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jeudi 21 septembre 2017

10 romans sélectionnés pour le Prix Jean Giono

Aux dernières nouvelles, comme le dirait Bibliobs, mais pas aujourd'hui, combien d'académiciens le jury du Prix Jean Giono compte-t-il? J'avoue n'en avoir rien su avant de consulter le lien vers lequel je vous renvoie, ils étaient deux l'an dernier, il semble n'y avoir plus que Frédéric Vitoux cette année, Erik Orsenna n'étant plus présent dans la liste fournie par mon excellent confrère. Je me posais la question, non seulement pour vous donner la réponse en même temps qu'à moi, parce qu'il faut craindre, mais pour le seul Vitoux donc, une surcharge de travail le 26 octobre, jour de proclamation du Prix Jean Giono (après une deuxième sélection le 3 octobre) qui est aussi celui du Grand Prix du roman de l'Académie français. Encore que, avec un peu de chance (pour Vitoux, car pour les lecteurs la malchance déjà signalée lors de ces derniers jours pour d'autres sélections se répéterait), les mêmes titres figureront de part et d'autre.
Car en effet, donc, bon sang, mais c'est bien sûr, le (mauvais) pli semble prix pris, les noms familiers sont là, deux ouvrages seulement (sur dix) n'apparaissaient jusqu'ici dans aucune sélection: ceux de Carine Fernandez et d'Alexandre Lacroix.
  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Delphine Coulin. Une fille dans la jungle (Grasset)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Carine Fernandez. Mille ans après la guerre (Les Escales)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • Alexandre Lacroix. La muette (Don Quichotte)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Frédéric Verger. Les rêveuses (Gallimard)
  • Alice Zeniter. L’art de perdre (Flammarion)
  • Jean-René Van der Plaetsen. La nostalgie de l’honneur (Grasset)
Vous pouvez vérifier dans le document que je mets à jour au fur et à mesure que viennent les informations, Prix littéraires 2017, où se glisse discrètement, sans la moindre ostentation, un petit scoop que vous découvrirez si vous êtes observateur, et dont je vous dirai davantage plus tard dans la journée.

vendredi 17 février 2017

Marcel qui va, Proust qui vient

C'est la grande affaire médiatique de la semaine, un feuilleton commenté avec autant de passion que le Penelopegate ou les propos d'Emmanuel Macron sur la colonisation. Oyez, bonnes gens, Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur à l'université de Laval à Québec, a exhumé deux secondes (approximativement) d'images sur lesquelles le corps de Marcel Proust bouge! La descente des marches de l'église de la Madeleine, le 14 novembre 1904, au milieu d'une foule de célébrités locales, clôt la cérémonie religieuse, célébrée par l'abbé Mugnier, pasteur d'âmes bien nées, du mariage qui unit le duc de Guiche avec Mlle Greffulhe.
Le Figaro, dont l'actuel "Carnet du jour" est du pipi de chat à côté d'une rubrique qui, à l'époque, s'intitulait "Le Monde & la Ville", consacrait le lendemain près de trois colonnes en petits caractères à l'événement qui, probablement, avait de quoi bouleverser ses lecteurs - presque autant que sont bouleversés aujourd'hui les proustophiles découvrant ces images. Pas de photos dans Le Figaro. Mais de longues énumérations des personnalités présentes, des toilettes les plus remarquables, et surtout des cadeaux offerts aux mariés - presque tous les donateurs, précise le compte-rendu, étaient présents à la cérémonie. Robert de Montesquiou, par exemple, a offert "une poésie de lui, écrite sur un éventail peint par Madeleine Lemaire". La liste est longue, très longue. En haut de la dernière colonne, après la comtesse Ed. de Pourtalès (éventail peint en ivoire) et avant M. et Mme Raoul Gunsbourg (service en argent et turquoise), voici le cadeau de Marcel Proust: "revolver dans un écrin peint par Madelaine Lemaire". D'une grande utilité pour le couple, suppose-t-on.
Bref, Marcel Proust, qui s'est fait connaître quelques années plus tôt par la publication d'un premier livre, Les plaisirs et les jours, il a traduit La Bible d'Amiens, de Ruskin, il publie des articles dans Le Figaro, n'est plus tout à fait n'importe qui mais il n'est pas encore quelqu'un.
Pas encore, et de loin, l'écrivain à qui on consacrera des études en nombre si important que même les spécialistes ne les lisent pas tous. La preuve par la manière dont l'information fournie par le professeur d'université cité plus haut est devenue un scoop international.
Alors que, merci à celles et ceux qui, après coup, ont relevé ce détail qui n'en est pas un, Laure Hillerin, dans un ouvrage paru le 15 octobre 2014, La comtesse Greffulhe, avait déjà signalé l'existence de ces images, sans que personne ne semble à l'époque s'en émouvoir. Le texte est pourtant clair:
Qui est ce jeune homme aux cheveux noirs qui bavarde presque familièrement avec elle et réussit, à deux reprises, à faire jaillir son rire en cascade? C’est Marcel Proust, aimable écrivain mondain à l’audience encore confidentielle, qui se trouve être un ami proche du marié. Peut-être est-ce lui, ce jeune homme en manteau clair, coiffé d’un chapeau melon qui laisse les yeux dans l’ombre, laissant apercevoir la moustache et l’ovale du visage, dévalant précipitamment les marches, doublant le cortège sur le côté droit, afin de rejoindre avant les autres l’éblouissante belle-mère? On le voit quelques secondes sur un film d’amateur – une pellicule de deux minutes à peine, conservée aux Archives françaises du film à Bois-d’Arcy.
Et personne, ou presque, n'avait rien vu. Pourquoi?
Jacques Drillon esquisse une réponse dans un article de Bibliobs: "elle aurait dû faire connaître sa découverte, dont elle n’a peut-être pas mesuré la puissance émotionnelle, avec toute la solennité médiatique possible."
Laure Hillerin, d'une certaine manière, le confirme dans un entretien avec Julia Vergely pour Télérama:
A l’époque, vers 2012 ou 2013, quand j’avais moi-même découvert cette archive lors de mes recherches, ça n’avait pas passionné les foules. J’avais signalé aux conservateurs des Archives françaises du film qu’on y voyait Marcel Proust et ils n’avaient pas plus réagi que cela. Aujourd'hui, je me dis que c’est dommage, que j’aurais dû insister, mais je ne pensais pas que quelques secondes de film mettraient la communauté proustienne à ce point en émoi. Pourtant, quand je fais des conférences, je montre toujours des arrêts sur images, où l’on voit Proust descendre les escaliers, en gros-plan… Je ne comprends pas pourquoi tout d’un coup tout le monde réagit. Ce chercheur de l’Université de Laval, Jean-Pierre Sirois-Trahan, doit avoir un service de communication très bien organisé! 
Proust ou pas, tout est donc affaire de communication, de médiatisation, de bruit que l'on fait ou pas. Demandez à Fillon et à Macron...

