera pas pour Le Royaume, c'est certain. Mais d'autres académiciens, peut-être... Et les mystères de cette sélection initiale seront donc levés dans deux jours.
Inutile de dire que je vous reparlerai de tout cela - et du reste.