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dimanche 26 mai 2019

Rentrée littéraire : Jorge Comensal

Les informations arrivent encore en ordre dispersé (je parle des informations disponibles pour tout le monde, auxquelles je me limite ici, pas des envois spécifiques de résumés, argumentaires et même livres entiers destinés aux libraires et aux journalistes - oui, j'en ai pas mal, ça attendra même si parfois ça me démange...), on fait donc aujourd'hui un petit tour du côté des Escales avec la traduction d'un premier roman de Jorge Comensal, Les mutations - l'auteur est mexicain et la traductrice, bien que son nom ait été omis sur le site de l'éditeur, s'appelle Isabelle Gugnon - parution le 29 août.

Présentation de l'éditeur

Le livre
Un premier roman brillant, caustique et érudit: lorsque Ramón, avocat renommé, perd l’usage de la parole, c’en est fini de sa vie tranquille. Entre superstitions et médecines alternatives, il embarque sans le savoir dans une épopée tragi-comique.
À cinquante ans, Ramón, avocat brillant et patriarche conservateur, découvre qu’il est atteint d’une forme rare de cancer. Son seul espoir de guérison: une amputation de la langue. Une tragédie pour celui dont la verve faisait le succès professionnel. Autour de lui gravitent sa femme Carmela et ses deux ados – plus intéressés par le karaoké et la masturbation que par leur réussite scolaire – et enfin Elodia, la dévote et dévouée employée de maison, convaincue qu’un miracle est encore possible.
Mais qui pourra réellement l’aider à traverser cette épreuve? Teresa, sa psy amatrice de petits gâteaux au cannabis? Benito, son perroquet blasphémateur et fidèle confident? Ou bien les représentants de la médecine conventionnelle, persuadés d’accéder à la gloire grâce au cas unique de Ramon?

L'auteur

Né à Mexico en 1987, Jorge Comensal a été membre de la Fondation pour la littérature mexicaine et du Fonds national pour la culture et les arts. Il collabore à des magazines tels que Este País, Tierra Adentro, Vice, Letras Libres et Variopinto. Les Mutations, son premier roman, est en cours de traduction dans le monde entier.

samedi 7 juillet 2018

Le feuilleton de la rentrée littéraire 4. Lectures de libraires

Les libraires, faut-il le rappeler, occupent une place majeure dans le réseau du livre. On parle là, bien entendu, de ceux qui lisent, qui défendent leurs coups de cœur (au hasard... euh.. Gérard Collard?), qui ne se contentent pas de placer en avant les piles de meilleures ventes pré-programmées dès la prise des commandes, c'est-à-dire des mois avant la sortie des livres, le plus souvent.
Ces libraires-là sont en train de lire, d'écouter ce qui se dit dans leur milieu, de suivre les conseils éclairés de personnes en qui ils ou elles ont confiance, de sorte qu'après avoir fait leurs meilleurs choix, leurs fidèles clients, ceux qui savent de qui vient un avis motivé, puissent à leur tour continuer à leur faire confiance.
Entre clients-lecteurs et libraires-lecteurs, des complicités se nouent et, à l'initiative généralement des seconds, des prix littéraires se montent. En cette saison, ils ont encore un œil sur les sorties récentes, car il faut bien continuer à vendre des livres pendant l'été, mais déjà l'autre œil sur les parutions à venir. Les librairies Filigranes, à Bruxelles (et à Knokke-le-Zoute), ont ainsi créé leur prix il y a deux ans. Adélaïde de Clermont-Tonnerre a reçu le premier, Thomas Gunzig, le deuxième. L'édition 2018 a retenu cinq romans (dont deux premiers), trois déjà parus, deux à paraître - deux Belges et trois Français, une femme et quatre hommes. L'annonce du prix se fera le 21 septembre.

mardi 25 octobre 2016

Femina : Marcus Malte et les autres

J'avais terminé son livre ce matin seulement, et préparé un article qui, au lieu de paraître samedi dans Le Soir, y paraîtra demain: Le garçon, de Marcus Malte, lauréat du Femina pour le roman français, par sept voix contre trois pour Nathacha Appanah (Tropique de la violence, Gallimard), est un grand livre. Du genre à ne pas vous lâcher, qu'on le lise en 24 heures ou en deux semaines - ce qui fut mon cas, pour des raisons circonstancielles.
Celui qui deviendra Félix, et qui vient de nulle part, ou presque, est le personnage principal d'un roman réussi sur tous les plans. Chaque phrase est d'une beauté à couper le souffle, même les énumérations, et il y en a quelques-uns, deviennent des éléments du récit, le texte subjugue et emporte à travers une vie, un amour, une guerre. Sauvage, civilisé mais analphabète, de nouveau sauvage après la mort de la femme aimée, Félix est un être qu'on n'oubliera pas. Et qui donnera peut-être à Marcus Malte un nouvel élan vers une oeuvre importante.

Le Femina étranger est attribué à Rabih Alameddine, par cinq voix contre quatre pour Petina Gappah (Le livre de Memory, Lattès), pour Les vies de papier, un vibrant hommage au pouvoir de la littérature (dont Le garçon est par ailleurs un bel exemple). La vie sociale d’Aaliya est étroite à Beyrouth, qui a traversé toutes les guerres. La vie intime d’Aaliya est intense, elle l’a passée dans les livres qui lui donnent, à grand renfort de citations, un regard acéré. Elle a travaillé cinquante ans à traduire en arabe, pour elle-même, des grandes œuvres de la littérature. Mais les cartons où elle a rangé ses manuscrits ne sont pas plus en sécurité que les habitants.

Enfin, le troisième Femina du jour, celui de l'essai, est, par six voix contre quatre en faveur de Jacques Henric (Boxe, Seuil), pour Ghislaine Dunant et son Charlotte Delbo, la vie retrouvée, une biographie dont les premières lignes donnent envie d'aller plus loin:
Le vent est léger, il glisse sur les feuilles, entre les branches. La pluie est tombée toute la nuit, elle imprègne l’herbe, les arbres, de temps en temps une goutte tombe. Rien d’autre ne se passe, et tout est silence. Je suis arrêtée par le grillage qui entoure le jardin, une boîte aux lettres métallique est suspendue de guingois, l’emplacement du nom est vide.