samedi 10 septembre 2016

Edmond About à bord de l'Orient-Express

Même François Forestier, habitué des livres improbables dont il rend compte dans sa « boîte à bouquins » sur le site Internet Bibliobs, a failli s’y tromper : il pensait que le récit du premier voyage de l’Orient-Express écrit par Edmond About (1828-1885) n’avait pas été réédité depuis 1884. Alors que les Éditions Magellan lui avaient redonné existence il y a quelques années, mais sous un titre différent. Voici donc une nouvelle réédition, respectueuse au moins du titre original. (Et du texte aussi, y compris dans les quelques fantaisies orthographiques de l’auteur.)
Le 4 octobre 1883, l’Orient-Express part de la gare de l’Est à 19 heures 30, emportant vers Constantinople ou, comme le dit Edmond About, Stamboul, des passagers invités. Parmi eux, quelques journalistes et un écrivain sont particulièrement chargés de faire la promotion de l’événement. Deux d’entre eux au moins reviendront du voyage « avec un livre sous le bras », comme l’écrit Octave Uzanne dans Le Livre. Une manière d’exprimer de la reconnaissance envers Georges Nagelmackers, fondateur de la Compagnie internationale des wagons-lits, et qui était du voyage. Edmond About, écrivain alors célèbre et sur le point d’être élu à l’Académie française, rédige De Pontoise à Stamboul, qui occupe à peu près la moitié d’un volume de 300 pages complété par des textes plus brefs. Henri Opper de Blowitz, qui est à Paris le correspondant du Times, fait mieux encore avec Une course à Constantinople, plus de 350 pages. Les deux ouvrages, parus presque simultanément, poussent à puiser dans celui-là ce qui n’est pas dans celui-ci : le portrait d’Edmond About par Henri Opper de Blowitz qui fait le tour des « convives » au début du voyage.
À une autre table, un peu plus loin, M. Edmond About, qui cause avec la vivacité d’un Français curieux de connaître et sûr d’avance d’être écouté avec plaisir. La physionomie de M. Edmond About est une des plus connues parmi les physionomies parisiennes. Il est de belle apparence, et ses cheveux et sa barbe, trop tôt grisonnants, je crois, ne lui ont rien enlevé de ce qui constituait autrefois ses éléments de succès mondains.
Il a l’attaque vive, et supporte de bonne humeur les ripostes qu’il s’attire. Il est souvent le premier à rappeler le plus éclatant de ses échecs, et l’on retrouve facilement dans sa conversation la causticité qui marque ses écrits. Il est gouailleur, comme il convient à un normalien, et il se porte haut comme il sied à un homme de sa valeur ; mais il quitte facilement le ton léger pour montrer dans les conversations plus graves un esprit qui observe et une intelligence qui retient. M. Edmond About est un des hommes dont on a le plus médit dans Paris.
Quand on est parvenu à une certaine hauteur, ceux qu’on a laissés derrière soi, au bas de la montée, les camarades qui sont demeurés dans les obscurités lointaines de l’inconnu, vous accusent de les avoir lâchés. Mais n’est pas lâcheur qui veut, et M. Edmond About a pu se dire que la corporation des lâcheurs, qui compte Caïphe et saint Pierre parmi ses fondateurs, est d’assez vieille roche pour qu’on se console d’en faire partie.


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